Les jeunes font confiance aux journalistes, mais hésitent à le devenir
Contrairement aux idées reçues sur la génération TikTok, les 15-20 ans accordent beaucoup plus de crédit aux journalistes qu'aux influenceurs pour s'informer. Mais cette confiance ne se traduit pas en vocations, révèle un baromètre réalisé par Brut et L'Étudiant. L'intelligence artificielle apparaît par ailleurs comme la première menace pour l'avenir de la profession.
Les jeunes auraient délaissé les médias traditionnels au profit des réseaux sociaux et de leurs influenceurs, dont ils suivraient aveuglément les publications ? Cette idée reçue est sérieusement battue en brèche par un baromètre exclusif réalisé par le média en ligne Brut et le magazine L'Étudiant, à l'occasion du Salon du journalisme, marketing et communication organisé ce samedi 7 novembre à Paris. L'enquête, conduite en ligne du 16 au 27 octobre auprès de 812 répondants issus du panel de L'Étudiant, présenté comme représentatif des 15-20 ans, révèle, en effet, une génération bien plus attachée à la fiabilité de l'information qu'on ne l'imagine.
Premier enseignement : 66 % des jeunes citent les journalistes parmi les personnes auxquelles ils font le plus confiance pour s'informer. Seuls les experts et spécialistes obtiennent un meilleur résultat (72 %). Les influenceurs sont très loin derrière : 14 % pour les TikTokeurs et Instagrammeurs, 9 % pour les YouTubeurs, soit autant que les personnalités politiques. Autrement dit, la popularité sur les réseaux sociaux ne se confond pas avec la crédibilité.
La vérification, première qualité reconnue
Les jeunes distinguent d'ailleurs clairement journalistes et créateurs de contenu. Ils associent les premiers à la vérification des informations (64 %), au respect de règles déontologiques (62 %) et à une plus grande crédibilité (44 %). Les seconds incarnent davantage la proximité avec leur audience (58 %), la liberté de choisir leurs sujets et d'exprimer leurs opinions (57 %), voire des perspectives de revenus plus attractives (41 %). Seuls 3 % des répondants déclarent ne pas vraiment percevoir de différence entre les deux activités.
Cette reconnaissance du rôle des journalistes s'accompagne de réflexes de vérification largement revendiqués. Ainsi, 82 % des jeunes affirment croiser plusieurs médias pour contrôler une information et 79 % vérifier si elle provient d'un média ou d'un journaliste professionnel. Ces proportions atteignent respectivement 88 % et 83 % parmi ceux qui font confiance aux journalistes. À l'inverse, 41 % des jeunes accordant leur confiance aux TikTokeurs et Instagrammeurs vérifient une information en consultant plusieurs comptes d'influenceurs.
Ces résultats doivent toutefois être nuancés : le sondage mesure des comportements déclarés, pas la capacité réelle des jeunes à identifier une fausse information. D'ailleurs, 12 % reconnaissent ne procéder à aucune vérification lorsqu'une information leur paraît plausible.
Une profession respectée, mais peu attractive
Le paradoxe apparaît lorsqu'on interroge ces mêmes jeunes sur leur avenir professionnel. Si le journalisme bénéficie d'un important capital de confiance, seuls 17 % envisagent d'exercer ce métier, dont 3 % qui en rêvent véritablement. À l'inverse, 28 % s'y intéressent sans souhaiter en faire leur profession et 19 % avaient envisagé cette carrière avant d'y renoncer. Enfin, 36 % l'excluent totalement.
Chez ceux qui ont envisagé le journalisme, les motivations révèlent une conception assez engagée du métier. L'envie d'enquêter arrive en tête (21 %), juste devant celle de défendre des causes et de donner la parole aux autres (20 %). Viennent ensuite le désir de voyager (17 %) et celui d'être au cœur de l'actualité (16 %). Plus surprenant, seuls 11 % citent l'envie d'informer les autres.
Mais c'est surtout l'avenir de la profession qui inquiète. Parmi les éléments susceptibles de les dissuader de devenir journalistes, l'intelligence artificielle arrive largement en tête (26 %), devant les difficultés à trouver un emploi (16 %) et le manque d'indépendance des médias (14 %). Le salaire (5 %) et les horaires (1 %) apparaissent très secondaires, tout comme la concurrence des influenceurs (2 %).
L'enquête dessine ainsi un paysage contrasté. Les jeunes reconnaissent aux journalistes une légitimité fondée sur leurs compétences et leur déontologie, à l'heure où l'IA facilite la production massive de contenus. Mais ils doutent de l'avenir professionnel de ceux dont ils continuent pourtant à reconnaître l'utilité. Plus qu'une crise de confiance dans le journalisme, c'est donc une crise de confiance dans son avenir qui semble se dessiner.
