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Voitures électriques : pourquoi la course aux 1 000 km d’autonomie pourrait changer le marché

 

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Longtemps considérée comme le principal frein à l’adoption de la voiture électrique, l’autonomie reste au cœur des stratégies des constructeurs. Alors que la majorité des automobilistes n’a pas besoin de parcourir de telles distances sans recharge, plusieurs marques franchissent déjà le seuil symbolique des 1 000 kilomètres. Une promesse appelée à se généraliser avec l’arrivée des batteries solides.

L’autonomie demeure l’un des sujets les plus sensibles lorsqu’il est question de voiture électrique. Pourtant, les chiffres montrent que les besoins réels des automobilistes sont souvent bien inférieurs aux capacités désormais proposées par les constructeurs. En France, la distance moyenne parcourue quotidiennement tourne ainsi autour d’une trentaine de kilomètres. Une voiture offrant entre 300 et 500 kilomètres d’autonomie couvre donc plusieurs jours d’utilisation sans recharge.

Mais la rationalité ne suffit pas toujours à convaincre. L’angoisse de la panne, souvent qualifiée d’"anxiété d’autonomie", continue d’influencer les décisions d’achat. Les constructeurs l’ont bien compris et, pour lever ce frein psychologique, ils se sont engagés dans une nouvelle course technologique : celle des 1 000 kilomètres d’autonomie.

Les marques chinoises sont aujourd’hui les plus avancées dans ce domaine. GAC Aion a annoncé son Aion LX Plus avec 1 008 kilomètres d’autonomie selon le cycle chinois CLTC. Zeekr revendique 1 032 kilomètres pour certaines versions de sa berline 001. NIO, de son côté, mise sur une batterie de 150 kWh destinée à permettre à l’ET7 d’atteindre jusqu’à 1 000 kilomètres selon les configurations et les marchés. Ces performances doivent toutefois être interprétées avec prudence. Les cycles d’homologation chinois sont généralement plus favorables que le protocole européen WLTP, considéré comme plus proche des conditions réelles d’utilisation.

Au-delà de l’électrique pur, certains constructeurs ont choisi une autre voie pour dépasser largement le cap symbolique des 1 000 kilomètres : le prolongateur d’autonomie. Cette technologie repose sur une architecture particulière. Les roues restent entraînées par un moteur électrique tandis qu’un moteur à essence sert uniquement… à produire de l’électricité lorsque la batterie se décharge !

Un prolongateur d’autonomie... à essence

Volkswagen vient ainsi de présenter en Chine l’ID Era 9X, un grand SUV affichant plus de 1 600 kilomètres d’autonomie cumulée grâce à cette solution. Xiaomi suit une stratégie comparable avec sa nouvelle marque Sky Nomad. Son premier modèle, un SUV de plus de cinq mètres de long, promet environ 500 kilomètres en mode électrique auxquels s’ajouteraient près de 1 000 kilomètres grâce à un réservoir d’essence. L’objectif est clair pour ces constructeurs : rassurer les conducteurs encore réticents à franchir le pas du tout électrique, quitte à proposer des véhicules qui s’éloignent du vertueux 100 % électrique.

Reste une question essentielle : ces autonomies géantes sont-elles réellement utiles ? Pour la majorité des automobilistes, probablement pas. Une batterie de très grande capacité entraîne un surcoût important, augmente le poids du véhicule et nécessite davantage de ressources pour sa fabrication. Dans le même temps, les progrès de la recharge rapide réduisent progressivement l’intérêt d’embarquer des réserves d’énergie toujours plus importantes. Sur les bornes les plus performantes, récupérer une grande partie de l’autonomie ne demande plus que quelques dizaines de minutes.

La révolution des batteries solides

La véritable révolution pourrait toutefois venir des batteries solides. Plusieurs industriels travaillent déjà sur cette technologie considérée comme l’une des plus prometteuses du secteur. Chery, via sa marque Exeed, évoque des modèles capables d’atteindre 1 500 kilomètres d’autonomie théorique. Dongfeng annonce des véhicules à batterie solide dépassant les 1 000 kilomètres à partir de cette année. Hongqi développe également une solution similaire, tandis que CATL poursuit ses recherches sur des cellules destinées à franchir ce seuil.

Si ces promesses se concrétisent, les voitures électriques de plus de 1 000 kilomètres d’autonomie pourraient alors devenir courantes au cours de la prochaine décennie. Paradoxalement, cette évolution répondra sans doute davantage à un besoin de réassurance qu’à un véritable besoin de mobilité. Car, dans la plupart des cas, le défi n’est plus de pouvoir parcourir 1 000 kilomètres sans s’arrêter, mais de convaincre les automobilistes qu’ils n’en ont généralement pas besoin.

L’intelligence artificielle entre dans la sphère intime : de plus en plus de Français l’utilisent comme confident du quotidien

 

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L’intelligence artificielle ne se limite plus à la productivité ou à la recherche d’informations. Selon une étude menée par Nation.fr, l’IA entre désormais dans la sphère intime : conseils personnels, coaching, discussions libres, séduction ou soutien émotionnel. Une bascule des usages qui révèle une transformation profonde du rapport des Français à la technologie.

L’intelligence artificielle n’est plus perçue comme une simple innovation technologique. Elle s’installe progressivement dans les habitudes de vie des Français, au point de devenir pour certains un interlocuteur du quotidien, un coach personnel ou même un confident. Une étude réalisée par Nation.fr auprès de 3 801 personnes montre, en effet, à quel point l’IA est désormais intégrée dans les usages courants. Au total, 76 % des Français déclarent avoir déjà utilisé une intelligence artificielle, dont 26 % quotidiennement et 19 % au moins une fois par semaine. Seuls 4 % affirment ne pas être intéressés par ces outils.

48 % des Français utilisent l'IA dans leur vie personnelle

Cette adoption massive dépasse désormais le cadre strictement professionnel. Certes, 42 % des répondants utilisent l’IA dans le travail ou les études, mais ils sont encore plus nombreux (48 %) à l’utiliser dans leur vie personnelle. Organisation, recherche d’informations, aide aux démarches, recommandations ou assistance rédactionnelle : l’IA devient un réflexe domestique autant qu’un outil de bureau.

Le phénomène est particulièrement visible dans les usages conversationnels. Plus de sept Français sur dix indiquent avoir déjà discuté avec une IA comme avec une véritable personne. Parmi eux, 17 % le font souvent et 33 % parfois. L’outil technologique prend ainsi progressivement une dimension relationnelle.

31 % considèrent déjà l'IA comme un coach

Cette évolution se confirme dans la manière dont les Français définissent désormais l’intelligence artificielle. Si 37 % continuent de la voir avant tout comme un outil pratique, 31 % la considèrent déjà comme un coach capable d’accompagner la santé, le sport, l’organisation ou la vie professionnelle et 10 % parlent même d’une « présence rassurante ».

Les usages liés au coaching personnel illustrent cette mutation puisque près d’un Français sur trois a déjà utilisé une IA pour le sport, la nutrition, le bien-être ou la productivité, dont 12 % régulièrement. À cela s’ajoutent 43 % de personnes intéressées par cette possibilité. 

Parler de sujets personnels ou intimes

Le basculement devient encore plus marquant lorsqu’il touche à la sphère intime. Selon l’étude, 71 % des Français ont déjà utilisé ou se disent prêts à utiliser une IA pour parler de sujets personnels ou intimes. Dans le détail, 45 % reconnaissent avoir déjà abordé ce type de conversations avec une intelligence artificielle, dont 8 % fréquemment.

Cette évolution traduit un changement culturel profond, car l’IA apparaît pour certains comme un espace de parole plus neutre, plus immédiat et parfois moins jugeant qu’un échange humain. 

Le rapport affectif à l’IA progresse également. Près de trois Français sur dix se disent à l’aise avec l’idée d’utiliser une intelligence artificielle comme « ami virtuel ». Même si une majorité reste réticente, le simple fait qu’une telle perspective soit désormais envisagée montre que les frontières traditionnelles entre technologie et relation humaine deviennent plus poreuses.

Un conseiller pour les relations amoureuses ?

Le domaine amoureux n’échappe pas à cette transformation. Selon l’étude, 23 % des Français ont déjà utilisé une IA dans un contexte de séduction ou de relations amoureuses : rédaction de messages, conseils, amélioration d’un profil de rencontre ou aide à la communication. À cela s’ajoutent 29 % qui disent y avoir déjà pensé. Au total, plus d’un Français sur deux envisage donc l’IA comme une forme de coach sentimental.

