À deux mois aujourd’hui du premier tour de l’élection présidentielle, les risques numériques qui pèsent sur la campagne sont sources de préoccupation. Chacun se souvient des MacronLeaks, la fuite de plus de 20 000 courriers électroniques de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron à deux jours du second tour en 2017. Des cybermenaces ou des opérations d’influence et de manipulation avaient également eu lieu lors des Européennes de 2019.
Le gouvernement a pris le sujet très au sérieux en amont de la présidentielle. En septembre, le Premier ministre a réuni tous ses ministres en marge du Forum international de la cybersécurité de Lille (Fic) ; l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) a réuni les responsables cybersécurité des états-majors de campagne des candidats pour leur prodiguer ses recommandations ; et un service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum) a été créé le 15 octobre.
Désinformation et intelligence artificielle
Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) a réuni à cette époque tous les partis représentés au Parlement pour les sensibiliser aux questions de cybersécurité. LREM, qui avait été prise pour cible en 2017, a recruté en septembre l’ancien directeur des Services et produits d’Orange Christian Bombrun pour piloter la stratégie numérique et donc la sécurité de celle-ci.
Le mois dernier, le groupe Onepoint, spécialisé dans la cybersécurité, a organisé une table ronde « Les élections présidentielles de 2022 face aux risques numériques » et présenté une étude sur le sujet détaillant notamment trois scénarios : ingérence étrangère et désinformation ; hacktivisme et intelligence artificielle (deepfake) ; et hameçonnage et biais cognitifs.
« Pour faire face à l’essor de ces risques numériques et permettre le bon déroulement de la campagne présidentielle de 2022 nous sommes convaincus qu’il faut renforcer la coordination et le contrôle des plateformes numériques par des organisations indépendantes et certifiées et renforcer la sensibilisation et la pédagogie auprès de tous les publics votants pour les équiper, les aider à identifier les tentatives de manipulation », expliquent les experts.
Par Constantin Pavléas, avocat en droit des nouvelles technologies, dirigeant-fondateur du cabinet Pavléas Avocats et coordinateur du programme « Droit du numérique et Propriété intellectuelle » à l’école des Hautes Etudes Appliquées du droit (HEAD)
De nombreux médias ont annoncé la « menace » de Mark Zuckerberg de quitter l’Europe. Il ne s’agit pourtant pas d’une déclaration du fondateur de Facebook mais de l’extrait d’un rapport annuel de l’entreprise envoyée aux autorités boursières américaines. Celui-ci envisageait différents scénarios, y compris ce retrait d’Europe dans le cas où aucun accord cadre pour le transfert des données outre-Atlantique ne succéderait au Privacy Shield (invalidé en juillet 2020) et où Meta ne pourrait pas se fonder sur les Clauses Contractuelles Type de la Commission européenne pour justifier les transferts de données inhérents à son activité.
Il s’agissait donc pour Meta d’informer le marché d’un risque potentiel pesant sur son activité future et non pas une menace comme cela a été dit.
Facebook a été condamné fin 2021 à une amende 60 millions d’euros pour sa politique de gestions des cookies en France, incompatible avec le Règlement général européen sur la protection des données (RGPD). Son modèle de publicité ciblée est freiné par les règlementations européennes et par le nouveau protocole édicté par Apple qui impose à tout développeur d’applications sur iOS de soumettre le transfert de données entre applications à l’autorisation de l’utilisateur. De manière générale, Meta est en perte de vitesse, avec une annonce de perte d’abonnés qui a causé une chute de 25% de la valeur de ses actions en bourse.
Ce retrait est cependant peu probable. L’Europe est un marché majeur pour Meta, comme pour tout géant de la tech. Les réglementations européennes encadrent la publicité ciblée en ligne, mais ne l’empêchent pas. Il appartient donc à Meta de se conformer aux réglementations applicables et de reconnaître qu’au 21esiècle, le consommateur ciblé doit être (i) informé ; et (ii) consentant. Du moins en Europe…
Un vent de tempête semble actuellement souffler sur l’enseignement des mathématiques si l’on en juge par les déclarations fracassantes de ce début d’année 2022 autour de la réforme du lycée initiée par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, et entrée en vigueur en 2019.
En mettant fin aux séries générales S (scientifique), L (littéraire) et ES (économique et sociale), cette réforme a réorganisé les programmes de première et de terminale autour d’un tronc de matières obligatoires, d’enseignements de spécialité – trois en première, deux en terminale à choisir parmi une dizaine de possibilités – et d’une à deux options.
Dans ce cadre, les maths quittent dès la fin de la seconde le tronc commun et sont enseignées soit en spécialité soit en option « mathématiques complémentaires » en terminale pour ceux qui abandonnent la spécialité en terminale. « Nous avons voulu faire baisser la pression sur cette discipline et qu’elle ne soit plus une variable de sélection des élèves, mais un enseignement de choix », a déclaré au Monde l’inspecteur général Charles Torossian, coauteur avec Cédric Villani, en 2018, des « 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques ».
Résultat : le nombre d’élèves étudiant les maths jusqu’au bac serait en déclin. En 2020-2021, « 59 % des élèves suivaient un enseignement de maths en terminale contre 90 % avant la réforme », selon les sociétés et associations savantes de mathématiques qui s’inquiètent des conséquences de ces évolutions. Inquiétudes reprises par le Medef qui demande dans ses propositions pour la présidentielle 2022 de « renforcer l’enseignement mathématique, scientifique, technologique et numérique » et de revenir sur la réforme du bac « dans un contexte où la formation d’ingénieurs et de techniciens est primordiale ».
Distance historique
Une bataille des chiffres a fait rage, complexe voire assez confuse. Et dimanche, sur Cnews, Jean-Michel Blanquer en est venu à dire qu’il faudrait « probablement » ajouter des mathématiques dans le tronc commun des classes de première et de terminale pour que « l’ensemble des élèves » aient davantage de « culture mathématique ».
Derrière tous ces débats se pose en effet la question de la place des maths dans le système éducatif et dans la société en général. Prendre un peu de distance historique permet de comprendre que les maths n’ont pas toujours été la discipline reine que l’on connaît, que leur place a varié au fil des époques et est matière à débat public.
