Une étude sectorielle de l’Afnic met en lumière le décalage croissant entre viticulteurs et reste du monde agricole en matière de présence en ligne. Très équipés, offensifs sur la publicité et structurés dans leur stratégie numérique, ils démontrent le potentiel encore largement sous-exploité du web dans l’agriculture.
Dans un paysage agricole où la transition numérique demeure inégale, les viticulteurs apparaissent comme un groupe particulièrement en avance sur internet. L’étude sectorielle de l’Afnic (Association Française pour le Nommage Internet en Coopération, qui gère les sites web en. fr), menée auprès de 1 002 TPE et PME du secteur entre juillet et août 2025, dresse un contraste net entre la filière viticole et l’ensemble des agriculteurs. Avec 79 % de sites internet actifs, contre seulement 27 % pour le reste du secteur, les viticulteurs ont ainsi fait du web un véritable levier d’activité. Leur présence sur les réseaux sociaux atteint 92 %, là où la moyenne agricole plafonne à 65 %.
Les viticulteurs investissent d’ailleurs massivement dans la promotion en ligne : 76 % achètent de la publicité sur les réseaux sociaux, 54 % utilisent des bannières sur des sites à fort trafic et 24 % recourent aux liens sponsorisés. Ce volontarisme contraste avec les pratiques du secteur agricole dans son ensemble, selon l’Afnic, où 69 % des professionnels ne mènent aucune action publicitaire. Plus présents, les viticulteurs se montrent également plus constants : 68 % déclarent consacrer plus d’une heure par jour à leur présence en ligne, contre 33 % chez les autres agriculteurs.
Une présence en ligne qui impacte directement l’activité économique
Ces efforts se traduisent directement dans l’activité économique. Ainsi, près d’un viticulteur sur cinq vend via son site de e-commerce, contre 6 % seulement dans l’agriculture au sens large. L’impact se mesure aussi dans le chiffre d’affaires : 38 % réalisent plus de 30 % de leurs ventes grâce à internet, un niveau très supérieur aux 12 % observés dans le secteur agricole. La rentabilité perçue suit la même tendance : 79 % jugent leur temps investi en ligne rentable, un écart considérable avec les 35 % du reste du secteur.
À rebours, la majorité des agriculteurs demeure cantonnée à un usage minimaliste du web. Internet y est d’abord perçu comme un outil pour "être trouvé facilement" (78 %), bien plus que comme un canal de vente ou de relation client. L’absence de temps et de moyens constitue aussi un frein majeur : 48 % déclarent ne pas pouvoir s’en occuper, contre 4 % seulement dans l’étude globale. Cette prudence se traduit dans les pratiques : 95 % s’appuient sur les annuaires, tandis que seuls 27 % disposent d’un site internet et 5 % d’une présence sur des places de marché.
Lorsqu’ils franchissent le pas, les agriculteurs adoptent toutefois des comportements structurés, notamment en matière d’identité numérique. Le ". fr" domine largement : 77 % des sites utilisent cette extension, et 47 % ont mis en place une stratégie de nommage élargie. L’ancrage territorial, central dans les productions agricoles, renforce ce choix.
Un niveau de vigilance élevé en cybersécurité
Enfin, l’étude met en évidence un niveau de vigilance élevé en cybersécurité : 95 % sauvegardent régulièrement leurs données, 99 % utilisent des mots de passe complexes et 99 % déclarent protéger leur site par des solutions dédiées. Ces résultats, très supérieurs à ceux du panel global, témoignent d’une sensibilisation forte, même si certaines réponses pourraient refléter une surestimation des pratiques réelles.
Au final, la filière viticole illustre ce que pourrait être un usage plus offensif du web dans l’agriculture qui pourrait en faire non plus un outil seulement de visibilité, mais bien de croissance et de fidélisation.
Face à la hausse des usurpations de numéros, l’Arcep adopte une série de mesures techniques et contractuelles pour renforcer l’authentification des appels, sécuriser la numérotation et protéger les abonnés, avec une entrée en vigueur progressive à partir du 1er janvier 2026.
L’Arcep, le gendarme des télécoms, entend muscler la protection des abonnés face aux usurpations de numéros de téléphone. En effet, malgré la généralisation du mécanisme d’authentification du numéro d’appelant, la plateforme "J’alerte l’Arcep" a déjà enregistré près de 18 000 signalements depuis janvier dernier, révélant la persistance de techniques de fraude capables d’exploiter les failles résiduelles du dispositif.
Le régulateur renforce d’abord la gestion des appels internationaux comprenant un numéro mobile français non authentifié. Durant la phase transitoire, ces appels – légitimes ou non – resteront indissociables. L’Arcep impose donc leur passage en appel masqué dès le 1ᵉʳ janvier 2026, afin de protéger les abonnés dont le numéro pourrait être usurpé. Ce principe est toutefois reporté au 1ᵉʳ janvier 2028 pour Saint-Martin en raison de contraintes locales.
L’Arcep recommande également le masquage du numéro lorsque des limitations techniques empêchent la transmission des informations d’authentification. Certains équipements anciens ne peuvent relayer ces données lors de renvois d’appels, créant des opportunités d’usurpation. Les opérateurs devront consigner les raisons du masquage, conserver la signature d’origine et informer le régulateur des actions menées pour corriger les faiblesses identifiées.
Vérification systématique des numéros
La décision publiée mardi clarifie en parallèle l’obligation faite aux opérateurs de vérifier systématiquement les numéros que leurs clients sont autorisés à présenter. Cette vérification doit être formalisée contractuellement et accompagnée d’une restriction technique aux seuls numéros validés. Par ailleurs, l’Arcep crée une nouvelle catégorie de numéros dédiés aux appels et messages à objectif d’intérêt général émis par des systèmes automatisés.
Enfin, l’Arcep met en œuvre de nouvelles mesures visant à mieux protéger les consommateurs. Un délai minimal de 45 jours devra désormais être respecté avant réaffectation d’un numéro résilié à l’initiative de l’opérateur, afin de permettre à l’abonné d’en demander la récupération.
À l’issue d’une finale organisée au Palais de l’Alma, la Présidence de la République et Epitech ont dévoilé les lauréats du premier hackathon national dédié à l’IA et aux données publiques. Cinq équipes étudiantes sont distinguées pour leurs solutions d’optimisation de la stratégie vaccinale contre la grippe.
Epitech et la Présidence de la République ont présenté les lauréats du hackathon national "Données publiques au service de l’intérêt général", un événement inédit organisé avec le DataLab de l’Élysée et qui marque une étape importante dans la collaboration entre l’État et les Grandes Écoles d’informatique. La finale, tenue le 1er décembre 2025 au Palais de l’Alma, clôt trois jours d’immersion intensive consacrés à l’optimisation de la stratégie vaccinale contre la grippe grâce aux données massives et à l’intelligence artificielle.
Du 20 au 22 octobre, les 15 campus Epitech implantés en France ont simultanément accueilli la première phase du hackathon. Sur les 6 000 étudiants mobilisés dans l’ensemble de l’école, 850 ont été sélectionnés pour travailler sur un défi d’intérêt public : anticiper les besoins en vaccins, fluidifier la logistique territoriale, améliorer l’accès aux soins et renforcer la décision publique grâce à des modèles prédictifs. Encadrées par les experts du DataLab, les équipes ont produit des prototypes exploitant analyses multi-échelles, visualisations avancées et simulations épidémiques.
Trois prix principaux et deux prix coup de cœur
À l’issue de la finale nationale, trois prix principaux et deux prix coup de cœur ont été décernés. Le 1er Prix revient à l’équipe IOS (Epitech Toulouse) pour une plateforme de visualisation et de prédiction de la grippe intégrant des widgets personnalisables selon les besoins des utilisateurs. Le groupe est composé de Franck Agbessi, Gabriel Basso, Juliette Klicki, Théo Laffage et David Vaucheret. Il est également prévu que ces étudiants soient invités début 2026 à visiter le Palais de l’Alma en présence de représentants de la Présidence.
Le 2e Prix distingue le projet Hexavax (Epitech Lille), un outil centralisé d’analyse destiné à optimiser les campagnes vaccinales et la gestion des stocks en pharmacie, avec un suivi temporel fin et des visualisations territoriales. L’équipe réunit Dorian Perrier, Léo Stalhberger, Manon Fournier, Nils Dass et Thomas Keirssemaeker. Le 3e Prix revient au campus Epitech Rennes : leur solution d’IA vise à prédire les cas de grippe et à affiner les traitements pour les chercheurs nécessitant une granularité poussée. Elle est portée par Yannis Djaffer, Théo Lordelot, Matis Geran, Abdou-Aziz-Daback Ba et Antoine Morin.
