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Surexposition des enfants aux écrans : la cote d’alerte

 

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Les confinements imposés par la crise sanitaire du Covid-19 ont accéléré la surexposition aux écrans des enfants et adolescents. Celle-ci, qui a des conséquences sur la santé, inquiète depuis plusieurs années déjà les parents et les enseignants ainsi que les médecins et les autorités, qui s’alarment aujourd’hui des proportions prises par le phénomène. 

Connectés dès 6 ans…

Selon une étude de l’institut de sondage GECE pour le site Faireparterie paru ce mois-ci, 93 % des enfants de moins de 13 ans sont régulièrement exposés aux écrans. « La majorité (96 %) des enfants sont connectés aux écrans dès 6 ans et 18 % des moins de 13 ans sont particulièrement actifs sur les réseaux sociaux », constate l’étude, qui note toutefois que ces usages restent encadrés. « Les inscriptions sur les réseaux sociaux témoignent d’un bouleversement sociétal du rapport au digital chez les moins de 13 ans. 15 % sont actifs sur un réseau social classique. L’activité sur les réseaux sociaux classiques bondit réellement à partir de 10 ans. De 10 à 12 ans, la proportion des enfants inscrits grimpe de 17 % à 37 %. Dans le même sens que précédemment, l’exposition aux écrans augmente avec l’âge des enfants », explique l’étude.

« À partir de 6 ans, la quasi-totalité des enfants sont connectés. À cet âge, ils jouent régulièrement à des jeux sur applications (70 %) et de construction sur console (49 %), et la moitié d’entre eux se désintéressent des jouets traditionnels pour le digital. Mais les écrans occupent une place non négligeable, même chez les plus jeunes. »

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« Avant 3 ans, pas d’écrans : le jeune enfant a besoin de tout son temps et de toute son attention pour découvrir et comprendre le monde avec ses cinq sens et un adulte disponible à ses côtés. Après 3 ans, le parent est le garant de la variété du jeu, des échanges, des sollicitations qui nourrissent la pensée et l’imaginaire. Tout comme une alimentation variée est indispensable à la bonne santé du corps. Entre 3 et 10 ans, le temps d’exposition aux écrans ne devrait pas dépasser 10 à 20 % du temps libre de l’enfant », explique Elsa Job-Pigeard, orthophoniste et co-fondatrice de l’association « Joue pense parle ».

Des adolescents accros

Chez les adolescents, l’addiction aux écrans est bien là aussi. « Les réseaux sociaux jouent un rôle prédominant dans leur vie quotidienne, jusqu’à surpasser les interactions face à face. Par ailleurs, ils sont souvent amenés à surfer sur internet pour des raisons éducatives, ce qui augmente leur exposition », constate l’étude. Les cours à distance organisés lors des derniers confinements a effectivement montré tout ce paradoxe. Seuls 4 % des adolescents ne s’intéressent pas aux écrans, selon l’enquête.

Cette addiction aux écrans est constatée par les parents : « 67 % des parents pensent que leur enfant est accro à un ou plusieurs de ses appareils numériques. Un cinquième des parents révèle que leurs enfants ont connu une baisse de leurs résultats scolaires et de leur bien-être en raison de leur usage des écrans, un des signes les plus évocateurs de cyberaddiction », selon l’enquête qui note par ailleurs que « cet impact est nettement plus important chez les 16-17 ans (28 %) que chez les 13-15 ans (21 %). »

Le poids des réseaux sociaux se fait particulièrement ressentir chez les adolescents puisque 64 % y sont très actifs et près de la moitié sont fans d’influenceurs. « De façon inquiétante, 11 % des parents estiment que leurs enfants souffrent d’insécurités liées au physique », souligne l’enquête, confirmant ainsi les critiques adressées particulièrement à Instagram et sa maison-mère Facebook. La lanceuse d’alerte et ex-employée de Facebook Frances Haugen a d’ailleurs affirmé que Facebook sait combien Instagram peut être toxique pour les adolescentes.

