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Intelligence artificielle et nouveau fascisme : quand l’IA devient un enjeu de pouvoir

 

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Dans son essai publié chez Agone, le philosophe et mathématicien Rainer Mühlhoff analyse l’intelligence artificielle non pas seulement comme une prouesse technique, mais comme un instrument de pouvoir. Son enquête se concentre notamment sur les passerelles idéologiques qu’il identifie entre une partie de la Silicon Valley et la nouvelle droite américaine.

L’intelligence artificielle bénéficie d’une couverture médiatique colossale tant elle est devenue omniprésente dans la vie des entreprises et dans notre vie quotidienne. Entre polémiques et promesses de nouveaux services, inquiétudes et annonces régulières de modèles toujours plus puissants. Mais qui orchestre son développement, avec quels objectifs et quelles conséquences socio-économiques sur nos sociétés démocratiques ? C’est ce que décortique l’essai de Rainer Mühlhoff, "Intelligence artificielle & nouveau fascisme", qui revient sur l’histoire de l’IA et regarde sous le capot pour en analyser les ressorts.


Philosophe et mathématicien, spécialiste de l’éthique des technologies, Rainer Mühlhoff ne cherche pas à proposer une nouvelle théorie générale du fascisme. Son objectif est plus ciblé : analyser l’IA comme une technologie de pouvoir, construite autour de la collecte de données et de la modélisation des comportements.

L’auteur insiste ainsi sur le décalage entre les récits technologiques et les effets sociaux observables. Selon lui, le terme d’« intelligence artificielle », forgé dans les années 1950, porte une promesse de dépassement de l’humain qui tend à masquer les rapports de pouvoir inscrits dans les infrastructures numériques.

Le cœur politique de l’essai se situe aux États-Unis. Mühlhoff décrit les passerelles entre une partie de la Silicon Valley et la nouvelle droite américaine (alt-right). Il s’attarde sur les courants regroupés sous l’acronyme TESCREAL (transhumanisme, extropianisme, singularitarisme, cosmisme, rationalisme, altruisme efficace, longtermisme), ainsi que sur la néo-réaction associée à Nick Land et Curtis Yarvin (le théoricien des Lumières sombres). Il y voit une critique de l’égalitarisme et de la démocratie, doublée d’une confiance radicale dans la technologie.

Pour caractériser ce qu’il appelle le « nouveau fascisme », Mühlhoff retient trois critères : rejet de la démocratie et de l’égalité, disposition à la violence et usage de la technologie comme instrument de pouvoir. Cette définition resserrée rend sa démonstration lisible, mais constitue aussi une limite : elle laisse de côté la littérature historique sur le fascisme.

L’intérêt du livre tient moins à une définition définitive du phénomène qu’à la question qu’il impose : que devient la démocratie lorsque les infrastructures numériques, les modèles d’IA et les données sont concentrés entre les mains de quelques acteurs privés qui veulent s’affranchir des règles de nos démocraties et sont capables d’influencer l’action publique ?