Deux prix coup de cœur complètent le palmarès. Le prix "Originalité" distingue le campus Epitech Montpellier pour un dispositif analysant la couverture vaccinale en intégrant le ressenti de la population via des enquêtes et des données issues des réseaux sociaux, porté par Elodie Damiens, Amina Taguia, Geoffrey Deparcy, Maëlle Chiarello et Elvin Fodjo Foko. Le prix "Pragmatisme" récompense EPILitix (Epitech Strasbourg), un outil de simulation épidémique conçu pour aider autorités et agences régionales de santé à sélectionner les stratégies de lutte les plus adaptées, grâce à l’intégration des flux de population. Le projet réunit Martin Faliu, Philippe Deson, Ruben Beyer et Sarah Comble.
Un partenariat autour de l'IA et de la donnée
Cet événement s’inscrit dans le partenariat lancé début 2024 entre Epitech et le DataLab de la Présidence, qui vise à intégrer IA, Big Data et innovations numériques au sein de l’institution. Au-delà des hackathons, ce programme prévoit stages, projets d’application, participation d’experts de l’État aux jurys académiques et création de prototypes susceptibles d’évoluer vers des "startups d’État".
L’usage de l’intelligence artificielle générative est désormais massif dans les nouvelles générations étudiantes, bousculant les codes et les enjeux de l’évaluation des connaissances. Voilà qui pose un certain nombre de dilemmes aux universités. Comment peuvent-elles repenser leurs examens pour maintenir la crédibilité des diplômes ?
S’il existe vraiment des innovations de rupture dans l’éducation, les usages des intelligences artificielles génératives pourraient être de celles-là. Ce n’est rien moins qu’un nouveau rapport au savoir qui s’instaure sous nos yeux. À l’université, c’est probablement l’évaluation des apprentissages et le risque de triche qui soulèvent le plus de questions.
Les fraudes sont difficiles à observer. Par définition la triche est cachée et il est difficile de la différencier des utilisations légitimes des intelligences artificielles génératives. De plus, il n’existe pas à ce jour en France d’étude robuste qui permettrait de la qualifier et de la quantifier, d’autant que les plateformes de détection de plagiat s’avèrent inopérantes. Peu fiables, celles-ci produisent à la fois des faux positifs et des faux négatifs, comme le montrent l’étude de William H. Walters et celle de Philippe Dessus et Daniel Seyve.
On sait en revanche que les étudiants utilisent massivement les intelligences artificielles génératives. Une enquête du Digital Education Council, publiée en août 2024 montre que 86 % d’entre eux, dans un panel de 16 pays incluant la France, les utilisent, alors qu’une étude, plus récente, du Higher Education Policy Institute, réalisée en février 2025, estime que 92 % des étudiants britanniques y recourent dont 88 % pour des activités donnant lieu à une évaluation.
Face à ce double constat, les universités semblent assez démunies. L’effondrement de leur capacité à maintenir les formats classiques d’évaluation appelle à en repenser radicalement les finalités et les modalités afin de maintenir l’efficacité des formations et la crédibilité des diplômes.
À quoi les évaluations servent-elles ?
Dans l’éducation comme ailleurs, on définit usuellement l’évaluation comme un jugement de valeur porté sur une mesure et destiné à une prise de décision. À l’université, il s’agit donc de proposer aux étudiants des activités, spécifiques ou non, qui permettront de mesurer leurs connaissances et/ou leurs compétences. Celles-ci peuvent prendre différentes formes, dont l’épreuve écrite sur table, l’exposé oral, le mémoire de recherche ou le rapport de stage.
L’évaluation est un processus au service de deux finalités très différentes, potentiellement complémentaires mais le plus souvent confondues.
La première vise à accompagner les étudiants en leur fournissant des informations qualitatives (analyse des progrès et des difficultés, conseils pour y remédier…) et/ou quantitatives (notes) sur leurs apprentissages. Ces éléments leur permettent d’orienter et d’ajuster leurs efforts, alors qu’ils invitent le corps professoral à adapter les leurs aux besoins des étudiants. Pour ces raisons, cette forme d’évaluation est dite « formative » et joue un rôle essentiel dans la réussite des étudiantes et des étudiants.
L’autre finalité, qualifiée le plus souvent de « sommative », vise à rendre compte des connaissances et/ou compétences des étudiants, à une étape donnée d’une formation, souvent à la fin, afin d’autoriser une poursuite d’études, de délivrer un certificat ou un diplôme. Les résultats d’une évaluation sommative sont le plus souvent communiqués selon des modalités quantitatives (notes).
Quelle que soit la finalité d’une évaluation, sa qualité repose d’abord sur son alignement avec les objectifs d’apprentissage visés. Elle doit rendre compte de ce qui est attendu en termes de connaissances et/ou de compétences. Elle doit par ailleurs être fiable, c’est-à-dire mesurer ce qu’elle est censée mesurer et le faire de façon suffisamment fine. Enfin, elle doit procéder de manière équitable, en tenant compte de difficultés rencontrées par les étudiants susceptibles de masquer leurs apprentissages, comme la prise en compte de handicaps invisibles, tels que la dyslexie par exemple.
Qu’est-ce que tricher avec une intelligence artificielle générative ?
Il convient de distinguer nettement la fraude de toutes les autres situations dans lesquelles les étudiants délèguent aux intelligences artificielles génératives tout ou partie des tâches qui leur sont prescrites. Hors évaluation, l’aide attendue des intelligences artificielles génératives constitue également une problématique pédagogique d’une très grande importance mais elle n’entame pas l’intégrité du rapport aux règles universitaires.
La triche est avérée si la production de l’étudiante ou de l’étudiant s’inscrit dans une démarche d’évaluation alors que l’utilisation d’intelligences artificielles génératives a été interdite. Ainsi, la résolution d’un problème de statistique dans le cadre d’un examen de fin de semestre, en recourant de manière dissimulée à ces outils, alors que leur utilisation a été interdite par le corps professoral, relève de la triche. Recourir à la même intelligence artificielle générative comme aide à la réalisation du même problème avec l’accord et l’encadrement de l’enseignant n’en relève pas.
De fait, la triche à l’intelligence artificielle générative ruine la qualité de l’évaluation, en particulier sa fiabilité, puisque l’évaluation ne mesure plus ce qu’elle est censée mesurer. De même, cette fraude entraîne une rupture d’égalité face à l’évaluation. De façon générique, la fraude académique désigne les pratiques estudiantines interdites et/ou trompeuses destinées à obtenir un avantage en termes d’évaluation de leurs performances.
Pourquoi les étudiants fraudent-ils ?
La triche doit être rapportée à ce que représente l’évaluation pour les étudiants. Une publication scientifique récente souligne l’importance que les étudiants accordent à l’évaluation de leurs apprentissages mais aussi les critiques qu’ils formulent à l’égard d’évaluations dont ils estiment que les formes actuelles les rendent stressantes, injustes, opaques, et qu’elles manquent de rétroactions.
Cette pression évaluative s’exerce dans un contexte social et universitaire où l’individualisme, la compétition et le court-termisme sont tels qu’il ne faut pas s’étonner de la montée d’une vision utilitariste des études universitaires et donc de l’affaiblissement de l’exigence morale. Le modèle du « diamant de la fraude » (Wolfe et Hermanson, 2004) identifie les quatre facteurs principaux qui peuvent expliquer (et prédire) toute triche ; rationalisation de l’activité, opportunité de tricher, motivation et capacité perçue.
La confrontation de ce modèle à la problématique de la fraude académique est éclairante. Les quatre facteurs ont du sens dans le contexte universitaire :
La triche permet une forme de forte rationalisation de l’activité avec une maximisation des résultats et une minimisation de l’effort.
L’opportunité de tricher est importante puisque les performances des intelligences artificielles génératives permettent de répondre assez efficacement à la plupart des formats d’évaluation (répondre à des questions de cours, analyser un texte, traiter des données, coder…).
Très forte, la motivation de la triche est liée à la valeur utilitaire attribuée aux études et conduit à privilégier l’obtention d’un diplôme à l’intérêt intrinsèque des apprentissages. Elle répond aussi, de façon étonnante, à une démarche de rééquilibrage des étudiants qui estiment que, s’ils n’utilisent pas les intelligences artificielles génératives, ils sont défavorisés par rapport à ceux qui l’utilisent.
La capacité perçue, enfin, est forte, puisque les intelligences artificielles génératives sont simples à prendre en main, et que même les usages novices les plus maladroits produisent des résultats intéressants.
Que peuvent faire les universités ?
Maintenir les modalités actuelles d’évaluation n’étant pas une option, interdire efficacement l’utilisation des intelligences artificielles génératives et détecter leur utilisation a posteriori n’étant pas possible, les universités vont devoir repenser leur doctrine de l’évaluation.
