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Transformation numérique : la cybersécurité doit changer de rythme

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Par Olivier Arous, PDG d'OGO Security

Les entreprises accélèrent leur transformation numérique. Mais la cybersécurité, elle, reste souvent pensée avec des modèles hérités d’infrastructures plus anciennes.

En quelques années, les architectures informatiques des entreprises ont profondément évolué. Cloud, applications web, microservices et API sont devenus les fondations des systèmes d’information modernes. Cette transformation permet aux organisations d’innover plus rapidement, de déployer de nouveaux services et de s’adapter plus facilement aux évolutions du marché. Mais cette accélération technologique pose un défi majeur : la cybersécurité n’évolue pas toujours au même rythme que ces nouvelles architectures. Les modèles de protection restent souvent inspirés d’environnements informatiques plus centralisés et plus simples.

Des architectures numériques de plus en plus complexes

La transformation numérique a profondément modifié la manière dont les services numériques sont conçus et déployés. Les infrastructures traditionnelles ont progressivement laissé place à des environnements hybrides, mêlant cloud public, cloud privé et services hébergés. Les applications elles-mêmes ont évolué. Elles reposent désormais sur des architectures distribuées, composées de multiples microservices qui communiquent entre eux via des interfaces de programmation d’application (API). Cette approche offre une grande flexibilité, mais elle entraîne aussi une multiplication des composants techniques et des échanges de données. Chaque service, chaque API et chaque connexion représente un nouveau point potentiel d’exposition.

Une surface d’attaque en constante expansion

Avec ces nouvelles architectures, la surface d’attaque des organisations s’est considérablement élargie. Les applications sont accessibles depuis l’extérieur, les services sont interconnectés et les collaborateurs accèdent aux systèmes depuis des environnements variés. Les points d’accès aux systèmes d’information se multiplient. Une application web, une API ou un service cloud mal configuré peuvent devenir une porte d’entrée pour un attaquant. Or, de nombreuses stratégies de sécurité restent encore centrées sur des approches historiques, construites autour de la protection d’un périmètre réseau clairement défini. Ce modèle correspond de moins en moins à la réalité des architectures modernes, où les services sont distribués et accessibles depuis différents environnements.

Adapter la cybersécurité aux architectures modernes

Face à ces évolutions, les organisations doivent repenser leur approche de la cybersécurité. La protection des systèmes ne peut plus reposer uniquement sur des mécanismes périmétriques. Elle doit s’intégrer directement dans les architectures numériques. Les applications, les API et les services cloud doivent être considérés comme des éléments centraux de la stratégie de sécurité. Cela implique de mieux comprendre les flux entre les différents composants, d’identifier les points d’exposition et d’intégrer la sécurité dès la conception des services numériques. Dans des environnements toujours plus distribués, la cybersécurité ne peut plus être une couche ajoutée a posteriori. Elle doit évoluer au même rythme que les technologies qu’elle protège.

 La transformation numérique offre aux entreprises de nouvelles opportunités d’innovation et de croissance. Mais elle transforme également en profondeur les défis de cybersécurité. Pour faire face à cette réalité, les organisations doivent adapter leurs stratégies et repenser leurs modèles de protection afin qu’ils correspondent aux architectures numériques d’aujourd’hui.

La désinformation, un fléau qui coûte plus de 400 milliards de dollars à l’économie mondiale

 

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Selon un rapport publié en mars 2026 par Sopra Steria, la désinformation représente désormais un coût économique global estimé à 417 milliards de dollars en 2024. Entre fraudes numériques, manipulation des marchés et fragilisation des démocraties, le phénomène s’impose comme une menace systémique pour les sociétés contemporaines.

La désinformation n’est plus seulement un problème démocratique ou médiatique ; elle est devenue un phénomène économique massif. C’est la conclusion d’un rapport que vient de publier le groupe Sopra Steria qui tente, pour la première fois, d’en mesurer l’impact financier, social et politique à l’échelle mondiale. L’exercice est délicat, mais le résultat donne la mesure du phénomène : en 2024, la désinformation aurait coûté environ 417 milliards de dollars à l’économie mondiale, soit un montant qui correspond à près de 15 % du PIB français. Cette estimation repose sur une méthodologie inspirée des travaux du GIEC : plusieurs scénarios – conservateur, médian et exploratoire – ont été établis afin de tenir compte des incertitudes. Selon ces hypothèses, le coût global de la désinformation oscille entre 356 et 516 milliards de dollars. L’essentiel provient des pertes économiques directes, mais les conséquences sociales et politiques ne cessent de s’étendre.

Car la désinformation s’est transformée. L’infodémie née pendant la crise sanitaire, l’essor des discours complotistes, la diffusion massive de contenus générés par l’intelligence artificielle et les deepfakes, ou encore l’usage de la manipulation informationnelle dans les stratégies de guerre hybride ont profondément modifié l’écosystème médiatique.

La production de contenus trompeurs est désormais industrialisée, tandis que les plateformes numériques en accélèrent la diffusion. Les pertes financières constituent la part la plus visible du phénomène. Les faux avis en ligne, qui influencent une grande partie des décisions d’achat sur internet, représenteraient à eux seuls 227 milliards de dollars de coûts pour l’économie mondiale. À cela s’ajoutent les fraudes aux cryptomonnaies, les manipulations boursières ou encore les revenus publicitaires captés par des sites diffusant de fausses informations.

Un coût social et sanitaire

Mais l’impact ne se limite pas aux marchés. La désinformation a également un coût social et sanitaire. La propagation de discours antivaccins ou complotistes a ainsi des conséquences mesurables sur la santé publique, tandis que la polarisation politique et l’érosion de la confiance dans les institutions fragilisent la cohésion démocratique. Les auteurs du rapport soulignent toutefois que ces estimations restent probablement en dessous de la réalité. De nombreux effets indirects – perte de confiance, dégradation du débat public ou fragilisation des processus électoraux – sont par nature difficiles à quantifier.

Une certitude demeure : à l’ère des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle générative, la désinformation n’est plus un simple bruit informationnel et son coût pourrait continuer de croître à mesure que les technologies de manipulation se perfectionnent.

Réguler l’accès des mineurs aux réseaux sociaux : le cadre juridique au défi d’une application réelle

 

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Par Tanja Petelin, Université de Poitiers

Si le règlement européen sur les services numériques impose aux réseaux sociaux de mettre en place des mesures pour protéger les mineurs, ces derniers restent encore largement exposés à divers risques. Une loi nationale visant à interdire l’accès à TikTok, Facebook ou encore Instagram, aux moins de 15 ans peut-elle changer la donne ? L’analyse juridique fait ressortir les défis d’une mise en œuvre effective.


Le 26 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux, avec une disposition les interdisant aux moins de 15 ans. Ce texte fait suite aux conclusions de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, constatant à la fois ses effets délétères sur la santé mentale des jeunes et établissant qu’il n’existe parmi les principaux réseaux sociaux aucun qui puisse être qualifié d’« éthique ». D’autres pays européens s’engagent dans cette même voie.

Cette dynamique révèle un certain désenchantement à l’égard du cadre juridique européen qui, à travers l’article 28 du règlement européen sur les services numériques (DSA), impose aux fournisseurs de plateformes en ligne accessibles aux mineurs (y compris les réseaux sociaux), une obligation de mettre en place « des mesures appropriées et proportionnées pour garantir un niveau élevé de protection de la vie privée, de sûreté et de sécurité des mineurs sur leurs services ».

Dans ses lignes directrices du 14 juillet 2025, la Commission européenne a traduit cette obligation en une série des bonnes pratiques concernant les paramètres par défaut, la conception des interfaces, le fonctionnement des algorithmes de recommandation, les pratiques commerciales ou encore la modération.

Par ailleurs, les articles 34 et 35 du DSA imposent aux fournisseurs de « très grandes plateformes en ligne » d’évaluer tout effet négatif réel ou prévisible lié à l’exercice des droits de l’enfant, à leur protection et aux conséquences négatives graves sur leur bien-être physique et mental. C’est sur ce fondement que la Commission européenne a récemment conclu, à titre préliminaire, au non-respect du DSA par TikTok, demandant à la société de modifier la conception de son service, en désactivant progressivement des fonctionnalités les plus addictives.

En théorie, ce cadre offre donc à la Commission européenne et aux régulateurs nationaux des moyens pour responsabiliser les plateformes à l’égard de leurs jeunes utilisateurs. Ainsi, dès l’entrée en vigueur du DSA en 2024, la Commission européenne a ouvert des procédures formelles à l’encontre de TikTok et de Meta (concernant Facebook et Instagram). Pourtant, ces procédures s’avèrent longues et donnent le sentiment d’une loi qui reste lettre morte.