L’enquête apporte toutefois une note d’espoir puisque selon les trois profils types d’adolescent connecté, elle estime que les profils dominants sont les adolescents qui utilisent les écrans en modération ou de façon saine, sans négliger leur vie personnelle.
 

Écrans et enfants : des effets sur la santé mentale

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À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, la Défenseure des droits, Claire Hédon, et son adjoint Défenseur des enfants, Eric Delemar, ont rendu public mercredi leur rapport annuel consacré aux droits de l’enfant. Intitulé « Santé mentale des enfants : le droit au bien-être », ce rapport aborde l’impact des écrans sur les enfants.

« Nombre de professionnels interrogés dans le cadre de ce rapport s’inquiètent des nouvelles addictions et notamment de l’usage de plus en plus fréquent des écrans par les jeunes enfants et adolescents et des dérives qui peuvent en découler (développement cognitif altéré, cyber dépendance, cyber harcèlement, revenge porn). Ces phénomènes ont été amplifiés avec le premier confinement, les technologies numériques venant pallier l’absence de cours en présentiel ou les difficultés pour les parents qui travaillaient de s’occuper de leurs enfants » écrit la Défenseure.

Demande d'une étude approfondie

« Pour réguler les usages numériques, il importe de sensibiliser les parents au développement cognitif et émotionnel du jeune enfant mais également de valoriser leur rôle, comme l’ont fait par exemple la Fondation pour l’enfance, Santé publique France et l’association française de pédiatries ambulatoires (AFPA) dans la campagne nationale de sensibilisation qu’elles ont lancée », estime-t-elle. La Défenseure des droits recommande ainsi au ministre des Solidarités et de la santé de faire réaliser une étude approfondie « sur le phénomène et les conséquences de toutes les formes d’addictions liées aux écrans, dans l’objectif de mieux cibler et d’adapter les campagnes de communication à destination des familles, des enfants et des professionnels. »

Un site de l’Etat pour aider les parents

Le gouvernement a d’ores et déjà pris en considération le problème. « Pour mieux accompagner les parents, le site jeprotegemonenfant.gouv.fr lancé en février 2020 sera élargi dans les prochaines semaines afin de devenir un portail d’information unique sur la parentalité numérique. La plateforme centralisera – à destination des parents – les outils pratiques et les ressources nécessaires pour un usage raisonné et raisonnable des écrans chez les mineurs », a annoncé le gouvernement début octobre.

Enfants, parents : déjouer les pièges du net

Sitôt sortis de l'école, ils se retrouvent pour « chatter » sur la messagerie instantanée Messenger, racontent leurs journées sur leur Skyrock blog et mettent à jour leur statut sur le réseau social vedette Facebook où ils collectionnent les amis et les amis des amis. Eux, ce sont les ados des années 2000, cette « génération Y » née avec internet et qui vit tellement au quotidien sur la Toile - les chiffres l'attestent enquête après enquête - qu'elle en oublie presque les pièges et les chausse-trappes du net. C'est bien pour éviter que les ados ne tombent dedans que les adultes et les associations se mobilisent et tirent aujourd'hui la sonnette d'alarme.

Le 9 février dernier, la 7e édition du « Safer internet day », une initiative internationale lancée par la Commission européenne, s'est déroulée autour du thème « Tu publies ? Réfléchis », avec conférence, ateliers et jeux en ligne pour les adolescents. Hier, en pleine polémique sur le site Chatroulette (lire ci-dessous), l'association Familles de France a lancé son opération « Tu t'es vu sur ton blog ? », qui se concrétisera par une série de conférences et des interventions en milieu scolaire. « Au moins 30 % des élèves de CM2 et 60 % des cinquièmes ont un blog, et si à l'époque des journaux intimes, les jeunes étaient auteurs, ils sont aujourd'hui devenus éditeurs et diffuseurs, et ce sans réaliser les conséquences », explique Michel Bonnet, soulignant que les enfants ne font pas le distinguo entre sphères privée et publique. « Ils ne prennent pas conscience que les informations peuvent être lues par tous, autres camarades de classe, mais également adultes pas toujours bien intentionnés », expose Familles de France.