Recourir plus fréquemment à l’évaluation orale, densifier la surveillance des examens, réviser les chartes des examens, sanctionner davantage les fraudes, élaborer et diffuser des chartes d’usages, concevoir des épreuves qui résistent mieux aux intelligences artificielles génératives sont des pistes importantes qu’il convient de suivre.
Elles ne sauraient pourtant régler le problème, d’autant plus qu’elles sont très coûteuses en temps, denrée rare et chère dans les universités. Une autre voie possible est que les étudiants puissent donner un sens aux évaluations qui les invitent à ne pas tricher.
Pour ce faire, l’une des pistes consiste à séparer strictement les évaluations destinées à accompagner les étudiants dans leurs parcours d’apprentissage, avec l’analyse de leurs difficultés et des pistes pour les aider à les surmonter (évaluations formatives), de celles destinées à valider formellement les étapes de leur formation, avec des notes ou des validations de compétences (les évaluations sommatives).
S’agissant des évaluations sommatives, cela permettrait de les sanctuariser pour en conserver la fiabilité. Sans exclure tout risque de triche, une diminution drastique de leur nombre permettrait d’y concentrer plus de moyens pour limiter les risques de triche.
Ainsi dégagées de leur valeur sommative, toutes les autres évaluations pourraient être conçues autour de leur finalité formative et inciter les étudiants à une sincérité de leur travail pour un meilleur accompagnement.
Il est vrai que cette organisation contrevient à la logique d’évaluation sommative continue qui s’est mise en place ces dernières années. Pas de solution miracle donc, mais un chantier important à ouvrir en n’oubliant pas d’y inclure le corps professoral et les étudiants qui sont, non seulement les premiers concernés, mais aussi les seuls à disposer d’une connaissance intime de la situation.
Le partenariat entre l’Élysée et Epitech marque une première en France. Lors du hackathon "Données publiques", 850 étudiants ont travaillé sur l’anticipation des besoins de vaccination. Trois équipes seront récompensées pour leur impact sur la stratégie vaccinale.
L’Élysée et l’école supérieure d’informatique Epitech ont dévoilé un partenariat inédit à l’occasion de la finale du hackathon "Données publiques au service de l’intérêt général". L’événement, conduit avec le DataLab de la Présidence, marque une première en France : jamais une école d’informatique n’avait été associée à l’organisation d’un hackathon élyséen.
Anticiper les besoins de vaccination
Du 20 au 22 octobre derniers, quinze campus Epitech ont ainsi accueilli simultanément la première étape du hackathon. Sur les 6 000 étudiants de l’établissement, 850 participants issus de spécialités variées – data et intelligence artificielle, cybersécurité, cloud, développement ou transformation digitale – ont été sélectionnés pour travailler sur un défi unique : utiliser la donnée publique pour anticiper les besoins de vaccination et fluidifier l’organisation des campagnes nationales. Encadrés par les experts du DataLab, ils ont conçu des prototypes d’analyse et de visualisation visant à améliorer l’accès aux soins et la gestion logistique des doses.
La finale nationale, programmée lundi 1er décembre, doit départager les projets les plus prometteurs. Trois équipes seront distinguées selon leur rigueur technique, leur créativité et leur capacité à produire un impact réel sur la stratégie vaccinale. Le groupe lauréat sera invité à revenir au Palais de l’Alma début 2026 pour une visite des installations et une rencontre avec des représentants de la Présidence. Cette démarche entend rapprocher les étudiants des enjeux administratifs concrets et valoriser leurs contributions.
Pour Epitech, l’initiative s’inscrit dans une dynamique de long terme. Elle "illustre parfaitement comment l’expertise académique et l’ambition publique peuvent se rejoindre pour créer des outils au service de tous", souligne Laura Hassan, directrice générale de l’école. Le format retenu reprend l’esprit des "startups d’État", où les équipes pluridisciplinaires sont invitées à imaginer et prototyper rapidement des solutions répondant à des besoins identifiés des administrations.
"Pour la Présidence, ce partenariat illustre une volonté forte d’ouvrir la donnée publique à la créativité des jeunes talents et de renforcer la synergie entre innovation technologique et service de l’État", précise Lucas Guichard, responsable du DataLab.
Les centres de données deviennent un pilier de la stratégie numérique française. Un guide gouvernemental vise à structurer leur implantation, avec 35 sites prévus d’ici 2027. L’objectif : tripler la puissance installée d’ici 2033.
La publication par le gouvernement d’un guide dédié à l’implantation des centres de données (data centers) marque une nouvelle étape dans la stratégie numérique française. Porté par Roland Lescure, ministre de l’Économie, et Anne Le Hénanff, ministre du Numérique, ce document vise à offrir un cadre opérationnel aux collectivités locales, propriétaires fonciers et porteurs de projets, dans un contexte où les besoins liés à l’intelligence artificielle (IA) et au cloud provoquent une accélération sans précédent des investissements. La France compte ainsi désormais environ 322 centres de données opérationnels, un volume qui la place au troisième rang européen. Mais l’essor de l’IA et l’arrivée de projets industriels majeurs exigent une structuration plus fine de l’accueil de ces infrastructures.
35 sites d’ici 2027 et triplement de la puissance installée d’ici 2033
L’État estime en effet que plusieurs dizaines de projets sont en cours de développement, dont 35 sites « clés en main » annoncés pour 2027, capables d’atteindre jusqu’à 1 GW de puissance. L’appétit des acteurs internationaux, de Microsoft à Amazon, en passant par Equinix ou la coentreprise réunissant Nvidia, Bpifrance, MGX et Mistral AI, porte les investissements projetés à près de douze milliards d’euros sur dix ans. Cette dynamique, stimulée par les besoins croissants des modèles d’IA, va entraîner un triplement de la puissance installée d’ici 2033 pour atteindre 1,8 GW, selon les estimations disponibles. Elle s’accompagnera d’une progression soutenue de la consommation électrique, qui pourrait atteindre 23 à 28 TWh en 2035, voire davantage si l’ensemble des projets se concrétise.
Dans ce contexte tendu, le guide publié par la Direction générale des entreprises (DGE) veut clarifier le cadre d’implantation et garantir une intégration territoriale soutenable. Il détaille les critères essentiels à l’accueil de centres de données, depuis la disponibilité foncière jusqu’aux conditions de raccordement électrique, en passant par la présence d’infrastructures adaptées et la prise en compte des contraintes environnementales et d’urbanisme. Une grille d’analyse permet d’évaluer la pertinence économique et la durabilité d’un projet, avec l’objectif d’aider les collectivités à arbitrer entre attractivité technologique et exigences de sobriété.
Un levier majeur de souveraineté numérique
La démarche s’inscrit dans la continuité du Sommet de Paris pour l’action sur l’IA de février dernier, qui avait conduit à la création d’une "task force" réunissant la DGE, RTE et Business France. Celle-ci a déjà identifié 63 sites favorables à l’implantation de nouvelles infrastructures.
Les deux ministres rappellent que les centres de données constituent un levier majeur de souveraineté numérique et un socle indispensable au développement de services cloud nationaux et de futures innovations portées par les startups françaises. La France, soulignent-ils, dispose d’atouts structurants : une électricité pilotable et décarbonée, des fonciers disponibles et un écosystème industriel en voie de consolidation.
En proposant une boîte à outils complète et des interlocuteurs clairement identifiés, le gouvernement entend fluidifier le dialogue entre acteurs publics et privés et sécuriser les investissements structurants.
Chaque année, à l'approche du Black Friday et du Cyber Monday (période également appelée Cyber Week), des millions de consommateurs en France se connectent en ligne pour rechercher les meilleures offres. Ce qui a commencé comme un évènement marketing est devenu l'un des jours les plus exigeants de l'année sur le plan numérique. Rien qu'en 2024, les ventes mondiales en ligne pendant la Cyber Week ont dépassé les 314 milliards de dollars dans le monde (environ 271 milliards d’euro) en une seule journée, en raison de la multitude de requêtes, de recommandations et de transactions traitées en simultané. En 2024, à l’occasion du Black Friday et du Cyber Monday, la France figurait parmis les cinq premiers pays européens à prévoir des achats dans les dix prochains jours, au côté d’autres pays comme, l’Allemagne, l’Italie, l'Espagne et le Royaume-Uni.
Derrière l'expérience intuitive du shopping en ligne se cache un immense réseau de serveurs qui fonctionnent 24 heures sur 24 pour garantir la réactivité des sites web et le bon déroulement des transactions. L'intelligence artificielle est désormais à la base de presque toutes les étapes de ce processus : des moteurs de recommandation déterminent ce que chaque acheteur voit, des chatbots gèrent le service client à grande échelle, des modèles de tarification en temps réel s’ajustent aux milliers d'annonces chaque seconde. L'IA générative aide même les consommateurs à affiner leurs choix et à découvrir des produits à l’aide d’échanges interactifs et naturels. Une nouvelle étude montre que plus de la moitié des acheteurs prévoient d'utiliser des outils d'IA en cette période, que ce soit pour comparer les prix, résumer les avis ou générer des idées de cadeaux pour les fêtes de fin d’année. En France, 44 % des consommateurs indiquent qu'ils utiliseraient l'IA pour recevoir des alertes flash et des notifications de réductions à l’occasion du Black Friday et du Cyber Monday.