Si, comme le rappelle la députée Laure Miller dans son rapport, les mesures actuellement mises en œuvre sont loin d’être à la hauteur de l’urgence, une loi nationale visant à interdire les réseaux sociaux aux mineurs est-elle la bonne réponse au problème de leur protection en ligne ?

Interdiction des réseaux sociaux aux mineurs, majorité numérique : de quoi parle-t-on ?

La notion de la « majorité » fait généralement allusion à l’acquisition d’une certaine autonomie. En France, l’âge de la majorité, fixée à 18 ans, conditionne en principe la capacité du mineur d’exercer ses droits.

Depuis la modification de la loi informatique et libertés en vue de sa mise en conformité avec le RGPD, l’âge de la « majorité numérique » est généralement associé en France au seuil de 15 ans. Cependant, l’utilisation du terme en lien avec ce texte peut induire en erreur. En effet, cette loi reconnaît uniquement la capacité aux mineurs de plus de 15 ans de consentir seuls au traitement de leurs données personnelles sur Internet. Elle n’a donc aucun impact sur leur capacité d’accomplir d’autres actes en ligne, par exemple, d’accepter les conditions générales d’utilisation d’un réseau social, comme l’explique la CNIL.

Outre cette « majorité civile », des seuils d’âge sont également posés, notamment en droit pénal, pour accorder aux mineurs une protection renforcée ou pour interdire leur exposition à certains contenus ou produits préjudiciables. La démarche du législateur français concernant la régulation de l’accès aux réseaux sociaux semble davantage s’inscrire dans ce cadre.

Ainsi, la loi du 7 juillet 2023 visant à instaurer une majorité numérique et à lutter contre la haine en ligne, imposant aux fournisseurs de réseaux sociaux de refuser l’inscription à leurs services aux enfants de moins de 15 ans en l’absence d’une autorisation parentale, n’a pas vraiment pour objet l’instauration d’une majorité numérique. Outre sa portée limitée à l’inscription aux réseaux sociaux, aucune de ses dispositions ne prévoit explicitement la capacité des mineurs âgés de plus de 15 ans d’accomplir seuls les actes juridiques dans ce cadre. Cette loi n’est d’ailleurs jamais entrée en vigueur en raison de sa non-conformité au droit de l’Union européenne.

Quant à la proposition de loi votée le 26 janvier 2026, elle ne reprend pas le terme de majorité numérique et prévoit une interdiction pure et simple, ne pouvant être levée par l’autorisation des parents.

Réactions face à l’annonce d’une possible interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans (France 3 Nouvelle-Aquitaine, 2026).

Aussi, à la différence de la loi du 7 juillet 2023, aucune nouvelle obligation n’est explicitement instaurée à la charge des fournisseurs de réseaux sociaux : son article 1er prévoit simplement que « l’accès à un service de réseaux sociaux en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans ». Si la disposition semble ainsi faire peser le respect de l’interdiction sur les mineurs, cette formulation s’explique par une nécessaire articulation avec le droit de l’Union européenne.

Articulation avec le cadre juridique de l’Union européenne

Dans son avis sur une première version de la proposition de loi, le Conseil d’État a justement remarqué que, en faisant peser l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux sur les plateformes en ligne, la loi pourrait soulever des difficultés au regard du DSA.

En effet, en adoptant le DSA, le législateur de l’Union européenne a procédé à une harmonisation exhaustive des règles applicables aux plateformes en ligne. Par conséquent, les États membres ne peuvent adopter des exigences nationales supplémentaires concernant les matières relevant de son champ d’application, sauf si celui-ci le prévoit expressément.

Or, selon l’article 28 du DSA, les plateformes en ligne accessibles aux mineurs ont déjà l’obligation de mettre en place des mesures pour protéger les mineurs. Les lignes directrices de la Commission apportent d’ailleurs des précisions sur l’utilisation des outils de vérification de l’âge et précisent les situations dans lesquelles le recours à des restrictions d’accès fondées sur celles-ci est approprié. Outre les hypothèses classiques (vente d’alcool, de tabac ou des stupéfiants, contenus pornographiques, jeux d’argent et de hasard), elles citent l’hypothèse suivante :

« Lorsque le droit de l’Union ou le droit national, conformément au droit de l’Union, fixe un âge minimal pour accéder à certains produits ou services proposés et/ou présentés de quelque manière que ce soit sur une plateforme en ligne, y compris des catégories spécifiquement définies de services de médias sociaux en ligne. »

Un porte-parole de la Commission a ainsi déclaré que la France avait le droit de fixer l’âge de la « majorité numérique » pour ses citoyens, tout en précisant que la mise en œuvre doit être conforme au DSA.

Les défis d’une mise en œuvre effective

Pour que l’interdiction légale puisse atteindre son objectif, encore faut-il relever les défis relatifs à sa mise en œuvre effective.

D’abord, comme en témoigne l’exemple australien, une telle interdiction se confronte nécessairement au risque de contournement par les mineurs : utilisation de l’identité d’un tiers, recours au VPN… Certains mineurs risquent ainsi de se retrouver dans une situation de grande vulnérabilité, accédant au réseau social sans accompagnement parental et sans que leur âge réel soit pris en compte dans leur parcours d’utilisateur. Les obligations des plateformes à leur égard méritent donc d’être interrogées.

L’Australie interdit les réseaux sociaux aux adolescents (France 24, décembre 2025).

D’autre part, dans la mesure où le respect de l’interdiction s’inscrit dans le cadre du DSA, c’est également ce règlement qui définit les autorités compétentes pour surveiller sa mise en œuvre. Or cette compétence revient en principe à la Commission européenne pour les réseaux sociaux qualifiés de très grandes plateformes, voire, pour les autres réseaux sociaux, au régulateur de l’État membre dans lequel se situe l’établissement principal du fournisseur de services.

La compétence du régulateur français est ainsi limitée aux seuls réseaux sociaux établis en France, situation rare dans les faits. Se pose alors de nouveau le problème de délais des procédures menées par la Commission ou impliquant les régulateurs d’autres États membres, susceptible de compromettre l’effectivité du dispositif.

Cependant, la Commission européenne envisage désormais l’élaboration d’une approche commune concernant l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Dans une résolution du 26 novembre 2025, le Parlement européen a également demandé la mise en place d’une « limite d’âge numérique européenne harmonisée » de 16 ans pour l’accès aux réseaux sociaux sans l’accord des parents ou tuteurs, et d’un seuil de 13 ans en dessous duquel aucun mineur ne peut y accéder.

Si une solution européenne commune peut être plus efficace face aux grands acteurs du numérique, encore faut-il se donner les moyens de l’imposer, conjointement aux autres mesures visant à protéger les mineurs et leurs droits. Par ailleurs, le dispositif préconisé par le Parlement européen, privilégiant l’accompagnement parental entre 13 et 16 ans à une interdiction pure et simple, offre davantage de souplesse.

Il est important que les jeunes puissent découvrir progressivement Internet et les réseaux sociaux, en fonction de leur maturité, tout en évoluant dans un environnement qui n’exploite pas leurs vulnérabilités. La définition des « limites d’âge numérique » n’est ainsi qu’une brique dans la construction d’un environnement numérique respectueux des droits des mineurs.


Le projet Encadrer les activités numériques du mineur : une recherche interdisciplinaire centrée sur le processus d’autonomisation – ENUMINE est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.The Conversation

Tanja Petelin, Maître de conférences en droit privé, Université de Poitiers

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Protéger les filles, canaliser les garçons ? L’éducation à l’information face aux stéréotypes de genre

 

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Par Anne Cordier, Université de Lorraine

Plus enclines à douter de leurs pratiques d’information, les filles sont aussi plus souvent questionnées sur leurs émotions face à l’actualité. Prendre conscience des biais de genre qui pèsent sur les usages numériques est un préalable pour faire de l’éducation à l’information un levier d’émancipation et aider adolescentes et adolescents à construire leur autonomie critique. Explications.


Travail, santé, espace public… Chaque année, en mars, dans le sillage de la Journée internationale des droits des femmes, on s’arrête sur les inégalités de genre dans différents domaines de la vie sociale. Et si nous faisions ce pas de côté dans un champ moins visible, celui des pratiques d’information des adolescents et de leur accompagnement ?

Lire l’actualité, chercher des sources pour un exposé, suivre des créateurs et créatrices de contenus, débattre en ligne : ces activités font partie intégrante de leur quotidien. En tant que pratiques culturelles, elles sont traversées par les mêmes rapports sociaux de genre que le reste de la vie sociale.

