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Industrie spatiale : comment réguler le « New space » ?

 

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Aveline Cloitre, TBS Education; Christina Theodoraki, TBS Education et Victor Dos Santos Paulino, TBS Education

ClearSpace, Loft Orbital, ShareMySpace… Ces noms ne vous disent peut-être rien : ils font pourtant partie d’une constellation de start-up liées aux technologies spatiales dont le nombre a presque quintuplé sur une période de 10 ans. Le chiffre d’affaires du secteur, en 2019, pèse pour près de 300 milliards de dollars en 2019.

Elle dessine ce qu’est le « New Space », qui lui-même complète un « Old Space » dans lequel les activités spatiales étaient essentiellement gouvernées par des acteurs publics tels que les États. Le lancement du satellite soviétique Sputnik l’avait incarné dès 1957.

Depuis le début des années 2000, c’est ainsi à un fort développement de l’entrepreneuriat que l’on assiste dans le secteur. L’évolution s’est produite sous l’influence conjointe de facteurs culturels, économiques, politiques et technologiques, qui ont permis une facilité d’accès à l’espace extra-atmosphérique pour les entrepreneurs. De nouveaux entrants dans cet écosystème ont bouleversé le fonctionnement traditionnel du secteur à plusieurs niveaux. Cela appelle de nouvelles régulations auxquelles les jeunes pousses ne sont pas toujours bien préparées.

Le spatial, un secteur chamboulé au tournant des années 2000

Les dynamiques entrepreneuriales récentes sont fortement corrélées à un changement culturel et économique promu par les entrepreneurs de la Silicon Valley dans le domaine des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Ces derniers ont exercé une pression toute particulière sur le secteur spatial, de plus en plus demandeurs de services reposant sur ses technologies, ce qui a ouvert de nouvelles opportunités en matière de modèles commerciaux. La start-up franco-américaine Loft Orbital propose aujourd’hui, par exemple, de louer des satellites afin que les entreprises ne soient plus contraintes de posséder et d’exploiter le leur.

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Qui dit nouveaux entrepreneurs dit aussi nouveaux besoins de financement. Le développement d’investisseurs privés tels que Seraphim Space IT est alors venu en réponse à des problèmes de légitimité politique sur le développement des activités spatiales à la fin des années 1990, alors que la guerre froide et les rivalités spatiales liées touchaient à leur fin. Les fonds provenaient alors surtout des États, autrement dit des contribuables. Le contexte devient alors propice pour voir apparaître les premiers partenariats public-privé opérés par la National Aeronautics and Space Administration (NASA), avec SpaceX notamment.

Outre ces facteurs économiques et politiques, l’accessibilité croissante et la baisse des coûts des technologies et des infrastructures spatiales ont également joué un rôle important dans l’essor du New Space. On peut citer des avancées telles que l’impression 3D, les fusées réutilisables et les nanosatellites ou « cubesats », plus petits et moins coûteux. Elles ont permis aux entreprises privées d’entrer dans le secteur grâce à des coûts de production qui ont facilité l’accès à l’espace.

L’ensemble a fait basculer les acteurs du spatial vers des logiques nouvelles. Ils ont notamment dû repenser leurs activités en fonction des besoins des utilisateurs finaux, et moins selon des impératifs de défense ou des objectifs scientifiques. Les principales agences spatiales du monde, telles que la NASA, l’Agence spatiale européenne (ESA) ou le CNES, ont mis en place d’importantes mesures d’incitation à l’entrepreneuriat. Challenges, hackathons, incubateurs et financements en capital-risque ont ainsi vu le jour.

Les récents plans d’investissement public, à l’image du plan national d’investissement France 2030, indiquent qu’une « attention particulière sera accordée aux projets portés par les acteurs émergents (start-up et PME-ETI innovantes) » dans l’appel à projets opéré la BPI sur le développement et l’industrialisation de constellations de satellites et les technologies associées.

Quelle place pour la soutenabilité ?

Ce développement doit aussi répondre de ses conséquences. Un défi majeur réside ainsi dans la gestion des déchets spatiaux, provoqués par le nombre croissant d’objets lancés en orbite autour de la Terre et dont la fin de vie demeure problématique. Plus de débris, c’est potentiellement plus de collisions avec des objets fonctionnels, donc plus de débris avec des effets en chaîne : c’est ce que l’on appelle le syndrome de Kessler.

Pour pallier un manque de régulation, la communauté spatiale internationale se concerte ainsi dans le cadre de diverses initiatives telles que l’Inter-Agency Space Debris Coordination Committee et le Moon Village Association qui proposent des directives de bonne conduite. Plusieurs start-up proposent aussi de répondre à la problématique des débris spatiaux, telle que Clearspace, qui ambitionne de devenir le prochain « éboueur du spatial ».

Les États tentent également de répondre à ces enjeux de soutenabilité, en fixant des normes contraignantes. On peut citer notamment la loi française de 2008 relative aux opérations spatiales (loi LOS), actuellement en cours d’actualisation. Elle a la particularité en droit spatial d’obliger les opérateurs de satellites français à libérer les orbites utilisées dans les 25 ans qui suivent la fin de leur mission par désintégration dans l’atmosphère terrestre ou placement sur une orbite cimetière. Elle fixe en outre des critères d’impacts socio-environnementaux dans les appels à projets publics.

Les questions d’impacts sociaux méritent tout autant d’être pris en compte dans le développement des activités entrepreneuriales spatiales. Un travail pour les identifier est à poursuivre mais le bureau des affaires spatiales des Nations unies a déjà défini un certain nombre de thématiques s’inspirant des 17 objectifs de développement durable de l’ONU. On peut notamment citer l’accès aux données spatiales pour tous auquel la start-up française ShareMySpace s’attelle.

Légiférer sans entraver la compétitivité ?

Néanmoins, qui dit régulation dit aussi enjeu de compétitivité lorsque l’on touche à un secteur mondialisé. Les critères posés semblent aujourd’hui trop différer d’un pays à l’autre, ce qui peut conduire à un phénomène dit de « forum shopping » : les entreprises vont tenter de profiter de la juridiction la plus susceptible de donner raison à leurs propres intérêts.

La Chine, les Émirats arabes unis, les États-Unis, l’Inde et le Luxembourg contribuent ainsi à un marché spatial international hautement compétitif avec des cadres légaux flexibles, en plus d’offrir parfois des solutions techniques et commerciales souvent moins chères qu’en France. C’est ce qu’a souligné Stanislas Maximin, PDG de la start-up Latitude lors des Assises du New Space à Paris, le 7 juillet 2022 à propos de la loi LOS :

« Le problème c’est qu’on est un tout petit pays. Il y a aussi les États-Unis, la Chine, l’Allemagne… Que toute l’Europe légifère ? Pourquoi pas : ça ferait plus ou moins entre 20 et 30 % de l’économie spatiale mondiale. La France seule ? Je le vois surtout comme un risque ».

Dans le contexte international hautement concurrentiel du New Space, les résultats de nos travaux de recherche indiquent que multiplier des critères socio-environnementaux sans accompagnement dédié spécialisé sur le sujet semble aller à l’encontre du développement de l’entrepreneuriat spatial. Cela peut réduire la compétitivité des nouveaux entrants, et plus particulièrement des start-up.

Cela n’implique pas que ces critères de soutenabilité doivent être absents du cahier des charges des appels à projets ou des normes juridiques en vigueur. Néanmoins, nous pensons qu’il est plus pertinent de les introduire de les adapter à la maturité des entreprises qui ne sont pas toutes en mesure de répondre aux mêmes contraintes. Plusieurs start-up ont pu nous l’indiquer, comme ce dirigeant :

« Aujourd’hui, on ne va pas se mentir, on essaie d’abord de développer un produit. Quand on en fera 5 000 par an, on lancera plus sérieusement la réflexion sur ces sujets qui sont intéressants, mais il faudra que cela intervienne au bon moment ».

