La connectivité spatiale redéfinit l’avenir des réseaux mobiles. SpaceX et Orange, entre autres, investissent dans des technologies permettant aux smartphones de se connecter directement aux satellites.
La bataille de l’internet par satellite s’est invitée cette année au Mobile World Congress de Barcelone qui s’est achevé jeudi. Au-delà des réseaux 5G terrestres, plusieurs annonces ont confirmé que la prochaine frontière de la connectivité mobile pourrait bien se jouer dans l’espace.
SpaceX, via son service Starlink, a d’abord détaillé sa stratégie visant à connecter directement les smartphones aux satellites. L’objectif est de permettre à des téléphones standards d’envoyer des messages, passer des appels ou accéder à internet même en dehors de toute couverture mobile. Ce service, désormais présenté sous le nom Starlink Mobile, doit progressivement transformer la constellation satellitaire d’Elon Musk en extension directe des réseaux mobiles traditionnels. À terme, la promesse est simple : réduire les zones blanches et offrir une connectivité quasiment partout sur la planète.
Orange est également en piste
Au même moment, Orange a annoncé au MWC une initiative similaire, mais dans un cadre européen. Le groupe s’est associé à AST SpaceMobile et à l’organisation Satellite Connect Europe pour tester la technologie direct-to-device (D2D), qui permet aux smartphones de se connecter directement à des satellites sans antenne spécifique. Les premiers essais doivent avoir lieu en Roumanie afin d’évaluer l’intégration de cette technologie dans les réseaux mobiles européens.
Ces annonces illustrent un basculement stratégique : les satellites ne sont plus seulement destinés à connecter des zones isolées via des appareils et antennes spécifiques, mais deviennent progressivement une extension des réseaux mobiles classiques. La connectivité spatiale pourrait ainsi compléter les infrastructures terrestres pour couvrir les zones rurales, les régions montagneuses ou les espaces maritimes.
Blue Origin veut concurrencer Starkink
Derrière ces démonstrations technologiques se joue aussi une féroce compétition industrielle particulièrement intense. SpaceX, avec Starlink, conserve aujourd’hui une avance considérable car sa constellation compte déjà plusieurs milliers de satellites en orbite et des millions d’utilisateurs dans le monde, ce qui en fait le premier réseau d’internet spatial opérationnel à grande échelle, notamment utilisé en Ukraine.
Mais le secteur attire désormais d’autres géants. Blue Origin, société du patron d’Amazon Jeff Bezos, a récemment annoncé TeraWave, une future constellation d’environ 5 400 satellites destinée à transporter des volumes massifs de données pour les entreprises, les centres de données et les gouvernements. L’architecture du réseau promet des liaisons pouvant atteindre un débit de plusieurs térabits par seconde et doit commencer à être déployée à partir de 2027.
Face à ces ambitions américaines, l’Europe tente de répondre. L’Union européenne développe le programme IRIS², une constellation d’environ 290 satellites destinée à sécuriser les communications des États et des infrastructures critiques. Parallèlement, des acteurs comme Eutelsat et SES renforcent leurs propres capacités dans les communications satellitaires.
Futures autoroutes de la donnée
L’ensemble de ces initiatives montre à quel point le secteur est entré dans une phase d’accélération. À mesure que les constellations se multiplient et que les technologies progressent, l’internet spatial devient un enjeu stratégique pour l’économie numérique mondiale. La compétition ne porte plus seulement sur la connectivité des zones isolées mais concerne désormais le contrôle des futures autoroutes de la donnée.
Pour l’Europe, l’enjeu, capital, est d’exister dans cette nouvelle géographie de l’internet, où une part croissante des réseaux circulera bientôt… au-dessus de nos têtes.