Pour Emmanuel Françoise, fondateur de Nation.fr, cette évolution marque un tournant dans les usages numériques. Selon lui, « l’IA n’est plus seulement un simple outil de productivité, mais elle devient progressivement un compagnon d’usage, capable d’aider, de conseiller, de rassurer et parfois même d’accompagner des moments très personnels ».

Les catégories les plus utilisées sur la plateforme — discussion libre, ami virtuel, coach personnel, coach sportif ou encore coach en séduction — confirment cette orientation. Les attentes des utilisateurs semblent désormais davantage liées à l’accompagnement personnel qu’à la seule efficacité professionnelle.

L'objectif reste de gagner du temps

Malgré cette progression rapide, les motivations principales restent très pragmatiques. Les Français recherchent avant tout un gain de temps : 56 % utilisent l’IA pour obtenir des réponses rapides, 41 % pour apprendre de nouvelles choses et 32 % pour bénéficier de conseils ou d’un accompagnement.

L’étude montre enfin que les Français considèrent désormais l’intelligence artificielle comme un élément durable du quotidien. Plus de huit personnes sur dix estiment qu’elle prendra une place importante dans la vie de tous les jours, dont 38 % qui la jugent déjà incontournable.

Philippe Rioux

ChatGPT Santé se veut une aide pour les médecins et les patients. Est‑ce fiable ? Quels risques pour la confidentialité et le secret médical ?

 

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Par Nesrine Kaaniche, Télécom SudParis – Institut Mines-Télécom

En janvier 2026, OpenAI a lancé, aux États-Unis, ChatGPT Santé. Ce logiciel est principalement destiné aux patients pour les aider à mieux comprendre et à gérer leurs informations de santé. Il peut aussi être utilisé par les médecins afin de faciliter l’accès aux données médicales et d’améliorer le suivi des patients. Avec une telle utilisation par les médecins et les patients, la protection des patients – que ce soit leur santé ou leurs données – et la préservation du secret médical dépendent des barrières techniques mises en place.


En pratique, ChatGPT Santé permet d’interpréter des résultats d’analyses, de suivre l’évolution de certains indicateurs, de préparer des rendez-vous médicaux ou encore d’obtenir des explications personnalisées à partir de données de santé.

Pour les patients, c’est un outil d’assistance informationnelle visant à les accompagner dans leur parcours de soins, sans se substituer aux professionnels de santé. Pour ces professionnels, ChatGPT peut servir d’aide au diagnostic.

Dans les deux cas, sa légitimité dépend d’un équilibre délicat : il s’agit de transformer des dossiers médicaux éparpillés en une aide au diagnostic fiable, tout en protégeant la vie privée des patients.

En effet, les données de santé, considérées comme sensibles, sont soumises à des réglementations bien précises. Leur confidentialité est essentielle pour garantir le respect du secret médical et limiter les risques d’utilisation abusive. En effet, un accès non consenti par des assureurs ou des banques pourrait entraîner des refus de couverture, des hausses de primes ou des refus de crédit fondés sur l’état de santé d’un individu.

Pour pouvoir garantir la confidentialité des données de santé transmises et traitées par ChatGPT Santé (ou d’autres systèmes équivalents), il faut résoudre des défis techniques majeurs : sécuriser les flux de données, garantir l’anonymisation dans un environnement massivement interconnecté, à la fois lors de la collecte de données, de l’entraînement du modèle et de son utilisation.

Fiabilité algorithmique et risque d’hallucination clinique

En tout premier lieu, la protection du patient repose sur la justesse des informations fournies par l’IA aux utilisateurs, patients comme médecins.

Le phénomène d’hallucination, inhérent aux architectures de type Large Language Model (LLM), prend une dimension critique en milieu clinique : une erreur de conversion d’unité ou une confusion posologique (par exemple, 5 milligrammes contre 50 milligrammes) peut engager le pronostic vital.

Pour neutraliser ce biais, OpenAI déploie des « mécanismes d’ancrage » (grounding) par l’intermédiaire de référentiels tels que HealthBench, un benchmark de 150 000 ressources validées par des pairs. Ce processus transforme l’IA en un moteur de synthèse documentaire où chaque affirmation est corrélée à une source vérifiable (DOI d’études, portails hospitaliers), ce qui permet aux patients de mieux comprendre les résultats de leurs analyses avec un jargon moins technique.

Pour les professionnels de santé, cet ancrage rend l’outil plus fiable, car il repose dès lors sur le concept de garantie humaine : l’interface ne se substitue jamais au décideur final (le médecin, quand il s’agit de poser un diagnostic), mais agit comme un médiateur d’informations dont la traçabilité permet au praticien de valider systématiquement la suggestion du modèle.

Sécuriser les flux de communication

L’architecture de ChatGPT Santé repose sur une organisation claire des différents éléments : les phases de calcul (à distance ou en local) afin de permettre la collecte des données, l’entraînement du modèle et son utilisation ; mais aussi les flux d’information entre différents terminaux (smartphones, laboratoires d’analyses, hôpitaux, data centers, etc.).

La circulation des données est gérée par la plateforme B.Well Connected Health. Cette infrastructure agit comme une interface consacrée au domaine médical, permettant de faire communiquer entre elles différentes sources de données même si elles sont très différentes.

Elle permet ainsi d’harmoniser des données variées, comme celles issues d’applications personnelles (Apple Health, MyFitnessPal) ou celles provenant des dossiers médicaux hospitaliers. En vérifiant que chaque donnée correspond bien au bon patient, et en garantissant que les données respectent les normes et règles en vigueur, la plateforme assure un flux de données déterministe ou associé à un seul utilisateur pour la phase d’inférence du LLM (c’est-à-dire son utilisation grâce à des prompts). L’ensemble de cette chaîne de traitement s’opère dans un environnement maintenu en isolation totale vis-à-vis du réseau public.

Contrairement à l’interface standard de ChatGPT, les informations cliniques des patients sont exclues du processus d’entraînement global du modèle de langage : elles ne modifient jamais les poids synaptiques du réseau de neurones global de ChatGPT. Ces données personnelles sont stockées uniquement dans un espace de recherche spécifique à chaque utilisateur, ce qui garantit que les informations sensibles restent séparées du modèle et de son évolution ultérieure.

De plus, l’architecture de ChatGPT Santé s’appuie sur la méthode RAG (Retrieval-Augmented Generation) : au lieu de mémoriser l’historique médical, le modèle consulte, lors de chaque requête, une base de données privée et isolée. Contrairement à une mémorisation classique, où un modèle pourrait intégrer et retenir directement des informations sensibles dans ses paramètres, ce mécanisme limite le risque que ces données soient apprises ou réutilisées involontairement par le modèle.

Cependant, ces vecteurs restent temporairement stockés sur les serveurs d’OpenAI, notamment pour des raisons de modération, jusqu’à trente jours. Cette conservation, même limitée, représente un point de vulnérabilité potentiel, car elle expose les données à un risque résiduel d’accès non autorisé.

Anonymiser les données pour éviter l’identification des patients

La protection des données dans ChatGPT Santé doit garantir que la nature des informations traitées ne permette pas l’identification du patient.

La première technique de « dés-identification » mise en place par OpenAI est bien sûr de retirer les identifiants directs, par exemple les noms de patients. Mais ceci n’élimine pas le risque de réidentification par corrélation de métadonnées, rendant l’anonymat vulnérable. En effet, une récente étude a démontré que le croisement de seulement trois points de données (une pathologie rare, une géolocalisation précise et un historique de fréquence cardiaque issu d’un wearable) permet une réidentification dans plus de 80 % des cas. Par sa capacité de corrélation, l’IA peut en effet lier des informations anonymes pour isoler un profil unique.

Pour neutraliser ce risque, ChatGPT Santé pourrait se reposer sur la « confidentialité différentielle », qui consiste à ajouter une petite perturbation aléatoire aux données afin qu’aucune analyse ne puisse être rattachée avec certitude à un individu.

L’efficacité du système dépend de la gestion de ce compromis entre bruit et confidentialité : un niveau de confidentialité trop élevé sacrifie l’utilité clinique des informations (qui sont trop bruitées pour être utiles), alors qu’un bruit insuffisant fragilise le secret médical face à la puissance d’analyse croisée des systèmes d’IA.

Garder les données confidentielles lors de la phase d’utilisation du LLM

Si ChatGPT Santé s’appuie sur un chiffrement de bout en bout pour sécuriser les flux de communication, le véritable défi réside dans la protection des données en cours d’utilisation, lors de la phase dite d’« inférence ».