En outre, le numérique n’est pas un espace « hors-sol », neutre ou désincarné, mais un espace socialement situé où se rejouent des normes et des tensions sociétales. Les inégalités de genre y prennent des formes parfois spécifiques, mais toujours en lien avec les contextes sociaux, médiatiques et politiques. Et leur traitement éducatif n’échappe pas à ces cadrages.

Dès l’enfance, un numérique sous conditions

Les rapports genrés au numérique, à l’information et aux médias se construisent tôt, dans la socialisation familiale.

Des enquêtes de terrain menées auprès de collégiennes avaient en 2015 montré combien l’utilisation d’Internet au sein de la famille se faisait en fonction de la réalisation des tâches ménagères à destination de la collectivité. Autrement dit les filles déclaraient devoir s’acquitter d’impératifs liés à la vie, notamment matérielle, de la famille en général. Les garçons, eux, n’évoquaient quasiment jamais cette conditionnalité.

Dix ans plus tard, lors d’une enquête ethnographique menée au sein d’un collège d’éducation prioritaire, les adolescentes glissent les mêmes impératifs de tâches de gestion familiale lors de l’évocation de leurs pratiques numériques à domicile.

Ces observations font écho aux travaux sur la division sexuée du travail domestique dès l’enfance, prolongeant également les recherches sur l’informatique et les cultures numériques historiquement construites comme des territoires masculins. Cette assignation symbolique continue d’agir, y compris dans les usages informationnels, ceux-ci étant fortement dépendants de l’accès aux objets techniques.

Autorités masculines, expertes invisibles

Les contenus consultés et les légitimités associées sont aussi marqués par une distinction fortement genrée. Quand on demande aux adolescentes et adolescents de citer des figures d’autorité à leurs yeux dans le champ de l’information, les noms masculins dominent largement. De Hugo Décrypte à Mister Géopolitix en passant par Gaspard G, les modèles invoqués sont très majoritairement masculins. Ce sont également eux qui sont les plus reconnus par les adultes, à l’école comme dans les médias,

Les créatrices de contenu diffusant des savoirs scientifiques, dans le domaine de la santé ou de l’histoire, médiatiques et politiques, existent pourtant (citons pour exemples Camille Aumont-Carnel ou encore Charlie Danger). Mais elles sont moins citées, moins reconnues comme autorités. Lorsque des figures féminines sont évoquées, elles sont souvent renvoyées à l’influence, au marketing, à l’esthétique ou au lifestyle.

Cette dissymétrie rappelle le phénomène des « oubliées du numérique » décrit par Isabelle Collet : les femmes ont contribué à l’histoire de l’informatique, mais leur rôle a été invisibilisé. Aujourd’hui, ces femmes participent aux médiations des savoirs en ligne et à l’enrichissement des cultures juvéniles, mais leur reconnaissance est inégale.

Or ces modèles comptent dans la construction des adolescentes : renvoyant à des hiérarchies symboliques, ils peuvent orienter la façon dont elles se projettent, ainsi que leurs sentiments de légitimité, en structurant la représentation de qui « sait », qui « explique », qui « fait autorité ».

Chez les filles, plus d’autocensure, moins de confiance en soi

Dans les nombreuses enquêtes menées auprès d’adolescents âgés de 13 à 17 ans, tous milieux sociaux confondus, il ressort que le sentiment de compétence informationnelle est fortement genré.

Lorsqu’on demande aux adolescentes et aux adolescents si elles ou ils ont « peur de prendre une information fausse pour une vraie », le constat est sans appel : les filles répondent à l’affirmative, là où les garçons apparaissent plus nuancés. Plus encore, lorsqu’on leur demande si cela leur est déjà arrivé de prendre une information fausse pour une vraie, les filles sont très majoritairement convaincues que oui, alors que les garçons envisagent de façon très minoritaire la possibilité d’avoir cru une fausse information.

Rien n’indique pourtant une supériorité cognitive masculine dans l’évaluation de l’information. Les études sur les compétences informationnelles montrent que la difficulté à distinguer l’information fiable de l’information trompeuse est largement partagée.

Le doute des filles n’est pas le signe d’une incompétence ; il est le reflet de mécanismes bien connus d’autocensure et de moindre confiance en soi des filles dans des domaines perçus comme techniques ou stratégiques. Il peut aussi être interprété comme une prudence épistémique. À l’inverse, la sur-confiance peut exposer à des biais. Mais cette dissymétrie alimente des prises de parole inégales et des dynamiques de légitimité différenciées.

Travailler le sentiment de compétence pour dépasser les assignations

Ces représentations sociales se prolongent dans les dispositifs éducatifs. Les émotions face à l’information – choc, peur, dégoût – sont plus aisément verbalisées par les filles. Les garçons sont moins sollicités sur leur ressenti face à des contenus violents, comme si la robustesse émotionnelle était attendue d’eux.

Dans les discours politiques et médiatiques, les filles apparaissent fréquemment comme un public à protéger des dangers du numérique, notamment des violences sexistes et sexuelles. Cette vulnérabilité est bien réelle, dans l’espace public hors ligne comme en ligne, comme le rappelle le rapport 2026 de l’Anses sur l’usage des réseaux sociaux numériques et la santé des adolescents.

Mais, protéger sans outiller, c’est maintenir dans une position de fragilité. Symétriquement, les garçons sont souvent perçus comme porteurs de comportements problématiques qu’il faudrait « canaliser », selon une logique d’essentialisation qui rappelle d’autres espaces sociaux.

Cette essentialisation pose question. Elle ne doit pas conduire à nier les vulnérabilités bien réelles des filles confrontées à des problématiques singulières, mais elle ne peut constituer l’horizon exclusif de l’action éducative.

« Tour de France de l’éducation aux médias et à l’information : les scolaires sensibilisés à Poitiers » (France 3 Nouvelle-Aquitaine).

L’éducation aux médias et à l’information (EMI) gagnerait à dépasser cette double assignation, d’abord en intégrant systématiquement des créatrices de contenus scientifiques et journalistiques dans les corpus scolaires comme dans les discussions en famille.

Pour travailler explicitement le sentiment de compétence, il s’agit d’inciter les jeunes à verbaliser les stratégies d’évaluation, en montrant qu’elles s’apprennent, qu’elles ne relèvent ni d’un « don » ni d’un tempérament. Et l’on peut interroger les émotions de toutes et tous face à l’information perçue comme violente ou anxiogène, en proposant des espaces de discussion sur le ressenti face à l’information.

L’enjeu est d’accompagner filles et garçons vers une autonomie critique joyeuse, faisant la part belle à l’expérimentation, au débat, à la production de l’information, et la compréhension des logiques économiques et politiques. Il s’agit que toutes et tous se perçoivent comme acteurs informationnels légitimes dans l’espace public.

Les pratiques informationnelles juvéniles ne sont ni futiles ni homogènes. Elles sont des lieux d’expérimentation, de sociabilité et de construction de soi. Les penser au prisme du genre ne vise pas à opposer mais à comprendre pour mieux accompagner.The Conversation

Anne Cordier, Professeure des Universités en Sciences de l’Information et de la Communication, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

IA générative, droit d’auteur, presse : Qwant teste un partage de la valeur à rebours des grandes plateformes

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Alors que les eurodéputés veulent renforcer la protection des œuvres utilisées par l’IA générative, Qwant lance avec des médias français une expérimentation de neuf mois pour mesurer l’usage des contenus de presse dans ses réponses instantanées et tester un partage publicitaire à parts égales avec les éditeurs.

Au moment où le Parlement européen cherche à resserrer l’encadrement de l’intelligence artificielle générative, Qwant tente d’occuper un espace politique et économique laissé vacant par les grandes plateformes. Le moteur de recherche français a lancé en janvier une expérimentation de neuf mois avec des médias et éditeurs de presse afin de mesurer la valeur créée par l’IA générative dans la recherche en ligne, et d’en tester les modalités de partage.

Maintenir un lien vers les médias

L’initiative s’inscrit dans un débat devenu central pour les éditeurs : celui de la captation de valeur par les moteurs de recherche, les plateformes et, désormais, les interfaces conversationnelles dopées à l’IA. Depuis plusieurs années, la presse réclame un meilleur équilibre économique face aux intermédiaires numériques qui distribuent, indexent, résument ou agrègent ses contenus. Avec l’essor des réponses générées automatiquement, l’enjeu s’est déplacé : il ne s’agit plus seulement de renvoyer vers un article, mais de produire directement une synthèse qui peut détourner une part du trafic, donc des revenus associés.