Rappelons d’abord que, pendant longtemps, ce sont les lettres classiques qui ont été au principe même de l’éducation des élites, les sciences et les mathématiques étant réduites à la portion congrue. Au milieu du XIXe siècle, dans l’enseignement secondaire classique (le seul secondaire qui existe alors, réservé de fait à moins de 2 % des garçons), un lycéen, en suivant un cursus complet de la sixième à la terminale, passe 40 % de son temps en latin et grec (deux fois plus en latin qu’en grec), 13 % en français, 11 % en histoire-géographie, 11 % en mathématiques et en sciences, 8 % en langue vivante.
Si c’est la période gaullienne qui marquera un tournant pour la place des maths et des sciences dans la formation des élèves, la réforme de 1902 déjà institue une brèche « moderne » dans le dispositif. Après un premier cycle classique, trois sections se distinguent en seconde : une section latin-grec (A), une section latin-langues (B), une section latin-sciences (C) ; mais il existe désormais en outre une section moderne dite langue-sciences (D) qui succède, elle, à un premier cycle sans latin. Cependant la hiérarchie des sections est sans équivoque : les trois sections classiques l’emportent sur la nouvelle venue, la section « moderne ».
Tournant gaullien
Lorsque Charles de Gaulle devient Président de la République en 1958, le traité de Rome, signé en 1957, vient d’instituer l’Europe communautaire. La mise en orbite par l’Union soviétique, en 1957 également, du premier satellite terrestre – le spoutnik – interpelle l’ensemble des pays de l’Ouest : qu’en est-il de la suprématie scientifico-technologique des uns et des autres ?
À partir du milieu des années 50, les USA avaient d’ailleurs déjà déclenché une campagne alarmiste à destination de leur opinion publique et de leurs alliés européens : l’URSS était en train de gagner la bataille des cerveaux, celle des ingénieurs et des cadres supérieurs. Le volontarisme nationaliste gaulliste prend cette situation comme un défi à relever, comme le soulignent les Mémoires d’espoir de Charles de Gaulle :
« Puisqu’en notre temps la France doit se transformer pour survivre, elle va dépendre autant que jamais de ce que vaudra l’esprit de ses enfants à mesure qu’ils auront à assumer son existence, son rôle, son prestige […]. Il s’agit que l’enseignement qui leur soit donné, tout en développant comme naguère leur raison et leur réflexion, réponde aux conditions de l’époque qui sont utilitaires scientifiques et techniques ».
En vertu du très important décret du 10 juin 1965, les chemins conduisant au baccalauréat se spécialisent dès la classe de seconde avec quatre séries (ou filières) générales : A (littéraire), B (sciences économiques et sociales), C (mathématiques), D (sciences expérimentales).
Les maths à l’école (INA Société. En 1985, le ministre de l’éducation, Jean Pierre Chevènement, a présenté dans une interview publiée dans le Point, les grandes lignes de la réforme des lycées qui vise à diminuer le rôle des mathématiques dans la sélection des élèves et à rééquilibrer les sections).
Notons que ces évolutions dans le secondaire s’accompagnent aussi de changements de perspectives au niveau du primaire. Si « les exercices pratiques, les applications usuelles, les démonstrations simples et familières », doivent ‘être l’âme et la vie de l’école » selon les Instructions officielles du 28 mars 1882 (signées Jules Ferry), en 1960, le mathématicien Jean Dieudonné pose dans un texte célèbre la question d’une toute autre place des mathématiques et d’un tout autre enseignement.
« Quel but poursuit-on dans nos civilisations modernes en enseignant les mathématiques aux enfants ? Il s’agit de leur enseigner à ordonner et enchaîner leur pensée selon la méthode dont se servent les mathématiciens parce qu’on reconnaît dans cet exercice un excellent moyen pour développer la clarté d’esprit et la rigueur du jugement. C’est donc l’essence de la méthode mathématique qui doit faire l’objet de cet enseignement, les matières enseignées ne devant en être que des illustrations bien choisies ».
C’est ainsi, après quelques péripéties, que l’on aura la mise en place à l’école de ce que l’on appellera les « mathématiques modernes », dès la deuxième moitié des années 1960 dans l’enseignement secondaire, à partir de 1970 dans le primaire. Les tenants des « mathématiques modernes » ont unifié les mathématiques par un formalisme qui impliquait un niveau supérieur d’abstraction. Ce faisant, ils n’ont pas toujours évité – tant s’en faut – de mettre en place une sorte de langue formelle dont il fallait apprendre le lexique et la syntaxe, ce qui requérait une gymnastique intellectuelle susceptible d’avoir des effets élitistes, voire inégalitaires.
Rééquilibrer les filières ?
Au niveau du lycée, le système des filières avait été conçu comme devant être le cadre fonctionnel pour une bonne orientation qui tienne compte des aptitudes et des goûts des élèves afin de les préparer, dans des cursus adaptés, à des poursuites spécifiées d’étude dans l’enseignement supérieur. Mais la filière C (dite « maths-sciences », rebaptisée depuis S après sa fusion avec l’ancienne filière D) a été convoitée bien au-delà de ce à quoi elle devait normalement (fonctionnellement) conduire, à savoir des orientations spécifiques requérant des capacités particulières dans le domaine mathématique et scientifique.
Du fait de sa position dominante de filière d’excellence, elle a ouvert pratiquement à tout (et souvent en priorité), ce qui a conduit à un certain nombre de dysfonctionnements en chaîne du système, au détriment de la filière B (rebaptisée depuis SES, « sciences économiques et sociales ») et surtout de la filière A (« littéraire » rebaptisée depuis L). Dès 1983, le rapport sur les seconds cycles a souligné que « les études à dominante scientifique, détournées de leur finalité, servent en fait à définir une élite ». Depuis cette date, tous les rapports sur le lycée, tous les projets de réforme ont voulu « rééquilibrer les filières et les séries » en luttant contre la prééminence du bac scientifique constitué en voie royale.
Réforme du bac : première rentrée pour les élèves de première (France 3 Grand-Est, 2019).