En effet, l’architecture des modèles de type transformer impose à ce jour au système de déchiffrer l’information pour opérer ses calculs d’inférence. Cela implique que, même de manière fugitive, les données de santé résident en clair dans la mémoire vive (RAM) des serveurs de calcul, constituant un point de vulnérabilité face à des vecteurs d’attaque de type « extraction de mémoire ».

L’avenir de la confidentialité des données de santé repose sur des techniques de chiffrement avancées, notamment le chiffrement homomorphe. Cette approche permet d’effectuer des calculs directement sur des données chiffrées, sans avoir besoin de les déchiffrer au préalable. Autrement dit, il est possible de traiter les données tout en les gardant protégées, ce qui garantit que leur contenu reste inaccessible, même pendant leur utilisation.

Pour l’instant, OpenAI adopte une approche hybride : l’utilisation de serveurs spécifiques sur Microsoft Azure doit permettre de garder les données séparées des données des autres utilisateurs (ou celles d’autres applications que ChatGPT Santé). Cette organisation crée un environnement proche d’un système interne (également appelé « sur site »), même s’il repose sur le cloud. Elle permet de mieux protéger les échanges de données, mais n’élimine pas totalement les risques d’exposition temporaire lors de leur traitement.

Le conflit de souveraineté : les données françaises face aux lois états-uniennes

Enfin, le déploiement de ChatGPT Santé en Europe poserait un défi de souveraineté majeur.

En effet, en France, la législation impose l’hébergement des données cliniques chez des prestataires certifiés « Hébergeurs de données de santé ». Bien que Microsoft Azure dispose de centres de données certifiés en France (France Central), le calcul intensif requis par l’IA nécessite des processeurs ultrapuissants qui consomment énormément d’énergie. Pour des raisons de disponibilité électrique, ces moteurs de calcul sont souvent situés dans des fermes de serveurs hors de l’Union européenne.

Or, ce déport de la donnée vers des serveurs états-uniens déclenche l’application du Cloud Act, une loi qui permet aux autorités des États-Unis d’exiger l’accès aux informations gérées par une entreprise états-unienne, indépendamment de leur lieu de stockage physique.

Ce cadre entre en collision directe avec le règlement général sur la protection des données (RGPD) européen, créant un conflit de lois où la protection européenne s’effacerait devant les prérogatives de sécurité américaines.The Conversation

Nesrine Kaaniche, Associate professor, Télécom SudParis – Institut Mines-Télécom

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Robots compagnons : jusqu’où confier la solitude des seniors aux machines ?

 


Du Japon aux États-Unis, les robots sociaux destinés aux personnes âgées se multiplient pour lutter contre l’isolement et accompagner le grand âge. En France, la Haute Autorité de santé vient d’alerter sur les enjeux éthiques, sociaux et humains d’une technologie appelée à prendre une place croissante dans une société vieillissante.

Dans certaines maisons de retraite japonaises, des personnes âgées parlent désormais chaque jour à un petit phoque robotisé nommé Paro. L’animal électronique réagit aux caresses, reconnaît certaines voix et simule des émotions. Ailleurs, des robots conversationnels rappellent la prise de médicaments, proposent des jeux cognitifs ou discutent avec des seniors isolés.

Le Japon, leader des robots sociaux

Longtemps associée à la science-fiction, la robotique sociale devient progressivement une réalité du vieillissement. Si le Japon reste le pays le plus avancé dans ce domaine, c’est que, confronté à un vieillissement massif de sa population et à une pénurie de soignants, il expérimente depuis plusieurs années maintenant des robots capables d’accompagner les personnes âgées sur le plan émotionnel ou pratique. Des modèles comme Pepper, Lovot ou Aibo cherchent à créer une présence relationnelle, tandis que d’autres assistent certains gestes du quotidien ou surveillent des risques de chute.

Les États-Unis développent eux aussi ce type de dispositifs. Le robot ElliQ, conçu pour lutter contre l’isolement social, est déjà utilisé dans plusieurs programmes publics destinés aux seniors vivant seuls. En Europe, les expérimentations restent plus limitées mais se multiplient dans certaines maisons de retraite et projets de recherche.

Ces robots suscitent autant d’espoirs que d’interrogations. Certaines études évoquent des effets positifs sur l’anxiété, la stimulation cognitive ou les troubles du comportement chez des patients atteints de maladies neurodégénératives. Mais les résultats restent encore fragiles et très variables selon les situations.

En France, une étude "Robots sociaux : quels enjeux pour demain ?"

En France, la Haute Autorité de santé (HAS) vient justement de publier cette semaine une étude prospective passionnante intitulée "Robots sociaux : quels enjeux pour demain ?". Le document s’intéresse à ces machines capables d’interagir verbalement ou non verbalement avec les humains dans les secteurs du soin, du handicap ou du vieillissement.

La HAS part du constat que la France est confrontée au vieillissement accéléré de la population, à la progression des maladies neurodégénératives, au manque chronique de personnel dans le soin et à la hausse de l’isolement social. Les robots pourraient dès lors contribuer au maintien à domicile, rappeler la prise de traitements, stimuler certaines capacités cognitives ou encore soutenir des professionnels déjà sous tension.

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Mais le rapport insiste surtout sur les risques éthiques de l’irruption de ces machines. Les robots collectent, en effet, des données sensibles et peuvent créer une forme d’attachement émotionnel totalement artificiel. 

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La HAS a construit trois scénarios prospectifs pour les dix à quinze prochaines années : une "vieillesse technogérée", avec une forte automatisation mais un risque de perte du lien humain ; un scénario "du luxe au bas de gamme", marqué par des inégalités d’accès à ces technologies, et un scénario d’"introduction progressive et responsable", considéré comme le plus souhaitable, reposant sur une gouvernance forte, une régulation éthique et une complémentarité entre robots et professionnels. Les robots, estime la HAS, ne doivent être que des outils complémentaires au travail des soignants et à l’accompagnement des familles, pas au centre de la prise en charge et de la vie des seniors.

Car derrière la question technologique se cache, d’évidence, un débat plus profond : jusqu’où une société vieillissante peut-elle automatiser l’accompagnement des plus fragiles sans perdre une part de son humanité ? Un robot peut rappeler un médicament ou tenir une conversation programmée, mais il ne remplacera jamais une présence humaine réelle.

La concurrence dans l’intelligence générative n’est pas une guerre de marché classique

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Par Mokhtar Bouzouina, Université Paris Nanterre et Faouzi Bensebaa, Université Paris Nanterre

Depuis la médiatisation de ChatGPT, les annonces se sont multipliées concernant l’intelligence artificielle, chaque géant du numérique développant sa solution. En apparence, il s’agit d’une concurrence féroce entre des groupes rivaux. La réalité pourrait être bien plus nuancée. Les concurrents ne cherchent peut-être pas tant à dominer les autres qu’à devenir des briques indispensables aux succès de leurs concurrents.


De prime abord, la concurrence dans l’intelligence artificielle (IA) générative ressemble à une bataille économique classique : Google contre Meta, Meta contre Anthropic, OpenAI contre Google… Cette approche succincte a l’avantage de la simplicité, mais elle a également le défaut de masquer ce qui fait la singularité de ce secteur.

La concurrence sur ce marché ne prend pas seulement la forme d’une confrontation directe et la course à l’innovation. Elle passe aussi par la capacité à rendre les adversaires dépendants de soi.

Cœur de la concurrence

Pendant des années, du moins au cours de l’émergence de l’IA et des premières années de sa croissance, le cœur de la concurrence dans ce secteur a semblé évident. Sur ce marché – pour s’imposer – il fallait disposer du meilleur assistant IA, soit un programme informatique conçu pour comprendre les demandes humaines, les traiter et leur répondre, de manière plus ou moins naturelle. Mais cette lecture devient moins suffisante aujourd’hui.

Le Stanford AI Index 2025 indique que près de 90 % des modèles dits « courants » d’assistants IA de 2024 proviennent du secteur privé, contre 60 % en 2023, tandis que le milieu universitaire reste la principale source de recherche. Et surtout que les écarts de performance entre les meilleurs modèles se resserrent de manière progressive : l’écart entre le premier et le dixième est tombé de 11,9 % à 5,4 % en un an, tandis que les deux premiers ne sont plus séparés que par 0,7 point.

