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Pornographie en ligne : des risques préoccupants pour les adolescents

 

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Sandrine Charnier, Université de Lorraine; Joëlle Lebreuilly, Université de Lorraine et Martine Batt, Université de Lorraine

Pour la première fois dans l'histoire parlementaire, un rapport d'information du Sénat se penche sur les pratiques de l'industrie pornographique. Il a été présenté le 28 septembre par les sénatrices Alexandra Borchio-Fontimp (Les Républicains), Laurence Cohen (communiste), Laurence Rossignol (socialiste) et Annick Billon (Union centriste), avec l'objectif de provoquer un « électrochoc » en France et d'en faire une « priorité» dans le débat public. Parmi les nombreuses recommandations figure la place croissante qu'a pris la pornographie auprès des plus jeunes, sachant que les enfants «seront confrontés, au cours de leur minorité, volontairement ou non, de façon répétée, intensive ou épisodique, à du contenu pornographique violent».

L’adolescence est une période de bouleversements et de maturations physiques, biologiques et psychiques. Pour les jeunes, Internet va alors sembler un lieu privilégié pour chercher des informations et partager des questionnements, les confrontant seuls aux dangers et aux risques de cette utilisation.

Un adolescent sur cinq serait concerné par un de ces risques : cyberharcèlement, contact avec des inconnus, utilisation de sexting et usage de la pornographie.

La confrontation avec la pornographie en ligne est un risque qui questionne. En effet, le nombre de sites de cet ordre s’est multiplié de manière exponentielle : en 2007, il existait déjà plus de 4 millions de sites d’ordre pornographique sur Internet et, souvent, il suffit de valider « être majeur » ou « avoir plus de 18 ans » pour y accéder.

L’usage de la pornographie en ligne par les adolescents, à un moment crucial de leur développement, amène à s’interroger sur les conséquences d’un point de vue comportemental, sexuel et psychologique.

Quels sont les facteurs qui peuvent expliquer que certains adolescents sont plus vulnérables que d’autres ?

Plus d’adolescents exposés que d’adolescentes

La confrontation à du contenu pornographique en ligne peut être accidentelle, résultant notamment de fenêtres « pop-up » qui s’ouvrent lors de recherche d’informations sur la santé ou sur des thèmes pouvant avoir ou non un caractère sexuel ou de mails non désirés. Une étude de 2017 a estimé qu’un adolescent sur cinq aurait été ainsi exposé à du matériel pornographique de manière accidentelle.

Une autre étude en France a montré que 58 % des garçons et 45 % des filles avaient vu leur première image pornographique avant l’âge de 13 ans.

La confrontation à du contenu pornographique peut être accidentelle, due notamment à l’ouverture de fenêtres « pop-up ». Shutterstock

L’exposition peut également être intentionnelle : les études estiment que plus de la moitié des adolescents consultent régulièrement des sites pornographiques en ligne. Ces consultations volontaires relèvent principalement de trois raisons : la recherche d’informations d’ordre sexuel, la mise en connexion avec quelqu’un, et le divertissement ou l’excitation sexuelle.

les chercheurs Jochen Peter et Patti Valkenburg ont pu noter en 2016 que les adolescents concernés étaient plus souvent des garçons, dans un stade de puberté précoce, à la recherche de sensations et qui rencontraient des difficultés relationnelles dans leur famille.

Phénomène d’habituation

Il est difficile de déterminer les causes ou conséquences de la consultation de ce type de contenu en ligne tant les facteurs peuvent se recouper avec les conséquences. Par exemple, l’usage de la pornographie en ligne peut rentrer en conflit avec le développement psychosexuel et prédire l’incertitude sexuelle notamment chez les filles, mais aussi déclencher des symptômes dépressifs si l’exposition intentionnelle est trop précoce.

L’utilisation du matériel pornographique en ligne est liée à des comportements qualifiés d’instrumentaux ou de récréatifs, c’est-à-dire des comportements sexuels qui valorisent davantage la satisfaction du plaisir physique personnel que l’aspect affectif dans la relation.

La fréquence de son usage affecte les croyances sur le rôle des genres dans les relations sexuelles, mettant en avant des croyances stéréotypées : la notion de femme-objet sexuel dans un rôle de passivité et de soumission, et la notion de masculinité avec l’image de la domination et de l’agression.