Cela n’impliquait pas que les maths en elles-mêmes étaient la voie royale. Au contraire même, à certains égards. Certes, c’était parce qu’il y avait des mathématiques d’un plus haut niveau dans cette filière que dans les autres que cette filière a pu devenir la « voie royale ». Mais nombre d’élèves l’ont choisie non pas pour se préparer à des études supérieures requérant un haut niveau de mathématiques mais parce qu’on pouvait avoir ce baccalauréat-là avec des notes moyennes, voire médiocres, en mathématiques, compensées par de bonnes notes dans d’autres disciplines et que – ce faisant – ce baccalauréat C ou S était de fait moins un baccalauréat « maths-sciences » qu’un baccalauréat généraliste d’excellence planant au-dessus des autres.
La réforme engagée par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer tente de mettre fin au système des filières qui a abouti à ce dysfonctionnement majeur sans pouvoir être corrigé. Aboutira-t-on cette fois-ci non pas à une filière d’excellence généraliste (baptisée « maths-sciences ») mais à une « voie royale » de la discipline « mathématiques » elle-même ? Ou a d’autres voies d’excellence (voire « royales ») dans d’autres disciplines ? L’histoire, comme on dit, tranchera.
Microsoft montre un appétit à la hauteur de son gigantisme. L’entreprise a annoncé le 18 janvier dernier l’acquisition d’Activision, un pionnier de l’édition de jeu vidéo qui figurait au premier rang des entreprises du secteur. Chiffrée à 68,7 milliards de dollars, c’est la plus importante acquisition en 100 % numéraire (c’est-à-dire « en cash », sans utiliser des actions comme monnaie) de l’histoire, reléguant au second plan le rachat record du géant Monsanto par Bayer il y a 6 ans.
Côté Microsoft, il s’agit de sa plus grosse opération, représentant plus de deux fois et demie la valeur de sa prise de contrôle de LinkedIn en 2016. Cela démontre l’importance qu’il accorde au secteur du jeu vidéo. Et c’est compréhensible quand on sait qu’il s’agit d’un immense marché de 3 milliards de joueurs actifs (soit 40 % de la population mondiale !), qui pèse près de 200 milliards de dollars de ventes annuelles.
Malgré une telle acquisition, Microsoft reste encore loin de dominer le secteur. Il passera simplement de 6,5 % à 10,7 % de parts de marché et se hissera seulement à la troisième position derrière son concurrent direct Sony et le leader chinois Tencent. La consolidation de sa position dans le jeu vidéo est certes une raison du rachat, mais il est fort probable que les objectifs de Microsoft se situent au-delà de ce secteur.
C’est en mobilisant une approche stratégique fondée sur les ressources et les compétences, qui fait l’objet de nos recherches, que nous pouvons mieux comprendre le mouvement concurrentiel de Microsoft. Le développement de pièces maitresses doit mener la firme de Redmond du jeu vidéo au « métavers », ce fameux monde virtuel en 3D qui devrait constituer « l’Internet du futur ».
Fédérer une communauté
Pour les géants du secteur, le succès dans les jeux vidéo repose sur le développement et le contrôle de franchises, ces suites de jeux devenus des blockbusters à partir desquels on peut créer contenus médias et produits dérivés. Avec l’acquisition d’Activision, ce sont par exemple Diablo ou Call of Duty, comptant parmi les séries les plus vendues de tous les temps, qui tombent dans l’escarcelle de Microsoft.
La stratégie était déjà bien amorcée depuis 2009 avec l’acquisition de Rare, puis couronnée de succès grâce à la prise de contrôle de Mojang (créateur du célébrissime Minecraft) en 2014. Elle s’est très nettement accélérée ces dernières années avec le rachat de 7 studios en 2018 et 2019 et l’acquisition de Bethesda et ses 8 studios en 2021 pour 7,5 milliards de dollars. Au total, Microsoft possède aujourd’hui 30 studios.
Posséder un large catalogue de jeux à succès est déterminant car les bénéfices de l’industrie ne reposent plus sur la vente de jeux mais sur la gestion des accès via les abonnements à des plates-formes. Entrent aussi en jeu les achats intégrés (items, ressources, monnaie de jeu, costumes de personnages, accès à du contenu ou des extensions de jeu, etc.) et la collecte et l’exploitation des données des joueurs. C’est ce que l’on appelle le jeu à la demande (GOD : game on demand), un peu comme Netflix et la VOD, mais pour les jeux.
Microsoft, via sa plate-forme Xbox Game Pass, fédère une communauté de 25 millions d’abonnés qu’il faut attirer et satisfaire en proposant un catalogue toujours plus étoffé. Avec le rachat d’Activision, Microsoft accède à un ensemble représentant une base de 400 millions de joueurs actifs répartis dans 190 pays.
Conquérir de nouveaux segments de marché
L’opération apporte un autre atout déterminant : l’accès au jeu sur mobile. Activision avait en effet racheté, pour 5,9 milliards de dollars en 2016, le studio King, créateur du célébrissime Candy Crush, un des jeux sur mobile les plus rentables. Ce segment, sur lequel Microsoft était peu présent, compte aujourd’hui pour 52 % des ventes du secteur, loin devant les jeux pour console (28 %) et pour PC (20 %). C’est donc une avancée concurrentielle importante pour Microsoft dont la stratégie reposait jusqu’à présent essentiellement sur les jeux pour console.
En mettant la main sur Activision, Microsoft s’adjuge des jeux sur mobiles parmi les plus téléchargés.Pexels/Pixabay, CC BY-SA
Microsoft se renforce également sur le segment spécifique du jeu en ligne multi-joueurs, Activision possédant notamment World of Warcraft, un des leaders en la matière. En s’offrant par la-même la Major League Gaming, Microsoft entre enfin en force sur le marché du e-sport, dont la valeur est estimée à 1 milliard de dollars et qui regroupe une communauté active de plus de 200 millions de fans. À tout cela s’ajoute un avantage en termes d’internationalisation des activités car Activision se trouve bien implanté sur le marché chinois, le plus important du secteur en volumes de ventes.
L’acquisition d’Activision permet à Microsoft de renforcer ses activités, d’accéder à de nouveaux segments de marché et de réaliser des synergies en combinant les compétences de création de contenu d’Activision avec ses propres capacités technologiques et de distribution. Il s’agit là de consolider une position face à des concurrents de diverses natures.