Cette évolution implique une demande informatique de plus en plus importante. Chaque requête d'IA, chaque recommandation et chaque interaction avec un chatbot s'appuie sur de puissants modèles d'inférence hébergés dans le cloud. Lorsque des millions d'acheteurs utilisent simultanément ces outils, la charge de travail cumulée augmente de manière exponentielle. Le traitement en temps réel des requêtes des utilisateurs augmente considérablement et la consommation d'énergie devient bien plus importante dans les centres de données à travers le monde.
Les centres de données représentent environ 2 % de la consommation mondiale d'électricité, et lors d'événements tels que le Cyber Monday, cette consommation peut augmenter considérablement. Les infrastructures informatiques doivent donc être ajustées pour répondre aux pics de demande. Les charges de travail IA nécessitent davantage de puissance pour analyser les données, pour exécuter des modèles d'inférence et pour servir simultanément des millions d'utilisateurs, amplifiant le besoin en énergie.
Si l’entraînement des modèles fait souvent la une des journaux en raison de sa forte consommation d'énergie, elle reste temporaire et se déroule dans des environnements contrôlés. L'inférence, en revanche, fonctionne en permanence pour chaque recommandation, chaque requête et chaque publicité proposée aux utilisateurs au cours des différentes saisons. La fréquence et l'ampleur de ces interactions font que l'inférence peut, à terme, consommer plus d'énergie que lors de la phase d’entraînement des modèles. La gestion efficace de cette demande informatique continue et en temps réel reste le défi majeur des infrastructures IA modernes.
Les processeurs hérités, conçus pour des charges de travail standards, fonctionnent souvent de manière inefficace dans ces conditions. Lorsque les modèles d'inférence s'exécutent simultanément sur de vastes bases de clients, les inefficacités se multiplient, et chaque milliseconde de latence et chaque watt d'énergie gaspillé cumulent les difficultés.
La nouvelle génération d'architectures informatiques - écoénergétiques - contribue à inverser l’équation. Les processeurs modernes sont optimisés pour les charges de travail à haut débit et à faible consommation énergétique, maximisant ainsi les performances par watt. Les distributeurs et les fournisseurs de services cloud qui les adoptent peuvent fournir des services IA de manière plus efficace, en garantissant une expérience utilisateur rapide et personnalisée, tout en réduisant la consommation totale d'énergie.
Les consommateurs Français attachent de plus en plus d’importance à la durabilité et à l’écoresponsabilité d'une marque, non seulement au niveau de l'emballage ou de la livraison, mais aussi au niveau des systèmes d’informations qui se cachent derrière chaque clic. Les entreprises qui modernisent leur infrastructure en privilégiant l'efficacité et non la puissance brute seront les plus aptes à développer l'IA de manière responsable et compétitive. Elles établiront la norme du futur e-commerce, où innovation et durabilité vont de pair.
À l'ère du commerce alimenté par l'intelligence artificielle, les pratiques de shopping écologiques ne se limitent plus à l’expérience en boutique, elles s’appliquent également à toute la chaîne numérique.
Alors que la COP30 remet le vivant au cœur des stratégies climatiques, Oxford et la start-up française Asteria dévoilent un atlas inédit qui traduit les mécanismes biologiques en solutions énergétiques concrètes. Nourri par une base scientifique unique, l’outil connecte défis industriels et stratégies inspirées du vivant, ouvrant de nouvelles perspectives d’innovation durable, notamment pour les pays en développement. Ce démonstrateur positionne le biomimétisme comme un levier majeur de la transition énergétique et écologique.
À l’heure où la COP30, qui s’est achevée vendredi, plaçait le vivant au centre des enjeux climatiques, l’Université d’Oxford et la start-up française Asteria ont avancé une proposition rare dans le paysage de l’innovation : considérer la biodiversité non comme une ressource à exploiter, mais comme une bibliothèque de solutions éprouvées par 3,8 milliards d’années d’évolution. Autrement dit, la nature est inspirante pour que nous réussissions la transition écologique.
Présenté le 14 novembre, The Energy Atlas of Nature’s Solutions constitue le premier démonstrateur de cette approche. Conçu en partenariat avec le centre TIDE d’Oxford, il vise à traduire des mécanismes biologiques en leviers d’innovation énergétique concrets, notamment pour les pays en développement.
1,5 million d’articles, 220 000 brevets et 680 000 mécanismes biologiques
L’outil repose sur l’infrastructure scientifique d’Asteria, qui agrège 1,5 million d’articles, 220 000 brevets et 680 000 mécanismes biologiques traduits en principes de conception. Cette base, unique au monde, cartographie les corrélations possibles entre défis industriels et stratégies inspirées du vivant. L’Atlas organise ainsi les quinze problématiques énergétiques identifiées dans une étude menée par TIDE auprès de vingt leaders mondiaux, couvrant la gestion, la collecte, le stockage, le transport ou encore la conversion de l’énergie. Chaque défi est relié à une vingtaine de modèles naturels et à des pistes d’innovation allant du concept au produit existant.
Les exemples tirés du biomimétisme confirment l’intérêt de cette démarche : panneaux solaires inspirés des microstructures du papillon Greta oto, hydroliennes reprenant l’ondulation des poissons, LED imitant l’efficacité lumineuse des lucioles, ou encore matériaux biosourcés issus d’architectures naturelles. Dans l’industrie et le bâtiment, les modèles biologiques améliorent l’isolation, réduisent les émissions et permettent de concevoir des systèmes énergétiques plus sobres et adaptatifs. Autant de domaines que l’Atlas entend rendre accessibles aux décideurs, en facilitant leur traduction opérationnelle.
Pensé comme une plateforme évolutive
Le projet est pensé comme une plateforme évolutive, destinée à être enrichie par les utilisateurs et de futurs jeux de données. Oxford et Asteria y voient la première étape d’une série d’atlas dédiés aux matériaux, à la circularité ou aux systèmes hydriques. Derrière cette ambition se lit la conviction que les solutions existent déjà dans le vivant, encore faut-il savoir les lire.
« Le problème n’est donc pas que les solutions sont scientifiques impossibles, la nature nous montre qu’elles existent déjà. Le problème est plus simple et nous force à bien plus d’humilité : la plupart du temps, nous ne savons simplement pas encore comment les reproduire. Et c’est une prise de conscience exaltante, à une époque où nous nous sentons si perdus, de comprendre qu’il suffit alors peut-être de se taire et d’apprendre », estime Eliot Graeff, CEO & co-fondateur d’Asteria.
Pour les pays en développement, où la biodiversité constitue un capital majeur, l’atlas pourrait devenir un accélérateur stratégique d’innovation durable.
Selon plusieurs sources, le biomimétisme pourrait générer des dizaines de milliers d’emplois en France d’ici 2030, tout en stimulant l’innovation durable et une économie circulaire. Des entreprises françaises comme EEL Energy, Bioxegy, Glowee, EDF ou Engie sont ou ont été actives dans ce domaine. Ces études et projets récents positionnent clairement le biomimétisme comme un levier clé de la transition énergétique et écologique, alliant performance, durabilité et respect des écosystèmes. Le nouvel atlas apparaît comme un véritable outil facilitateur.
L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle offre d’immenses opportunités, mais fait également peser des risques majeurs sur la démocratie, l’économie, la santé et la sécurité, que seuls des usages responsables, des systèmes plus sûrs et une régulation internationale ambitieuse pourront contenir.
L’intelligence artificielle (IA) s’invite désormais dans presque tous les aspects de notre vie. Nous profitons de ses avantages, comme l’accélération de la découverte de nouveaux médicaments ou l’avènement d’une médecine plus personnalisée grâce à la combinaison de données et d’expertise humaine, souvent sans même nous en rendre compte. L’IA générative, qui permet de créer rapidement du contenu et d’automatiser la synthèse ou la traduction via des outils comme ChatGPT, DeepSeek ou Claude, en est la forme la plus populaire. Mais l’IA ne se limite pas à cela : ses techniques, issues principalement de l’apprentissage automatique, des statistiques et de la logique, contribuent à produire des décisions et des prédictions en réponse aux demandes d’utilisateurs.
Si elle permet désormais d’accélérer des travaux de recherche qui exigeaient autrefois des années, elle peut aussi être détournée, par exemple pour identifier des composants utiles à la mise au point d’armes biochimiques. Elle ouvre la voie à des technologies comme les véhicules autonomes, mais en leurrant leur système de vision, on peut aussi transformer ces véhicules en armes… Les risques liés à l’IA sont multiples et spécifiques, et doivent être compris comme tels, ne serait-ce que parce que les systèmes d’IA sont complexes et s’adaptent avec le temps, ce qui les rend plus imprévisibles. Au rayon des menaces, on trouve notamment les données utilisées pour entraîner les modèles sous-jacents, puisque des données biaisées produisent des résultats biaisés.