C’est précisément sur ce terrain que Qwant veut se distinguer. Sa fonctionnalité de « Réponse Flash », intégrée à ses moteurs ainsi qu’à ceux de Lilo dans le cadre de l’expérimentation, doit fournir un élément de contexte ou de compréhension tout en maintenant un lien explicite avec les sources d’information. L’entreprise présente cette approche comme transparente, mesurable et construite avec les ayants droit. Concrètement, les informations liées à l’usage de la fonctionnalité sont partagées avec les éditeurs participants, de même qu’un modèle de partage des revenus publicitaires générés dans cet espace. Selon la source fournie, ces revenus sont répartis à égalité entre Qwant et les éditeurs, tandis que plusieurs formats publicitaires sont testés.

Test grandeur nature

L’enjeu dépasse le seul cas d’un acteur français. Les députés européens de la commission des affaires juridiques ont justement adopté des propositions visant à imposer davantage de transparence sur les contenus protégés utilisés pour former les systèmes d’IA générative, à permettre aux titulaires de droits de refuser certains usages, et à garantir une rémunération équitable. Dans leur logique, l’accès à des données de haute qualité ne peut être dissocié d’une compensation pour les secteurs créatif, culturel et médiatique. Le rapport souligne aussi le risque, pour le pluralisme, de systèmes capables d’agréger l’information de manière sélective tout en captant l’audience et les recettes.

Dans ce contexte, l’expérimentation de Qwant prend valeur de test grandeur nature. Elle ne règle pas la question structurelle du rapport de force entre éditeurs et géants du numérique. Mais elle propose une méthode : documenter les usages réels, objectiver la contribution des contenus de presse à la réponse générée, puis poser les bases d’un modèle négocié. Pour les représentants des éditeurs cités dans vos sources, c’est là son intérêt principal : la transparence comme préalable à la rémunération.

Reste à savoir si cette voie peut peser au-delà d’un cadre expérimental de neuf mois. Car la bataille qui s’ouvre est celle de la redistribution de la valeur dans un internet où la réponse synthétique, et non plus seulement le lien, devient le produit central.

RSF alerte sur les menaces qui pèsent sur l’information locale

 


Dans un rapport publié avant les élections municipales, Reporters sans frontières (RSF) appelle à renforcer la protection de l’information de proximité, pilier du débat démocratique.

À quelques jours du premier tour des élections municipales, Reporters sans frontières (RSF) publie un rapport « France : l’information locale en première ligne » dans lequel l’organisation dresse un constat préoccupant : pilier de la vie démocratique, le journalisme de proximité est aujourd’hui fragilisé par une combinaison de pressions économiques, politiques et sécuritaires qui menacent son avenir.

« Et si l’information locale avait des leçons à donner à l’ensemble des médias ? » interroge d’emblée Thibaut Bruttin, directeur général de RSF. Car malgré les transformations du paysage médiatique, les médias ancrés dans les territoires demeurent parmi les plus crédibles aux yeux des citoyens. Contre-pouvoir inégalable dans le paysage médiatique français, l’information locale contribue à révéler des dysfonctionnements, à nourrir le débat public et à rendre visibles des réalités souvent ignorées par les grandes rédactions nationales.

Mais ce modèle s’essouffle. Depuis une quinzaine d’années, le maillage territorial du journalisme s’est progressivement relâché. Là où l’on trouvait autrefois une rédaction ou une agence de presse tous les dix kilomètres, les restructurations et les fermetures ont réduit la présence des médias dans certains territoires. RSF évoque ainsi le risque de véritables « déserts de l’information », où la communication institutionnelle tend à se substituer à l’enquête journalistique indépendante. La crise est aussi économique. La presse locale doit faire face à l’érosion de ses ventes, à la baisse des recettes publicitaires et à l’augmentation des coûts de distribution du papier.

RSF

À ces difficultés structurelles s’ajoutent des pressions de plus en plus directes sur les journalistes. RSF documente plusieurs cas récents d’agressions ou de menaces visant des reporters travaillant au plus près du terrain, dont deux exemples concernent notre groupe de presse. Dans le Tarn-et-Garonne, un journaliste de La Dépêche du Midi, Max Lagarrigue, a ainsi été victime de cyberharcèlement et de menaces de mort après une enquête sur une querelle de voisinage opposant un éleveur porcin au maire du village de Montjoi. Un épisode révélateur, selon RSF, de la vulnérabilité des journalistes locaux, souvent confrontés à des tensions dans les territoires où ils vivent et travaillent. Dans l’Hérault, le siège de Midi Libre a également été pris pour cible en janvier dernier, lorsque des ostréiculteurs ont incendié le portail du journal après la publication d’un article rappelant simplement un fait : l’interdiction sanitaire de consommer les huîtres du bassin de Thau. Des événements qui illustrent, selon RSF, la montée d’un climat d’hostilité à l’égard des médias de proximité.

Ce contexte s’accompagne par ailleurs d’un phénomène plus diffus : la multiplication de procédures judiciaires destinées à dissuader les enquêtes, ainsi que l’apparition de faux sites internet d’information locale servant parfois de vecteurs de désinformation.

Un rôle fondamental pour la vie démocratique

Pour RSF, l’enjeu dépasse la seule survie économique d’un secteur. « L’information locale joue un rôle fondamental dans la représentation de la réalité des Françaises et des Français », insiste Thibaut Bruttin. En permettant de documenter la vie démocratique au plus près des territoires, elle contribue à structurer l’espace public et à maintenir le lien entre citoyens et institutions.

Face à ces fragilités, le rapport appelle à une mobilisation des pouvoirs publics et des acteurs du secteur pour soutenir le pluralisme, protéger les journalistes et encourager l’innovation éditoriale. À l’heure où les électeurs s’apprêtent à choisir leurs élus municipaux, RSF rappelle ainsi que l’information de proximité n’est pas un simple décor de la démocratie locale mais en constitue l’un de ses fondements.

Sauvegarder, c’est gouverner : la donnée au cœur de la résilience numérique

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Par Thierry Loubes, Head of Business Line Cloud France

Le 31 mars 2026, la Journée mondiale de la sauvegarde rappelle que la protection des données est devenue un enjeu stratégique et réglementaire.


La transformation numérique des organisations s’accompagne d’une croissance continue des volumes de données et d’une dépendance accrue aux systèmes d’information. Dans le même temps, les cyberattaques se multiplient et ciblent fréquemment les données elles-mêmes. Dans ce contexte, la sauvegarde ne peut plus être considérée comme une opération purement technique. Elle constitue un élément central de la résilience numérique.

La Journée mondiale de la sauvegarde des données informatiques, célébrée chaque 31 mars, offre l’occasion de replacer ce sujet au niveau stratégique. D’autant plus que les entreprises évoluent désormais dans un cadre réglementaire européen renforcé, notamment avec NIS2 et DORA.

Une externalisation croissante vers le cloud

De nombreuses organisations font aujourd’hui le choix d’externaliser tout ou partie de leurs sauvegardes dans le cloud. Cette approche permet de bénéficier d’infrastructures mutualisées, d’une capacité de stockage évolutive et d’une accessibilité élargie.

Elle répond également à un objectif de continuité d’activité : disposer de copies externalisées limite les risques liés à un incident local, qu’il soit technique, humain ou malveillant.

Cependant, le recours au cloud ne supprime pas la responsabilité de l’entreprise. La définition des politiques de sauvegarde, la gestion des accès, la fréquence des copies et les tests de restauration restent de la responsabilité de l’organisation. L’externalisation doit donc s’inscrire dans une stratégie maîtrisée et documentée.

Un cadre réglementaire structurant avec NIS2 et DORA

La directive NIS2 (Network and Information Security Directive 2) renforce les obligations des entités essentielles et importantes en matière de gestion des risques de cybersécurité et de continuité des activités. Elle impose notamment la mise en place de mesures techniques et organisationnelles adaptées pour protéger les systèmes d’information. La capacité à restaurer les données après un incident fait partie des attentes en matière de résilience.

Le règlement DORA (Digital Operational Resilience Act), applicable au secteur financier, vise à garantir la résilience opérationnelle numérique des acteurs concernés. Il encadre la gestion des risques liés aux technologies de l’information et de la communication, impose des tests réguliers et renforce la supervision des prestataires tiers, y compris les fournisseurs de services cloud. Dans les deux cas, la sauvegarde n’est plus un simple choix technique : elle s’inscrit dans un cadre de conformité formalisé et contrôlable.

Une articulation entre performance, sécurité et disponibilité

La sauvegarde participe directement à trois enjeux majeurs des systèmes d’information : la performance, la sécurité et la disponibilité. Une stratégie adaptée permet de réduire les temps d’interruption en cas d’incident, de limiter l’impact opérationnel et de préserver l’intégrité des données. Elle soutient également les démarches d’audit et de gouvernance en apportant des preuves tangibles des dispositifs mis en place. Dans un environnement où la donnée est un actif stratégique, sa protection conditionne la continité des activités et la confiance des parties prenantes.