Nous avons également remarqué dans nos recherches qu’il existe un fossé entre les attentes institutionnelles envers les start-up et les moyens à disposition pour accompagner ces jeunes pousses vers un développement soutenable. L’accompagnement entrepreneurial des nouveaux entrants en matière de soutenabilité demeure marginal et ne prépare pas suffisamment ces derniers à répondre aux contrats et appels à projets en matière d’impacts socio-environnementaux ainsi qu’à leur ouverture à de nouveaux marchés. Renforcer cet accompagnement permettrait de développer des activités spatiales plus compétitives et plus soutenables, sans pour autant réduire l’attractivité des territoires et des organisations orchestrant ces activités.


La Chaire academico-industrielle Sirius, portée par Airbus Defence and Space, le Centre national d’études spatiales (CNES), Thales Alenia Space ainsi que par TBS Education et l’Université Toulouse 1 Capitole s’attache dans ses travaux à analyser les aspects légaux et managériaux du « New Space »The Conversation

Aveline Cloitre, PhD student, space entrepreneurship, TBS Education; Christina Theodoraki, Professeur Associé en Entrepreneuriat et Stratégie, TBS Education et Victor Dos Santos Paulino, Professeur associé en management de l'innovation et stratégie, Chaire Sirius, TBS Education

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Expédition Polar Pod : le baptême de Persévérance

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Le projet Polar Pod de Jean-Louis Etienne vient de connaître une étape symbolique et importante cette semaine. Mercredi, le navire Persévérance a été officiellement baptisé dans le Vieux-Port de Marseille en présence de nombreuses personnalités dont Hervé Berville, secrétaire d’État à la Mer, et surtout, la navigatrice et eurodéputée Catherine Chabaud, qui est la marraine du bateau.

Conçu à Hô-Chi-Minh, au Vietnam, sur les chantiers navals de Piriou, Persévérance est un voilier éco-conçu de 42 mètres de long pour 11 de large qui peut embarquer 12 passagers dans 8 cabines. Il dispose de deux ponts dont un avec un salon panoramique et un local scientifique.

Ce voilier à la conception innovante sera le navire avitailleur de Polar Pod, le bateau vertical révolutionnaire imaginé par Jean-Louis Etienne pour partir explorer l’océan austral, actuellement en construction. Un projet de longue haleine que « Papy Pôle » considère comme sa « cathédrale ». Plateforme océanographique ultramoderne inspirée du FLIP (FLoating Instrument Platform) américain, Polar Pod, qui mesurera 100 mètres de long pour 720 tonnes, sera tracté à l’horizontale vers la zone à étudier et basculera en position verticale. Il pourra alors dériver autour de l’Antarctique en étant capable d’affronter les plus grosses vagues des Cinquantièmes hurlants. Cette plateforme « zéro émission » disposera d’une cabine de trois étages à 10 mètres au-dessus de l’eau capable d’accueillir de nombreux instruments de mesure et 8 personnes (3 marins, 4 scientifiques et un cuisinier) qui seront relevés par Persévérance.

Le reste du temps, le bateau avitailleur, dont les cabines ont été dessinées par l’épouse de Jean-Louis Etienne, Elsa, réalisera des croisières qui participeront au financement de l’expédition Polar Pod. Persévérance est partie hier de Marseille vers… le nord, en l’occurrence l’Arctique, pour une saison d’été de croisières avant de se diriger vers le grand Sud cet hiver.

Intelligence artificielle : Macron veut un cadre sécurisé de développement et de protection

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Alors que les députés européens ont approuvé de nouvelles règles de transparence et de gestion des risques pour les systèmes d’intelligence artificielle, afin de garantir un développement éthique en Europe, Emmanuel Macron va s’exprimer sur le sujet ce mercredi 14 juin lors d’une visite au salon VivaTech, au Parc des expositions de la porte de Versailles à Paris. 7

« Dans le domaine de l’intelligence artificielle, je veux que la France soit championne et se positionne en pointe de cette nouvelle révolution industrielle […] Je ferai des annonces pour que nous accélérions sur le financement, la formation, la recherche. En Européens, nous devons aussi avancer pour réguler et maîtriser cette technologie », a tweeté le Président.

Un enjeu de souveraineté

Après un rapport sur l’intelligence artificielle rédigé par le mathématicien et alors député Cédric Villani en 2018, qui a notamment lancé la création d’un réseau d’Instituts interdisciplinaires d’intelligence artificielle avec 1,5 milliard d’euros de crédits, Emmanuel Macron va plaider pour développer « un écosystème d’innovations » avec des leviers de financement inclus dans le plan France 2030. Objectif selon l’Elysée : définir « un cadre sécurisé et stabilisé qui, à la fois, protège les citoyens et les acteurs des dérives que peut générer l’IA, mais qui permet aussi à l’innovation de prospérer puisque c’est un enjeu de souveraineté. »

Le président a par ailleurs prévu une déambulation dans le hall principal de VivaTech, au cours de laquelle il se rendra sur différents stands, celui de la FrenchTech, l'écosystème des start-up françaises, mais ausi celui des acteurs publics et de différentes start-up.

Dans un second temps, il interviendra lors d’une table ronde lors de laquelle il échangera avec différents start-uppers et des dirigeants de fonds d'investissement sur les grandes questions d'actualité qui se posent au secteur de la tech.

Adieu Ariane 5 ! Retour sur ses plus belles missions

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Décollage d’Ariane 5 avec le télescope James-Webb à bord. ESA/CNES/Arianespace/Optique Vidéo du CSG - JM Guillon, CC BY
Par Francis Rocard, Centre national d’études spatiales (CNES); Jean MARECHAL, Centre national d’études spatiales (CNES); Olivier Joie-La Marle, Centre national d’études spatiales (CNES) et Pierre Bousquet, Centre national d’études spatiales (CNES)

Le 16 juin, s’élancera depuis le port spatial de l’Europe à Kourou, la dernière Ariane 5. Ce lanceur lourd, fleuron de l’industrie spatiale européenne, assure depuis 1997 l’accès de l’Europe à l’espace. Après ce cent dix-septième lancement, Ariane 5 tirera sa révérence. Elle sera bientôt remplacée par Ariane 6, plus puissante et plus polyvalente tout en étant moins coûteuse, avec un premier lancement prévu fin 2023.

Ariane 5, grâce à son énorme capacité et sa précision, a permis d’envoyer dans l’espace de nombreuses missions internationales, aussi bien dans le domaine des télécommunications que de l’observation et l’exploration de l’univers.

Voici notre « top 8 » des missions envoyées par Ariane 5.

2023 : Juice, direction les lunes glacées de Jupiter

Le 14 avril 2023, s’élançait sur une Ariane 5 la mission européenne JUICE (Jupiter Icy Moon Explorer), qui doit rejoindre dans huit ans Jupiter et ses lunes glacées afin de les étudier et de répondre à de grandes questions : Quelles sont les conditions qui président à la formation des planètes et à l’émergence de la vie ? Comment est né le système solaire ?

Illustration du satellite Juice arrivant à proximité de Jupiter (dans plusieurs années). NASA/JPL-Caltech/SwRI/MSSS/Kevin M.Gill/VR2Planets, 2023, Fourni par l'auteur

Lorsque la sonde atteindra le système jovien, une phase d’exploration de 3 ans et demi commencera, au cours de laquelle JUICE portera une attention toute particulière à Ganymède, une lune de Jupiter suspectée d’abriter un océan liquide sous sa croûte de glace.

2021 : le télescope James-Webb, une révolution pour l’astronomie

Après plus de 20 ans de travail, la NASA et ses partenaires, ESA et CSA, ont suivi avec un immense soulagement le lancement par Ariane 5 du télescope spatial James Webb avec une précision parfaite, le 25 décembre 2021 – un beau cadeau de Noël pour la communauté scientifique internationale.