Autrement dit, lorsque les modèles deviennent techniquement plus proches, la seule supériorité du modèle devient moins discriminante. Dès lors, l’avantage concurrentiel tend à se déplacer : il va moins au seul producteur du modèle qu’à celui qui contrôle les actifs complémentaires (Adner, 2017, Teece, 1986).

La stratégie judicieuse de Microsoft

C’est ce qui rend dans cet esprit la stratégie de Microsoft particulièrement judicieuse. Avec Azure, Microsoft ne propose pas seulement ses propres offres ou celles d’OpenAI, la plateforme met également à disposition des usagers les modèles d’Anthropic, de Cohere, de DeepSeek, de HuggingFace, de Mistral, de Meta ou de Nvidia. L’enjeu stratégique paraît clair : Microsoft peut gagner même si le modèle qui s’impose n’est pas exclusivement le sien. Son pouvoir tiendrait alors moins à la supériorité d’un modèle particulier qu’à sa position d’intermédiaire.

Amazon suit une logique comparable avec Amazon Bedrock, qui permet d’accéder aux modèles proposés par Anthropic, DeepSeek, Meta, Mistral, OpenAI, Qwen, Stability AI et d’autres entreprises. Là encore, le succès de la stratégie ne provient pas seulement de la possession d’un modèle, mais également de l’organisation de l’accès à plusieurs modèles concurrents. Dans un tel système, un acteur peut monétiser la rivalité de ses propres adversaires, c’est-à-dire utiliser l’affrontement entre ses concurrents comme opportunité pour générer des revenus. Le marché devient dans cette veine moins un marché de produits qu’un marché de points d’entrée.

Cette logique n’est pas entièrement inédite. Elle prolonge un mécanisme déjà observé dans d’autres industries de plateforme : les app stores, les marketplaces ou les écosystèmes logiciels.

Ce qui semble toutefois plus spécifique à l’IA générative tient au fait que la concurrence ne porte pas seulement sur le contrôle de l’accès aux modèles concurrents, mais aussi sur la maîtrise des actifs complémentaires qui permettent de convertir leurs performances techniques en solutions utilisables par les clients : infrastructures cloud, puissances de calcul, semi-conducteurs spécialisés, canaux de distribution, données propriétaires, interfaces d’intégration et écosystèmes logiciels.

Devenir indispensable, même pour ses adversaires

Anthropic offre dans cette perspective un bon exemple de cette concurrence inédite. D’un côté, l’entreprise se mesure frontalement à OpenAI et à Google sur les modèles d’assistants d’IA. De l’autre, elle s’appuie sur plusieurs couches technologiques qui ne lui appartiennent pas entièrement. LeMaGit rapportait, le 22 novembre 2024, que l’entreprise utilise des AWS Trainium, des TPU conçus par Google et des GPU Nvidia (« puces » spécialisées pour l’intelligence artificielle, conçues pour entraîner et faire fonctionner des modèles plus rapidement que des processeurs classiques) afin de développer et mettre en œuvre Claude (un assistant d’IA, similaire à ChatGPT, créé par l’entreprise Anthropic).

Cette dépendance à des infrastructures externes s’est précisée en octobre 2025, lorsque Anthropic a annoncé l’extension de son usage des technologies Google Cloud, comprenant jusqu’à un million de TPU. Dans le même temps, Anthropic a annoncé officiellement avoir signé avec Google et Broadcom un nouvel accord portant sur la production de « plusieurs gigawatts » de capacité de calculs (TPU) de nouvelle génération à partir de 2027.

Être concurrent, ici, ne signifie donc pas s’émanciper des autres, s’éloigner d’eux ; cela laisse entendre, le plus souvent, l’apprentissage de la répartition de ses dépendances.

Oligopoles et interdépendance

La relation entre Microsoft et OpenAI illustre une autre variante de cette logique. Dans leur déclaration commune du 27 février 2026, les deux firmes soulignent que leur partenariat a été conçu pour leur laisser « de l’espace [afin de]… poursuivre de nouvelles opportunités de manière indépendante », tout en continuant de collaborer. Cette phrase résume bien la structure du secteur : l’indépendance proclamée n’abolit pas l’interdépendance ; elle s’y superpose. Nous sommes ainsi loin de la quête de l’indépendance sur les marchés oligopolistiques, comme le soulignait naguère l’économiste Alain Cotta.

Dans l’IA générative, nous ne sommes pas non plus dans une coopétition au sens de Brandenburger et Nalebuff (1996), mais dans une dynamique concurrentielle dans laquelle une firme cherche à accroître sa puissance non seulement en surpassant ses rivales, mais en devenant également indispensable à leur fonctionnement. Il ne s’agit donc pas uniquement de préserver son autonomie face aux rivaux, mais de construire des positions telles que cette autonomie devient elle-même relative, parce que médiatisée par des actifs contrôlés par d’autres.

Demain n’est pas un autre jour

La dynamique concurrentielle relative à l’IA se distingue par un autre trait : elle est de plus en plus un affrontement de « préemption » (Ian McMillan, 1983). Les acteurs ne se battent pas seulement pour vendre aujourd’hui ; ils préparent déjà les conditions de leur puissance de demain.

Le quotidien économique belge l’Écho a révélé, il y a quelques jours, que Broadcom a signé avec Google un accord de long terme pour co-développer et fournir ses puces IA jusqu’en 2031. Quelques jours plus tard, Reuters indiquait que Meta avait renforcé son partenariat avec CoreWeave par un nouvel accord de 21 milliards de dollars (plus de 18 milliards d’euros), venant s’ajouter à un précédent contrat de 14,2 milliards (soit 12,2 milliards d’euros), le tout courant jusqu’en décembre 2032. L’enjeu est loin d’être anecdotique ; ces accords donnent accès à de la capacité cloud future et, pour Meta, aux futures « puces » Vera-Rubin de Nvidia via CoreWeave.

Nous saisissons alors, à partir de ces exemples, pourquoi la concurrence dans l’IA générative ne ressemble pas vraiment à une guerre de marché classique. Dans beaucoup de secteurs, la victoire reposerait sur l’évincement, temporaire ou définitif, du rival. Ici, elle consiste souvent à devenir l’infrastructure, l’intermédiaire ou le fournisseur dont l’adversaire ne peut pas aisément se passer. Le pouvoir se déplace, dans cette perspective, vers le contrôle des « points de passage » : l’accès aux utilisateurs, la capacité de calcul, l’hébergement, les plateformes d’intégration, les « puces ».

Et les régulateurs ?

Cette structure de marché explique parallèlement pourquoi les autorités de concurrence regardent désormais au-delà des seuls modèles économiques de chaque entreprise. Le 24 mars 2026, Reuters rapportait que Teresa Ribera, commissaire européenne à la concurrence, élargissait sa vigilance à l’ensemble de la « pile » IA : les modèles économiques proprement dits, les données d’entraînement (informations utilisées pour apprendre à un modèle de machine learning à faire des prédictions, à reconnaître des schémas ou à générer du contenu) et l’infrastructure cloud.

Ce déplacement du regard est somme toute logique. Si le pouvoir de marché réside désormais dans les dépendances organisées, il ne suffit plus alors de se contenter d’observer qui produit le meilleur assistant IA. Il faut nécessairement regarder qui contrôle les points de passage incontournables du secteur. La bonne question ne consiste peut-être plus à identifier celui qui gagnera à terme la course à l’IA. La question la plus juste serait : qui réussira à se rendre indispensable aux autres ?The Conversation

Mokhtar Bouzouina, Docteur en sciences de gestion, Université Paris Nanterre et Faouzi Bensebaa, Professeur de sciences de gestion, Université Paris Nanterre

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Rapport 2025 de la Cnil : explosion des plaintes, cybersécurité sous pression et nouveaux pouvoirs sur l’IA

cnil

La CNIL publie un rapport d’activité 2025 marqué par une hausse record des plaintes, des violations de données et des sanctions financières. L’autorité de protection des données se prépare aussi à l’entrée en vigueur du règlement européen sur l’intelligence artificielle, tout en renforçant ses actions de sensibilisation et de contrôle dans un contexte de moyens contraints.

La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a connu en 2025 une année d’intense activité, reflet d’une numérisation toujours plus massive des usages et d’une montée des préoccupations autour des données personnelles. Dans son rapport annuel, l’autorité administrative indépendante chargée de veiller au respect du règlement général sur la protection des données (RGPD) fait état d’une augmentation continue des sollicitations, des contrôles et des sanctions, sur fond de multiplication des cyberattaques et d’essor de l’intelligence artificielle.