Une gouvernance à structurer dans la durée

La Journée mondiale de la sauvegarde ne doit pas être perçue comme un simple rappel ponctuel. Elle constitue un point d’étape utile pour interroger la maturité réelle des dispositifs en place et leur adéquation avec les risques actuels. Structurer une gouvernance de la sauvegarde suppose d’inscrire le sujet dans le temps long. Cartographier les données critiques, identifier les systèmes prioritaires, formaliser des politiques claires (fréquence, périmètre, durée de conservation), tester régulièrement les procédures de restauration et documenter les responsabilités sont des étapes essentielles pour répondre aux exigences actuelles. Cette démarche implique également un alignement entre les équipes IT, les responsables sécurité et la direction. La sauvegarde ne peut être efficace que si elle est pilotée, suivie et réévaluée régulièrement, au même titre que les autres dispositifs de gestion des risques.

La sauvegarde n’est plus un simple sujet technique. Elle est devenue un indicateur de maturité et de responsabilité. À l’ère du cloud et de NIS2 et DORA, structurer une stratégie de sauvegarde robuste, testée et documentée relève pleinement de la gouvernance.

Télécoms : bataille spatiale pour la fin des zones blanches

 

starlink

La connectivité spatiale redéfinit l’avenir des réseaux mobiles. SpaceX et Orange, entre autres, investissent dans des technologies permettant aux smartphones de se connecter directement aux satellites.

La bataille de l’internet par satellite s’est invitée cette année au Mobile World Congress de Barcelone qui s’est achevé jeudi. Au-delà des réseaux 5G terrestres, plusieurs annonces ont confirmé que la prochaine frontière de la connectivité mobile pourrait bien se jouer dans l’espace.

SpaceX, via son service Starlink, a d’abord détaillé sa stratégie visant à connecter directement les smartphones aux satellites. L’objectif est de permettre à des téléphones standards d’envoyer des messages, passer des appels ou accéder à internet même en dehors de toute couverture mobile. Ce service, désormais présenté sous le nom Starlink Mobile, doit progressivement transformer la constellation satellitaire d’Elon Musk en extension directe des réseaux mobiles traditionnels. À terme, la promesse est simple : réduire les zones blanches et offrir une connectivité quasiment partout sur la planète.

Orange est également en piste

Au même moment, Orange a annoncé au MWC une initiative similaire, mais dans un cadre européen. Le groupe s’est associé à AST SpaceMobile et à l’organisation Satellite Connect Europe pour tester la technologie direct-to-device (D2D), qui permet aux smartphones de se connecter directement à des satellites sans antenne spécifique. Les premiers essais doivent avoir lieu en Roumanie afin d’évaluer l’intégration de cette technologie dans les réseaux mobiles européens.

Ces annonces illustrent un basculement stratégique : les satellites ne sont plus seulement destinés à connecter des zones isolées via des appareils et antennes spécifiques, mais deviennent progressivement une extension des réseaux mobiles classiques. La connectivité spatiale pourrait ainsi compléter les infrastructures terrestres pour couvrir les zones rurales, les régions montagneuses ou les espaces maritimes.

Blue Origin veut concurrencer Starkink

Derrière ces démonstrations technologiques se joue aussi une féroce compétition industrielle particulièrement intense. SpaceX, avec Starlink, conserve aujourd’hui une avance considérable car sa constellation compte déjà plusieurs milliers de satellites en orbite et des millions d’utilisateurs dans le monde, ce qui en fait le premier réseau d’internet spatial opérationnel à grande échelle, notamment utilisé en Ukraine.

Mais le secteur attire désormais d’autres géants. Blue Origin, société du patron d’Amazon Jeff Bezos, a récemment annoncé TeraWave, une future constellation d’environ 5 400 satellites destinée à transporter des volumes massifs de données pour les entreprises, les centres de données et les gouvernements. L’architecture du réseau promet des liaisons pouvant atteindre un débit de plusieurs térabits par seconde et doit commencer à être déployée à partir de 2027.

Face à ces ambitions américaines, l’Europe tente de répondre. L’Union européenne développe le programme IRIS², une constellation d’environ 290 satellites destinée à sécuriser les communications des États et des infrastructures critiques. Parallèlement, des acteurs comme Eutelsat et SES renforcent leurs propres capacités dans les communications satellitaires.

Futures autoroutes de la donnée

L’ensemble de ces initiatives montre à quel point le secteur est entré dans une phase d’accélération. À mesure que les constellations se multiplient et que les technologies progressent, l’internet spatial devient un enjeu stratégique pour l’économie numérique mondiale. La compétition ne porte plus seulement sur la connectivité des zones isolées mais concerne désormais le contrôle des futures autoroutes de la donnée.

Pour l’Europe, l’enjeu, capital, est d’exister dans cette nouvelle géographie de l’internet, où une part croissante des réseaux circulera bientôt… au-dessus de nos têtes.

Réseaux sociaux : l’outil des maires, la cible des attaques

maires


À l’approche des municipales de mars 2026, l’AMF et le CEVIPOF viennent de publier une note qui décrit une présence numérique devenue quasi incontournable pour les maires… et un terrain de cybermalveillance en forte hausse contre les élus locaux.

Les réseaux sociaux ne sont plus un gadget pour les élus ni même un accessoire de campagne : ils sont désormais une part de la vie municipale… avec leurs bons et leurs mauvais côtés. Dans une note que vient de publier l’Observatoire de la démocratie de proximité (Association des maires de France, CEVIPOF/Sciences Po), Olivier Costa et Martial Foucault décrivent ainsi des plateformes devenues centrales pour informer les citoyens, les mobiliser et leur répondre, y compris dans des territoires où la communication traditionnelle reste limitée. En France, 50,7 millions d’utilisateurs fréquentent ces réseaux, soit 78 % de la population, avec 1 h 48 par jour en moyenne.

Pour les communes, l’intérêt est évident : diffuser des informations pratiques (travaux, services, événements, alertes…), faire vivre une communauté, recueillir doléances et signaux faibles. Dans les grandes villes, des community managers alimentent les comptes et modèrent les commentaires, mais dans beaucoup de communes, y compris rurales, la charge repose directement sur les élus, souvent sans formation spécifique et avec une maîtrise inégale des codes (formats courts, images, vidéos, humour, commentaires…).

Une zone de risque pour les élus

C’est aussi là que s’ouvre la zone de risque. Les auteurs insistent sur un espace « fortement dérégulé », propice aux emportements, aux attaques gratuites et au sentiment d’impunité. La mandature 2020-2026 a ainsi été marquée par une hausse des violences contre les maires, et le numérique y prend sa part. En 2025, 28 % des maires ont déclaré au moins une attaque sur les réseaux sociaux, contre 20 % en 2020. Les atteintes relèvent de l’injure, de la diffamation, du harcèlement, parfois de menaces, avec une crainte fréquente côté victimes : déposer plainte peut aggraver la situation, être perçu comme une volonté de « museler » l’opposition, ou finir classé sans suite.

La conflictualité locale s’y nourrit aussi de la concurrence politique. Faute d’accès équivalent aux supports municipaux, l’opposition investit comptes personnels, pages et groupes, parfois créés en campagne puis maintenus tout au long du mandat. Pour les majorités, l’équation est serrée : rester présentes pour ne pas abandonner l’espace de débat, tout en évitant la réaction à chaud, l’ironie mal comprise, ou la surenchère. Car le « mauvais buzz » se construit vite : une phrase, un commentaire, un échange capturé, puis relayé hors contexte, amplifié et parfois repris par des influenceurs ou des médias.

Les chercheurs plaident donc pour une doctrine municipale : stratégie claire (plateformes, publics, objectifs), vérification systématique des informations, ton neutre et factuel, modération des contenus illicites et des emballements, protection des comptes (mots de passe, double authentification). Et, à l’heure de la campagne des municipales, tracer une ligne rouge en distinguant strictement communication institutionnelle et communication de campagne, le code électoral s’appliquant aussi aux réseaux.

Guerre en Iran : comment l’intelligence artificielle s’impose comme un véritable acteur du champ de bataille

IA


 
 

L’utilisation du modèle d’intelligence artificielle Claude lors des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran marque une nouvelle étape dans l’intégration des algorithmes à la conduite des opérations militaires. Entre accélération décisionnelle, tensions politiques à Washington et interrogation sur la responsabilité pénale des chefs militaires, l’IA s’impose désormais comme un véritable acteur du champ de bataille contemporain.

L’intelligence artificielle n’est plus cantonnée aux laboratoires. Elle s’insère désormais dans la chaîne opérationnelle militaire. Les frappes menées contre l’Iran dans le cadre de l’opération Epic Fury, coordonnée entre les États-Unis et Israël, en constituent une illustration concrète. Selon plusieurs sources américaines, le modèle Claude, développé par Anthropic, aurait été mobilisé par le Commandement central américain pour des tâches d’analyse du renseignement, de hiérarchisation de cibles et de simulation de scénarios.