Se positionner en diffuseur incontournable
La presse spécialisée a annoncé tout récemment l’intention de Sony de lancer le projet Spartacus. Le créateur de la console Play Station, numéro deux du secteur des jeux vidéo, souhaite développer un service visant à concurrencer le Game Pass de Microsoft en fusionnant ses deux offres Play Station Now (jeu en ligne ou à télécharger) et Play station Plus (jeux multi-joueurs en ligne). Car si l’entreprise japonaise est en effet devant Microsoft en ventes de consoles, elle reste en retard sur les offres d’abonnement.
Face à la montée de son concurrent direct, Microsoft a tout intérêt à rendre son propre catalogue de jeux le plus large possible pour accroître l’attractivité de sa plate-forme. Mais le contrôle du marché des consoles n’est sans doute pas l’objectif de Microsoft, qui vend depuis des années ses consoles Xbox à perte. La stratégie de Microsoft semble reposer surtout sur le développement du Game Pass. Dans ce secteur, les concurrents se nomment plutôt Apple, Google et Amazon.
Les deux premiers contrôlent non seulement les accès au jeu mobile via l’App store et le Google store mais ils se développent également directement dans le jeu avec Apple Arcade et Google Stadia. De son côté, Amazon ne cache pas ses ambitions : le géant de la distribution en ligne a déjà créé son premier jeu, New World, a développé Amazon Prime Gaming, qui propose mensuellement une sélection de jeux offerts, a lancé l’année dernière un service de cloud gaming, Luna, et possède la plate-forme Twitch.
Avec l’acquisition d’Activision, Microsoft se positionne lui-même comme un diffuseur incontournable dans le cloud gaming en associant un catalogue attractif à son Game Pass. Il étoffe et fidélise sa communauté de joueurs, qui est sans doute la ressource la plus précieuse et celle qui lui ouvre les portes du métavers.
Se distinguer de Meta
Facebook est récemment devenu Meta et Marc Zuckerberg a présenté en détail son projet de métavers, un espace virtuel permettant des interactions sociales et commerciales en utilisant la réalité virtuelle et la réalité augmentée. Dans sa conférence d’annonce de l’acquisition d’Activision, Satay Nadella, le PDG de Microsoft, a lui aussi précisé, à plusieurs reprises, ses intentions de devenir un acteur majeur en la matière. Il s’est positionné clairement contre Méta en proposant une vision autoproclamée plus ouverte du métavers.
À la suite de ses diverses tentatives ratées de pénétrer le secteur des réseaux sociaux en rachetant TikTok, Discord ou Pinterest, le jeu vidéo semble être la voie principale qu’il choisit finalement pour accéder au métavers. Tout comme Méta, Microsoft a développé étape par étape les pièces maitresses composant l’architecture du métavers. Citons ici son casque de réalité augmentée Hololens, sa plate-forme de réalité virtuelle Horizon World, la deuxième plus grande plate-forme cloud avec Azure, des investissements dans les cryptomonnaies, le développement d’avatar 3D pour l’application de visioconférences Teams, ses réseaux sociaux spécialisés LinkedIn et GitHub, et, surtout, sa plate-forme de collaboration virtuelle holographique Mesh.
Ces éléments certes nécessaires ne permettent cependant pas à Microsoft de se distinguer franchement de Meta. La firme créée par Bill Gates et Paul Allen peut en revanche se différencier grâce à sa position de force dans les jeux. Ils sont une porte d’entrée privilégiée dans le métavers non seulement parce qu’ils en seront une des applications principales, mais aussi parce qu’il y a là un formidable intégrateur de communauté en ligne.
En pleine confiance
Les planètes se sont même alignées de façon heureuse pour Microsoft. Le tourbillon dans lequel Activision est entrainé avec les accusations de sexisme et de harcèlement sexuel en son sein l’a très certainement fragilisé et rendu plus facile à acquérir pour Microsoft. Et l’annonce peut être effectuée dans un timing parfait, quelques semaines à peine après le lancement de Meta
Il reste encore à passer de l’annonce à la réalisation de l’acquisition, prévue pour 2023. Une étape importante en sera la validation par les autorités de régulation de la concurrence. Et à ce niveau, les planètes ne semblent plus vraiment alignées car la Federal Trade Commission et le Département de la Justice aux États-Unis ont annoncé ce même 18 janvier, quelques heures à peine après l’information du rachat d’Activision par Microsoft, qu’elles souhaitaient renforcer les lois anti-trust et porter une attention toute particulière aux Big Tech.
Microsoft, qui a longtemps été marqué par le traumatisme de son procès anti-trust et ses amendes record qui ont failli entrainer son démantèlement il y 20 ans, semble néanmoins aujourd’hui en pleine confiance, comme en témoigne son PDG Satya Nadella. La firme a même accepté d’inclure dans le contrat d’acquisition des pénalités de 3 milliards de dollars qui seraient versées à Activision si l’affaire ne devait pas être conclue.
Comment reconnecter les jeunes à la politique ? Comment convaincre les 18-24 ans que la politique n’est pas vaine pour faire bouger les choses, que le vote à la prochaine élection présidentielle est important s’ils veulent faire entendre leur voix ? Alors que 87 % des 18-25 ans n’ont pas voté aux dernières élections régionales en juin dernier, et que 64 % d’entre eux « montrent des signes d’une impressionnante désaffiliation politique » selon une récente enquête de l’Institut Montaigne (lire ci-dessous), les initiatives se multiplient, en l’absence notamment d’une grande campagne d’information civique gouvernementale.
Les états-majors des candidats, notamment celui de Jean-Luc Mélenchon, multiplient les actions sur les réseaux sociaux, de Twitch à TikTok. Mais des projets citoyens ont également vu le jour comme l’application Elyze à installer sur son smartphone. Celle-ci reprend le fonctionnement de l’application de rencontres Tinder et son célèbre swipe, ce geste avec lequel on glisse à droite ou à gauche pour refuser ou accepter le profil que l’on voit. Dans Elyze, les profils sont remplacés par les propositions des candidats : on peut dire qu’on les aime, qu’on s’y oppose ou ne pas y répondre. Au bout de 100 réponses, l’utilisateur peut consulter son podium personnel et savoir assez précisément de quel candidat il est le plus proche politiquement.
