Le Mobile World Congress 2026 met en lumière l’essor de l’intelligence artificielle dans les smartphones. En parallèle, le débat sur la souveraineté numérique européenne s’intensifie, avec des alternatives comme /e/OS et Fairphone, qui défient le duopole Apple-Google.
Le Mobile World Congress (MWC) s’ouvre demain à Barcelone. Comme chaque année, le plus grand salon mondial de la téléphonie mobile donne le ton des tendances à venir. En 2026, les annonces matérielles restent mesurées : les smartphones pliables gagnent en maturité, en robustesse et parfois en autonomie, mais sans révolution majeure.
La véritable vedette du salon est ailleurs : l’intelligence artificielle. Désormais embarquée directement dans les smartphones, elle promet des assistants plus contextuels, des fonctions photo enrichies, de la traduction en temps réel ou encore une meilleure gestion énergétique. L’IA devient une brique centrale de différenciation, au même titre que l’appareil photo ou la puissance du processeur.
Souveraineté numérique européenne
Mais derrière cette vitrine technologique, un autre débat traverse les allées du MWC : celui de la souveraineté numérique européenne. Aujourd’hui, l’immense majorité des smartphones fonctionne soit sous iOS d’Apple, soit sous Android de Google. Ce duopole structure non seulement les usages, mais aussi l’accès aux applications, aux données et aux services cloud.
Face à cette dépendance, des alternatives émergent, encore confidentielles – moins de 1 % du marché – mais de plus en plus structurées. C’est le cas de Murena, entreprise française qui promeut /e/OS, un système d’exploitation dérivé d’Android (via LineageOS), mais débarrassé des services Google. Les applications peuvent fonctionner grâce à des solutions de compatibilité, tandis que les données sont hébergées en Europe, dans le respect du RGPD.
Au MWC 2026, Murena met en avant le HIROH Phone, un smartphone fonctionnant sous /e/OS et misant sur une double protection, logicielle et matérielle. Particularité notable : des interrupteurs physiques permettent de couper l’alimentation du micro, de la caméra ou des connexions sans fil (cellulaire, Wi-Fi, Bluetooth, NFC). Une approche radicale de la confidentialité, recherchée par des journalistes, cadres, administrations ou entreprises sensibles aux risques d’espionnage.
Autre acteur clé : Fairphone. L’entreprise néerlandaise, fondée en 2013, s’est imposée comme pionnière de la réparabilité et de l’électronique responsable. Avec plus de 600 000 appareils vendus, elle démontre qu’un smartphone peut durer huit à dix ans. Associé à /e/OS, un Fairphone devient une combinaison singulière : matériel européen, logiciel dégooglisé, réparabilité accrue. Un triptyque qui répond à la fois aux enjeux écologiques et à ceux de souveraineté.
Des systèmes open source qui couvrent 80 à 95 % des usages quotidiens
D’autres systèmes existent, comme GrapheneOS, Sailfish ou postmarketOS. Tous misent sur l’open source et la réduction de la dépendance aux géants américains. Ils couvrent 80 à 95 % des usages quotidiens (navigation, mails, messagerie, documents, appels sécurisés). Les limites apparaissent surtout du côté des applications bancaires, du streaming ou de certains réseaux sociaux, souvent conçus pour vérifier l’environnement Android ou iOS officiel. Des solutions hybrides existent toutefois : cloisonnement, double environnement, ou usage complémentaire d’un ordinateur.
L’histoire récente de Huawei illustre à quel point ces questions sont stratégiques. Privé des services Google en 2019 à la suite d’un embargo américain décidé par Donald Trump, le géant chinois a vu ses ventes s’effondrer en Occident. Mais il a développé HarmonyOS, son propre système, désormais installé sur un milliard d’appareils et dominant en Chine. Cette trajectoire montre qu’une alternative au modèle Google-Apple est techniquement possible… à condition de disposer d’un écosystème solide et d’un vivier d’utilisateurs prêts à s’engager.