Dans un conflit à haute intensité, l’apport recherché est clair : absorber des volumes massifs de données, réduire le temps d’analyse et accélérer la prise de décision. L’IA ne déciderait pas à la place des officiers mais elle structurerait l’information, proposerait des options et optimiserait des séquences opérationnelles.

Mais cette accélération modifie l’équilibre traditionnel de la décision militaire. Elle réduit le temps de vérification humaine et accroît la dépendance à des systèmes dont les mécanismes internes demeurent partiellement opaques voire biaisés.

Les risques de l’usage militaire de l’IA

Même limitée à un rôle d’appui, l’intelligence artificielle soulève, en effet, plusieurs risques identifiés : biais dans les données d’entraînement, erreurs de classification, effet de surconfiance dans les résultats produits, difficulté à expliciter les critères ayant conduit à la priorisation de telle ou telle cible. Cette opacité algorithmique devient un enjeu central.

C’est dans ce cadre que la crise entre Washington et Anthropic s’est cristallisée. Dario Amodei, dirigeant de l’entreprise, a refusé de lever pour le Pentagone certaines restrictions encadrant l’usage de Claude, notamment son intégration à des systèmes d’armes entièrement autonomes et son emploi à des fins de surveillance de masse. L’administration Trump, furieuse, a choisi l’affrontement.

Le président américain a ordonné la cessation de l’utilisation des outils d’Anthropic par les agences fédérales et engagé une rupture contractuelle, ouvrant la voie à un redéploiement accéléré vers des concurrents, comme OpenAI (ChatGPT). Ce dernier promet à son tour des garde-fous tout en acceptant de déployer ses modèles dans un réseau classifié.

La responsabilité pénale ne saurait se diluer dans l’algorithme

Au-delà du bras de fer politique, la question essentielle demeure juridique : qui répond d’une frappe illégale lorsque l’IA a contribué à la sélection ou à l’analyse d’une cible ? En droit international humanitaire, la responsabilité pénale ne se dilue pas dans l’algorithme. La décision finale appartient bien à une chaîne de commandement humaine. Les obligations de précaution, de proportionnalité et de distinction continuent de s’imposer aux décideurs militaires, indépendamment des outils technologiques mobilisés.

La France, sur ce point, maintient une position constante. Les travaux parlementaires relatifs aux Systèmes d’Armes Létaux Autonomes (SALA) ont affirmé le principe d’un contrôle humain effectif. L’intelligence artificielle peut assister, optimiser, anticiper ; elle ne doit pas disposer du pouvoir autonome d’engager le feu. L’« homme dans la boucle » conserve la capacité d’autoriser, d’interrompre et d’assumer l’acte final. Dans un environnement où la donnée accélère le tempo opérationnel, Paris défend ainsi l’idée que l’autonomie technique ne saurait effacer la responsabilité politique et pénale.

 
 
 

L’« IA edge », qu’est‑ce que c’est et à quoi ça sert ?

 

Décentraliser les calculs comporte des avantages et de nombreux défis techniques. Kieran Woo/Unsplash, CC BY
Par Georgios Bouloukakis, University of Patras; Institut Mines-Télécom (IMT)

Pour analyser les énormes volumes de données, notamment ceux générés par les nombreux capteurs qui peuplent désormais nos vies – du lave-vaisselle à la voiture, sans parler de nos téléphones –, on les envoie sur le cloud. Pour permettre des calculs plus rapides et plus sécurisés, l’edge computing se développe. Son pendant IA est l’edge AI (en anglais), une manière de faire de l’IA sans recourir au cloud. Explications d’un spécialiste.


Les capteurs nous accompagnent partout : dans les maisons, dans les bureaux, à l’hôpital, dans les systèmes de transport et à la ferme. Ils offrent la possibilité d’améliorer la sécurité publique et la qualité de vie.

L’« Internet des objets » (IoT en anglais, pour Internet of Things) inclut les capteurs de température et de qualité de l’air qui visent à améliorer le confort intérieur, les capteurs portables pour surveiller la santé, les lidars et les radars pour fluidifier le trafic ainsi que les détecteurs permettant une intervention rapide lors d’un incendie.

Ces dispositifs génèrent d’énormes volumes de données, qui sont utilisées pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle. Ceux-ci apprennent un modèle de l’environnement opérationnel du capteur afin d’en améliorer les performances.

Par exemple, les données de connectivité provenant des points d’accès wifi ou des balises Bluetooth déployés dans les grands bâtiments peuvent être analysées à l’aide d’algorithmes d’IA afin d’identifier les modèles d’occupation et de mouvement à différentes périodes de l’année et pour différents types d’événements, en fonction du type de bâtiment (par exemple, bureau, hôpital ou université). Ces modèles peuvent ensuite être exploités pour optimiser le chauffage, la ventilation, les évacuations, etc.

Combiner l’Internet des objets et l’intelligence artificielle s’accompagne de défis techniques

L’ « intelligence artificielle des objets » (AIoT, en anglais) combine l’IA et l’IoT. Il s’agit de mieux optimiser et automatiser les systèmes interconnectés, et d’ouvrir la voie à une prise de décision intelligente. En effet, les systèmes AIoT s’appuient sur des données réelles, à grande échelle, pour améliorer la précision et la robustesse de leurs prédictions.

Mais pour tirer des informations des données collectées par les capteurs IoT, celles-ci doivent être collectées, traitées et gérées efficacement.

Pour ce faire, on utilise généralement des « plateformes cloud » (par exemple, Amazon Web Services, Google Cloud Platform, etc.), qui hébergent des modèles d’IA à forte intensité de calcul – notamment les modèles de fondations récents.

Que sont les modèles de fondation ?

  • Les modèles de fondation sont un type de modèles d’apprentissage automatique entraînés sur des données généralistes et conçus pour s’adapter à diverses tâches en aval. Ils englobent, sans s’y limiter, les grands modèles de langage (LLM), qui traitent principalement des données textuelles, mais aussi les modèles dits « multimodaux » qui peuvent travailler avec des images, de l’audio, de la vidéo et des données chronologiques.
  • En IA générative, les modèles de fondation servent de base à la génération de contenus (textes, images, audio ou code).
  • Contrairement aux systèmes d’IA conventionnels qui s’appuient sur des ensembles de données spécifiques à une tâche et sur un prétraitement approfondi, les modèles de fondation ont la capacité d’apprendre sur la base de peu ou pas d’exemples (on parle respectivement de « few-shot learning » et de « zero-shot learning »). Ceci leur permet de s’adapter à de nouvelles tâches et de nouveaux domaines avec un minimum de personnalisation.
  • Bien que les modèles de fondation en soient encore à leurs débuts, ils ont un grand potentiel de création de valeur pour les entreprises de tous les secteurs : leur essor marque donc un changement de paradigme dans le domaine de l’intelligence artificielle appliquée.

Les limites du cloud pour traiter les données de l’IoT

L’hébergement de systèmes lourds d’IA ou de modèles de fondation sur des plateformes cloud offre l’avantage de ressources informatiques abondantes, mais il présente également plusieurs limites.

En particulier, la transmission de grands volumes de données IoT vers le cloud peut augmenter considérablement les temps de réponse des applications AIoT, avec des délais allant de quelques centaines de millisecondes à plusieurs secondes selon les conditions du réseau et le volume de données.

De plus, le transfert de données vers le cloud, en particulier d’informations sensibles ou privées, soulève des questions de confidentialité. On considère généralement que l’idéal pour la confidentialité est de traiter localement les données, à proximité des utilisateurs finaux, pour limiter les transferts.

Par exemple, dans une maison intelligente, les données provenant des compteurs intelligents ou des commandes d’éclairage peuvent révéler des habitudes d’occupation ou permettre la localisation à l’intérieur (par exemple, détecter qu’Hélène est généralement dans la cuisine à 8 h 30 pour préparer le petit-déjeuner). Il est préférable que ces déductions se fassent à proximité de la source de données afin de minimiser les retards liés à la communication entre l’edge et le cloud, et afin de réduire l’exposition des informations privées sur les plateformes cloud tierces.

Qu’est-ce que l’« edge computing » et l’« edge AI » ?

Pour réduire la latence et améliorer la confidentialité des données, l’edge computing est une bonne option, car il fournit des ressources informatiques (c’est-à-dire des appareils dotés de capacités de mémoire et de traitement) plus proches des appareils IoT et des utilisateurs finaux, généralement dans le même bâtiment, sur des passerelles locales ou dans des microcentres de données à proximité.