Souvent évoqué comme le successeur de l’iconique télescope spatial Hubble, le James-Webb lui est plutôt complémentaire. En observant dans l’infrarouge avec une excellente qualité d’image, il donne enfin aux scientifiques accès à l’univers très lointain, siège de la formation des premiers objets… Tout autant qu’aux objets plus proches et plus petits comme les nuages interstellaires, où se forment les étoiles mais qui sont opaques pour Hubble, les exoplanètes et même une vision inédite des objets de notre système solaire.

Image de Cassiopée A pris epar le James-Webb télescope
Cassiopée A est une rémanence d’une supernova. C’est la source radio la plus forte du ciel après le Soleil, située à une distance d’environ 11 000 années-lumière. NASA, ESA, CSA, Danny Milisavljevic (Purdue University), Tea Temim (Princeton University), Ilse De Looze (UGent), Joseph DePasquale (STScI), CC BY

Avec à peine un an d’observation (la mission pourrait durer 20 ans), le James-Webb a déjà obtenu nombre de résultats spectaculaires : détection d’amas de galaxies dinosaures ou chimie à l’œuvre dans les atmosphères de plusieurs exoplanètes ainsi que dans le milieu interstellaire. Du bonheur pour les scientifiques mais aussi pour le grand public, qui a pu découvrir avec enthousiasme des clichés incroyables de notre univers.

La NASA réfléchit déjà au futur grand observatoire spatial qui sera bâti sur les épaules du Webb : le Habitable Worlds Observatory, ou observatoire des mondes habitables.

2018 : BepiColombo, un long voyage vers l’enfer

Le 19 octobre 2018, BepiColombo était projetée hors du champ de gravité terrestre par une fusée Ariane 5.

Elle entamait alors une croisière de 7 ans vers la planète Mercure, au cours de laquelle elle tournera 18 fois autour du soleil, en s’appuyant sur la force d’attraction de la Terre (une fois), de Vénus (deux fois), et de Mercure elle-même (6 fois). Ces survols lui ont déjà permis de capturer à la volée des images inédites.

La surface cratérisée de Mercure, observée par BepiColombo à son 2ᵉ survol le 23 juin 2022. ESA, Fourni par l'auteur

Au bout du voyage, ce sont deux sondes, une européenne et une japonaise, qui seront insérées en orbite autour de Mercure le 20 décembre 2025. Elles étudieront conjointement son champ magnétique dont l’existence, sur une planète aussi petite, est une énigme. La composition de sa très fine atmosphère nous renseignera sur la formation du disque protosolaire : Mercure est-elle née au plus près de notre étoile par un processus d’accrétion ou plus loin, avant de migrer vers elle ? Les cratères des régions polaires seront scrutés avec grande attention : les plus profonds d’entre eux pourraient abriter de la glace d’eau apportée par des comètes. Il faudra pour résoudre ces mystères, grâce à quatre couches de couvertures isolantes multi-plis et à des radiateurs protégés par des persiennes vénitiennes, résister à des températures externes de 450 °C et aux radiations dégagées par le soleil tout proche.

2016 : Galileo, le GPS européen

Fournissant un service mondial de positionnement, Galileo est basé sur une constellation de 30 satellites en orbite à 23 222 km d’altitude. Il affiche une précision inférieure à un mètre à tout endroit de la planète. Ce programme permet à l’Europe d’être indépendante dans le domaine de la navigation par satellite (Global Navigation Satellite System), en parallèle du système américain GPS, du système russe GLONASS et du système chinois BEIDOU.

Intégration des satellites Galileo sur le lanceur Ariane 5 ES. CNES/ESA/Arianespace/Optique Vidéo CSG/JM Guillon, 2016, Fourni par l'auteur

Grâce à trois lancements réalisés de 2016 à 2018, Ariane 5 a mis en orbite douze satellites Galileo, ce qui représente à ce jour la moitié des satellites opérationnels. L’autre moitié de la constellation a également été mise sur orbite par Arianespace depuis Kourou avec des fusées Soyouz avant 2016 et en 2020. Cette capacité accrue de mise en orbite d’Ariane 5 a permis le peuplement en vitesse accélérée de la constellation Galileo en vue de la fourniture de services opérationnels qui ont été initiés dès fin 2016.

La fusée Ariane a été adaptée pour lancer simultanément quatre satellites Galileo : la version « Ariane 5 Evolution Storage » permet le réallumage de l’étage supérieur et donc une injection des satellites très proche de l’orbite finale. Cette capacité était indispensable compte tenu de la quantité limitée d’ergols que ces satellites peuvent embarquer.

Il reste dix satellites de la première génération Galileo à placer en orbite – la future Ariane 6 doit y contribuer.

2009 : Herschel lève le rideau sur l’univers froid

C’est une mission capitale pour l’Europe qu’Ariane 5 réussit le 14 mai 2009 : le lancement de non pas un, mais deux télescopes de l’ESA télescopes Herschel et Planck, dédiés respectivement à l’étude de l’univers froid et du fond diffus cosmologique.

Équipé du plus grand miroir spatial monolithique à ce jour (diamètre de 3,5 mètres) et de capteurs ultra-refroidis, Herschel observe pendant trois ans les sources de rayonnement froid pour explorer par exemple les nuages de poussières interstellaires et leur dynamique, l’histoire de la formation d’étoiles dans les galaxies au cours des âges.

Image prise par Herschel
Image de nébuleuse prise par Herschel. ESA/NASA/JPL-Caltech, 2009, CC BY-SA

Le rayonnement observé par Herschel est inaccessible pour les télescopes au sol, et la mission, terminée en 2013, a donc apporté une moisson de résultats et d’images somptueuses : des nuages de l’eau apportée vingt-cinq ans plus tôt dans l’atmosphère de Jupiter par la collision de la comète Shoemaker-Levy 9, des pouponnières d’étoiles au sein de filaments de poussières et de gaz, berceaux de formation de planètes et de comètes autour d’autres étoiles, de l’omniprésence de l’eau dans l’univers.

Le succès d’Herschel est tel que la communauté scientifique internationale s’emploie désormais à lui trouver un successeur. La NASA, qui avait contribué à Herschel, devrait émettre en 2023 un appel à missions dédié.

2008-2015 : l’ATV, le livreur de l’espace

Pour ravitailler la Station Spatiale Internationale, l’ESA a conçu un vaisseau spatial dédié : le véhicule automatique de transfert européen, ou « ATV » pour Automated Transfer Vehicle. Il peut transporter jusqu’à huit tonnes de matériel (oxygène, carburant, eau potable, vivres, équipements scientifiques) et a effectué cinq vols entre 2008 et 2015.

L’ATV vu depuis l’ISS
L’ATV Albert Einstein en approche de la station spatiale internationale. ESA/NASA 2013, Fourni par l'auteur

2004-2014 : Rosetta, un plan sur la comète

Le 2 mars 2004, à bord d’une Ariane 5 dans sa version G+, la sonde européenne Rosetta quitte la Terre pour un voyage long de 10 ans, à destination de la comète Tchoury – de son vrai nom 67P/Churyumov-Gerasimenko.

Pour ce voyage long de dix ans, avec plus de quatre tours autour du Soleil, Rosetta emporte deux tonnes de carburant, soit les deux tiers de sa masse totale.

La mission Rosetta vers la comète Churyumov-Gerasimenko. Source : CNES.

En août 2014, Rosetta arrive enfin à proximité de Tchoury. Elle va l’étudier pendant deux ans et demi et larguer un petit atterrisseur, Philae, le 14 novembre 2014. Ces analyses ont révélé que la comète, loin d’être une « boule de neige sale » comme l’avait décrite Fred Whipple, est constituée à parts égales de glaces (principalement d’eau), de matière organique et de minéraux silicatés. Rosetta a analysé plus de soixante molécules, dont la glycine, un acide aminé.