Les études ont pu montrer que progressivement, avec l’âge et la fréquence de l’utilisation, un phénomène d’habituation se met en place amenant à explorer d’autres thèmes sexuels, voire à caractère de violence. Ainsi, il a été retrouvé un lien entre les usagers réguliers et l’utilisation de la contrainte et de l’abus dans les relations sexuelles.

La consommation de substances psychoactives ou d’alcool a été retrouvée significativement liée à l’usage de la pornographie en ligne mais aussi à la pratique du sexting. Les substances psychoactives agissent sur la sensation de désinhibition en l’accentuant, et permettent d’atténuer le ressenti des émotions comme la honte ou la culpabilité. Un phénomène d’association se met alors en place : l’usage de la pornographie en ligne ou de sexting se retrouve progressivement associé à la consommation de substances ou d’alcool, créant ainsi un [conditionnement].

L’usage de la pornographie en ligne peut déclencher des symptômes dépressifs si l’exposition intentionnelle est trop précoce.. Shutterstock

Les résultats scolaires semblent impactés par l’usage du matériel pornographique en ligne. Or, il reste difficile de dissocier l’usage de l’écran de l’usage de la pornographie en ligne. L’impact sur les performances scolaires serait sans doute directement lié à un usage excessif des écrans, qui lui-même aurait un impact sur le sommeil, les capacités d’apprentissages, d’attention et de mémorisation.

Facteurs de risques

Les études ont pu montrer que des facteurs prédisposaient à l’usage de la pornographie en ligne. Les adolescents présentant ces facteurs développent un usage plus important du matériel pornographique en ligne.

D’abord, plus l’usage d’Internet est important et plus il augmente le risque d’être confronté de manière accidentelle à des sites d’ordre pornographique. Cette augmentation va attiser la curiosité sexuelle, favoriser le développement de l’usage intentionnel et diminuer l’autorégulation. Une connexion plus rapide, un accès privé, l’usage de réseaux sociaux et de faibles règles parentales majorent cet effet.

L’adolescence est une période où le regard des pairs revêt une importance non négligeable. Faire partie d’un groupe, être reconnu et accepté par ses pairs sont des besoins qui vont influencer la prise de décision et les comportements des adolescents. Les études ont pu montrer que les adolescents perçoivent une norme sexuelle à travers le discours des pairs, norme à laquelle ils vont tenter de se conformer.

L’influence des pairs sera d’autant plus grande si l’adolescent ne dispose pas de facteur de protection et s’il est un utilisateur de réseaux sociaux, ceux-ci altérant la perception des pairs.

Le développement psychosexuel englobe plusieurs notions : le stade de puberté, l’identité sexuelle et le niveau de permissivité sexuelle. Les études ont montré que les adolescents utilisent le matériel pornographique en ligne en fonction de leur stade de puberté : ceux dont le développement pubertaire semble complet sont des utilisateurs plus fréquents comparativement à ceux se situant en début de leur développement pubertaire.

Le niveau de permissivité sexuelle (attitudes sexuelles en dehors de toute relation engagée ou amoureuse) semble prédire l’utilisation du matériel pornographique en ligne. Le niveau de permissivité sera d’autant plus important que l’adolescent n’aura pas intégré de normes sociales.

Les résultats des études du lien entre comorbidités psychiatriques et l’utilisation du matériel pornographique en ligne révèlent que les symptômes dépressifs, une faible estime de soi et de satisfaction de la vie seraient prédictifs de l’usage de la pornographie en ligne. De même, la recherche de sensations qui est un trait de personnalité retrouvé dans les comportements avec prise de risque (tels que l’usage de substance, les sports à risque…) semble aussi prédire cet usage.

L’influence de ces facteurs prédisposant à l’usage du matériel pornographique sera moindre ou au contraire accentuée selon la présence ou l’absence d’un facteur protecteur. Par exemple, le rôle des parents est primordial : des parents qui exercent un contrôle psychologique important vont accentuer l’influence des pairs alors que des parents qui privilégient la discussion vont avoir un effet inverse.

De même, les facteurs interagissent entre eux renforçant ainsi leur impact. Par exemple, un adolescent présentant des symptômes dépressifs avec une faible estime de soi et des difficultés à s’affirmer va avoir plus facilement tendance à s’isoler, à renforcer l’usage des écrans et dans ce cas être plus vulnérable aux sollicitations sexuelles sur Internet.

Facteurs de protection

Deux facteurs de protection de l’usage de la pornographie en ligne ont été identifiés : le dialogue sur l’usage de la pornographie en ligne dans le cadre familial, et la pratique d’une religion.