Cependant, ces ressources dites « périphériques » (edge) sont nettement plus limitées en termes de puissance de traitement, de mémoire et de stockage que les plateformes cloud centralisées, ce qui pose des défis pour le déploiement de modèles d’IA complexes dans des environnements distribués.

Le domaine émergent de l’edge AI, particulièrement actif en Europe, cherche à y remédier pour une exécution efficace de tâches d’IA sur des ressources plus frugales.

L’une de ces méthodes est le split computing, qui partitionne les modèles d’apprentissage profond entre plusieurs nœuds au sein d’un même espace (par exemple, un bâtiment), ou même entre différents quartiers ou villes.

La complexité augmente encore avec l’intégration des modèles de fondation, qui rendent la conception et l’exécution des stratégies de split computing encore plus difficile.

Quels changements cela implique-t-il en termes de consommation d’énergie, de confidentialité et de vitesse ?

L’edge computing améliore considérablement les temps de réponse en traitant les données plus près des utilisateurs finaux, éliminant ainsi la nécessité de transmettre les informations à des centres de données cloud éloignés. Cette approche améliore également la confidentialité, en particulier avec l’avènement des techniques d’edge AI.

Par exemple, l’apprentissage fédéré permet de former des modèles d’apprentissage automatique directement sur des appareils locaux, voire directement sur de nouveaux appareils IoT. En effet, ceux-ci sont dotés de capacités de traitement, garantissant ainsi que les données brutes restent sur l’appareil tandis que seules les mises à jour des modèles d’IA sont transmises aux plateformes edge ou cloud, où ils peuvent être agrégés et passer la dernière phase d’entraînement.

La confidentialité est également préservée pendant l’inférence. En effet, une fois entraînés, les modèles d’IA peuvent être déployés sur les ressources de calcul distribuées (à l’edge), ce qui permet de traiter les données localement sans les exposer aux infrastructures du cloud.

C’est particulièrement utile pour les entreprises qui souhaitent exploiter les grands modèles de langage au sein de leurs infrastructures. Par exemple, ceux-ci peuvent être utilisés pour répondre à des requêtes sur l’état de fonctionnement des machines industrielles, la prévision des besoins de maintenance à partir des données des capteurs – des points qui utilisent des données sensibles et confidentielles. Le fait de conserver les requêtes et les réponses au sein de l’organisation permet de protéger les informations sensibles et de se conformer aux exigences en matière de confidentialité et de conformité.

Comment ça marche ?

Contrairement aux plateformes cloud matures, comme Amazon Web Services et Google Cloud, il n’existe actuellement aucune plateforme bien établie pour prendre en charge le déploiement à grande échelle d’applications et de services edge.

Cependant, les fournisseurs de télécommunications commencent à exploiter les ressources locales existantes sur les sites d’antennes afin d’offrir des capacités de calcul plus proches des utilisateurs finaux. La gestion de ces ressources distribuées reste difficile en raison de leur variabilité et de leur hétérogénéité, impliquant souvent de nombreux serveurs et appareils de faible capacité.

À mon avis, la complexité de la maintenance est un obstacle majeur au déploiement des services d’edge AI. Mais le domaine progresse rapidement, avec des pistes prometteuses pour améliorer l’utilisation et la gestion des ressources distribuées.

Allocation des ressources à travers le continuum IoT-Edge-Cloud pour des applications AIoT sûres et efficaces

Afin de permettre un déploiement fiable et efficace des systèmes AIoT dans les espaces intelligents (tels que les maisons, les bureaux, les industries et les hôpitaux), notre groupe de recherche, en collaboration avec des partenaires à travers l’Europe, développe un cadre basé sur l’IA dans le cadre du projet Horizon Europe PANDORA.

PANDORA fournit des modèles d’« IA en tant que service » (AIaaS) adaptés aux besoins des utilisateurs finaux (par exemple, latence, précision, consommation d’énergie). Ces modèles peuvent être entraînés soit au moment de la conception, soit au moment de l’exécution, à l’aide des données collectées à partir des appareils IoT déployés dans les espaces intelligents.

PANDORA offre aussi des ressources informatiques en tant que service (CaaS) sur l’ensemble du continuum IoT-Edge-Cloud afin de prendre en charge le déploiement des modèles d’IA. Le cadre gère le cycle de vie complet du modèle d’IA, garantissant un fonctionnement continu, robuste et axé sur les intentions des applications AIoT pour les utilisateurs finaux.

Au moment de l’exécution, les applications AIoT sont déployées de manière dynamique sur l’ensemble du continuum IoT-Edge-Cloud, en fonction de mesures de performance, telles que l’efficacité énergétique, la latence et la capacité de calcul. Le CaaS alloue intelligemment les charges de travail aux ressources au niveau le plus approprié (IoT-Edge-Cloud), maximisant ainsi l’utilisation des ressources. Les modèles sont sélectionnés en fonction des exigences spécifiques au domaine (par exemple, minimiser la consommation d’énergie ou réduire le temps d’inférence) et sont continuellement surveillés et mis à jour afin de maintenir des performances optimales.The Conversation

Georgios Bouloukakis, Assistant Professor, University of Patras; Institut Mines-Télécom (IMT)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

MWC de Barcelone : la vie sans smartphone Apple ni Android, c’est possible

murena


Le Mobile World Congress 2026 met en lumière l’essor de l’intelligence artificielle dans les smartphones. En parallèle, le débat sur la souveraineté numérique européenne s’intensifie, avec des alternatives comme /e/OS et Fairphone, qui défient le duopole Apple-Google.

Le Mobile World Congress (MWC) s’ouvre demain à Barcelone. Comme chaque année, le plus grand salon mondial de la téléphonie mobile donne le ton des tendances à venir. En 2026, les annonces matérielles restent mesurées : les smartphones pliables gagnent en maturité, en robustesse et parfois en autonomie, mais sans révolution majeure.

La véritable vedette du salon est ailleurs : l’intelligence artificielle. Désormais embarquée directement dans les smartphones, elle promet des assistants plus contextuels, des fonctions photo enrichies, de la traduction en temps réel ou encore une meilleure gestion énergétique. L’IA devient une brique centrale de différenciation, au même titre que l’appareil photo ou la puissance du processeur.

Souveraineté numérique européenne

Mais derrière cette vitrine technologique, un autre débat traverse les allées du MWC : celui de la souveraineté numérique européenne. Aujourd’hui, l’immense majorité des smartphones fonctionne soit sous iOS d’Apple, soit sous Android de Google. Ce duopole structure non seulement les usages, mais aussi l’accès aux applications, aux données et aux services cloud.
Face à cette dépendance, des alternatives émergent, encore confidentielles – moins de 1 % du marché – mais de plus en plus structurées. C’est le cas de Murena, entreprise française qui promeut /e/OS, un système d’exploitation dérivé d’Android (via LineageOS), mais débarrassé des services Google. Les applications peuvent fonctionner grâce à des solutions de compatibilité, tandis que les données sont hébergées en Europe, dans le respect du RGPD.

Au MWC 2026, Murena met en avant le HIROH Phone, un smartphone fonctionnant sous /e/OS et misant sur une double protection, logicielle et matérielle. Particularité notable : des interrupteurs physiques permettent de couper l’alimentation du micro, de la caméra ou des connexions sans fil (cellulaire, Wi-Fi, Bluetooth, NFC). Une approche radicale de la confidentialité, recherchée par des journalistes, cadres, administrations ou entreprises sensibles aux risques d’espionnage.

Autre acteur clé : Fairphone. L’entreprise néerlandaise, fondée en 2013, s’est imposée comme pionnière de la réparabilité et de l’électronique responsable. Avec plus de 600 000 appareils vendus, elle démontre qu’un smartphone peut durer huit à dix ans. Associé à /e/OS, un Fairphone devient une combinaison singulière : matériel européen, logiciel dégooglisé, réparabilité accrue. Un triptyque qui répond à la fois aux enjeux écologiques et à ceux de souveraineté.

Des systèmes open source qui couvrent 80 à 95 % des usages quotidiens

D’autres systèmes existent, comme GrapheneOS, Sailfish ou postmarketOS. Tous misent sur l’open source et la réduction de la dépendance aux géants américains. Ils couvrent 80 à 95 % des usages quotidiens (navigation, mails, messagerie, documents, appels sécurisés). Les limites apparaissent surtout du côté des applications bancaires, du streaming ou de certains réseaux sociaux, souvent conçus pour vérifier l’environnement Android ou iOS officiel. Des solutions hybrides existent toutefois : cloisonnement, double environnement, ou usage complémentaire d’un ordinateur.