Plus d'un million de téléchargements
Les créateurs de l’application, dont Grégoire Cazcarra, étudiant et fondateur en 2017 du mouvement citoyen apolitique « Les Engagés », ont été débordés par le succès surprise de leur application qui s’est hissée à la première place des magasins d’applications selon AppAnnie et à la 13e mondiale début janvier. Ils escomptaient 20 000 téléchargements, ils ont dépassé le million. Un succès qui s’est accompagné de virulentes critiques sur la sécurité insuffisante de l’application – une faille avait été détectée par un spécialiste – et sur le devenir des données des utilisateurs, hautement sensibles sur lesquelles la Cnil s’est penchée. Aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre assure le Toulousain Alexis Costa, l’un des 30 membres de l’équipe et directeur de développement national chez « Les Engagés. »
« Dans les CGU on avait précisé que la vente de données aurait pu être possible même si ce n’était pas notre objectif. On demandait la date de naissance, le code postal et le genre, des données qui étaient facultatives. Pour prouver notre bonne foi, nous avons supprimé toutes les données que nous avions collectées et rendu open source l’application pour avoir des retours de développeurs », précise à La Dépêche Alexis Costa.
À ce jour l’application recense 500 propositions émises par les candidats à l’élection présidentielle. L’équipe d’Elyze met à jour cette base au fur et à mesure que la campagne avance.
Quant à ceux qui critiquent l’application pour son côté trop ludique et estiment que ce n’est pas avec de la technologie que l’on redonnera le vrai goût de la politique, bien plus complexe qu’un swipe, l’équipe d’Elyze ne veut pas polémiquer. « Je comprends tout à fait. Mais ce n’est qu’un outil, une aide qui ne remplace ni les programmes, ni les débats », répond Alexis Costa.
Dans son dernier livre « Voyages en mers françaises » (Editions Place des Victoires), son auteur Olivier Poivre d’Arvor nous expliquait combien il était important de davantage connaître nos océans pour mieux les protéger. Explorer les abysses pour mesurer la fragilité et la beauté des écosystèmes, c’est justement la mission du petit robot BathyBot qui ambitionne de percer les mystères des abysses en Méditerranée. Car ce qu’il se passe au-delà de 1 000 mètres de profondeur, là où l’obscurité devient totale, reste peu connu et peu étudié.
« C’est là que le carbone organique se transforme en carbone inorganique, mettant en œuvre des processus qui impactent sur le changement climatique et dont nous ne connaissons pas encore toutes les finesses », explique l’Institut Méditerranéen d’Océanologie qui a mis au point ce rover blanc et jaune qui n’a rien à envier à ceux que l’on a envoyés sur Mars.
À 2 400 mètres de profondeur
BathyBot dispose de chenilles qui lui permettent de se déplacer sur le fond sédimentaire. Le robot « embarque des sondes permettant d’effectuer des mesures en temps réel et est muni de deux caméras dont l’une scrutera la bioluminescence avec une telle sensibilité qu’elle n’aura pour seul éclairage qu’une lumière rouge connue pour ne pas effrayer les organismes des profondeurs », précise l’Institut. BathyBot dispose aussi d’une base d’accueil, BathyReef, une rampe ajourée de béton de 4 mètres de long pour 2,5 de large, qui lui sert de point d’observation et, en tant que récif artificiel, pourra accueillir en son sein de petits organismes vivants.
🎉C’est le grand jour pour moi! Je suis enfin parti rejoindre le fond de la méditerranée à 2400m et je suis bien arrivé ! J’ai hâte de vous donner des nouvelles de la bioluminescence🤩! J’espère que le #Nautile pourra me rendre visite demain !@INSU_CNRS@MIOceanologiepic.twitter.com/Eg1RV02fO6
— BathyBot - Deep Sea crawler to see the unseen (@bathybot) February 3, 2022
Le robot est relié par un câble de 50 mètres au BathyDock, la nacelle qui permet de le faire descendre sous l’eau. Celle-ci est elle-même reliée à la surface où les ingénieurs et scientifiques pilotent le robot. Ce rayon d’action devrait être augmenté à l’avenir avec la perspective de rendre un jour le robot autonome.
Suivre le robot en direct sur Twitter
La première mission de BathyBot a commencé ce 3 février au large de Toulon, à 2 400 mètres de profondeur. EMSO-LO permettra d’étudier les communautés biologiques vivant au fond de la Méditerranée et les paramètres physico-chimiques océanographiques (oxygénation, température, salinité…). On pourra suivre les avancées du robot sur son propre compte Twitter (@bathybot).
BathyBot sera remonté tous les deux ans et pourra recevoir de nouveaux outils, par exemple pour permettre des « micro-carottages » dans le sol de sédiments sur lequel il évoluera. Sa durée de vie prévue est d’au moins cinq à dix ans.
Le 28 janvier 1981, le premier traité international contraignant sur la protection des données personnelles était ouvert à la signature à Strasbourg. La Convention du Conseil de l’Europe pour la protection des personnes à l’égard du traitement automatisé des données à caractère personnel, également appelée « Convention 108 », constituait alors un premier texte fort, ouvrant un espace juridique commun pour quelque 55 pays. 41 ans plus tard, cette date est devenue la Journée mondiale pour la protection des données et c’est peu dire qu’en quarante ans, les données se sont multipliées, devenant un or numérique qui a fait la fortune de géants comme Google, Facebook ou Amazon.
L’objectif principal de cette journée est donc de sensibiliser le public sur les défis en matière de protection des données face à toutes les tentatives de vol, de manipulation ou d’escroquerie, et d’informer chacun sur ses droits et la manière dont ils peuvent être exercés.
L’Europe a infligé 1,25 milliard d’euros d’amendes
À cet égard, l’Europe peut se targuer d’être un modèle dans le monde, notamment grâce à son règlement RGPD, qui, depuis le 23 mai 2018, offre aux citoyens européens la protection de leurs données et des outils pour sanctionner les dérives. « En 2021, le montant total des amendes infligées aux entreprises du secteur de la Tech dans le cadre du RGPD européen a atteint 1,25 milliard d’euros. Avec un énorme écart de 180 millions d’euros en plus comparé à l’année 2020 », observe Brian Spanswick, responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) chez Cohesity, qui note que « la semaine de la protection des données est un excellent rappel de l’importance de la protection de la confidentialité et de la sécurité des données, ainsi que du respect des exigences de conformité et de gouvernance telles que le RGPD.»