De cette mission, on retiendra que l’eau de la Terre ne provient probablement pas des comètes, mais que les molécules carbonées, elles, auraient peut-être une origine cométaire.

1999 : XMM-Newton ouvre une nouvelle fenêtre sur l’univers

Le 10 décembre 1999, lors de son premier vol commercial, Ariane 5 place sur une orbite haute elliptique un télescope révolutionnaire. Dimensionné pour remplir totalement la coiffe d’Ariane 5, il restera le plus grand télescope jamais lancé dans l’espace jusqu’en 2021, et n’a été détrôné que récemment, par le célèbre télescope spatial James-Webb.

XMM-Newton est dédié à l’observation du rayonnement X dans l’univers, en provenance de trous noirs en flagrant délit d’accrétion de matière, d’étoiles en fin de vie ou traversant des épisodes cataclysmiques, de gaz chauds baignant les amas de galaxies, d’étoiles à neutrons, jusqu’aux aurores boréales des planètes géantes de notre système solaire.

Image en rayons X de la bulle de gaz ultra-chaud en expansion éjectée lors de l’explosion de la supernova G272.2-03.2 il y a quelques milliers d’années. Les données d’XMM sont ici transposées en couleurs visibles pour permettre à l’œil humain de les visualiser. XMM-Newton/ESA, CC BY

Doté de trois télescopes capables de focaliser et de mesurer les rayons X – un rayonnement ultra-énergétique particulièrement difficile à dévier et à stopper, XMM-Newton inonde la communauté scientifique d’images et de spectres de plusieurs centaines de milliers de sources cosmiques. La mission a longtemps été la plus productive des missions scientifiques de l’ESA, en termes de publications scientifiques – jusqu’à l’avènement de Gaia en 2018. Aujourd’hui, XMM-Newton fonctionne toujours parfaitement.The Conversation

Francis Rocard, Planétologue, Responsable des programmes d'exploration du Système solaire, Centre national d’études spatiales (CNES); Jean MARECHAL, Responsable de programme Navigation et localisation, Centre national d’études spatiales (CNES); Olivier Joie-La Marle, Responsable du programme sciences de l'univers, Centre national d’études spatiales (CNES) et Pierre Bousquet, Sous Directeur Adjoint des projets d'exploration et vols habités, Centre national d’études spatiales (CNES)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Web immersif : et si nous ressentions Internet ?

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Par Ahmed Azough, Pôle Léonard de Vinci

Si, aujourd’hui, nous sommes habitués à surfer sur Internet, partie émergée d’un énorme iceberg de données interconnectées, les évolutions technologiques récentes devraient bientôt nous permettre de nous immerger dans cet océan bouillonnant de big data.

L’immersion vise à procurer à l’utilisateur un sentiment de présence en utilisant des technologies de captation et restitution sensorielle : l’utilisateur se sent transporté dans l’environnement digital créé par des technologies numériques, à tel point qu’il ressent ces objets numériques virtuels comme faisant partie de sa réalité.

De leur côté, les systèmes numériques détectent et interprètent de mieux en mieux les comportements et les émotions de leurs interlocuteurs, à tel point que l’humain a l’impression que ce système est conscient de sa présence et interagit volontairement.

Les films Matrix et plus récemment Ready Player One reflètent bien cette idée : s’interposer entre les récepteurs sensoriels de l’homme et la réalité afin de créer un monde nouveau, que l’on appelle parfois le « métaverse ». Ce concept est déjà utilisé depuis de plusieurs années pour les simulateurs d’aviation ou de conduite, ou pour des parcs de loisirs (L’Extraordinaire Voyage au Futuroscope par exemple).

Le web immersif fait suite à trois générations du web : du web 1.0 statique qui ressemble à une « vitrine » d’affichage, au web 2.0 participatif qui intègre les utilisateurs dans la création du contenu, et au web 3.0 dit « sémantique », qui introduit de l’ingénierie de connaissance pour structurer les données.

Cette quatrième génération, le « web 4.0 » ou « web immersif », doit être très accessible grâce aux réseaux haut débit 5G et à l’internet des objets (IoT). Le couplage du web et de la 5G nous fait entrer depuis le début des années 2020 dans l’ère d’un web « ambiant », pervasif et ubiquitaire, où de nombreux objets sont connectés et communiquent de manière autonome.

homme avec des gants à retour haptique et lunettes de RV
Les gants à retour haptique captent les sensation tactiles et en fournissent à l’utilisateur. Ils permettent notamment de se former à la manipulation d’équipement dangereux. XR expo, Unplash, CC BY

Les technologies immersives de réalité virtuelle, augmentée ou mixte sont considérées par plusieurs acteurs comme la quatrième révolution du numérique (après les ordinateurs personnels, les ordinateurs portables et les smartphones). Elles devraient permettre une importante métamorphose de la pratique du Web, dont les fonctionnalités risquent d’évoluer plus ou moins rapidement selon le niveau d’adoption de la technologie, du dispositif utilisé, mais aussi selon l’évolution des réglementations relatives à la protection des données.

À quoi ressemblera Internet avec le web immersif ?

Les agents conversationnels virtuels (comme ChatGPT) répondent de manière naturelle et précise aux requêtes des utilisateurs. Dans le cadre d’un moteur de recherche, les requêtes n’ont plus besoin d’être constituées de mots clés, mais deviennent des discussions naturelles.

Ce type de conversations plus naturelles pour les humains pourrait avoir d’autres applications : un prototype de thérapies de groupe dans le milieu scolaire a par exemple été testé par 134 étudiants à l’université National Tsing Hua University à Taiwan en 2021. Des systèmes similaires sont testés pour des entretiens d’embauche ou des assistants industriels.

Les réponses des moteurs de recherche pourraient être des objets 3D virtuels transférés à l’utilisateur, ou des visites d’environnements virtuels. Les technologies immersives sont même considérées comme une technologie de rupture qui révolutionne la gestion et le marketing du tourisme.

Par ailleurs, les réseaux sociaux, les chats et les forums sont en train d’être transformés en métavers (second life, Meta Horizon worlds). Les visioconférence peuvent évoluer en « holoportation » : un système développé en 2016 par Microsoft, qui permet de la reconstructions 3D de haute qualité et en temps réel d’un espace entier, y compris les personnes, les meubles et les objets qu’il contient, à l’aide d’un ensemble de nouvelles caméras de profondeur. Cette technologie a également été testée dans le domaine de l’éducation à travers quelques prototypes, et a permis de mettre en l’évidence le rôle important de la présence (et de la télé-présence) dans l’enseignement supérieur.

Des casques de réalité mixte autonomes plus légers et plus puissants pourraient permettre l’adoption de cette technologie à grande échelle, avec par exemple le casque Meta Quest 3 présenté par Mark Zuckerberg le 1 Juin 2023.

Côté santé, la chirurgie a connu de nombreuses avancées technologiques, depuis la première télé-chirurgie en 2001. Les chirurgiens peuvent de travailler à distance avec un écran tridimensionnel, via des jumelles haute définition – mais la latence moyenne, autour de 700 millisecondes, privilégie les usages d’entraînement et de planification. La première opération chirurgicale collaborative de l’épaule au monde à l’aide de la réalité mixte a été réalisée en 2017 à l’hopital Avicenne AP-HP en France. Le retour haptique permet la transmission des informations tactiles aux chirurgiens, ce qui permet de sentir la consistance du tissu et la tension dans les sutures.

Aujourd’hui, plusieurs prototypes de soins médicaux faisant appel à des dispositifs haptiques et de capteurs corporels connectés permettent aussi d’envisager le diagnostic et les soins à distance. Récemment, la NASA a même envoyé virtuellement des médecins sur l’ISS pour aider les astronautes à rester en forme.