L’histoire récente de Huawei illustre à quel point ces questions sont stratégiques. Privé des services Google en 2019 à la suite d’un embargo américain décidé par Donald Trump, le géant chinois a vu ses ventes s’effondrer en Occident. Mais il a développé HarmonyOS, son propre système, désormais installé sur un milliard d’appareils et dominant en Chine. Cette trajectoire montre qu’une alternative au modèle Google-Apple est techniquement possible… à condition de disposer d’un écosystème solide et d’un vivier d’utilisateurs prêts à s’engager.

Interdire les réseaux sociaux aux mineurs : un frein aux alternatives vertueuses ?

 

réseaux sociaux
Digital Nomads Beyond the Cubicle by Yutong Liu & Digit. Yutong Liu & Digit, CC BY
Par Julien Falgas, Université de Lorraine et Dominique Boullier, Sciences Po

La proposition de loi visant à « protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux » sera bientôt examinée par le Sénat. Elle élude le cœur du problème : le modèle économique fondé sur la captation de l’attention. Sans s’attaquer à cette architecture, la régulation risque de manquer sa cible.


Loin de cibler les plateformes toxiques bien connues, la proposition de loi visant à « protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux » pourrait entraver l’émergence d’alternatives vertueuses pour nos écosystèmes d’information et de communication. Les sciences humaines et sociales ne sont pourtant pas avares de propositions systémiques plus constructives.

Des mois de débats stériles sans définition valable

Adopté par l’Assemblée nationale le 26 janvier 2026, le projet de loi visant à interdire les réseaux aux moins de quinze ans bénéficie d’une procédure accélérée à la demande du gouvernement. En accord avec la rapporteure Laure Miller, le gouvernement a fait voter un amendement qui gomme toute distinction entre des réseaux sociaux identifiés comme dangereux après avis de l’Arcom et les réseaux sociaux en général : tous sont désormais explicitement désignés comme « dangereux pour les moins de 15 ans ». De fait, le législateur n’apporte aucun élément pour définir ce qu’il propose d’interdire. Il faut se tourner vers le droit européen pour savoir de quoi il est question.

Selon le Digital Market Act (DMA) européen, un réseau social est un « service de plateforme essentiel […] permettant aux utilisateurs finaux de se connecter ainsi que de communiquer entre eux, de partager des contenus et de découvrir d’autres utilisateurs et d’autres contenus, sur plusieurs appareils et, en particulier, au moyen de conversations en ligne (chats), de publications (posts), de vidéos et de recommandations ». Sur la base d’une telle définition, le projet de loi français rate sa cible et confond réseaux socionumériques et médias sociaux en ligne, pénalisant les réseaux sociaux qui méritent encore d’être désignés comme tels.

Or de tels réseaux ne manquent pas. Nous ne parlons pas seulement des substituts aux services de microblogging que sont Mastodon ou Bluesky. Les projets réellement alternatifs sont peu connus et balbutiants faute de moyens dans un espace dominé par les grandes plateformes toxiques des BigTech. Vous connaissez TikTok, YouTube, Instagram, Facebook ou LinkedIn, mais sans doute pas Tournesol, Reconnexion, Qwice, Panodyssey ou encore needle.social. Ce dernier projet émane de la recherche publique en sciences humaines et sociales, développé au Centre de recherche sur les médiations (Crem) dans l’espoir de le mettre au service du secteur de la presse.

De longue date, l’impensé numérique traverse les discours médiatiques. Il consiste à présenter la technique comme une évidence au point de vider le débat public de tout questionnement politique ou velléité de résistance. Ainsi, en mettant l’accent sur des préoccupations tournées vers la santé des adolescents, le débat autour de l’interdiction des réseaux sociaux a contribué à détourner l’attention des enjeux démocratiques que soulève le modèle économique des plateformes dominantes.

Derrière l’urgence sanitaire, une urgence démocratique

Souvent résumé dans les médias à une opposition entre interdiction et éducation, le débat a fini par occulter le rôle prépondérant du modèle économique des plateformes pourtant identifié par l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Là où réside un consensus scientifique, c’est bien pour condamner la responsabilité écrasante du modèle économique des Big Tech dans la dégradation de nos démocraties. C’est notamment le constat accablant du GIEC des écosystèmes d’information après avoir épluché près de 1 700 publications scientifiques :

« Les modèles économiques des grandes entreprises technologiques (Big Tech) incitent les enfants et les adultes connectés à autoriser l’extraction de données, qu’elles monétisent ensuite à des fins lucratives. Cette pratique facilite la diffusion virale de désinformation, de mésinformation et de discours de haine. »

Le modèle économique des grandes plateformes numériques constitue un facteur majeur de l’accélération de la désinformation et de la mésinformation. La propagation des contenus malicieux est amplifiée à partir de métriques (likes, commentaires, partages, temps passé, etc.) qui provoquent l’emballement, selon un processus favorable aux contenus qui provoquent le plus de réactions.

Une action systémique contre l’économie de l’attention est possible

Il ne viendrait pas à l’idée de nos parlementaires d’interdire de « boire dans un verre au café » sous prétexte que les « verres » peuvent contenir une boisson alcoolisée. C’est bien la vente d’alcool aux mineurs qui est interdite. Si l’interdiction peut être débattue, elle doit porter sur des produits dont la nocivité est avérée. Or, le produit toxique des BigTech ce sont les enchères publicitaires qui conditionnent toute l’architecture algorithmique de leurs réseaux sociaux. Dans une note du MIT de 2024, quelques mois avant de recevoir le Nobel d’économie, Daron Acemoglu et Simon Johnson ont ainsi appelé à l’urgence de taxer la publicité numérique. L’enjeu : casser cette économie toxique, contraindre les Big Tech à imaginer d’autres modèles d’affaires et réouvrir la possibilité d’innover au travers de plateformes différentes.

La régulation a également un rôle à jouer. On serait en droit d’attendre l’application des lois européennes existantes, telles que le Règlement sur les services numériques (DSA) qui impose notamment aux plateformes des obligations quant à la modération des contenus partagés sur les réseaux sociaux (facilitation des signalement et coopération avec des signaleurs de confiance, possibilités de contestation pour les utilisateurs, transparence des algorithmes, accès des autorités et des chercheurs aux données, obligations d’audits indépendants…). Ainsi, le 6 février 2026, la Commission européenne a conclu à titre préliminaire que TikTok enfreignait la législation sur les services numériques en raison de sa conception addictive au travers de fonctionnalités telles que le défilement infini, la lecture automatique, les notifications push et son système de recommandation hautement personnalisé.

On serait tenté d’exiger que l’industrie du numérique démontre l’innocuité de ses produits avant leur commercialisation, comme c’est le cas pour les médicaments, les jouets ou les véhicules. Pourtant, dans les industries médiatiques, c’est l’éditeur qui est responsable a posteriori devant la loi. Le problème des plateformes tient davantage au fait qu’elles sont considérées comme des hébergeurs, alors qu’elles effectuent bien une sélection éditoriale de ce qui doit être propagé ou invisibilisé via leurs algorithmes. Comme n’importe quel média, elles pourraient être tenues de demander une autorisation de publication dès lors que la diffusion des contenus sort du cercle privé. Si le droit des médias s’impose (comme le prévoit un amendement adopté en première lecture), un contenu répréhensible peut faire l’objet d’une action en justice engageant la responsabilité pénale du directeur de publication. Pour l’éviter, l’intérêt des plateformes consistera à mettre enfin en œuvre une modération a priori qui empêche la propagation des contenus litigieux.

Comment faire émerger des réseaux sociaux alternatifs et vertueux ?

Une architecture stratégique issue des ateliers de lutte contre les manipulations de l’information considère nos écosystèmes informationnels comme des biens communs dont dépend la résilience informationnelle de nos sociétés : au même titre que le climat ou la biodiversité, il convient d’en prendre soin. Les instruments existent, déjà identifiés pour agir face à d’autres enjeux écologiques : investissement dans la recherche publique, incitations fiscales et économiques sur le modèle des labels environnementaux, développement de l’économie sociale et solidaire.

La recherche en sciences sociales alerte depuis plusieurs années sur les dérives des plateformes des BigTech, mais inventer et expérimenter des dispositifs sociotechniques alternatifs nécessite un engagement au long cours et l’appui d’ingénieurs informatiques pérennes : toutes choses que ne permettent pas les financements sur projets. L’absence de moyens pour innover en matière d’infrastructures d’information et de communication soucieuses de l’intérêt général contraste cruellement avec les investissements dans une « course à l’IA" » qui fait peu de cas de l’intelligence collective.The Conversation

Julien Falgas, Maître de conférences au Centre de recherche sur les médiations, Université de Lorraine et Dominique Boullier, Professeur des universités émérite en sociologie. Chercheur au Centre d'Etudes Européennes et de Politique Comparée, Sciences Po

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