Intelligence artificielle, Internet : les nouvelles fractures du numérique
Dans son rapport 2026 sur l'économie numérique, l'OCDE met en évidence un paradoxe : alors que les technologies sont toujours plus accessibles, les inégalités persistent. Entre grandes entreprises et PME, comme entre villes et campagnes, de nouvelles fractures se dessinent, notamment avec l'essor de l'intelligence artificielle.
Pendant longtemps, la fracture numérique se résumait à une question : avoir ou non accès à Internet. Mais à mesure que les réseaux se sont développés et que les technologies se sont démocratisées, de nouvelles inégalités sont apparues. C'est ce que souligne l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans son rapport 2026 sur l'économie et la société numériques. Un document qui met en lumière deux fractures persistantes : celle qui sépare les grandes entreprises des petites dans l'adoption de l'intelligence artificielle et celle qui continue d'opposer les territoires urbains aux zones rurales dans l'accès au très haut débit.
L'IA creuse l'écart entre les entreprises
L'intelligence artificielle se diffuse rapidement dans l'économie, mais toutes les entreprises ne progressent pas au même rythme. En 2025, selon l'OCDE, 20 % des entreprises d'au moins dix salariés utilisaient l'IA dans les pays étudiés, contre 52 % des grandes entreprises. Un écart considérable qui illustre les difficultés rencontrées par les structures les plus modestes pour s'approprier cette révolution technologique.
Car si les outils d'IA générative, à l'image de ChatGPT, ont considérablement abaissé les barrières à l'entrée, leur utilisation ne suffit pas à transformer une entreprise. Encore faut-il disposer des compétences, des données et des infrastructures nécessaires pour les intégrer aux processus de production, à la gestion ou à la relation avec les clients.
Les différences sont également importantes entre secteurs. Dans les activités de l'information et de la communication, 39 % des entreprises combinent déjà trois technologies avancées : intelligence artificielle, informatique en nuage (cloud) et analyse des mégadonnées. À l'inverse, la construction, l'hôtellerie-restauration ou les transports accusent un retard significatif.
L'OCDE identifie plusieurs obstacles : manque de compétences internes, coûts d'intégration, inquiétudes sur la protection des données et incertitudes réglementaires. Dans l'Union européenne, 80 % des entreprises n'utilisaient toujours pas l'IA en 2025 et, parmi celles-ci, seulement 11 % avaient envisagé de le faire.
Cette situation fait peser un risque sur la compétitivité des PME. Car les entreprises capables de tirer pleinement parti de l'IA pourraient bénéficier de gains de productivité et d'efficacité dont leurs concurrentes resteraient privées. La fracture numérique ne serait alors plus seulement technologique, mais aussi économique.
Des campagnes toujours moins bien connectées
L'autre fracture concerne les territoires. Certes, l'accès à Internet n'a jamais été aussi performant et abordable. Entre 2020 et 2025, la part de la fibre dans les abonnements au haut débit fixe est passée de 31 % à 51 % dans les pays de l'OCDE. Celle des connexions gigabit a été multipliée par six. Dans le même temps, les prix des services mobiles ont diminué de plus de moitié en dix ans et ceux de l'Internet fixe de 25 à 37 %.
Mais derrière cette amélioration générale subsistent d'importantes disparités géographiques. Au deuxième trimestre 2026, les débits Internet fixes mesurés dans les villes étaient en moyenne supérieurs de 42 % à ceux des zones rurales les plus éloignées des métropoles. Pour les connexions mobiles, l'écart atteignait 41 %.
Ces différences ne sont pas sans conséquences. Télétravail, enseignement à distance, télémédecine, démarches administratives ou développement d'activités économiques : la qualité de la connexion conditionne désormais l'accès à des services essentiels et les possibilités de développement des territoires.
L'enjeu est particulièrement sensible pour les petites entreprises implantées dans les territoires ruraux, qui peuvent ainsi cumuler deux handicaps : des infrastructures moins performantes et des moyens plus limités pour adopter les technologies avancées.
Pour l'OCDE, le défi a donc changé de nature. Il ne s'agit plus seulement de garantir l'accès au numérique, mais de permettre à chacun d'en exploiter les possibilités. Car la généralisation des technologies, loin d'effacer automatiquement les inégalités, pourrait désormais contribuer à les accentuer.