Droit à l'oubli

« Les photos que nous mettons en ligne restent sur les réseaux et peuvent resurgir des années plus tard… Or, par exemple, une photo délirante d'une fête publiée aujourd'hui par un jeune sur internet peut s'avérer lourde de conséquence lors d'un entretien d'embauche des années plus tard », détaillait début février l'association Internet sans crainte.

Car derrière les dangers auxquels peuvent s'exposer les enfants en publiant des informations intimes sur internet, c'est bien la question du droit à l'oubli qui se pose à l'ensemble de la société et plus encore celle de la régulation - ou du filtrage et donc de la censure pour certains. Ce droit a l'oubli, qui fait l'objet d'une proposition de loi sénatoriale cosignée par la sénatrice aveyronnaise Anne-Marie Escoffier et que la CNIL voudrait voir inscrit dans la constitution.

Conseils. Enfants, parents : les solutions
L'association Internet sans crainte, membre de l'Insafe, est le relais en France du « Safer internet day » dont le thème cette année était « Tu publies ? Réfléchis. » L'association aide également les parents et vient d'éditer une plaquette « La sécurité sur Internet. Si on en parlait en famille », téléchargeable sur le site de l'association à l'adresse www.internetsanscrainte.fr
Pour les parents, Internet sans crainte donne plusieurs conseils, notamment le fait de mettre l'ordinateur dans une pièce commune ou encore, avant d'acheter un jeu vidéo, de consulter la classification PEGI.
L'association e-Enfance (www.e-enfance.org) insiste, elle, sur la mise en place d'un contrôle parental. « Depuis 2006 tous les fournisseurs d'accès à internet ont l'obligation de fournir à leurs clients un système de contrôle parental gratuit. Ces systèmes permettent de filtrer les contenus à risque selon l'âge de l'enfant. Cependant il faut savoir que si ces logiciels de sécurité sont de plus en plus performants, interdisant l'accès aux sites d'argent, de pornographie et même de chat, ils ne sont pas efficaces à 100 % », explique l'association. La création de session informatique pour chaque membre de la famille ; la limitation des horaires de connexion et de jeux ; le contrôle des contacts de messagerie ou sur Facebook sont aussi des pistes. Mais le dialogue parents-enfants reste le meilleur moyen de se protéger des risques du net.

Chatroulette : le porno en embuscade

C'est LE site web du moment par qui le scandale arrive ; et surtout, l'exemple parfait qui montre que derrière une idée anodine et sympathique peuvent se cacher des intentions malhonnêtes. Chatroulette, donc, est un site internet lancé fin 2009 par un jeune lycéen russe de 17 ans, Andrey Ternovskiy. Le principe est un jeu d'enfant. Une fois connecté avec votre navigateur sur www.chatroulette.com, le site - théoriquement interdit aux moins de 16 ans mais accessible à tous - vous met en contact, via la webcam de votre ordinateur, avec un autre internaute connecté de la même façon et choisi au hasard selon le principe de la roulette russe. S'engage alors, ou pas, un dialogue ; une touche, « next », permettant à tout moment de zapper vers un autre ami potentiel. Mais les échanges spontanés ont vite donné lieu à des dérapages. Scènes de nus, insultes, voire masturbation sont devenus le lot commun des utilisateurs, notamment les jeunes puisque le site n'était pas sur les listes noires des logiciels de contrôle parental.

L'association e-Enfance s'en est ouverte auprès des éditeurs et Chatroulette est donc passé de la catégorie « chat » à celle de « site avec un contenu à caractère illicite et inapproprié. »

Profitant de la polémique sur le site russe, la secrétaire d'État à la Famille, Nadine Morano, a souhaité mardi « une mobilisation de l'ONU » pour lutter contre les dangers encourus par les enfants confrontés à la pornographie sur internet, estimant qu'il fallait « réguler internet » au niveau mondial.


Témoignage : « ça me fait un peu peur »

Patrice, jeune père toulousain de Jérôme, 11 ans, et de Coralie, 16 ans.

« Depuis quelques mois, ça me fait un peu peur de les voir passer leurs journées, pour le garçon entre l'iPod, la console PSP (où l'on peut charger des films ou des jeux violents) et l'internet ; et pour la fille avec son ordinateur portable sur Facebook, MSN, son blog Skyrock.

