Intelligence artificielle : un collectif réclame une convention citoyenne sur l'IA
Alors que patrons, entrepreneurs et investisseurs se retrouveront jeudi à Paris pour le grand rendez-vous Big de Bpifrance, plusieurs collectifs appellent à manifester devant l'Accor Arena. Leur revendication : organiser rapidement une Convention citoyenne sur l'intelligence artificielle afin que les choix technologiques ne soient pas abandonnés aux seuls industriels et experts.
D'un côté, les entrepreneurs, investisseurs et patrons réunis autour des promesses de l'intelligence artificielle (IA). De l'autre, des citoyens qui demandent simplement à pouvoir décider de la société dans laquelle cette même IA est en train de les faire entrer. L'image est évidemment soigneusement choisie. Ce jeudi 8 octobre, alors que Bpifrance, la Banque publique d'investissement qui accompagne les entreprises, organise à l'Accor Arena son grand rassemblement annuel Big, le collectif "IA : Réveillons-nous" installera son propre rendez-vous quelques mètres plus loin, sur l'esplanade Johnny-Hallyday, de 17 heures à 20 heures.
Big revendique plus de 1 000 intervenants et 500 ateliers ou conférences et consacre cette année encore une place importante à l'intelligence artificielle. Les manifestants veulent justement profiter de cette concentration de décideurs économiques pour faire entendre une autre question : au-delà de ce que l'IA permet de faire, qui décide de ce que nous voulons en faire ?
Une pétition sur le site du Conseil économique, social et environnemental (CESE)
Depuis mars, le collectif porte sur la plateforme du Conseil économique, social et environnemental (CESE) une pétition réclamant l'organisation d'une Convention citoyenne consacrée à l'IA, suivie, souhaite-t-il, d'un référendum. Au 7 octobre, elle approchait les 4 000 signatures. Elle reste donc très loin des 150 000 soutiens nécessaires pour déclencher la procédure formelle de saisine du CESE. Le rassemblement de ce jeudi espère donc donner un nouvel élan à cette démarche.
Pour ses initiateurs, l'urgence vient de la vitesse même à laquelle progresse l'intelligence artificielle, reconnue d'ailleurs par les géants américains de l'IA eux-mêmes. Dans leur pétition, les membres du collectif énumèrent les bouleversements qu'ils redoutent : destruction ou transformation d'emplois, désinformation, cyberattaques, usages militaires ou de surveillance, consommation énergétique des centres de données et, à plus long terme, perte de contrôle sur des systèmes toujours plus autonomes. Autant de sujets qui alimentent déjà le débat scientifique et politique mais que les militants estiment encore trop souvent traités séparément.
D'où leur idée de reproduire, pour l'IA, le principe des conventions citoyennes déjà expérimenté en France sur le climat ou la fin de vie : réunir des citoyens tirés au sort, les informer, auditionner chercheurs, industriels, salariés, artistes ou associations puis leur demander de formuler des propositions.
Le choix du CESE n'est pas anodin. Depuis la réforme de 2021, une pétition réunissant 150 000 signatures de personnes âgées d'au moins 16 ans peut conduire à sa saisine. Le seuil atteint, le Bureau du Conseil dispose d'un mois pour juger la pétition recevable ; s'il l'accepte, le CESE doit ensuite se prononcer dans les six mois. Même sans atteindre les 150 000 signatures, son Bureau peut également décider de s'autosaisir d'un sujet soulevé par une pétition.
Élargir le mouvement au-delà des seuls militants
Jeudi, le collectif veut surtout montrer que cette préoccupation dépasse désormais les seuls militants traditionnellement critiques envers la technologie. Médecins, artistes, écrivains, comédiens de doublage, syndicats et collectifs environnementaux doivent prendre la parole. Sont notamment annoncés le médecin urgentiste Patrick Pelloux, l'écrivain Gaspard Koenig ou encore plusieurs professionnels du doublage, une profession directement confrontée aux capacités croissantes des IA génératives.
Cette diversité constitue le message que veulent envoyer les organisateurs : l'intelligence artificielle n'est plus seulement une affaire d'informaticiens et touche désormais au travail, à la culture, à l'information, à l'éducation, à la médecine, à l'environnement et, finalement, au fonctionnement même de la démocratie.
Philippe Rioux