Nombre de plaintes en hausse de 10 % en un an

Premier indicateur de cette pression croissante : le nombre de plaintes reçues. La CNIL en a enregistré 20 150 en 2025, soit une hausse de 10 % en un an. Les griefs concernent principalement le non-respect de la vie privée dans les relations de travail, le commerce, l’immobilier ou encore les réseaux sociaux. Près de 1 900 plaintes portent directement sur des violations de données personnelles.

L’institution souligne également l’importance de la coopération européenne. Dans le cadre du mécanisme de guichet unique du RGPD, elle a transmis plus de 230 plaintes transfrontalières et répondu à environ 600 sollicitations de ses homologues européens.

323 contrôles et 83 sanctions pour 487 millions d’euros

L’activité de contrôle reste soutenue. En 2025, la CNIL a mené 323 contrôles auprès d’organismes publics et privés. Ces investigations ont donné lieu à 259 décisions, dont 83 sanctions, pour un montant total proche de 487 millions d’euros reversés au Trésor public. Si deux dossiers majeurs expliquent l’essentiel de cette somme record, l’autorité insiste aussi sur la montée en puissance de sa procédure simplifiée, instaurée en 2022, qui lui permet de traiter plus rapidement des manquements moins complexes impliquant des entreprises de toutes tailles.

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La cybersécurité apparaît désormais comme l’un des principaux axes d’action de la CNIL. L’année 2025 a été marquée par 6 167 violations de données notifiées, en hausse de 9,5 % par rapport à 2024. Un incident déclaré sur deux résulte d’un piratage informatique. Les autres notifications concernent notamment des erreurs d’envoi ou des pertes de matériel contenant des données personnelles.

Aucune structure n’est épargnée, les violations

Pour Marie-Laure Denis, présidente de la CNIL, trois constats se dégagent : aucune structure n’est épargnée, les violations deviennent de plus en plus massives et elles impliquent fréquemment des prestataires techniques. Face à cette situation, l’autorité annonce un durcissement de sa stratégie : en 2026, 50 % des contrôles et des actions répressives porteront sur les questions de sécurité des données.

Les contrôles viseront notamment les organismes ayant subi une violation, faisant l’objet de plaintes ou manipulant d’importants volumes de données sensibles, comme les données bancaires, de santé ou de localisation. La CNIL rappelle que la sécurisation des données constitue une obligation prévue par l’article 32 du RGPD.

Préparer l’application du règlement européen sur l’intelligence artificielle

Parallèlement, l’autorité prépare activement l’application progressive du règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act). Déjà désignée pour contrôler les usages interdits de l’IA, elle devrait aussi devenir autorité de surveillance du marché pour certains systèmes à haut risque, notamment dans les domaines de la biométrie, de l’emploi, de l’éducation ou des usages répressifs.

La CNIL poursuit également un travail d’accompagnement des professionnels. En 2025, elle a lancé sept consultations publiques portant notamment sur les véhicules connectés, les dossiers médicaux, l’octroi de crédit ou les traceurs publicitaires. Elle a traité 1 351 demandes de conseil, rendu 90 avis sur des projets de textes et instruit 539 demandes d’autorisation dans le secteur de la santé.

L’institution entend enfin renforcer ses actions de sensibilisation du grand public, en particulier auprès des jeunes. Elle a multiplié les partenariats avec Radio France, France Télévisions ou le magazine Geek Junior et organisé 266 actions sur le terrain ayant permis de sensibiliser plus de 20 000 personnes. L’année 2025 a aussi été marquée par le lancement de FantomApp, une application destinée aux adolescents afin de les aider à mieux protéger leurs données sur les réseaux sociaux.

Confier la finance à l’intelligence artificielle : quels sont les risques réels ?

IA


Par Serge Darolles, Université Paris Dauphine – PSL et Fabrice Riva, Université Paris Dauphine – PSL

Hallucinations, empoisonnement des données, monoculture algorithmique : les vulnérabilités de l’IA appliquée à la finance sont réelles. Surtout, il n’est pas certain que tous ces nouveaux risques soient convenablement appréhendés aussi bien par les intervenants directs du secteur que par les autorités de régulation. Comment faire pour mieux prendre en compte ces différentes failles ?


Faut-il faire confiance à l’intelligence artificielle (IA) pour gérer son épargne ? La question ne relève plus de la science-fiction. La grande majorité des acteurs des marchés financiers français utilisent déjà l’IA ou prévoient de le faire, selon l’Autorité des marchés financiers. Pourtant, les vulnérabilités de ces systèmes restent largement sous-estimées. Parmi les régulateurs et les professionnels de la finance, un constat partagé s’impose : avant de confier davantage la finance à l’IA, il faut en mesurer précisément les risques.

L’enthousiasme pour l’IA est compréhensible. Les modèles de langage (LLM) peuvent analyser en quelques secondes des milliers d’articles de presse, de rapports d’analystes et de données de marché. Certains fonds d’investissement dont les équipes ont développé des compétences en IA affichent des performances supérieures à celles de leurs pairs, comme le montrent des analyses récentes.

Mais ce constat doit être nuancé. Les gains observés se concentrent dans les fonds discrétionnaires, c’est-à-dire ceux où l’IA assiste un gérant expérimenté plutôt qu’elle ne le remplace. La formule gagnante semble être « l’humain avec la machine », et non « la machine au lieu de l’humain ».

Des vulnérabilités structurelles

Les failles de l’IA ne sont pas accidentelles, elles sont structurelles. Pour Wassim Bouaziz, spécialiste de la sécurité de l’IA chez Mistral AI, « les modèles de langage sont intrinsèquement instables. Une perturbation minimale dans les données d’entrée, comme l’ajout de quelques espaces dans un texte, par exemple, peut inverser complètement le résultat produit ».

Le phénomène d’hallucination, par lequel un modèle génère des informations entièrement fabriquées, a déjà causé des dégâts mesurables. Plus d’un millier de décisions de justice ont ainsi été influencées par des contenus hallucinés produits par des LLM, selon un site spécialisé qui répertorie ces cas.

Plus inquiétant encore, ces systèmes sont vulnérables à des attaques délibérées. L’injection de prompt consiste à insérer des instructions cachées dans les données que traite le modèle. Exemple marquant : un texte invisible intégré dans un CV peut influencer les recommandations de recrutement faites par ChatGPT. Transposé à la finance, le risque est évident. Un agent IA qui consulte des sites d’information ou des bases de données pourrait voir ses décisions détournées par des contenus malveillants.

L’empoisonnement des données d’entraînement représente une menace plus insidieuse. Une étude de 2024 a montré qu’il était possible de contaminer 1 % des données d’entraînement d’un modèle pour un coût dérisoire en rachetant des noms de domaine expirés dont le contenu était référencé dans les corpus d’apprentissage. Dans un secteur où un biais introduit dans un modèle peut se traduire par des milliards d’euros de transactions orientées, ce type d’attaque constitue un risque systémique.

Le piège de la monoculture algorithmique

Au-delà des attaques ciblées, un risque structurel émerge de l’adoption massive des mêmes technologies. Les modèles de langage sont entraînés sur des corpus largement similaires, issus d’internet, avec les biais que cela comporte. Lorsque l’ensemble des acteurs d’un marché utilise des outils fondés sur les mêmes architectures et les mêmes données, leurs décisions tendent à converger. Cette monoculture algorithmique peut amplifier les mouvements de marché. En effet, si tous les modèles se trompent dans la même direction au même moment, les pertes se propagent à l’échelle du système.

Le précédent existe. Le flash crash de 2010, durant lequel l’indice Dow Jones a perdu 9 % en quelques minutes sous l’effet d’interactions entre algorithmes, illustre ce que produit une défaillance corrélée. Avec la généralisation de l’IA générative, dont les mécanismes internes sont beaucoup plus opaques que ceux des algorithmes de trading classiques, le risque d’un événement systémique d’un type nouveau ne peut être écarté.

Un régulateur face à un défi inédit

L’Autorité des marchés financiers (AMF) observe cette transformation avec attention. Comme le rappelle son secrétaire général Sébastien Raspiller, « l’IA est encore principalement utilisée pour des fonctions internes (recherche, conformité, analyse) et peu pour le conseil direct aux épargnantes et épargnants ».

Mais la frontière se déplace. Un chiffre donne la mesure du problème de fiabilité. Interrogés sur des données financières basiques des entreprises (dette nette, résultats), les différents grands modèle d’IA n’ont produit qu’un faible pourcentage de réponses exactes. Un tel taux d’erreur serait inacceptable pour une conseillère ou un conseiller humain.