L’e-commerce pourrait aussi bénéficier des technologies immersives : des caméras 3D et des capteurs connectés permettraient de transmettre les mensurations exactes des clients et d’essayer (virtuellement) leurs choix dans des chambres d’essayage virtuelles sans se déplacer.

On envisage également que la navigation GPS devienne la navigation « VPS » (pour Visual positioning system) : avec des lunettes de navigation basée sur la réalité augmentée, ainsi que des retours sonores et haptiques, elle deviendrait plus intuitive. Un tel prototype ciblant les personnes âgées a été développé en 2018 à Telecom ParisTech en France.

Enfin, et bien qu’elle soit à ses balbutiements, la recherche dans le domaine de la « saveur augmentée » vise à développer des dispositifs olfactifs pour sentir des parfums ou goûter des plats à distance.

Que peut-on virtualiser ?

Tous les sens font l’objet de récents progrès scientifiques et technologiques : la vision, le toucher, l’ouïe, l’odorat, le goût, mais aussi les sens du mouvement, de l’équilibre, de la chaleur par exemple. Dans ce sens, une interface olfactive souple, miniaturisée et sans fil a été ainsi développée pour la réalité virtuelle à l’université de Hong Kong en 2023.

Dans la modalité visuelle, les dispositifs varient en niveau d’immersion : des écrans de smartphone peu immersifs, à des dispositifs semi-immersifs comme les écran incurvés et casques de réalités mixtes, jusqu’aux dispositifs immersifs comme les casques VR (virtual reality). Plus ces casques deviennent économiquement abordables, légers et autonomes, plus l’adoption de cette technologie augmente. La communauté anticipe que le casque de réalité mixte nouvelle génération Apple Vision Pro annoncé le 5 juin 2023 lors de l’Apple Worldwide Developers Conference constitue un pas majeur vers l’adoption de la technologie immersive par le grand public, comme l’a constitué l’iPhone 2G en 2007 pour l’adoption des smartphones.

La modalité sonore accompagne souvent ses dispositifs d’immersion visuels à travers le son spatialisé 3D (le son stéréo traditionnel est diffusé en deux canaux seulement, gauche et droite). Le son spatialisé ajoute une dimension supplémentaire en introduisant des informations de localisation sonore verticales, horizontales et en profondeur. Cette technologie est aujourd’hui bien maîtrisée et largement utilisée dans le domaine des jeux vidéo.

Pour le toucher, il existe des dispositifs dits « intrusifs » (car encombrants) comme les gants haptiques et les combinaisons corporelles ; et d’autres dispositifs moins invasifs ultra-minces ainsi que des peaux artificielles connectées sont en développement.

D’autres dispositifs plus ludiques comme les bouches artificielles connectées ou des sex-toys connectés laissent présager du développement à venir de l’industrie « adulte » sur l’internet de demain.

Les risques du web immersif

Aujourd’hui, les technologies immersives posent déjà des défis éthiques importants, avec des risques potentiels pour la santé mentale, notamment le trouble de dépersonnalisation/déréalisation. Elles sont aussi sujettes à de sérieuses préoccupations liées à la négligence personnelle du corps (réel) des utilisateurs, et des environnements physiques réels. Elles peuvent également être utilisées pour enregistrer des données personnelles qui pourraient être déployées de manière à menacer la vie privée et à présenter un danger lié à la manipulation des croyances, des émotions et des comportements des utilisateurs.

Ces défis se trouveront accentués avec le web immersif. Même si des initiatives existent pour encadrer éthiquement l’usage de la réalité virtuelle, l’aspect addictif du web et l’aspect intrusif de l’IoT posent de nouveaux défis et exigent plus d’effort pour la protection des usagers.

L’insécurité, l’intrusion à la vie privée, l’isolement social, les crimes pornographiques, les délits virtuels, les maux de têtes, les blessures physiques ou l’addiction, tous ces dangers se verront accentués et devront attirer l’attention à la fois des designers et des représentants des usagers pour une utilisation plus sûre et plus éthique.The Conversation

Ahmed Azough, Professeur de Réalité Virtuelle et Vision par Ordinateur, Pôle Léonard de Vinci

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Apple Vision Pro et réalité mixte : “une démocratisation pour l’industrie” selon Atomic Digital Design

Visionpro



Analyse d'Atomic Digital Design

Lundi, Apple a dévoilé son premier casque de réalité mixte – qui permet de passer de la réalité virtuelle à la réalité augmentée : une innovation qui promet des expériences immersives exceptionnelles. Pourquoi autant de bruit alors que la technologie est déjà éprouvée ?

Cette technologie de pointe peut offrir une qualité visuelle inégalée et une expérience utilisateur fluide. En effet, les capacités de suivi et de détection avancées du casque Apple permettront de créer des expériences de réalité augmentée interactives et dynamiques, fusionnant harmonieusement le contenu numérique avec le monde réel. Les marques pourront impliquer les utilisateurs de manière unique, les rendant acteurs dans la narration de la marque.

Pour Atomic Digital Design, entreprise de réalité augmentée française leader du secteur, c’est une avancée qui ouvre un tout nouvel univers de possibilités pour l'ensemble de l'industrie de la réalité augmentée.

“Notre métier est de créer des expériences immersives captivantes, proposer du contenu et des expériences de marque en réalité augmentée. Notre objectif est de donner aux marques les moyens de se connecter avec leur public de manière plus profonde, en laissant une impression durable. Avec ce nouvel outil, plusieurs scénarios sont possibles pour notre coeur de métier : I’exploration de modèles de produits en 3D ultra-réalistes ou l’immersion dans des récits de marque comme nous le faisons déjà mais de manière beaucoup plus organique puisque l’utilisateur n’aura plus besoin de tenir un téléphone” explique Antoine Vu, cofondateur d’Atomic Digital Design.

Attention, il est important de faire la distinction entre la réalité virtuelle et la réalité augmentée. Atomic Digital Design propose des expériences qui ajoutent une couche d’expérience et de compréhension au monde réel, mais elle ne coupe pas l’utilisateur du monde qui l’entoure comme cela est le cas avec la VR.

“Le positionnement d'Apple est clair : offrir un appareil qui puisse remplacer l’ordinateur et tous les autres appareils Apple (watch, buds ..). C’est comme ça que l’entreprise se démarque de ses concurrents qui eux sont sur l'espace gaming. Par exemple, le Vision Pro se veut être un appareil de productivité qui va changer la façon dont on interagit avec le monde, la façon dont on collabore (meetings, calls) et la façon dont on se divertit (home cinema experience, visualisation de nos photos et souvenirs..). Des applications médicales et de visualisation d'objets 3D seront également disponibles. Autant d'opportunités pour nous de créer et développer des expériences immersives pour les marques et entreprises” poursuit Antoine Vu.

Contrairement à la VR, l’AR et la réalité mixte vont permettre une interaction naturelle avec des objets virtuels dans notre environnement physique grâce au spatial computing. Nous n’aurons plus les limites d'un simple écran, d'un clavier et d'une souris. Cela sera semblable à une nouvelle forme d'informatique multidimensionnelle.

“Le casque Apple va proposer les deux, ce qui va certainement impacter le paysage du marketing immersif. Selon nous, les usages en VR vont se limiter à des situations plus isolées (évènements, metaverse) alors que les usages en AR seront beaucoup plus importants (metaverse du monde réel 'Real World Metaverse', eCommerce, événements, culture, tourisme …). Nous croyons vraiment que la prochaine itération de l’internet sera spatialisée (spatial computing). En imitant les expériences de la vie réelle et en utilisant l'espace comme un moyen d'interagir avec les technologies, l'humain sera au centre de tout” conclut Antoine Vu.

Intelligence artificielle : quels sont les nouveaux métiers de l’IA qui recrutent ?

