À l’approche des municipales de mars 2026, l’AMF et le CEVIPOF viennent de publier une note qui décrit une présence numérique devenue quasi incontournable pour les maires… et un terrain de cybermalveillance en forte hausse contre les élus locaux.
Les réseaux sociaux ne sont plus un gadget pour les élus ni même un accessoire de campagne : ils sont désormais une part de la vie municipale… avec leurs bons et leurs mauvais côtés. Dans une note que vient de publier l’Observatoire de la démocratie de proximité (Association des maires de France, CEVIPOF/Sciences Po), Olivier Costa et Martial Foucault décrivent ainsi des plateformes devenues centrales pour informer les citoyens, les mobiliser et leur répondre, y compris dans des territoires où la communication traditionnelle reste limitée. En France, 50,7 millions d’utilisateurs fréquentent ces réseaux, soit 78 % de la population, avec 1 h 48 par jour en moyenne.
Pour les communes, l’intérêt est évident : diffuser des informations pratiques (travaux, services, événements, alertes…), faire vivre une communauté, recueillir doléances et signaux faibles. Dans les grandes villes, des community managers alimentent les comptes et modèrent les commentaires, mais dans beaucoup de communes, y compris rurales, la charge repose directement sur les élus, souvent sans formation spécifique et avec une maîtrise inégale des codes (formats courts, images, vidéos, humour, commentaires…).
Une zone de risque pour les élus
C’est aussi là que s’ouvre la zone de risque. Les auteurs insistent sur un espace « fortement dérégulé », propice aux emportements, aux attaques gratuites et au sentiment d’impunité. La mandature 2020-2026 a ainsi été marquée par une hausse des violences contre les maires, et le numérique y prend sa part. En 2025, 28 % des maires ont déclaré au moins une attaque sur les réseaux sociaux, contre 20 % en 2020. Les atteintes relèvent de l’injure, de la diffamation, du harcèlement, parfois de menaces, avec une crainte fréquente côté victimes : déposer plainte peut aggraver la situation, être perçu comme une volonté de « museler » l’opposition, ou finir classé sans suite.
La conflictualité locale s’y nourrit aussi de la concurrence politique. Faute d’accès équivalent aux supports municipaux, l’opposition investit comptes personnels, pages et groupes, parfois créés en campagne puis maintenus tout au long du mandat. Pour les majorités, l’équation est serrée : rester présentes pour ne pas abandonner l’espace de débat, tout en évitant la réaction à chaud, l’ironie mal comprise, ou la surenchère. Car le « mauvais buzz » se construit vite : une phrase, un commentaire, un échange capturé, puis relayé hors contexte, amplifié et parfois repris par des influenceurs ou des médias.
Les chercheurs plaident donc pour une doctrine municipale : stratégie claire (plateformes, publics, objectifs), vérification systématique des informations, ton neutre et factuel, modération des contenus illicites et des emballements, protection des comptes (mots de passe, double authentification). Et, à l’heure de la campagne des municipales, tracer une ligne rouge en distinguant strictement communication institutionnelle et communication de campagne, le code électoral s’appliquant aussi aux réseaux.