Université Paris Dauphine – PSL, 2026.

La question de la responsabilité reste ouverte, car un algorithme ne peut être sanctionné. Quand un agent IA effectue un virement ou passe un ordre de Bourse sur la base d’une instruction empoisonnée, la chaîne des responsabilités devient difficile à établir. Le règlement européen sur l’IA classe certaines applications financières parmi les systèmes « à haut risque », exigeant transparence, explicabilité et supervision humaine. Reste à savoir si ces exigences peuvent être satisfaites dans la pratique, quand les décisions se prennent en quelques millisecondes.

Explicabilité, un enjeu de confiance

Dans la gestion d’actifs, la capacité à justifier une décision d’investissement n’est pas un luxe, c’est une obligation fiduciaire. Or, les modèles de langage fonctionnent comme des boîtes noires. Ils ne peuvent pas expliquer pourquoi ils recommandent telle action plutôt que telle autre.

Comme l’ont souligné plusieurs intervenantes et intervenants de la conférence, les sociétés de gestion les plus avancées proposent des réponses à cela. Certaines font par exemple tourner des modèles en parallèle pour détecter les biais. D’autres décomposent le processus de décision en dizaines de sous-tâches confiées à des agents spécialisés afin de mieux identifier la source d’éventuelles défaillances. Enfin, certaines empêchent les analystes débutantes et débutants d’utiliser l’IA afin de préserver l’apprentissage par l’expérience.

Ce dernier point souligne un paradoxe. L’IA transforme un métier dont elle pourrait simultanément appauvrir la transmission des compétences. Si les professionnels de demain délèguent d’emblée le processus de décision financière à une machine sans en maîtriser les fondamentaux, ils perdent la capacité critique nécessaire pour détecter ses erreurs. L’enjeu de formation est donc indissociable de la question technologique. Il ne s’agit pas seulement de former à l’IA, mais de former à penser en présence de l’IA.

Investir dans la recherche publique

Alors jusqu’où peut-on confier la finance à l’IA ? La question posée ici n’appelle pas de réponse binaire. L’IA est déjà dans la finance, et elle y restera. Ce qui reste à déterminer, ce sont les conditions de son déploiement. Quels mécanismes de supervision, quelle transparence, quelle place pour le jugement humain ?

Les travaux de recherche menés à l’Université Paris Dauphine – PSL visent précisément à fournir les éléments de preuve nécessaires pour que ce débat ne soit pas confisqué par les seules promesses commerciales.


Cet article fait partie du dossier « IA : la finance fait les comptes  » réalisé par Dauphine Éclairages, le média scientifique en ligne de l’Université Paris Dauphine – PSL.The Conversation

Serge Darolles, Professeur de Finance, Université Paris Dauphine – PSL et Fabrice Riva, Professeur de Finance, Université Paris Dauphine – PSL

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

IA : la fracture numérique française se creuse dans les entreprises

 IA


Une étude Saegus/Odoxa révèle un décalage croissant entre la vitesse de déploiement de l’intelligence artificielle et la capacité des organisations à accompagner leurs salariés. Les cadres, en première ligne, anticipent déjà une transformation profonde de leurs métiers.

L’intelligence artificielle n’est plus une projection théorique. Dans les entreprises françaises, elle s’impose désormais comme un facteur de transformation immédiate des métiers, des organisations et des modèles de production. Mais à mesure que les outils se diffusent, une autre réalité apparaît : le niveau de préparation des salariés ne suit pas le rythme des déploiements.

C’est le principal enseignement de l’étude dévoilée par Saegus, cabinet de conseil indépendant spécialisé en stratégie IA, réalisée avec Odoxa. Le constat est sévère. Alors que 88 % des professionnels du numérique considèrent que l’intelligence artificielle va révolutionner le monde du travail, seuls 17 % estiment que les entreprises forment correctement leurs collaborateurs.

Cette dissociation entre investissement technologique et accompagnement humain nourrit une inquiétude croissante dans les organisations. Les fonctions d’encadrement apparaissent comme les plus conscientes de l’ampleur de la mutation en cours : 61 % des cadres anticipent une transformation profonde de leurs missions. L’étude met ainsi en lumière une bascule qui ne concerne plus seulement les métiers techniques ou industriels. Les activités de coordination, d’analyse, de gestion ou de pilotage sont désormais directement exposées aux effets de l’automatisation cognitive.

77 % des Français pensent que l’IA détruira davantage d’emplois qu’elle n’en créera

L’enquête révèle également une convergence inhabituelle entre l’opinion publique et les experts du numérique. Selon les données publiées, 77 % des Français pensent que l’IA détruira davantage d’emplois qu’elle n’en créera. Plus significatif encore, 70 % des professionnels de la Tech partagent cette analyse. Pour Saegus, cet alignement traduit une prise de conscience collective : l’intelligence artificielle ne constitue plus une simple évolution technologique, mais un changement de paradigme susceptible de redéfinir l’équilibre du travail qualifié.

Le point de rupture identifié par l’étude concerne désormais la capacité des entreprises à organiser la montée en compétences de leurs équipes. Derrière les annonces d’investissements et les expérimentations d’outils génératifs, les usages opérationnels restent encore limités. Faute d’acculturation structurée, une partie des déploiements risque de produire des gains marginaux, sans véritable transformation des métiers.

« Dette d’acculturation »

Saegus décrit ainsi une forme de « dette d’acculturation » accumulée par les organisations. Dans cette lecture, la performance des projets IA dépend moins de la sophistication des algorithmes que de la capacité des salariés à comprendre les usages, les limites et les conséquences des outils mis à leur disposition.

Cette difficulté est accentuée par la vitesse du cycle technologique. Là où les précédentes révolutions industrielles se déployaient sur plusieurs décennies, l’IA générative impose un tempo beaucoup plus court. Selon l’étude, 66 % des experts de la Tech jugent que les entreprises françaises ne s’adaptent pas suffisamment vite. Un constat partagé par 57 % des salariés interrogés.

Pour Marc Trilling, président et cofondateur de Saegus, l’enjeu dépasse désormais la seule logique d’automatisation. Dans le communiqué publié par le cabinet, il estime que les entreprises ne peuvent plus « empiler des licences logicielles » sans stratégie d’appropriation. Selon lui, l’IA doit être utilisée comme un levier d’augmentation des capacités humaines plutôt que comme un simple outil de réduction des coûts.

L’étude souligne finalement un risque plus large pour les entreprises françaises : celui d’une désynchronisation durable entre innovation technologique et adaptation organisationnelle. Dans un contexte de concurrence accélérée, la question de la formation devient désormais un enjeu de compétitivité autant que de transformation du travail.

Faux positifs en cybersécurité : pourquoi trop d’alertes nuisent à la sécurité des entreprises

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Par  Olivier Arous, CEO d’OGO Security

Face à la multiplication des faux positifs, la performance des équipes sécurité est directement en jeu.

Les centres opérationnels de sécurité n’ont jamais été aussi sollicités. Chaque jour, des milliers d’événements remontent des systèmes de détection. Parmi eux, une grande partie ne correspond à aucune menace réelle. Ces faux positifs, longtemps considérés comme un mal nécessaire, deviennent aujourd’hui un véritable frein opérationnel. À mesure que les environnements numériques se complexifient, la capacité à distinguer le signal du bruit s’impose comme un enjeu central. La cybersécurité ne peut plus se contenter de détecter : elle doit apprendre à prioriser.

Une inflation d’alertes qui fragilise les équipes

L’augmentation des surfaces d’exposition, liée notamment aux applications web et aux architectures distribuées, génère mécaniquement plus d’alertes. Chaque interaction, chaque requête, chaque comportement inhabituel peut déclencher une détection. Dans ce contexte, les équipes SecOps passent une part importante de leur temps à analyser des événements sans impact réel. Cette surcharge crée une fatigue opérationnelle. Elle réduit la capacité à traiter les incidents critiques avec la réactivité nécessaire. À force de devoir trier en permanence, le risque est simple : passer à côté d’une menace réelle.

Le faux positif, un problème de performance plus que de sécurité

Le faux positif est souvent perçu comme une imperfection technique. En réalité, il s’agit d’un problème de performance globale. Une alerte inutile mobilise du temps, des ressources et de l’attention. Elle ralentit la prise de décision et désorganise les priorités. Dans des environnements où la rapidité de réaction est essentielle, cette inefficacité a un coût direct. Elle impacte la continuité d’activité, la qualité de service et, in fine, la capacité de l’entreprise à se protéger efficacement. Réduire les faux positifs ne revient donc pas à “assouplir” la sécurité, mais à la rendre plus pertinente.