 

ia

Analyse de Welcode

Depuis quelques années, l’Intelligence Artificielle (IA) prend de plus en place dans notre quotidien et donc, de ce fait, sur le marché du travail. Si nous avons généralement tendance à mettre en exergue les aspects néfastes de l’IA sur les emplois, notamment le phénomène de remplacement de certains humains par l’IA, il n’en demeure pas moins que l’IA est également créatrice de nouveaux métiers et donc d’opportunités. Welcode – 1er organisme de formation des recruteurs IT – a listé les 3 métiers de l’IA qui ont le vent en poupe sur le marché de l’emploi en ce moment.

1. Prompt engineer ou "dresseur d’intelligence artificielle"

La mission principale du “prompt engineer” excelle dans la manipulation des modèles d'IA afin de fournir les réponses les plus pertinentes aux requêtes formulées pour l’entreprise. Pour ce faire, il doit être en capacité de poser la bonne question avec les bons mots et formulation afin d’obtenir une réponse précise pour une tâche spécifique, et tirer ainsi le meilleur parti de l’IA. Ce métier, qui existe déjà depuis quelque temps aux Etats-Unis, commence peu à peu à recruter en France.

Profil. Savoir-faire : avoir des bases de hacking, maîtrise de la langue française et capacité à comprendre comment les modèles d’IA fonctionnent. Savoir-être : avoir un esprit créatif. Rémunération : de 50 à 80K euros par an en moyenne selon l’expérience et la localisation.

2. Développeur data intelligence artificielle

L’un des métiers les plus en vogue est celui de développeur data intelligence artificielle, les données étant en effet essentielles pour pouvoir utiliser l’IA. Au quotidien, il est chargé de récolter les données dans le but d’alimenter, d’améliorer et d'entraîner l’IA.

Profil. Savoir-faire : profil d’ingénieur / développeur, mais également des appétences en machine learning, en langage de programmation Python ou autre. Savoir-être : analytique, curieux, organisé. Rémunération : de 46 à 65K euros par an en moyenne selon l’expérience et la localisation.

3. Chargé de projet chatbot

Le travail du chargé de projet chatbot consiste à tester et à entraîner les bots pour qu'ils soient capables de répondre aux demandes des clients de manière efficace et pertinente.

Profil. Savoir-faire : cadrage technique lié à l’IA, capacité analytique. Savoir-être : sens de l’organisation et écoute. Rémunération : de 36 à 45K euros par an en moyenne selon l’expérience et la localisation.


Comment fonctionne ChatGPT ? Décrypter son nom pour comprendre les modèles de langage

ChatGPT

Par Frédéric Alexandre, Inria

On voit passer beaucoup d’avis sur ChatGPT, mais finalement, qu’en sait-on ? Juste que c’est un réseau de neurones artificiels avec des milliards de paramètres, capable de tenir une discussion de haut niveau, mais aussi de tomber dans des pièges grossiers tendus par des internautes facétieux. On nous parle beaucoup de lui mais on en sait finalement très peu sur son fonctionnement.

Je vous propose donc de présenter les mécanismes principaux sur lesquels ChatGPT repose et de montrer ainsi que, si le résultat est parfois impressionnant, ses mécanismes élémentaires sont astucieux mais pas vraiment nouveaux. Pour ce faire, passons en revue les différents termes du sigle « ChatGPT ».

T comme transformer

Un « transformer » est un réseau de neurones qui bénéficie du même algorithme d’apprentissage que les réseaux profonds (deep networks), qui a déjà fait ses preuves pour l’entraînement de grosses architectures. Il bénéficie également de deux caractéristiques éprouvées : d’une part, des techniques de « plongement lexical » pour coder les mots ; d’autre part, des techniques attentionnelles pour prendre en compte le fait que les mots sont séquentiels.

Ce second point est majeur pour interpréter le sens de chaque mot dans le contexte de la phrase entière. La technique proposée par les transformers privilégie une approche numérique et statistique, simple à calculer massivement et très efficace. Cette approche consiste à apprendre, pour chaque mot et à partir de l’observation de nombreux textes, à quels autres mots de la phrase il faut faire « attention » pour identifier le contexte qui peut modifier le sens de ce mot. Ceci permet d’accorder un mot ou de remplacer un pronom par les mots de la phrase qu’il représente.

G comme génératif

ChatGPT est capable de générer du langage : on lui expose un problème et il nous répond avec du langage – c’est un « modèle de langage ».

La possibilité d’apprendre un modèle génératif avec un réseau de neurones date de plus de trente ans : dans un modèle d’auto-encodeur, la sortie du réseau est entraînée pour reproduire le plus fidèlement possible son entrée (par exemple une image de visage), en passant par une couche de neurones intermédiaire, choisie de petite taille : si on peut reproduire l’entrée en passant par une représentation aussi compacte, c’est que les aspects les plus importants de cette entrée (le nez, les yeux) sont conservés dans le codage de cette couche intermédiaire (mais les détails doivent être négligés car il y a moins de place pour représenter l’information). Ils sont ensuite décodés pour reconstruire un visage similaire en sortie.

Utilisé en mode génératif, on choisit une activité au hasard pour la couche intermédiaire et on obtient en sortie, à travers le décodeur, quelque chose qui ressemblera à un visage avec un nez et des yeux mais qui sera un exemplaire inédit du phénomène considéré.

schéma d’un auto-encodeur
Les couches de neurones d’un modèle auto-encodeur : la première couche accueille les entrées, une couche intermédiaire les code de façon plus compacte et la dernière les décode pour retrouver le format original. Frédéric Alexandre, Fourni par l'auteur

C’est par exemple en suivant ce procédé (avec des réseaux de grande taille) que l’on est capable de créer des deepfakes, c’est-à-dire des trucages très réalistes.

Si on souhaite maintenant générer des phénomènes séquentiels (des vidéos ou des phrases), il faut prendre en compte l’aspect séquentiel du flux d’entrée. Ceci peut être obtenu avec le mécanisme attentionnel décrit plus haut, utilisé sous une forme prédictive. En pratique, si l’on masque un mot ou si on cherche le mot suivant, on peut prédire ce mot manquant à partir de l’analyse statistique des autres textes. À titre d’illustration, voyez à quel point vous êtes capables de lire une BD des Schtroumpfs et de remplacer chaque « schtroumpf » par un mot issu de l’analyse attentionnelle des autres mots.

L’efficacité d’un simple mécanisme attentionnel (qui considère les autres mots importants du contexte mais pas explicitement leur ordre) pour traiter l’aspect séquentiel des entrées a été un constat majeur dans la mise au point des transformers (« Vous n’avez besoin que d’attention » titrait la publication correspondante : « Attention is all you need »), car auparavant les méthodes privilégiées utilisaient des réseaux plus complexes, dits récurrents, dont l’apprentissage est comparativement bien plus lent et moins efficace ; de plus ce mécanisme attentionnel se parallélise très bien, ce qui accélère d’autant plus cette approche.

P comme pretrained

L’efficacité des transformers n’est pas seulement due à la puissance de ces méthodes, mais aussi (et surtout) à la taille des réseaux et des connaissances qu’ils ingurgitent pour s’entrainer.

Les détails chiffrés sont difficiles à obtenir, mais on entend parler pour des transformers de milliards de paramètres (de poids dans les réseaux de neurones) ; pour être plus efficaces, plusieurs mécanismes attentionnels (jusqu’à cent) sont construits en parallèle pour mieux explorer les possibles (on parle d’attention « multi-tête »), on peut avoir une succession d’une dizaine d’encodeurs et de décodeurs, etc.

Rappelons que l’algorithme d’apprentissage des deep networks est générique et s’applique quelle que soit la profondeur (et la largeur) des réseaux ; il suffit juste d’avoir assez d’exemples pour entraîner tous ces poids, ce qui renvoie à une autre caractéristique démesurée de ces réseaux : la quantité de données utilisée dans la phase d’apprentissage.