Les professionnels de l’adolescence et l’entourage des adolescents partagent souvent l’inquiétude de savoir si le fait d’évoquer la problématique de la pornographie en ligne serait incitateur ou protecteur. Dans les études, il est montré qu’évoquer cet usage aurait un effet protecteur. Cette ouverture au dialogue permet aux adolescents de se sentir écoutés, pris en compte. La discussion et les échanges permettent de faire passer des informations.

Adolescents : que faut-il leur dire face au porno ? (RFI, « 7 milliards de voisins », juin 2019).

En revanche, la mise en place de pare-feu ou d’interdictions par les parents auraient un effet incitateur : braver l’interdit. Un fonctionnement familial ouvert au dialogue va protéger l’adolescent de cet usage.

La pratique d’une religion ou les croyances religieuses aurait un rôle protecteur en facilitant non seulement l’intégration des normes sociales, mais aussi la réflexion, l’autorégulation personnelle, et le contrôle social. L’adolescent se voit alors en mesure de questionner ce qu’il voit en faisant des liens avec des notions de respect, de réalité et aussi de partage.

Pour conclure, la consultation du matériel pornographique en ligne dans la période de l’adolescence est un phénomène de plus en plus précoce et important. Derrière la banalisation, peuvent se cacher des problématiques en plein développement. Prévenir l’usage permet de développer l’esprit critique des adolescents. Un programme de prévention adapté doit prendre en compte l’ensemble de ces facteurs afin d’accroître les facteurs de protection et de diminuer les facteurs à risque.The Conversation

Sandrine Charnier, Doctorante en psychologie- Psychologue clinicienne - Psychothérapeute -, Université de Lorraine; Joëlle Lebreuilly, Maîtresse de conférences en psychologie, Université de Lorraine et Martine Batt, Professeur des universités, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Enfants, parents : déjouer les pièges du net

Sitôt sortis de l'école, ils se retrouvent pour « chatter » sur la messagerie instantanée Messenger, racontent leurs journées sur leur Skyrock blog et mettent à jour leur statut sur le réseau social vedette Facebook où ils collectionnent les amis et les amis des amis. Eux, ce sont les ados des années 2000, cette « génération Y » née avec internet et qui vit tellement au quotidien sur la Toile - les chiffres l'attestent enquête après enquête - qu'elle en oublie presque les pièges et les chausse-trappes du net. C'est bien pour éviter que les ados ne tombent dedans que les adultes et les associations se mobilisent et tirent aujourd'hui la sonnette d'alarme.

Le 9 février dernier, la 7e édition du « Safer internet day », une initiative internationale lancée par la Commission européenne, s'est déroulée autour du thème « Tu publies ? Réfléchis », avec conférence, ateliers et jeux en ligne pour les adolescents. Hier, en pleine polémique sur le site Chatroulette (lire ci-dessous), l'association Familles de France a lancé son opération « Tu t'es vu sur ton blog ? », qui se concrétisera par une série de conférences et des interventions en milieu scolaire. « Au moins 30 % des élèves de CM2 et 60 % des cinquièmes ont un blog, et si à l'époque des journaux intimes, les jeunes étaient auteurs, ils sont aujourd'hui devenus éditeurs et diffuseurs, et ce sans réaliser les conséquences », explique Michel Bonnet, soulignant que les enfants ne font pas le distinguo entre sphères privée et publique. « Ils ne prennent pas conscience que les informations peuvent être lues par tous, autres camarades de classe, mais également adultes pas toujours bien intentionnés », expose Familles de France.

Droit à l'oubli

« Les photos que nous mettons en ligne restent sur les réseaux et peuvent resurgir des années plus tard… Or, par exemple, une photo délirante d'une fête publiée aujourd'hui par un jeune sur internet peut s'avérer lourde de conséquence lors d'un entretien d'embauche des années plus tard », détaillait début février l'association Internet sans crainte.

Car derrière les dangers auxquels peuvent s'exposer les enfants en publiant des informations intimes sur internet, c'est bien la question du droit à l'oubli qui se pose à l'ensemble de la société et plus encore celle de la régulation - ou du filtrage et donc de la censure pour certains. Ce droit a l'oubli, qui fait l'objet d'une proposition de loi sénatoriale cosignée par la sénatrice aveyronnaise Anne-Marie Escoffier et que la CNIL voudrait voir inscrit dans la constitution.