Globalement, des acteurs malveillants peuvent utiliser l’IA pour automatiser des attaques à grande vitesse et le faire à très grande échelle. Lorsque l’intelligence artificielle contrôle des systèmes critiques, toute attaque peut avoir des conséquences considérables. Et comme les outils d’IA sont largement accessibles, il est relativement facile de les utiliser pour causer des dommages.
Menaces pour la démocratie et la santé
Plus tôt cette année, le Forum économique mondial de Davos a mentionné les « conséquences négatives des technologies d’IA » dans son Global Risks Report, en raison de leur capacité à perturber la stabilité géopolitique, la santé publique et la sécurité nationale.
Les risques géopolitiques tournent majoritairement autour des élections. Avec l’IA, les possibilités de désinformer se sont multipliées : en quelques clics, un utilisateur peut créer de faux profils, produire des fake news et en adapter le langage pour manipuler avec une précision inquiétante. L’élection présidentielle roumaine de 2024 a été suspendue en raison d’une ingérence étrangère manifeste via les réseaux sociaux. À mesure que l’IA progresse, ces risques ne feront que s’intensifier.
Les conséquences financières de l’IA ne peuvent pas non plus être ignorées. Des fausses informations générées par ces outils sont désormais utilisées pour manipuler les marchés, influencer les investisseurs et faire varier les cours des actions. En 2023, par exemple, une image générée par IA montrant une explosion près du Pentagone, diffusée juste après l’ouverture des marchés américains, aurait provoqué une baisse de la valeur de certains titres. Par ailleurs, des attaques « par exemples contradictoires » – qui consistent à tromper un modèle d’apprentissage automatique en modifiant les données d’entrée pour provoquer des sorties erronées – ont montré qu’il était possible de manipuler des systèmes de scoring de crédit fondés sur l’IA. Conséquence : des prêts étaient octroyés à des candidats qui n’auraient pas dû en bénéficier.
L’IA menace également les systèmes de santé. On se souvient, lors de la pandémie de Covid-19, de la vitesse avec laquelle les fake news sur les vaccins ou les confinements se sont propagées, alimentant la méfiance dans certaines communautés. Au-delà, des systèmes de santé fondés sur l’IA et entraînés sur des données biaisées peuvent produire des résultats discriminatoires, refusant des soins à des populations sous-représentées. Une étude récente du Cedars Sinai a ainsi montré que plusieurs grands modèles de langage (LLM) « proposaient souvent des traitements inférieurs » lorsqu’un patient en psychiatrie était « explicitement ou implicitement présenté » comme afro-américain. Enfin, l’IA a élargi la surface d’exposition des hôpitaux, qui deviennent des cibles de choix.
Nous devons également rester attentifs aux enjeux de sécurité nationale posés par l’IA. La guerre en Ukraine en offre une illustration claire. Le rôle militaire accru des drones dans ce conflit, dont beaucoup sont alimentés par des outils d’IA, est un exemple parmi tant d’autres. Des attaques sophistiquées utilisant l’IA ont mis hors service des réseaux électriques et perturbé des infrastructures de transport. De la désinformation appuyée sur l’intelligence artificielle a été diffusée pour tromper l’adversaire, manipuler l’opinion publique et façonner le récit de la guerre. Clairement, l’IA est en train de redéfinir les champs traditionnels de la guerre.
Son impact s’étend au domaine sociétal, du fait de la suprématie technologique acquise par certains pays et certaines entreprises, mais aussi au domaine environnemental, en raison de la consommation énergétique de l’IA générative. Ces dynamiques ajoutent de la complexité à un paysage mondial déjà fragile.
Une voie vers une IA plus sûre
Les risques liés à l’IA sont en constante évolution et, s’ils ne sont pas maîtrisés, ils pourraient avoir des conséquences potentiellement catastrophiques. Pourtant, si nous agissons avec urgence et discernement, nous n’avons pas à craindre l’IA. En tant qu’individus, nous pouvons jouer un rôle déterminant en interagissant de manière sûre avec les systèmes d’IA et en adoptant de bonnes pratiques. Cela commence par le choix d’un fournisseur qui respecte les standards de sécurité en vigueur, les réglementations locales propres à l’IA, ainsi que le principe de protection des données.
Le fournisseur doit chercher à limiter les biais et être résilient face aux attaques. Nous devons également toujours nous interroger face aux informations produites par un système d’IA générative : vérifier les sources, rester attentifs aux tentatives de manipulation et signaler les erreurs et les abus quand nous en repérons. Nous devons nous tenir informés, transmettre cette vigilance autour de nous et contribuer activement à ancrer des usages responsables de l’IA.
Les institutions et les entreprises doivent exiger des développeurs d’IA qu’ils conçoivent des systèmes capables de résister aux attaques adversariales. Ces derniers doivent prendre en compte les risques d’attaques adverses, en créant des mécanismes de détection s’appuyant sur des algorithmes et, lorsque cela est nécessaire, en remettant l’humain dans la boucle.
Les grandes organisations doivent également surveiller l’émergence de nouveaux risques et former des équipes réactives, expertes en analyse du « risque adversarial ». Le secteur de l’assurance développe d’ailleurs désormais des couvertures spécifiquement vouées à l’IA, avec de nouveaux produits destinés à répondre à la montée des attaques adverses.
Enfin, les États ont eux aussi un rôle déterminant à jouer. Beaucoup de citoyens manifestent leur souhait que les IA respectent les droits humains et les accords internationaux, ce qui suppose des cadres législatifs solides. Le récent AI Act européen, première réglementation visant à favoriser un développement responsable de l’IA en fonction des niveaux de risque des systèmes, en est un excellent exemple. Certains y voient une charge excessive, mais je considère qu’il devrait être perçu comme un moteur destiné à encourager une innovation responsable.
Les gouvernements devraient également soutenir la recherche et l’investissement dans des domaines comme l’apprentissage automatique sécurisé, et encourager la coopération internationale en matière de partage de données et de renseignement, afin de mieux comprendre les menaces globales. (L’AI Incident Database, une initiative privée, offre un exemple remarquable de partage de données.) La tâche n’est pas simple, compte tenu du caractère stratégique de l’IA. Mais l’histoire montre que la coopération est possible. De la même manière que les nations se sont accordées sur l’énergie nucléaire et les armes biochimiques, nous devons ouvrir la voie à des efforts similaires en matière de supervision de l’IA.
En suivant ces orientations, nous pourrons tirer le meilleur parti du potentiel immense de l’IA tout en réduisant ses risques.
Créé en 2007 pour aider à accélérer et partager les connaissances scientifiques sur des questions sociétales clés, le Fonds Axa pour la recherche – qui fait désormais partie de la Fondation Axa pour le progrès humain – a soutenu plus de 750 projets à travers le monde sur des risques environnementaux, sanitaires et socio-économiques majeurs. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site web du Fonds Axa pour la recherche ou suivez @AXAResearchFund sur LinkedIn.
Circulez, il n’y a rien à voir ? Les estimations du bilan environnemental de l’intelligence artificielle générative, comme celles réalisées à l’été 2025 par Google sur son IA Gemini, semblent rassurantes : seulement 0,003 g de CO2 et cinq gouttes d’eau par « prompt ». Des résultats qui dépendent en réalité beaucoup des choix méthodologiques réalisés, alors que de telles études sont le plus souvent menées en interne et manquent de transparence. Le problème est que ces chiffres font de plus en plus souvent figure d’argument marketing pour inciter à l’utilisation de l’IA générative, tout en ignorant le risque bien réel d’effet rebond lié à l’explosion des usages.
Depuis la sortie de ChatGPT fin 2022, les IA génératives ont le vent en poupe. En juillet 2025, OpenAI annonçait que ChatGPT recevait 18 milliards de « prompts » (instructions écrites par les utilisateurs) par semaine, pour 700 millions d’utilisateurs – soit 10 % de la population mondiale.
Aujourd’hui, la ruée vers ces outils est mondiale : tous les acteurs de la Big Tech développent désormais leurs propres modèles d’IA générative, principalement aux États-Unis et en Chine. En Europe, le Français Mistral, qui produit l’assistant Le Chat, a récemment battu les records avec une capitalisation proche de 12 milliards d’euros. Chacun de ces modèles s’inscrit dans un environnement géopolitique donné, avec des choix technologiques parfois différents. Mais tous ont une empreinte écologique considérable qui continue d’augmenter de façon exponentielle, portée par la démultiplication des usages. Certains experts, dont ceux du think tank spécialisé The Shift Project, sonnent l’alerte : cette croissance n’est pas soutenable.