Ces nouveaux textes plus protecteurs pour les Européens espèrent répondre aux craintes qui s’expriment de plus en plus. Pour près d’un Français sur trois, la question de la souveraineté numérique est un enjeu prioritaire pour les prochaines années selon une vaste enquête OpinionWay-Calif parue cette semaine. 79 % disent leur inquiétude quant à la protection de leurs données personnelles.
En présentant le programme de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, Emmanuel Macron entend consolider la protection des données personnelles des Européens notamment avec une « loi sur les données ».
Tribune de Sébastien Viou, Cyber-évangéliste chez Stormshield
À quelques exceptions près, en particulier dans les secteurs les plus sensibles, l’habitude est souvent prise d’utiliser son poste de travail professionnel pour certains (si ce n’est tous) usages personnels. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un poste portable. Or, ce sont ces postes qui constituent le vecteur le plus « efficace » des malveillances à l’encontre du SI des organisations. Dès lors, peut-on imaginer un monde aux usages numériques professionnels et personnels strictement étanches ?
Postes de travail : une porte ouverte vers l’ensemble du SI
Par principe, les attaques malveillantes à l’encontre des entreprises ou administrations ont généralement deux objectifs, bien souvent couplés : l’argent et l’information. Et dans tous les cas, elles sont menées via des méthodes industrielles, assurant efficacité et reproductibilité aux assaillants.
Parmi ces méthodes, le piratage de réseaux WiFi non protégés est efficace, mais il nécessite un accès physique. Les attaques de serveurs mal protégés peuvent créer des dégâts, mais ils restent souvent circonscrits à leurs environnements applicatifs. Il est aussi possible de s’attaquer au VPN-SSL de l’organisation lorsque celui-ci est vulnérable. Mais rien n’est comparable à la réussite du ciblage utilisateurs, par mail (phishing) ou surf (implantation de logiciels malveillants sur les postes via des sites web corrompus).
Même bien protégé, le poste utilisateur reste de loin le plus vulnérable car, par définition, il est connecté à l’Active Directory de l’entreprise (l’outil d’annuaire le plus représenté sur le marché). Et cette solution, malgré l’effort des développeurs, reste sujette à de nombreuses vulnérabilités permettant l’accès distant et l’élévation de privilèges depuis un compte utilisateur. C’est la porte ouverte au fameux « admin access » et à l’ensemble des données de l’entreprise.
Une cybersécurité proactive et transparente pour l’usager
Pour se prémunir au maximum de ces risques, rien de plus simple a priori : en plus des logiciels de cybersécurité dédiés, il suffirait de maintenir ses postes de travail à jour, pour éviter l’exploitation de failles connues. Certes, mais c’est encore sans compter sur les failles Zero Day, sur lesquelles les cyberattaquants sont de plus en plus productifs.
Pour contrer ces risques, la mise en œuvre de solutions capables de bloquer des actions non habituelles des applications ou du système demeure une pratique efficace, car proactive. Par essence en effet, les logiciels malveillants ont des comportements très spécifiques, cherchant tout type d’ouverture pour s’introduire et modifier les systèmes.
Dans tous les cas en revanche, ces outils doivent être le plus transparent possible pour l’usager, afin qu’il puisse accomplir sereinement ses tâches quotidiennes et ne pas perdre en productivité du fait de blocages permanents. Ce qui ne doit en rien l’empêcher de rester vigilant pour autant !
Au-delà des chartes d’utilisation, vers un usage strictement professionnel des postes de travail ?
En dehors de quelques secteurs manipulant des données sensibles où les postes de travail sont très verrouillés et limitent au strict minimum les usages, nombreux sont les utilisateurs à se servir de leur poste de travail pour leurs usages personnels. Allant souvent même jusqu’à autoriser leurs enfants à s’en servir, ou jouer en réseau avec. Une situation sans doute encore exacerbée avec l’accélération du télétravail, quand ce n’est pas l’entreprise qui demande au collaborateur d’utiliser sa machine personnelle pour ne pas avoir à payer une machine professionnelle
Si un certain nombre d’organisations ont mis en place des chartes d’usages et des outillages informatiques mis à disposition de leurs collaborateurs, dans les faits, peu d’entre elles appliquent des sanctions en cas de comportements imprudents, même s’il en résulte des situations particulièrement graves pour l’ensemble du système d’information (perte, vol de données ou ransomwares, etc.).
Avec le développement de l’informatique domestique (smartphones, tablettes, PC, accès internet), associé à des risques numériques toujours plus importants pour les organisations, peut-être est-il temps pour ces dernières de limiter strictement aux usages professionnels les outils numériques de l’entreprise mis à disposition de leurs collaborateurs.
Dans ce cas, on parlerait d’outils numériques de service (uniquement à usage professionnel) et non plus d’outils numériques de fonction (à usage « global » du salarié). Cela ne résoudra pas tous les problèmes en matière de cybersécurité, mais pourrait a minima contribuer à cyber-responsabiliser les collaborateurs et ainsi à l’amélioration des usages.
Le « métavers » sera-t-il une nouvelle étape révolutionnaire ou un mirage sur internet ? Depuis que Mark Zuckerberg, le patron de Facebook a annoncé l’an dernier vouloir tout miser sur ce concept de monde virtuel imaginé en 1992 par l’écrivain Neal Stephenson – au point de rebaptiser Facebook en Meta – le métavers, contraction de meta et d’univers, ne cesse d’agiter la Silicon Valley et au-delà.
Un fashion week virtuelle
Car si Zuckerberg, fort de ses quelque 3 milliards d’utilisateurs, rêve d’un espace à sa main tout entier dévolu aux échanges et à la consommation – une sorte de Facebook dans lequel on s’immergerait en chaussant des lunettes de réalité virtuelle – il aura de la concurrence. Baidu, la multinationale équivalente de Google en Chine, a ainsi lancé Xi Rang (Terre d’espoir).