Ici aussi, peu d’informations officielles, mais il semble que des pans entiers d’internet soient aspirés pour participer à l’entrainement de ces modèles de langages, en particulier l’ensemble de Wikipedia, les quelques millions de livres que l’on trouve sur Internet (dont des versions traduites par des humains sont très utiles pour préparer des transformers de traduction), mais aussi très probablement les textes que l’on peut trouver sur nos réseaux sociaux favoris.

Cet entrainement massif se déroule hors ligne, peut durer des semaines et utiliser des ressources calculatoires et énergétiques démesurées (chiffrées à plusieurs millions de dollars, sans parler des aspects environnementaux d’émission de CO₂, associés à ces calculs).

Chat comme bavarder

Nous sommes maintenant en meilleure position pour présenter ChatGPT : il s’agit d’un agent conversationnel, bâti sur un modèle de langage qui est un transformer génératif pré-entraîné (GPT).

Les analyses statistiques (avec approches attentionnelles) des très grands corpus utilisés permettent de créer des séquences de mots ayant une syntaxe de très bonne qualité. Les techniques de plongement lexical offrent des propriétés de proximité sémantique qui donnent des phrases dont le sens est souvent satisfaisant.

Outre cette capacité à savoir générer du langage de bonne qualité, un agent conversationnel doit aussi savoir converser, c’est-à-dire analyser les questions qu’on lui pose et y apporter des réponses pertinentes (ou détecter les pièges pour les éviter). C’est ce qui a été entrepris par une autre phase d’apprentissage hors-ligne, avec un modèle appelé « InstructGPT », qui a nécessité la participation d’humains qui jouaient à faire l’agent conversationnel ou à pointer des sujets à éviter. Il s’agit dans ce cas d’un « apprentissage par renforcement » : celui-ci permet de sélectionner des réponses selon les valeurs qu’on leur donne ; c’est une sorte de semi-supervision où les humains disent ce qu’ils auraient aimé entendre (ou pas).

ChatGPT fait ce pour quoi il a été programmé

Les caractéristiques énoncées ici permettent de comprendre que la principale fonction de ChatGPT est de prédire le mot suivant le plus probable à partir des nombreux textes qu’il a déjà vus et, parmi les différentes suites probables, de sélectionner celles qu’en général les humains préfèrent.

Cette suite de traitements peut comporter des approximations, quand on évalue des statistiques ou dans les phases de décodage du modèle génératif quand on construit de nouveaux exemples.

Ceci explique aussi des phénomènes d’hallucinations rapportées, quand on lui demande la biographie de quelqu’un ou des détails sur une entreprise et qu’il invente des chiffres et des faits. Ce qu’on lui a appris à faire c’est de construire des phrases plausibles et cohérentes, pas des phrases véridiques. Ce n’est pas la peine de comprendre un sujet pour savoir en parler avec éloquence, sans donner forcément de garantie sur la qualité de ses réponses (mais des humains aussi savent faire ça…).The Conversation

Frédéric Alexandre, Directeur de recherche en neurosciences computationnelles, Université de Bordeaux, Inria

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Le casque de VR / AR d’Apple : un tournant technologique digne de l’iPhone

 

vr

Analyse de Storyblok

Une enquête internationale Storyblok, système de gestion de contenu qui permet aux développeurs et aux spécialistes du marketing de créer de meilleures expériences de contenu sur tous les canaux numériques, menée auprès de dirigeants de l'industrie du logiciel et du marketing, révèle que le casque de VR / AR d’Apple marquera un tournant technologique aussi important que la sortie de l’iPhone en 2007– c’est du moins ce que pensent 60% des sondés.

Alors que le produit de la marque à la pomme n’a toujours pas été annoncé, l’attente ne fait qu’augmenter : 80% des leaders se disent « intéressés » et même « très intéressés » par le casque VR/AR. Les développeurs formeraient la part la plus attirée par le casque de réalité virtuelle / réalité augmentée d’Apple.

Selon les dernières rumeurs, Apple pourrait présenter son casque le 5 juin 2023. Un produit qui contrairement aux habitudes de la marque (orientée grand public) pourrait pour la première fois être, dans un premier temps, à destination des entreprises. Le prix prévu serait aux alentours des 3 000 dollars.

« Apple et l'ensemble du secteur de la RV/AR ont beaucoup à gagner de l'annonce d'un casque lors de la Apple WorldWide Developers Conference. Les données montrent que les entreprises pensent que la RV/RA est l'avenir du contenu, mais après tant de faux départs ces dernières années, les spécialistes du marketing sont clairement plus sceptiques quant au potentiel de la technologie à l'heure actuelle », explique Dominik Angerer, cofondateur et P.-D.G. de Storyblok

En effet, les leaders de l'industrie du logiciel sont beaucoup plus enthousiastes à l'idée de créer du contenu pour le casque que les spécialistes du marketing (79 % contre 34 %).

  • 60 % pensent qu'il s'agira d'un tournant technologique aussi fort que la sortie de l’iPhone 1 pour la RV/AR ;
  • 80 % sont très intéressés ou assez intéressés par la création de contenu pour le casque ;
  • La majorité se dit prête à payer jusqu'à 2 000 dollars pour le casque, et 10 % sont prêts à payer ce qu'il coûtera ;
  • 58 % pensent que la VR/AR est la prochaine grande plateforme numérique ;
  • Seuls 7 % déclarent ne pas être intéressés par le casque d'Apple.

 « La bonne nouvelle pour Apple est que les développeurs sont très enthousiastes à l'idée de créer pour la plateforme, même s'ils n'y sont pas familiarisés. C'est le niveau de soutien des développeurs qui, en fin de compte, fera le succès ou l'échec du produit. S'ils créent des expériences qui attirent les gens et les incitent à revenir, les spécialistes du marketing suivront naturellement leur exemple avec le même enthousiasme », a déclaré Dominik Angerer, cofondateur et P.-D.G. de Storyblok.

Ukraine-Russie : comment la guerre des drones s’intensifie

drone

La guerre en Ukraine déclenchée le 22 février 2022 par Vladimir Poutine est, incontestablement, une guerre d’un nouveau genre, qui est entrée dans l’histoire militaire des conflits. La résistance des Ukrainiens, qui était loin d’être acquise face à la puissante armée russe, s’est construite notamment autour d’une agilité hors pair et de nouvelles technologies comme les drones.

Dès l’entame de la guerre, les Ukrainiens ont mobilisé des drones civils – les mêmes que l’on trouve dans le commerce – pour en faire des outils très précieux face à des militaires russes à la logistique défaillante et à la lourdeur handicapante.

Le projet « Army of drones » en Ukraine

Le projet « Army of drones » a ainsi permis l’achat de plus de 1 400 drones de loisir depuis juillet 2022. Certains ont ensuite été bidouillés par les Ukrainiens pour embarquer des explosifs. Kryla, l’unité spéciale de la direction du renseignement du ministère de la Défense ukrainien, a d’ailleurs souhaité créer une flotte de 1 000 drones kamikazes.

Les Ukrainiens depuis un an et demi sont devenus des experts dans l’utilisation de tous les types de drones. Drones d’observation, qui permettent d’avoir ensuite des vidéos pour alimenter les réseaux sociaux et mener la guerre informationnelle contre la propagande russe. Drones d’observation, encore, qui permettent de survoler les lignes ennemies et de guider ensuite plus précisément les bombardements ukrainiens.

drones


Mais aussi drones suicides et de combat comme on l’a vu cette semaine avec une attaque de drones sans précédent sur Moscou. Plusieurs drones se sont ainsi abattus mardi dernier à l’aube sur des immeubles de la capitale russe, située à plus de 500 kilomètres de l’Ukraine, prenant de court des habitants pour qui le conflit semblait lointain.