Poussés par de multiples raisons (obligations réglementaires, marketing, parfois par conscience environnementale), plusieurs des grands acteurs de la tech ont récemment réalisé l’analyse de cycle de vie (ACV, méthodologie permettant d’évaluer l’impact environnemental global d’un produit ou service) de leurs modèles.
Fin août 2025, Google a publié la sienne pour quantifier les impacts de son modèle Gemini. Que valent ces estimations, et peut-on s’y fier ?
Une empreinte carbone étonnement basse
Un modèle d’IA générative, pour fonctionner, doit d’abord être « entraîné » à partir d’une grande quantité d’exemples écrits. Pour mesurer l’électricité consommée par un « prompt », Google s’est donc concentré sur la phase d’utilisation – et non pas d’entraînement – de son IA Gemini. Selon ses propres calculs, Google annonce donc qu’un prompt ne consommerait que 0,24 wattheure (Wh) en moyenne – c’est très faible : environ une minute de consommation d’une ampoule électrique standard de 15 watts.
Comment les auteurs sont-ils arrivés à ce chiffre, significativement plus faible que dans les autres études déjà réalisées à ce sujet, comme celle menée par Mistral IA en juillet 2025 ?
La première raison tient à ce que Google mesure réellement. On apprend par exemple dans le rapport que l’électricité consommée par un prompt est utilisée pour 58 % par des processeurs spécialisés pour l’IA (l’unité de traitement graphique, ou GPU, et le circuit intégré spécifique Tensor Processing Unit, ou TPU), 25 % par des processeurs classiques et à hauteur d’environ 10 % par les processeurs en veille, et les 7 % restants pour le refroidissement des serveurs et le stockage de données.
Autrement dit, Google ne tient ici compte que de l’électricité consommée par ses propres data centers, et pas de celle consommée par les terminaux et les routeurs des utilisateurs.
Par ailleurs, aucune information n’est donnée sur le nombre d’utilisateurs ou le nombre de requêtes prises en compte dans l’étude, ce qui questionne sa crédibilité. Dans ces conditions, impossible de savoir comment le comportement des utilisateurs peut affecter l’impact environnemental du modèle.
Google a racheté en 2024 l’équivalent de la production d’électricité annuelle de l’Irlande
La seconde raison tient à la façon de convertir l’énergie électrique consommée en équivalent CO2. Elle dépend du mix électrique de l’endroit où l’électricité est consommée, tant du côté des data centers que des terminaux des utilisateurs. Ici, on l’a vu, Google ne s’intéresse qu’à ses propres data centers.
Depuis longtemps, Google a misé sur l’optimisation énergétique, en se tournant vers des sources décarbonées ou renouvelables pour ses centres de données répartis partout dans le monde. Selon son dernier rapport environnemental, l’effort semble porter ses fruits, avec une diminution de 12 % des émissions en un an, alors que la demande a augmenté de 27 % sur la même période. Les besoins sont colossaux : en 2024, Google a consommé, pour ses infrastructures de calcul, 32 térawattsheures (TWh), soit l’équivalent de la production d’électricité annuelle de l’Irlande.
De fait, l’entreprise a signé 60 contrats exclusifs de fourniture en électricité à long terme en 2024, pour un total de 170 depuis 2010. Compte tenu de l’ampleur des opérations de Google, le fait d’avoir des contrats d’électricité exclusifs à long terme compromet la décarbonation dans d’autres secteurs. Par exemple, l’électricité à faibles émissions qui alimente les prompts pourrait être utilisée pour le chauffage, secteur qui dépend encore fortement des combustibles fossiles.
Dans certains cas, ces contrats impliquent la construction de nouvelles infrastructures de production d’énergie. Or, même pour la production d’énergie renouvelable décarbonée, leur bilan environnemental n’est pas entièrement neutre : par exemple, l’impact associé à la fabrication de panneaux photovoltaïques est compris entre 14 gCO2eq et 73 gCO2eq/kWh, ce que Google ne prend pas en compte dans ses calculs.
Enfin, de nombreux services de Google font appel à de la « colocation » de serveurs dans des data centers qui ne sont pas nécessairement décarbonés, ce qui n’est pas non plus pris en compte dans l’étude.
Autrement dit, les choix méthodologiques réalisés pour l’étude ont contribué à minimiser l’ampleur des chiffres.
Cinq gouttes d’eau par prompt, mais 12 000 piscines olympiques au total
La consommation d’eau douce est de plus en plus fréquemment prise en compte dans les rapports environnementaux liés au numérique. Et pour cause : il s’agit d’une ressource précieuse, constitutive d’une limite planétaire récemment franchie.
L’étude de Google estime que sa consommation d’eau pour Gemini est de 0,26 ml – soit cinq gouttes d’eau – par prompt. Un chiffre qui semble dérisoire, ramené à l’échelle d’un prompt, mais les petits ruisseaux font les grandes rivières : il faut le mettre en perspective avec l’explosion des usages de l’IA.
Globalement, Google a consommé environ 8 100 millions de gallons (environ 30 millions de mètres cubes, l’équivalent de quelque 12 000 piscines olympiques) en 2024, avec une augmentation de 28 % par rapport à 2023.
Mais là aussi, le diable est dans les détails : le rapport de Google ne comptabilise que l'eau consommée pour refroidir les serveurs (selon un principe très similaire à la façon dont nous nous rafraîchissons lorsque la sueur s’évapore de notre corps). Le rapport exclut de fait la consommation d’eau liée à la production d’électricité et à la fabrication des serveurs et autres composants informatiques, qui sont pourtant prises en compte pour le calcul de son empreinte carbone, comme on l’a vu plus haut. En conséquence, les indicateurs d’impact environnemental (carbone, eau…) n’ont pas tous le même périmètre, ce qui complique leur interprétation.
Des études encore trop opaques
Comme la plupart des études sur le sujet, celle de Google a été menée en interne. Si on comprend l’enjeu de secret industriel, un tel manque de transparence et d’expertise indépendante pose la question de sa légitimité et surtout de sa crédibilité. On peut néanmoins chercher des points de comparaisons avec d’autres IA, par exemple à travers les éléments présentés par Mistral IA en juillet 2025 sur les impacts environnementaux associés au cycle de vie de son modèle Mistral Large 2, une première.
Cette étude a été menée en collaboration avec un acteur français reconnu de l’analyse du cycle de vie (ACV), Carbone4, avec le soutien de l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), ce qui est un élément de fiabilité. Les résultats sont les suivants.
Pendant les dix-huit mois de durée de vie totale du modèle, environ 20 000 tonnes équivalent CO2 ont été émises, 281 000 m3 d’eau consommée et 660 kg équivalent antimoine (indicateur qui prend en compte l’épuisement des matières premières minérales métalliques).
Résultats présentés par Mistral à l’été 2025.Mistral AI
Mistral attire l’attention sur le fait que l’utilisation du modèle (inférence) a des effets qu’ils jugent « marginaux », si on considère un prompt moyen utilisant 400 « tokens » (unités de traitement corrélées à la taille du texte en sortie) : ce prompt correspond à l’émission de 1,14 g équivalent CO2, de 50 ml d’eau et 0,5 mg équivalent antimoine. Des chiffres plus élevés que ceux avancés par Google, obtenus, comme on l’a vu, grâce à une méthodologie avantageuse. De plus, Google s’est basé dans son étude sur un prompt « médian » sans donner davantage de détails statistiques, qui seraient pourtant bienvenus.
En réalité, l’une des principales motivations, que cela soit celles de Google ou de Mistral, derrière ce type d’étude reste d’ordre marketing : il s’agit de rassurer sur l’impact environnemental (ce qu’on pourrait qualifier de « greenwashing ») de l’IA pour pousser à la consommation. Ne parler que de l’impact venant des prompts des utilisateurs fait également perdre de vue la vision globale des coûts (par exemple, ceux liés à l’entraînement des modèles).
Reconnaissons que le principe d’effectuer des études d’impacts est positif. Mais l’opacité de ces études, même lorsqu’elles ont le mérite d’exister, doit être interrogée. Car, à ce jour, Mistral pas plus que Google n’ont pas dévoilé tous les détails des méthodologies utilisées, les études ayant été menées en interne. Or, il faudrait pouvoir disposer d’un référentiel commun qui permettrait de clarifier ce qui doit être pris en compte dans l’analyse complète du cycle de vie (ACV) d’un modèle d’IA. Ceci permettrait de réellement comparer les résultats d’un modèle à l’autre et de limiter les effets marketing.
Une des limites tient probablement à la complexité des IA génératives. Quelle part de l’empreinte environnementale peut-on rattacher à l’utilisation du smartphone ou de l’ordinateur pour le prompt ? Les modèles permettant le fine-tuning pour s’adapter à l’utilisateur consomment-ils plus ?