Decentraland, créé en 2015 par les argentins Ari Meilich et Esteban Ordanoun dispose de sa propre monnaie virtuelle (la cryptomonnaie Mana) et se prépare à héberger sa première Fashion Week virtuelle en mars prochain. Et lors du CES 2022, le plus grand salon de l’électronique grand public qui s’est achevé la semaine dernière à Las Vegas, le géant Samsung a dévoilé son univers virtuel, Samsung 837X, un immeuble de trois étages dans Décentraland pour présenter ses nouveaux produits.
Reste que si l’enthousiasme des géants de l’internet et des marques est lui bien réel, il restera à convaincre les internautes de basculer dans ces univers en faisant œuvre de pédagogie.
35 % des Français seulement savent de quoi il s'agit...
Selon un sondage Ifop pour Talan paru jeudi seulement 35 % des Français déclarent voir de quoi il s’agit, dont 14 % « précisément ». « Les plus jeunes montrent ainsi une meilleure connaissance du sujet (42 % des 18-24 ans voient ce que sont les métavers, contre 28 % des 65 ans et plus), tout comme les catégories socio-professionnelles supérieures (59 % des diplômés du supérieur contre 27 % des personnes sans diplômes). Ces deux fractures, générationnelle et sociale, se manifestent d’ailleurs également dans les représentations associées aux métavers et dans les potentiels usages », explique Frédéric Dabi, directeur général Opinion de l’Ifop.
Les usages perçus des métavers restent principalement centrés autour du divertissement, les Français ne percevant pas encore la diversité des débouchés proposés par les métavers, 21 % les jugeant même inutiles. 8 % seulement envisagent de créer son double numérique et une nette minorité de Français se dit prête à investir de son argent dans des biens et services numériques…
... et 75 % sont inquiets
Le concept en lui-même n’est pas rassurant : les métavers suscitent la crainte d’une nette majorité de Français (75 %), même au sein des catégories de population les plus en pointe sur le sujet (49 % des 18-24 ans sont craintifs). En conséquence, 50 % des personnes ayant des craintes vis-à-vis des métavers sont favorables à une législation (contre 39 % de ceux qui n’ont pas de crainte). Les Français semblent de plus avoir conscience des limites de la virtualisation de nos activités : huit sur dix estiment qu’un monde virtuel ne permettrait pas de réduire les émissions de carbone du monde réel, ce que vantent leurs promoteurs des métavers.
Le défi pour Facebook et les autres sera donc de convaincre le grand public de l’utilité des métavers, de leur sécurité et de leur accès abordable pour tous, et pour les Etats de garantir un cadre précis. On n’en est qu’aux débuts.
(Article paru dans La Dépêche du Dimanche du 16 janvier 2022)
Comme beaucoup, j’ai regardé en famille le film Don’t Look Up : Déni cosmique, avec Jennifer Lawrence et Leonardo DiCaprio, diffusé le 24 décembre 2021 sur Netflix. J’ai rapidement entendu mes filles, étudiantes, dire : « Eh, maman, c’est pareil que pour le changement climatique ! »
Le réalisateur Adam McKay y mêle « l’absurde, le comique, à une douleur très réelle », pour faire réfléchir sur notre capacité à agir face à une menace grave, et souligner la nécessité de « la prise de conscience, la volonté et l’action ».
J’aimerais partager ici les réflexions que ce film m’a inspirées, en tant que chercheuse en sciences du climat engagée pour le partage des connaissances scientifiques, au regard de mes expériences personnelles à l’interface entre science et société.
Bande-annonce de Don’t Look Up (Netflix, 2022).
Le sentiment de vivre une tragédie grecque
Cette sombre satire joue de ressorts classiques (transposition, exagération) pour dénoncer une mascarade sociale empreinte de déni, de vanité, de cupidité et de perte du sens de l’intérêt général.
Le personnage de Kate Dibiasky – la jeune doctorante jouée par Jennifer Lawrence qui découvre la comète et réalise qu’elle se dirige tout droit vers la Terre – m’a particulièrement touchée.
Par ses doutes, par son questionnement sur la bonne manière de s’exprimer, par sa capacité à se remettre en question. Mais aussi par son désespoir de ne pas réussir à faire mieux, ce sentiment de vivre une tragédie grecque annoncée, sans jamais voir arriver le sursaut ni le leadership nécessaires.
Le film montre le décalage, que j’ai souvent ressenti, entre la recherche scientifique, les médias et le pouvoir politique. Il pose ainsi la question de la formation des scientifiques pour s’exprimer dans les médias, et la difficulté de journalistes ou de décideurs politiques à intégrer les connaissances scientifiques.
Les scientifiques doivent-ils rester froids, distants, rationnels ? Sont-ils moins crédibles lorsqu’ils laissent transparaître leurs émotions ?
Cet enjeu est encore plus délicat pour les femmes (scientifiques) qui, lorsqu’elles expriment leurs émotions, peuvent rapidement se voir traitées d’hystériques. J’ai mal vécu le fait d’être qualifiée de « pasionaria du climat », un terme qui n’a pas d’équivalent pour un homme – je pense qu’on parlerait alors de « scientifique engagé »…
Trois minutes pour présenter un rapport du GIEC
Le film montre aussi le décalage entre le mode de fonctionnement des scientifiques et les moments d’échanges, rares et brefs, avec les décideurs politiques – qui s’appuient parfois davantage sur une opinion individuelle que sur un socle solide de connaissances. Ainsi, il m’est arrivé d’avoir trois minutes pour présenter un rapport du GIEC à un chef d’État !
Hélas, comme j’ai pu le constater, l’immense majorité des décideurs ne lit pas les « résumés à l’intention des décideurs » du GIEC. J’espère que certains de leurs conseillers les lisent, mais je me demande ce qui leur en est transmis…
Le film montre aussi le cynisme et le déni de responsabilité, l’absence de capacité d’analyse d’une situation inédite et des risques associés aux options d’action et à leur échec possible, l’incapacité à se projeter, et l’absence cruelle de leadership, illustrant au passage la manière dont les scientifiques peuvent se retrouver instrumentalisés dans un storytelling politique.
