Exosquelettes : avec Eve, Wandercraft accélère la course mondiale à la mobilité des personnes handicapées
Avec le marquage CE de son exosquelette personnel Eve, l’entreprise française Wandercraft franchit une nouvelle étape. Sur un marché mondial en pleine évolution, la France veut structurer une filière des technologies d’assistance. Mais l’innovation ne saurait dispenser les pouvoirs publics de rendre l’espace public accessible à tous.
Wandercraft, entreprise française spécialisée dans la robotique, vient de franchir une étape majeure de son développement cette semaine en obtenant le marquage CE pour son exosquelette Eve. En ligne de mire, la révolution qui permettra à des personnes handicapées de se lever et de marcher, qui s’accélère.
Avec ce feu vert réglementaire, Eve peut désormais accéder au marché européen avec une promesse qui a longtemps tenu de la science-fiction mais qui est devenue réalité : permettre à des adultes atteints notamment de paraplégie, de tétraplégie ou d’hémiplégie de se tenir debout et de marcher sans béquilles.
À la différence de nombreux exosquelettes, ces appareillages qui « enveloppent » le corps, l’appareil dispose d’un système d’auto-équilibrante qui libère les mains. L’enjeu dépasse ainsi la marche et permet aux porteurs de partager un repas debout, converser à hauteur de regard ou retrouver certains des gestes du quotidien.
Une compétition mondiale
Le dispositif s’adapte à la morphologie et aux capacités de chaque utilisateur grâce à trois types de commandes et des capteurs surveillent sa position et son environnement. Mais cette technologie ne signifie pas une liberté de déplacement sans limites. Eve complète le fauteuil roulant plutôt qu’il ne le remplace. Son utilisation exige, en effet, un accompagnant formé, présent à portée de bras, ainsi qu’un apprentissage des transferts et des consignes de sécurité. Les déplacements sont prévus sur des surfaces planes et adaptées, pas dans des escaliers ni pour traverser la rue.
Mais l’avancée technologique est réelle. D’ailleurs, la compétition est désormais mondiale. Aux États-Unis, Lifeward commercialise ReWalk 7, un exosquelette personnel qui, lui, nécessite toutefois des béquilles. En Nouvelle-Zélande, REX permet de se tenir debout les mains libres, mais vise principalement la rééducation encadrée. Au Japon, Cyberdyne mise avec HAL sur des signaux bioélectriques traduisant l’intention de mouvement. En Espagne, ABLE Human Motion développe un équipement destiné aux centres de soins. Des approches concurrentes donc mais qui ne sont pas des équivalents parfaits d’Eve.
Vers une filière française « technologie d’assistance »
Wandercraft entend en tout cas prendre de l’avance. Le groupe a annoncé le 1er octobre le rachat de l’américain Ekso Bionics. Ses appareils Atalante X et EksoNR équipent ensemble plus de 700 centres de rééducation dans le monde. L’entreprise se diversifie aussi dans la robotique industrielle avec Calvin-40 qui prévoit notamment de déployer 350 robots chez Renault à partir de 2027. Son nouveau siège parisien, ouvert le 5 octobre, doit accompagner cette montée en puissance.
La France ambitionne de faire de cette dynamique une filière. Lors de la Conférence nationale du handicap, qui s’est déroulée le 4 septembre dernier, les pouvoirs publics ont annoncé une stratégie pour structurer les technologies d’assistance, associant recherche, entreprises et usagers.
Avec l’appui des ministères concernés, de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), de Bpifrance et de Business France, l’objectif est d’attirer les investisseurs, de soutenir l’exportation et de sécuriser les financements, sans oublier la conception avec les personnes concernées.
Reste à traduire ces annonces en accès réel aux équipements. Le coût et les conditions de prise en charge demeurent à préciser.
Si la robotique avance, elle ne saurait toutefois devenir un alibi à l’inaction en faveur du handicap, régulièrement dénoncé par les associations. En attendant que ces dispositifs se diffusent, les pouvoirs publics gardent le devoir de rendre rues, trottoirs, transports et bâtiments accessibles aux personnes à mobilité réduite. Une ville sans obstacles profite aussi aux personnes âgées, aux parents avec poussette et, finalement, à tous.
Philippe Rioux