La plupart des études sur l’empreinte environnementale des IA génératives les considèrent comme des systèmes fermés, ce qui empêche d’aborder la question pourtant cruciale des effets rebonds induits par ces nouvelles technologies. Cela empêche de voir l’augmentation vertigineuse de nos usages de l’IA, en résumant le problème au coût environnemental d’un seul prompt.
Avec le Black Friday et le Cyber Monday, les arnaques en ligne se multiplient, avec plus de la moitié des spams liés à cette période classés comme frauduleux selon Bitdefender. Les cybercriminels usurpent massivement de grandes marques et exploitent l’essor du commerce conversationnel pour diffuser faux messages, promotions et concours. Bitdefender et Sinch appellent à une vigilance renforcée et à une sécurisation accrue des échanges entre consommateurs et marques.
Alors que les consommateurs vont se précipiter sur les offres promotionnelles du Black Friday et du Cyber Monday, la société informatique Bitdefender observe une recrudescence massive des arnaques visant les acheteurs en ligne. Son étude annuelle, menée entre le 1er octobre et le 10 novembre, confirme, en effet, une tendance devenue structurelle poury cette période commerciale qui est à la fois la plus dense de l’année et la plus exploitée par les cybercriminels. Cette année, 53 % du spam (pourriel) lié au Black Friday est classé comme arnaque, avec une usurpation particulièrement marquée de grandes marques comme Amazon en tête, mais aussi MediaMarkt, TEMU, IKEA ou encore Louis Vuitton.
Selon les données analysées, 60 % des spams ciblent des adresses américaines, loin devant l’Allemagne (12 %) et l’Irlande (7 %). La France se situe à un niveau plus faible mais non négligeable, représentant 1 % des spams répertoriés, derrière la Roumanie et le Japon. Les États-Unis demeurent par ailleurs la première source d’envoi, suivis des Pays-Bas et de l’Indonésie. Les attaques reposent sur des techniques éprouvées : fausses promotions, concours imaginaires, cartes cadeaux inexistantes, tous conçus pour voler identifiants, données bancaires ou installer des malwares.
Les constats de la société Sinch rejoignent ceux de Bitdefender. L’entreprise identifie cinq mécanismes d’arnaques en forte expansion : SMS d’expédition fictive, ventes flash frauduleuses diffusées sur les réseaux sociaux, faux chatbots de support client, e-mails VIP fallacieux et concours usurpant l’identité de marques. L’essor du commerce conversationnel, des achats via mobile et des contenus générés par l’IA offre aux fraudeurs de nouveaux terrains d’action, renforçant la difficulté pour les consommateurs de distinguer le vrai du faux.
Être plus vigilant
Face à cette intensification, Bitdefender insiste sur une vigilance accrue dès la fin octobre et jusqu’en janvier. L’entreprise recommande un dispositif complet comprenant protection anti-malware, outils de confidentialité et surveillance d’identité sur l’ensemble de ses appareils. Sinch souligne, de son côté, le rôle clé des marques, appelées à sécuriser leurs canaux de communication et à authentifier leurs interactions pour protéger leurs clients durant cette période sensible..
Friedrich Merz et Emmanuel Macron - Photo Bundesregierung / Jesco Denzel.
Réunis à Berlin pour un sommet sur la souveraineté numérique, la France et l’Allemagne ont scellé une feuille de route commune pour renforcer l’autonomie technologique européenne. Simplification réglementaire, normes de protection des données, investissements massifs et développement d’une IA d’avant-garde structurent cette stratégie, alors que l’Europe tente de combler son retard face aux États-Unis et à la Chine.
Le hasard fat parfois bien les choses. Alors qu’un Sommet sur la souveraineté numérique européenne s’est tenu ce mardi 18 novembre à Berlin, le monde et donc l’Europe faisaient face à de nombreux sites internet en panne. Plusieurs sites, dont le réseau social X et la page d’accès de l’agent conversationnel ChatGPT, ont été perturbés en raison d’un incident technique touchant le fournisseur américain de services Cloudflare, utilisé par 20 % des sites dans le monde. On aurait voulu démontrer la dépendance du web européen qu’on ne s’y serait pas pris autrement.
"Aujourd’hui, l’ANSSI et le BSI (son homologue allemand) préviennent que la dépendance aux technologies non-européennes menace la "fourniture ininterrompue des services". La panne de Cloudflare leur donne immédiatement raison. Nous devons arrêter de subir et commencer à bâtir nos alternatives. La puissance numérique ne se décrète pas, elle s’achète, et nos commandes doivent soutenir nos propres champions pour éviter ce type de paralysie", estime Christophe Lesur, directeur général de Cloud Temple.
Avec la panne de Cloudflare, les engagements pris à Berlin à l’issue du sommet prennent un relief tout particulier. Le Sommet a rassemblé plus de 900 décideurs, industriels, chercheurs et représentants des institutions européennes. Sous la co-présidence franco-allemande, l’événement a servi de plateforme de coordination pour définir des engagements concrets visant à réduire les dépendances technologiques de l’Union européenne et à renforcer sa compétitivité. Les interventions d’Emmanuel Macron et de Friedrich Merz ont donné le ton : l’Europe doit reprendre la maîtrise de son destin numérique et construire des solutions capables de rivaliser avec celles des acteurs américains et chinois.
Simplifier le cadre réglementaire européen
Au cœur des annonces figure la volonté affirmée de simplifier le cadre réglementaire européen. Paris et Berlin appellent à un moratoire de douze mois sur les dispositions relatives aux systèmes d’intelligence artificielle (IA) à haut risque et exhortent la Commission à intégrer une réforme du RGPD (le règlement général sur la protection des données) dans son prochain paquet numérique. Cette démarche s’inscrit dans un diagnostic partagé : les exigences actuelles pèsent sur la capacité d’innovation européenne. Emmanuel Macron a rappelé la nécessité "d’innover avant de réguler", un message également porté par le chancelier allemand, qui voit dans cette simplification un préalable à l’émergence d’acteurs européens crédibles.
Le Sommet a également permis d’avancer sur plusieurs chantiers structurants. Les deux pays soutiennent la création d’un consortium européen de communs numériques avec les Pays-Bas et l’Italie, ainsi que l’essor d’infrastructures publiques s’appuyant sur des outils de source ouverte. Le portefeuille européen d’identité numérique est réaffirmé comme pilier de cette stratégie, aux côtés des suites bureautiques développées conjointement telles que LaSuite/OpenDesk.
Souveraineté des données
La souveraineté des données constitue un autre axe majeur. Les deux gouvernements appellent la Commission à définir des normes extrêmement strictes pour les données sensibles, afin de se prémunir contre les législations extraterritoriales – américaines par exemple – et de renforcer la cybersécurité. Des enquêtes ont d’ailleurs été ouvertes par Bruxelles pour déterminer si Amazon Web Services (AWS) et Microsoft doivent être classés comme contrôleurs d’accès dans l’informatique en nuage, ce qui renforcerait leurs obligations au titre du DMA (le règlement sur les marchés numériques).
L’effort d’investissement occupe une place centrale dans cette séquence. Selon les autorités allemandes, plus de 12 milliards d’euros de promesses d’engagement ont été recueillis auprès d’acteurs européens de premier plan, notamment dans l’IA et les logiciels. Un montant notable, mais jugé insuffisant face aux "centaines de milliards" nécessaires chaque année pour rester dans la course. Les données présentées par l’association Bitkom illustrent l’ampleur du défi : la capacité des centres de données européens plafonne à 16 GW, loin des 48 GW américains et des 38 GW chinois.
Favoriser une IA d’avant-garde européenne
Enfin, la France et l’Allemagne lancent un groupe de travail bilatéral chargé de définir des services numériques européens communs et des indicateurs de souveraineté couvrant le cloud (informatique en nuage), l’IA et la cybersécurité. Ses conclusions seront présentées en 2026 lors du Conseil des ministres franco-allemand. Ce dispositif complète la volonté partagée de favoriser une IA d’avant-garde européenne, appuyée sur un environnement propice aux partenariats public-privé.
Pour les deux capitales, la priorité est claire : éviter que l’Europe ne devienne durablement dépendante de technologies qu’elle ne contrôle pas et créer les conditions d’un rattrapage durable. Le Sommet de Berlin acte une convergence politique rare, mais son succès dépendra de la capacité collective à mobiliser des moyens proportionnés à l’ambition affichée.
Dans À l’assaut du réel, Gérald Bronner explore le glissement inquiétant d’une ère de post-vérité vers une possible « post-réalité », dopée par les réseaux sociaux, la dérégulation et l’essor de l’intelligence artificielle. À travers de nombreux exemples, le sociologue montre comment bulles de filtres, croyances radicalisées et nouveaux imaginaires fragmentent notre rapport au monde. Un essai qui résonne fortement avec le débat sur la démocratie numérique, alors que se pose plus que jamais la question d’un socle commun de réalité.