Vers une lecture plus contextuelle des menaces

Toutes les anomalies ne se valent pas. Un comportement inhabituel n’est pas nécessairement malveillant. C’est précisément cette nuance que les approches traditionnelles peinent à intégrer. La détection ne peut plus reposer uniquement sur des règles statiques ou des signatures. Elle doit prendre en compte le contexte : habitudes d’usage, comportement des utilisateurs, logique métier. Cette lecture plus fine permet de mieux qualifier les événements et de concentrer les efforts sur les véritables risques. C’est dans cette évolution que les approches comportementales trouvent leur place. Elles permettent de dépasser une logique binaire pour aller vers une analyse plus dynamique des menaces.

Automatiser pour mieux décider, pas pour décider à la place

Face à la volumétrie des alertes, l’automatisation apparaît comme une réponse évidente. Elle permet de filtrer, de classer et de prioriser les événements à grande échelle. Mais automatiser ne signifie pas déléguer entièrement la décision. L’enjeu est ailleurs : fournir aux équipes des informations plus fiables, plus contextualisées, pour leur permettre de décider plus rapidement. L’objectif n’est pas de remplacer l’humain, mais de lui redonner du temps et de la capacité d’analyse. Une automatisation mal calibrée peut, à l’inverse, amplifier le problème en générant encore plus de bruit. Tout repose donc sur la qualité des modèles et sur leur capacité à s’adapter aux environnements réels.

Repenser la cybersécurité comme un enjeu d’efficacité

Réduire les faux positifs, c’est avant tout repenser la manière dont la cybersécurité est évaluée. Pendant longtemps, la performance a été mesurée à la capacité de détecter un maximum d’événements. Cette logique atteint aujourd’hui ses limites. L’efficacité ne se mesure plus au volume d’alertes, mais à la pertinence des décisions prises. Une sécurité performante est une sécurité qui alerte moins, mais mieux. Une sécurité qui permet aux équipes de se concentrer sur ce qui compte réellement.

La lutte contre les faux positifs ne relève pas d’un simple ajustement technique. Elle traduit une transformation plus profonde : passer d’une cybersécurité centrée sur la détection à une cybersécurité orientée vers l’efficacité. Moins d’alertes, mais plus de sens, c’est là que se joue désormais la performance des équipes sécurité.

Présidentielle 2027 : l’intelligence artificielle s’installe déjà dans le vote des Français

IA

Utilisée pour comparer des programmes, hiérarchiser des informations ou confirmer un choix électoral, l’intelligence artificielle générative commence à modifier les comportements politiques des Français, selon une étude de Terra Nova qui a analysé le comportement des électeurs lors des dernières élections municipales.

L’intelligence artificielle va-t-elle bousculer la prochaine élection présidentielle ? La question se pose désormais clairement tant l’usage des outils d’IA a investi le champ politique à tous les étages : candidats, partis, Parlement, citoyens. On a vu lors des dernières élections municipales que nombre de candidats avaient eu recours à l’IA pour créer à moindre coût des affiches ou des sites web, parfois avec de gros bugs.

Une récente étude de la Fondation Jean-Jaurès et de l’Agora des collaborateurs a également montré que l’IA avait investi le Parlement ; un assistant parlementaire sur deux utilisant déjà l’IA quotidiennement, huit sur dix au moins de manière régulière.

Du côté des citoyens, l’inquiétude le dispute à la curiosité. Selon un sondage Odoxa-Backbone paru le 8 mai, les Français craignent massivement les manipulations liées aux IA génératives et reconnaissent leur difficulté à distinguer le vrai du faux, mais un quart d’entre eux envisagent déjà d’utiliser ChatGPT ou d’autres assistants pendant la prochaine campagne présidentielle.

Et l’usage de l’IA en matière politique est tout sauf neutre selon une note du think tank Terra Nova parue hier. Intitulée "IA et politique : vers un outil d’aide, voire d’influence sur la décision ?", celle-ci montre que l’usage de l’IA a un fort impact sur la formation de l’opinion… et son possible basculement.

16 % des électeurs ont utilisé l’IA pour faire leur choix

L’étude, signée par Jean-Daniel Lévy et réalisée avec Toluna Harris Interactive auprès de plus de 4 000 électeurs, montre que 11 % des Français ont utilisé une IA générative comme ChatGPT pendant la campagne des municipales de 2026 pour s’informer politiquement.

Le chiffre reste encore faible. Les tracts, professions de foi, échanges avec les proches ou réseaux sociaux demeurent largement dominants. Mais le véritable enseignement est ailleurs : 16 % des électeurs déclarent avoir utilisé l’IA pour les aider à faire leur choix électoral.

"Ces 16 % se découpent en trois segments : l’IA comme outil de confirmation (confortation), l’IA comme influence et enfin l’IA comme aide à la décision. Ainsi, 7 % des Français se retrouvent dans la première catégorie, 5 % la deuxième, 4 % la troisième", indique l’étude.

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Le phénomène reste très générationnel. "Les hommes ont plus eu recours à l’IA que les femmes (20 % contre 10 %), les jeunes (35 % des moins de 25 ans) que les personnes âgées (1 % des plus seniors). Une première "surprise" cependant : la répartition des réponses se structure sensiblement de la même manière. Quel que soit le genre ou l’âge des répondants, entre 40 et 50 % indiquent qu’ils ont été confortés dans leur choix initial, entre 30 et 40 % qu’ils ont changé d’avis et entre 20 et 30 % que l’IA a constitué une aide à la décision."



Autre enseignement notable : l’usage de l’IA traverse désormais les clivages politiques traditionnels. Les électeurs de gauche radicale, les écologistes, les centristes ou les citoyens sans préférence partisane déclarent y recourir. Le rapport note toutefois une présence plus forte chez les sympathisants de La France insoumise et parmi les électeurs centristes. Surtout, l’outil progresse aussi dans des catégories populaires ou modestes, loin de l’image d’une technologie réservée aux cadres urbains diplômés.

L’IA : un nouvel intermédiaire qui va compter

Mais la note de Terra Nova va plus loin qu’une simple photographie sociologique. Elle décrit l’apparition progressive d’un nouvel intermédiaire cognitif entre le citoyen et la décision politique. Jusqu’ici, l’espace démocratique reposait sur des médiateurs humains identifiés : partis, médias, syndicats, élus locaux ou discussions familiales. L’IA introduit une rupture discrète mais profonde. Elle ne se contente pas de fournir de l’information brute mais elle hiérarchise, synthétise, compare et reformule. En clair, elle commence à structurer la manière même dont l’électeur raisonne.

L’étude montre ainsi que les utilisateurs de l’IA ne votent pas tout à fait selon les mêmes critères que les autres électeurs. Les non-utilisateurs restent principalement attachés aux enjeux locaux, au bilan du maire, aux services publics municipaux ou à la sécurité du quotidien. À l’inverse, les électeurs ayant recours à l’IA accordent davantage d’importance aux enjeux nationaux, à l’étiquette politique, à l’immigration, au logement ou encore aux questions numériques. Même dans le cadre d’un scrutin local, leur lecture devient plus idéologique et plus nationale. Terra Nova parle d’un "regard déplacé".

En filigrane, la note dessine donc déjà les enjeux de la présidentielle de 2027. Aujourd’hui encore, l’influence de l’IA reste limitée et sert surtout à confirmer des opinions préexistantes. Mais dans un scrutin serré, quelques points de bascule pourraient suffire à modifier une dynamique électorale.

La question centrale devient alors moins celle de l’usage de l’IA que celle de son architecture : qui conçoit les modèles ? Quels biais organisent les réponses ? Quels intérêts économiques ou géopolitiques contrôlent les infrastructures technologiques ? Derrière les assistants conversationnels se profile peut-être un nouvel arbitre invisible de la rationalité démocratique.

Philippe Rioux

Le cyborg, ce corps‑machine qui nous invite à explorer l'histoire et le futur des hybridations


Illustration de couverture de l'ouvrage Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines.
Par Jessica Ragazzini, Université de Strasbourg; Université du Québec en Outaouais (UQO) et Quentin Petit Dit Duhal, Université Paris Nanterre

En proposant une archéologie des imaginaires du corps-machine – des mythes antiques aux pratiques féministes, queer, afrofuturistes et crip – l’ouvrage Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines retrace les usages esthétiques et politiques de l’hybridation, tout en situant les controverses contemporaines liées à l’intelligence artificielle dans une longue histoire des artefacts anthropomorphes.