Selon les autorités russes, huit drones ont été détectés à Moscou et dans sa région, tous ont été neutralisés, mais certaines épaves sont tombées sur des habitations. Deux personnes ont été légèrement blessées, a indiqué le maire de Moscou, Sergueï Sobianine. Si l’Ukraine a démenti toute implication, Vladimir Poutine l’a accusée de vouloir « terrifier la Russie » et « intimider les citoyens russes ». Le chef du Kremlin s’est dit « satisfait » de la défense antiaérienne russe, qui a intercepté les drones, mais il a annoncé son renforcement.

En s’exprimant ainsi sur un incident prétendument isolé, Vladimir Poutine a surtout acté l’importance que prend désormais la guerre des drones. Bien que spectaculaire et inédite par son ampleur, l’attaque contre Moscou reste toutefois modeste par rapport aux vagues de missiles et de drones russes que la capitale ukrainienne subit depuis plusieurs mois.

L’armée de l’air ukrainienne a déclaré avoir abattu 29 drones explosifs de fabrication iranienne sur 31 lancés dans la nuit de lundi à mardi. Par contraste, Moscou et sa région n’ont été jusqu’à présent que très rarement visés par des attaques de drone depuis le début du conflit, même si ce type d’attaque s’est multiplié ailleurs en Russie. Début mai, deux drones ont été abattus au-dessus du Kremlin, le siège du pouvoir russe, lors d’une spectaculaire attaque imputée à l’Ukraine. Ces derniers mois, des drones ont également pris pour cible des bases militaires ou des infrastructures énergétiques en Russie.

Concernant l’attaque sur Moscou mardi, les drones utilisés pourraient être, selon des images, des drones UJ-22 et Beaver. Le premier, fabriqué en Ukraine par l’entreprise UkrJet, dont des débris ont été retrouvés, ressemble à un petit avion. Dédié à la reconnaissance, cet appareil de 3,5 mètres d’envergure et d’un rayon d’action de 800 km peut embarquer jusqu’à 20 kg de charge explosive. Le second, Beaver (Castor en français), est un drone kamikaze inédit développé par les forces armées ukrainiennes fin 2022, qui aurait un rayon d’action de 500 km.

Drones turcs et iraniens

Depuis le début de la guerre, l’Ukraine a également utilisé des drones turcs Bayraktar TB2. Ce drone de combat « low-cost », qui coûte toutefois 4 millions de dollars, connaît un succès fulgurant avec sa capacité d’emport de quatre missiles à guidage laser.

De leur côté, les Russes utilisent des drones kamikazes iraniens Shahed-136 et peut-être d’autres appareils. Mi-mars, des soldats ukrainiens ont détruit un drone civil chinois Mugin-5, qui avait été converti en petit bombardier volant à basse altitude et transportait un explosif d’environ 20 kg.

USA, Turquie, Chine... Des investissements tous azimuts dans les drones

drone

Les drones sont devenus un incontournable de tous les conflits et les armées du monde entier investissent massivement sur ce type d’outils désormais indispensables dans tout conflit ou opération militaire.

La Turquie, membre de l’Otan, a pris une place particulière dans le domaine des drones : le 10 avril dernier, elle a mis à l’eau le TGC Anadolu, premier navire porte-drones de combat au monde. Il accueillera le nouveau drone armé TB3 en 2024 conçu par la société Baykar qui a fourni plusieurs de ses drones TB2 à l’Ukraine (photo).

Aux États-Unis, où l’on a une longue expérience des drones militaires, on pense déjà au drone de demain, de nouvelle génération. General Atomics a récemment présenté les derniers tests de son MQ-20 Avenger, un drone de combat piloté à distance par des opérateurs et par des intelligences artificielles (IA). Ces avions collaboratifs de combat (CCA, « collaborative combat aircraft ») sans pilote capables d’opérer aux côtés d’avions pilotés ou de manière autonome pour toutes sortes de missions sont une des priorités de l’US Air force, qui a vu sa flotte diminuer et fait face à une pénurie de pilotes de chasse…

Le secrétaire de l’Air Force, Frank Kendall, a indiqué le 2 mai que l’armée américaine pourrait acquérir 1 000 CCA qui coûtent entre 21 et 41 millions de dollars contre 82,5 millions pour un F-35.

Des son côté, la Chine observe de très près le conflit ukrainien et entend développer des drones dotés d’une meilleure intelligence artificielle pour de futurs conflits.

(Article publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 2 juin 2023)

Loi de programmation militaire : la stratégie "drone" française se muscle

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Un drone Reaper utilisé au Mali lors de l’opération Barkhane./ AFP

Le projet de loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, dont le texte est actuellement examiné en première lecture à l’Assemblée nationale, doit acter une hausse très significative du budget des armées : le projet prévoit, en effet, de consacrer 413 milliards d’euros sur sept ans au budget des armées, en procédant par marches : +3,1 milliards en 2024, puis 3 milliards supplémentaires par an de 2025 à 2027, et 4,3 milliards de plus par an à partir de 2028, après la fin du quinquennat Macron.

Ce projet redéfinit aussi de grandes orientations dans un contexte international qui a profondément changé. "L’ambition de ce texte est […] de relever le défi historique de l’émergence de nouveaux espaces de conflictualité, en particulier le cyber et le spatial, tout en tirant parti de ruptures technologiques et de l’innovation dans les domaines de la robotique, des drones, et bientôt de la technologie quantique et de l’intelligence artificielle", indiquait le ministre des Armées Sébastien Lecornu.

Dans la section "Adapter notre outil militaire à l’évolution des menaces", un chapitre est ainsi consacré aux drones. "Les drones font désormais partie intégrante de l’équipement et sont présents dans les airs, sur terre, sur et sous la mer. Ils constituent une caractéristique du combat de demain. Leur rôle est essentiel du niveau stratégique au niveau tactique. Avec la prochaine LPM, la poursuite du développement des capacités dronisées permettra aux armées d’accroître les fonctions de détection et d’action à distance", explique le ministère, qui détaille les perspectives d’équipement.

Des drones aériens et sous-marins

"Des drones de contact ainsi que des munitions téléopérées (MTO) équiperont les armées, apportant performance, précision et létalité avec un rapport coût efficacité favorable. L’ambition portée est de développer une filière française de MTO et à horizon 2030, d’atteindre la capacité de vol en essaims. La Marine poursuivra son effort de dronisation entamé lors de la précédente LPM, notamment sous la mer et embarqué. L’armée de Terre, se verra dotée à horizon 2025 de 1 200 systèmes drones, soit plus de 3 000 drones dont les systèmes de drones tactiques (SDT). Enfin, l’armée de l’Air et de l’Espace réceptionnera à l’horizon 2030 son premier système Eurodrone sur une cible de 6 systèmes."

Au total, la France consacrera 5 milliards d’euros aux drones sur la période 2024-2030.

La France est d’ores et déjà prête aujourd’hui à utiliser des drones de combat en cas de conflit. "Les drones dans l’armée de l’air, ce sont plus de 25 années d’opération, au Kosovo ou en Afghanistan", soulignait cette semaine sur RTL le colonel Yann Malard, porte-parole de l’armée de l’Air et de l’Espace. "Il y a un savoir-faire lié, au-delà de la capacité technique, à la ressource humaine, la plus précieuse, car les équipages ont capitalisé cette expérience à travers les opérations qu’ils ont conduites qui leur permettent d’apporter cette expertise de leur milieu."

La France pour l’heure possède déjà plusieurs types de drones comme le MQ9 Reaper (12 exemplaires, 24 d’ici 2030), un appareil américain de 20 m d’envergure capable de voler 24 heures d’affilée. La France dispose aussi de SMDM (systèmes de mini-drones embarqués de la marine) conçus par la société française SurveyCompter pour des missions de surveillance.

Prochainement, l’Armée de terre disposera du Patroller, conçu par Safran. La France dispose aussi d’exemplaires de drones AeroVironment RQ-20 puma, Skylark I-Lex, Delair UX11, Black Hornet (un drone de 33 grammes), Parrot…

(Article publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 2 juin 2023)