Voilà un livre qui résonne parfaitement avec le tour de France qu’Emmanuel Macron a entamé face aux lecteurs de La Dépêche, mercredi au siège de notre journal à Toulouse, autour de "la démocratie à l’épreuve des réseaux sociaux et des algorithmes."
Dans "A l’assaut du réel", le sociologue Gérald Bronner, spécialiste des croyances collectives, s’interroge pour savoir si après la "post-vérité" – dont Donald Trump et ses "faits alternatifs", ses fake news et ses mensonges éhontés est la figure de proue – qui a polarisé les opinions publiques comme jamais, nous nous dirigeons vers la post-réalité. Une étape supplémentaire, dopée par la dérégulation et l’intelligence artificielle, mais aussi par de nouveaux courants de pensée – comme celui des Lumières noires aux États-Unis –, qui fragmenterait encore un peu plus la société, empêchant tout cadre commun dans lequel nous pourrions nous retrouver pour affronter les défis de notre temps.
"Il me semble que nous ne pouvons résoudre aucun des problèmes considérables qui se posent à l’humanité – climatiques, démographiques, etc. – si nous ne sommes pas d’accord sur ce qui est réel", résumait récemment Gérald Bronner sur France Inter, soulignant "un recroquevillement sur nous-mêmes", "un spontanéisme, un court-termisme qui finit par nous rendre impuissants à résoudre des problèmes de long terme." Somme-nous encore capable de préserver un socle commun de réalité ou condamné à se laisser enfermer dans des bulles de filtres pilotées par des algorithmes, souvent aux mains d’oligarques de la tech ? Cette question traversait déjà le débat de mercredi à La Dépêche entre les 300 lecteurs que nous avions réunis et Emmanuel Macron, qui avait confié à Gérald Bronner la présidence de la commission "Les Lumières à l’ère Numérique" en 2022.
Hikikomoris, shifters et dinosaures
"À l’assaut du réel" s’inscrit dans un triptyque commencé par "La Démocratie des crédules" (2013) et poursuivie avec "Apocalypse cognitive" (2021). Ce troisième chapitre décortique le brouillage à l’œuvre entre désirs et réalité. La force livre réside dans les nombreux exemples que Gérald Bronner a amassé au fil de son enquête. On découvre les hikikomoris, ces milliers de Japonais qui s’enferment dans leur chambre pour fuir la réalité extérieure, les shifters, qui s’évadent et veulent changer d’univers… par la force de l’esprit, ou encore les thérians qui ne se disent plus humains… mais dragons ou dinosaures !
On pourrait rire bien sûr de ces farfelus mais la multiplicité de ces phénomènes de contournement du réel est inquiétante quand elle sort des cercles restreints pour devenir une politique. Donald Trump n’a-t-il pas banni des centaines de mots de mots utilisés dans tous les domaines de la recherche et dans des rapports de l’administration parce qu’ils ne correspondaient pas à "sa" réalité du réchauffement climatique. "Le risque, c’est de continuer à vivre dans la même société, mais plus tout à fait dans le même monde", résume Gérald Bronner. Des antidotes existent : avoir conscience que nous vivons chacun dans des bulles d'"alter réalité" ; "nous méfier de nos propres penchants à aller vers des informations qui vont dans le sens de notre désir", développer son esprit critique et accepter l’incertitude.
Alors que les dangers d’une consommation excessive des outils numériques apparaissent de plus en plus, la possibilité de se déconnecter est en train de devenir un produit de luxe. Se couper des réseaux sera-t-il bientôt réservé aux very happy few ?
Ce souhait reflète une tendance lourde : le temps d’écran moyen ne cesse d’augmenter – plus de cinq heures par jour en moyenne – suscitant des inquiétudes dans la société civile, chez les chercheurs et, plus récemment, chez les responsables politiques. En avril dernier, l’ancien premier ministre Gabriel Attal appelait même à un « état d’urgence contre les écrans ».
Une prise de conscience collective
Au-delà du malaise diffus lié à l’impression de vivre à travers un écran, une véritable prise de conscience s’est installée. Depuis la fin des années 2010, de nombreux travaux dénoncent la « captologie » – la manière dont les grandes plates-formes utilisent les sciences comportementales pour capter notre attention en optimisant leurs interfaces et en affinant leurs algorithmes. Leur objectif est de retenir les utilisateurs le plus longtemps possible, parfois au détriment de leur santé. « Netflix est en concurrence avec le sommeil », déclarait ainsi Reed Hastings, son PDG, en 2017.
Les effets néfastes de la surexposition aux écrans sont aujourd’hui bien connus et prouvés : anxiété accrue, troubles du sommeil aggravés, perte de concentration. Le psychologue américain Jonathan Haidt a notamment mis en évidence le lien entre la surconsommation d’écrans et la hausse des suicides chez les plus jeunes, en particulier les jeunes filles, dont le taux a augmenté de 168 % aux États-Unis dans les années 2010. En France, la tendance est similaire. Cette accumulation de données scientifiques et de témoignages a ouvert un débat public : comment reprendre le contrôle, sans pour autant se couper du monde numérique ?
Le marché du minimalisme digital
Face à ces inquiétudes, une nouvelle économie de la déconnexion s’est développée. Sur YouTube, les vidéos d’influenceurs présentant leur « détox digitale » dépassent souvent le million de vues. D’autres, à l’image de José Briones, se sont spécialisés dans le minimalisme digital proposant des formations et même des newsletters payantes pour aider à « rompre avec les écrans ». Une démarche paradoxale, puisque ces conseils circulent essentiellement sur les plates-formes qu’ils critiquent.
Le phénomène dépasse le simple développement personnel. Dans le tourisme, des séjours « déconnexion » – sans téléphone, centrés sur le bien-être – se multiplient, parfois à des tarifs élevés. À Paris, le concept néerlandais, The Offline Club, organise des évènements sans écrans : lectures, balades, rencontres entre membres, chaque évènement étant tarifé entre 8 et 15 euros. Ainsi se structure un véritable marché du minimalisme digital. Désormais, pour s’éloigner du numérique, certaines personnes sont prêtes à payer.
L’essor des « appareils idiots »
Autre réponse à cette quête de sobriété numérique : les appareils idiots. Il ne s’agit pas de ressusciter les Nokia 3310, mais de proposer des téléphones ou tablettes épurés (en anglais : dumb down), limités volontairement à leurs fonctions essentielles, préservant leurs utilisateurs des effets addictifs ou intrusifs des écrans.
Le Light Phone, version minimaliste du smartphone, et la ReMarkable, alternative simplifiée à la tablette, incarnent cette tendance. Leur promesse est de préserver les avantages technologiques tout en réduisant la distraction. Leurs prix, en revanche, restent comparables à ceux des modèles haut de gamme, 699 € et 599 € respectivement, ce qui en fait des objets de niche !
Un luxe réservé à un public privilégié
Le discours marketing de ces produits cible un public précis constitué de cadres, de créatifs, d’indépendants – ceux qui disposent du temps, de la culture et des moyens nécessaires pour « se déconnecter ». L’imaginaire mobilisé valorise la concentration, la productivité et une forme d’épanouissement intellectuel ou spirituel.
Mais cette approche reste individuelle : se protéger soi-même, sans interroger collectivement la place du numérique dans la société. Ainsi, le « droit à la déconnexion » tend à devenir un produit de consommation, un luxe réservé à ceux qui peuvent se l’offrir.
Pour la majorité, il est aujourd’hui presque impossible d’éviter les écrans. La double authentification bancaire, les démarches administratives ou les plates-formes scolaires rendent le smartphone indispensable. Les solutions existantes reposent donc sur la responsabilité individuelle et, donc sur les ressources économiques et culturelles de chacun.
Vers une réponse collective et politique
Face à cette dépendance structurelle, quelques initiatives citoyennes et politiques émergent. En 2024, la commission sur l’impact de l’exposition des jeunes aux écrans, présidée par la neurologue Servane Mouton, a remis au gouvernement un rapport proposant des mesures concrètes pour limiter l’exposition précoce. Les assises de l’attention, organisées à Paris tous les deux ans, rassemblent élus, chercheurs et associations comme Lève les Yeux, qui militent pour un usage plus raisonné du numérique.
Ces initiatives restent modestes, mais elles ouvrent une perspective essentielle : faire de la déconnexion non pas un luxe, mais un droit collectif – au croisement de la santé publique, de l’éducation et de la démocratie. Un enjeu fondamental pour que la reconquête de notre attention et de notre autonomie ne soit pas laissée aux seuls acteurs privés.
Cet article a été réalisée à partir de la recherche Clara Piacenza, diplômée du MSc in Marketing & Creativity.