Depuis plusieurs années, l’intelligence artificielle (IA) suscite une attention croissante, tant dans les pratiques artistiques que dans les travaux universitaires. Deux postures tendent à structurer, parfois de manière caricaturale, les débats qui l’entourent : d’une part, elle suscite l’enthousiasme pour les formes inédites d’interaction et de co-production entre humain et machine ; d’autre part, elle provoque une grande inquiétude face aux risques d’appauvrissement des interprétations du monde, de standardisation des formes et de réification du vivant.

Dans l’un comme dans l’autre cas, la proximité supposée d’une machine dont « l’intelligence » qui serait comparable à celle de l’être humain, voire susceptible de la dépasser, est au cœur de la polarisation. Or, cette fascination et les peurs qu’elle charrie ne surgissent pas ex nihilo. En effet, depuis l’Antiquité, les créations artificielles, les figures anthropomorphes et les récits de création constituent des réflexions privilégiées qui éprouvent les limites du vivant et permettent de repenser la définition de l’être humain.

Dans ce contexte, l’ouvrage Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines propose une synthèse de l’histoire longue de la fascination pour les objets et corps anthropomorphes. Ce projet retrace une généalogie à la fois artistique, philosophique et curatoriale de l’hybridation entre chair et technique, représentation centrale de la culture contemporaine et passée. Rejetant l’idée d’un inventaire exhaustif, cette publication présente les continuités et ruptures afin d’offrir des outils conceptuels permettant de situer les formes actuelles dans un réseau de références plus ancien et complexe.

Une figure-limite

Forgé en 1960 par les scientifiques Nathan S. Kline et Manfred E. Clynes, le terme « cyborg » désigne un organisme cybernétique susceptible d’adapter le corps humain aux conditions d’une vie extraterrestre. Au-delà de cette origine technoscientifique, l’imaginaire cyborg s’est rapidement constitué comme une construction du rapport à soi et aux mondes à titre de figure-limite, au sein de laquelle se rejouent les partages entre organisme et artefact, autonomie et contrôle, vulnérabilité et puissance.

Réinvestie par les luttes et mouvements sociaux à partir des années 1970, la figure du cyborg contribue à déstabiliser les catégories binaires, en particulier celles du genre, et à interroger les régimes de normalisation qui organisent les rapports sociaux et sociétaux.

Cette fécondité critique est théorisée de manière décisive par la philosophe et biologiste Donna Haraway dans son Manifeste Cyborg dans lequel le cyborg apparaît comme un paradigme politique qui remet en question les logiques de pouvoir fondées sur des oppositions naturalisées (corps/objet, vivant/machine, nature/culture). En ce sens, il ouvre un horizon spéculatif et prospectif qui mène à envisager des futurs possibles où les catégories mêmes par lesquelles nous décrivons l’humanité et la non-humanité se trouvent reconfigurées, dans un entre-deux instable entre biologie et technologie.

Échapper aux normes sociales et symboliques

Si la culture contemporaine attribue au cyborg une myriade de définitions parfois concurrentes ou même contradictoires, celles-ci s’inscrivent dans une histoire plus vaste des représentations de la figure humaine. Dès l’Antiquité, des récits tels que l’histoire de Pygmalion ou celle d’Hermaphrodite déplacent des frontières réputées stables entre être et matière (la pierre animée), entre masculin et féminin, entre fabrication et engendrement montrant la complexité des modes d’existence qui échappent finalement aux nomenclatures fixes et stéréotypées. Au fil des siècles, de tels mythes se sont multipliés devenant des matrices narratives par lesquelles les artistes ont pu imaginer des formes abolissant ou contestant les normes sociales et symboliques de leur époque.

Parallèlement, la philosophie a élaboré des cadres conceptuels visant à préciser ce qui distingue l’être humain du non-humain, mais aussi ce qui les relie tels que l’agentivité, la sensibilité, le langage, la technique, etc. Les controverses actuelles relatives à l’IA – notamment lorsque des systèmes génératifs produisent images ou sons à partir de corpus préexistants – réactivent ainsi des questions anciennes : ces productions relèvent-elles d’une forme de création analogue à celle d’un artiste mobilisant un bagage culturel ? Les deux types de productions sont-elles radicalement opposées du fait de l’impossible subjectivité humaine du programme génératif ? Ces débats ne sont pas sans rappeler ceux prononcés lors de l’apparition de la photographie qui révélaient déjà les craintes d’usage des dérives d’une image réaliste indirectement produite par l’être humain.

Envisager des transformations sociétales

Ainsi, si la photographie est aujourd’hui largement reconnue comme un médium artistique à part entière, son histoire rappelle que les technologies visuelles ne sont jamais neutres. Au début du XXe siècle, l’usage volontiers patriarcal de la photographie de la part de certains artistes futuristes et surréalistes contraste avec les expérimentations de Hannah Höch ou de Claude Cahun, qui en font un outil de déstabilisation des identités, des normes de genre et des régimes de représentation.

De manière comparable, l’hybridation technologique contemporaine par laquelle la figure cyborg prend forme dans les œuvres féministes et queer constitue un contrepoint critique face à la circulation massive sur les réseaux sociaux, d’images d’IA reconduisant des stéréotypes sexistes et anti-LGBTQI2A+.

Dans ces pratiques, la figure cyborg ne se réduit pas à une iconographie de science-fiction, elle devient un dispositif de pensée pour envisager des transformations sociétales, renverser des hiérarchies corporelles et imaginer d’autres normes possibles. C’est aussi ce que montrent les artistes a frofuturistes qui articulent la spéculation politiquement engagée ou encore les artistes crip dont le corps perçu aujourd’hui en situation de handicap, pourrait se voir demain doté d’une mécanique surpuissante qui le transformerait en un nouvel idéal corporel à atteindre.

Faire place à l’erreur

Le corps cyborg ouvre un horizon de capacités « surhumaines » ou « surbiologiques ». Toutefois, il demeure simultanément exposé aux failles, aux incompatibilités et aux dysfonctionnements propres aux dispositifs techniques et aux vulnérabilités de la chair. Dans les pratiques artistiques, ces incidents constituent des matériaux heuristiques qui mettent en évidence les infrastructures, les normes et les idéologies inscrites dans notre monde contemporain. Le glitch, le bug ou la panne peuvent alors être revendiqués comme motifs esthétiques, en rupture avec les impératifs d’optimisation, de fluidité et d’hyperproductivité qui accompagnent souvent l’imaginaire technocapitaliste du progrès technoscientifique.

Faire place à l’erreur revient à ouvrir un champ de futurs possibles où l’altération devient souhaitable, précisément parce qu’elle introduit de l’indéterminisme qui échappe à toute tentative de contrôle humain ou technologique. Ce geste reconfigure les narratives historiques de réussites de l’inventivité et du génie de l’humanité, il ouvre des brèches dans les récits linéaires du progrès en perturbant sa frise chronologique. Les dysfonctionnements apparaissent ainsi comme étant des leviers critiques pour penser l’histoire autrement à travers ses trous, ses silences, ses répétitions, ou ses accélérations angoissantes.

Ouvrir le champ des possibles

L’intérêt des imageries cyborg réside dans leur polysémie et dans l’antagonisme possible de leurs usages, ces figures peuvent aussi bien perpétuer des fantasmes de maîtrise que soutenir des politiques de l’émancipation. C’est pourquoi elles requièrent une lecture contextualisée, attentive à la fois aux symboliques mobilisées, aux enjeux contemporains et aux dimensions spéculatives qui ouvrent la porte à des futurs pessimistes autant qu’optimistes. En ce sens, l’ouvrage Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines vise à proposer une histoire des imaginaires non hégémonique. En articulant archéologie des formes, analyse des discours et attention aux pratiques curatoriales, il ouvre la voie à de nouvelles recherches sur les manières dont les corps – réels, représentés ou fictionnés – deviennent des lieux d’une reconfiguration des sensibilités, des nomenclatures, des pouvoirs et des possibles.


Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines a été publié par les éditions Double Ponctuation.The Conversation

Jessica Ragazzini, Chercheuse associée, Université de Strasbourg; Université du Québec en Outaouais (UQO) et Quentin Petit Dit Duhal, Docteur en Histoire de l'art, Université Paris Nanterre

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.