Sur Facebook, j'ai demandé à ma fille de devenir son ami, mais elle a refusé. Ce n'est pas grave, j'ai confiance en elle, mais c'est vrai que, comme parent, on est un peu inquiet de ne pas pouvoir maîtriser cela. Elle pourrait être confrontée sur le net à des images pornographiques ou être embêtée par un petit copain mal intentionné. En résumé, ils sont un peu devenus accros et ils ne sont donc pas à l'abri d'une mauvaise expérience sur le web.

Le principal, c'est de pouvoir fonctionner à la confiance avec eux car de toute façon on ne peut pas tout cadenasser avec un logiciel de contrôle parental. Parmi leurs copains il y en aura toujours un pour arriver à contourner les protections. Pour rester positif, il faut se dire que pour eux, se connecter à ces réseaux sociaux, échanger sur MSN, c'est une façon de rester ensemble après l'école, c'est un mode de relation qui est de leur génération. »

Internet : comment mieux protéger les enfants


Les derniers chiffres de l'Autorité de régulation des communications et des postes (Arrcep) dénombrent en France 16,7 millions de foyers abonnés à internet à haut débit. Sur un an, 2,5 millions de Français supplémentaires se sont mis sur le Net. Accompagner la scolarité des enfants en ayant un accès à internet à la maison est l'une des motivations des parents pour franchir le pas, mais l'inquiétude persiste sur les dangers d'internet (pornographie violente, pédopornographie, cyberdépendance, cyberchantage, cyberdiffamation). C'est pour cette raison qu'en cette rentrée, le gouvernement vient d'éditer la plaquette Huit conseils pour protéger vos enfants sur internet, présentée par Xavier Darcos, ministre de l'Éducation nationale, et par Nadine Morano, secrétaire d'État à la Famille. Ce document tiré à 4,8 millions d'exemplaires sera distribué dans toutes les écoles primaires.

Filtrage polémique

« Nos enfants passent 900 heures par an à l'école et 1 200 heures par an devant leurs écrans. 96 % des adolescents surfent sur internet tous les jours et l'on compte en moyenne six écrans par foyer (télés, ordinateurs, consoles de jeux). Chacun peut comprendre qu'une trop grande consommation de médias nuit à la qualité des relations sociales, influe sur les résultats scolaires et sur la vie familiale », expliquent les ministres, poursuivant « Nous appelons à votre vigilance en tant que parents sur l'utilisation d'Internet par vos enfants. Mais la vigilance des parents ne suffit pas et c'est pourquoi nous agissons également pour sécuriser l'usage d'Internet par les jeunes. »

Au-delà de la plaquette, le gouvernement plaide pour un filtrage plus poussé d'internet. Alors que le 18 septembre se tiendra à Paris une réunion européenne des ministres concernés, Nadine Morano souhaite « une police internationale de la Toile » et un blocage des sites problématique via un filtrage au niveau des fournisseurs d'accès. Mais l'exemple de la Norvège brandi par la ministre est-il réalisable en France sachant qu'en Norvège, il n'y a que 300 000 abonnés à un seul fournisseur ? « C'est une mauvaise solution », estime Xavier Niel, PDG d'Iliad, la maison-mère de Free, soulignant qu'un filtrage généralisé fait également craindre des atteintes aux libertés individuelles. La polémique ne fait que commencer…


Huit conseils

1. Parlez avec votre enfant de ses activités sur la Toile ;
2. Activez le logiciel de contrôle parental de votre fournisseur d'accès à Internet sur chaque ordinateur de la maison ;
3. Ne laissez pas les jeunes enfants seuls sur Internet ;
4. Vérifiez que le jeu vidéo ou en ligne est adapté à l'âge de l'enfant ou de l'adolescent ;
5. Limitez le temps consacré aux écrans ;
6. Limitez le nombre d'écrans individuels à la maison ;
7. Consultez les pages d'information sur les risques présents sur le Net ;
8. Signalez les images et propos pédopornographiques.