Conseils. Enfants, parents : les solutions
L'association Internet sans crainte, membre de l'Insafe, est le relais en France du « Safer internet day » dont le thème cette année était « Tu publies ? Réfléchis. » L'association aide également les parents et vient d'éditer une plaquette « La sécurité sur Internet. Si on en parlait en famille », téléchargeable sur le site de l'association à l'adresse www.internetsanscrainte.fr
Pour les parents, Internet sans crainte donne plusieurs conseils, notamment le fait de mettre l'ordinateur dans une pièce commune ou encore, avant d'acheter un jeu vidéo, de consulter la classification PEGI.
L'association e-Enfance (www.e-enfance.org) insiste, elle, sur la mise en place d'un contrôle parental. « Depuis 2006 tous les fournisseurs d'accès à internet ont l'obligation de fournir à leurs clients un système de contrôle parental gratuit. Ces systèmes permettent de filtrer les contenus à risque selon l'âge de l'enfant. Cependant il faut savoir que si ces logiciels de sécurité sont de plus en plus performants, interdisant l'accès aux sites d'argent, de pornographie et même de chat, ils ne sont pas efficaces à 100 % », explique l'association. La création de session informatique pour chaque membre de la famille ; la limitation des horaires de connexion et de jeux ; le contrôle des contacts de messagerie ou sur Facebook sont aussi des pistes. Mais le dialogue parents-enfants reste le meilleur moyen de se protéger des risques du net.

Chatroulette : le porno en embuscade

C'est LE site web du moment par qui le scandale arrive ; et surtout, l'exemple parfait qui montre que derrière une idée anodine et sympathique peuvent se cacher des intentions malhonnêtes. Chatroulette, donc, est un site internet lancé fin 2009 par un jeune lycéen russe de 17 ans, Andrey Ternovskiy. Le principe est un jeu d'enfant. Une fois connecté avec votre navigateur sur www.chatroulette.com, le site - théoriquement interdit aux moins de 16 ans mais accessible à tous - vous met en contact, via la webcam de votre ordinateur, avec un autre internaute connecté de la même façon et choisi au hasard selon le principe de la roulette russe. S'engage alors, ou pas, un dialogue ; une touche, « next », permettant à tout moment de zapper vers un autre ami potentiel. Mais les échanges spontanés ont vite donné lieu à des dérapages. Scènes de nus, insultes, voire masturbation sont devenus le lot commun des utilisateurs, notamment les jeunes puisque le site n'était pas sur les listes noires des logiciels de contrôle parental.

L'association e-Enfance s'en est ouverte auprès des éditeurs et Chatroulette est donc passé de la catégorie « chat » à celle de « site avec un contenu à caractère illicite et inapproprié. »

Profitant de la polémique sur le site russe, la secrétaire d'État à la Famille, Nadine Morano, a souhaité mardi « une mobilisation de l'ONU » pour lutter contre les dangers encourus par les enfants confrontés à la pornographie sur internet, estimant qu'il fallait « réguler internet » au niveau mondial.


Témoignage : « ça me fait un peu peur »

Patrice, jeune père toulousain de Jérôme, 11 ans, et de Coralie, 16 ans.

« Depuis quelques mois, ça me fait un peu peur de les voir passer leurs journées, pour le garçon entre l'iPod, la console PSP (où l'on peut charger des films ou des jeux violents) et l'internet ; et pour la fille avec son ordinateur portable sur Facebook, MSN, son blog Skyrock.

Sur Facebook, j'ai demandé à ma fille de devenir son ami, mais elle a refusé. Ce n'est pas grave, j'ai confiance en elle, mais c'est vrai que, comme parent, on est un peu inquiet de ne pas pouvoir maîtriser cela. Elle pourrait être confrontée sur le net à des images pornographiques ou être embêtée par un petit copain mal intentionné. En résumé, ils sont un peu devenus accros et ils ne sont donc pas à l'abri d'une mauvaise expérience sur le web.

Le principal, c'est de pouvoir fonctionner à la confiance avec eux car de toute façon on ne peut pas tout cadenasser avec un logiciel de contrôle parental. Parmi leurs copains il y en aura toujours un pour arriver à contourner les protections. Pour rester positif, il faut se dire que pour eux, se connecter à ces réseaux sociaux, échanger sur MSN, c'est une façon de rester ensemble après l'école, c'est un mode de relation qui est de leur génération. »