Plus d’une fois, j’aurais aimé pouvoir dire, aussi crûment que Kate Dibiaski, « Are you fucking kidding me ? », mais cela m’aurait demandé de surmonter la politesse et le respect des autres qui m’ont construite.
Les fausses bonnes « solutions » technologiques
Particulièrement gratiné, le personnage de Peter Isherwell (Mark Rylance), milliardaire de la tech, convainc la présidente des États-Unis (incarnée par Meryl Streep) de retarder une action faisable immédiatement pour détourner la comète. Il impose ainsi une solution à partir de technologies non testées lui permettant d’exploiter les minéraux rares que contient la comète.
Ce personnage porte un type de discours récurrent sur de prétendues technologies à venir, à la faisabilité non démontrée et aux effets indésirables non évalués. Ces « discours d’inaction » prennent des formes multiples. Parmi ceux-ci figure en bonne place une forme d’optimisme technologique, au détriment de la délicate construction de stratégies à partir des leviers d’action disponibles aujourd’hui, prenant en compte leurs effets indésirables et les nécessaires mesures redistributives.
À la tête d’un immense empire tech, Peter Isherwell (Mark Rylance, au centre) influence les décisions de la présidente (Meryl Streep, à droite).Niko Tavernise/Netflix
J’ai observé à plusieurs reprises ce genre d’attitude mêlant cynisme, cupidité et absence d’empathie, lors de discussions informelles précédant ou suivant des tables rondes au contenu très policé en lien avec la finance, la technologie, l’innovation, les grandes entreprises.
Il est aussi très frappant d’observer les plans d’action de secteurs d’activité très émetteurs de gaz à effet de serre, comme les énergies fossiles et le transport aérien, qui recourent massivement à des technologies censées permettre d’éliminer du CO2 de l’atmosphère au lieu de décarboner rapidement leurs activités, et leur refus des contraintes nécessaires pour réduire la demande.
La désinformation comme une traînée de poudre
Le film illustre bien les travers de la société du spectacle et de la surconsommation, la manière dont fonctionnent certains médias, la désinformation qui se propage plus vite que les connaissances solidement établies.
J’ai moi aussi souffert de cette dissonance : comment aborder les enjeux graves liés au changement climatique dans une sphère médiatique peuplée de personnalités souvent nombrilistes, et qui privilégie la distraction, la controverse et le simplisme, entre deux publicités poussant à consommer et à émettre toujours plus ?
Les scientifiques Randall Mindy et Kate Diabasky tentant de faire passer leur message sur le plateau du talk-show animé par Brie Evantee (Cate Blanchett) et Jack Bremmer (Tyler Perry).Niko Tavernise/Netflix
Par exemple, le dernier rapport du GIEC a été publié le jour de l’annonce du transfert de Lionel Messi au PSG… à votre avis, entre le destin d’un joueur de ballon rond et celui de la planète, qu’est-ce qui a « fait le buzz » ?
Les limites de l’analogie avec le réchauffement climatique
Ceci dit, l’analogie entre la menace d’une comète et celle du changement climatique est loin d’être parfaite. Cet artifice scénique suggère que nous sommes tous face au même danger, avec une réponse binaire : on gagne tous, ou on perd tout.
Concernant le climat, la réalité est bien plus complexe, avec des enjeux majeurs concernant le caractère inégal des responsabilités, des vulnérabilités, des impacts, et des capacités à agir, tant entre individus qu’entre pays.
L’absence de ces aspects de justice climatique a fait réagir les chercheurs en sciences sociales, comme Stefan Aykut, spécialiste des négociations internationales sur le climat.
Ces enjeux feront l’objet des rapports des groupes 2 (vulnérabilités, impacts, risques, options d’action pour l’adaptation) et 3 (émissions de gaz à effet de serre, options d’action pour l’atténuation) du GIEC, attendus le 28 février et 4 avril 2022.
Dans ce contexte, Don’t Look Up met l’accent sur les individus et le pouvoir (le sommet de l’État, la télévision, les milliardaires de la tech), au détriment de tout ce qui fait la société, notamment les organisations collectives et les mécanismes de solidarité.
Sortir du déni, par où ?
Ceci pose, en creux, la question de savoir d’où pourrait venir un sursaut collectif pour sortir du déni.
Par exemple, alors que les enquêtes d’opinion montrent que le changement climatique constitue une préoccupation majeure, pourquoi ne fait-il pas l’objet de questions sérieuses posées aux candidats et candidates pour toute élection ?
Quelles sont les propositions pour nous préparer aux conséquences inévitables d’un climat qui change, quelles sont les propositions pour apporter notre contribution à la baisse indispensable et rapide des émissions mondiales de gaz à effet de serre ? Quel futur voulons-nous construire, au lieu de se regarder le nombril ?
La réalité, hélas, est parfois pire que la fiction : le film ne montre que partiellement le cynisme de ceux qui profitent du statu quo, ou le rôle des marchands de doute qui ont construit la désinformation et le greenwashing pour semer la confusion et sauvegarder leurs profits.
L’exemple du rapport spécial du GIEC de 2018
Par exemple, lors de la COP21 (2015) et dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, l’ensemble des pays avait demandé au GIEC de rendre un rapport spécial sur un réchauffement de 1,5 °C.
Cette évaluation de l’état des connaissances, qui a demandé un travail colossal en peu de temps, a été finalisée en 2018 et approuvée par tous les pays (c’était un peu rock’n roll !). Je la résume en disant que chaque demi-degré compte, chaque année compte, et chaque choix compte ; le rapport de 2021 ajoute que chaque région est concernée, et que chaque tonne de CO2 compte… Tout est ici, sur le site du GIEC et dans mes fils Twitter.
Vidéo évoquant le rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C. (IPCC/Youtube, 2019)
Bref, quand ce rapport spécial avait été présenté à la COP24 en 2018, 4 pays (dont, à l’époque, les USA, la Russie et l’Arabie saoudite) ont tout fait pour que ses conclusions ne soient pas intégrées aux décisions de la Convention des Nations unies.
Cela illustre aussi les défis posés par les relations entre l’état des connaissances scientifiques et la manière dont elles peuvent être instrumentalisées ou, si elles dérangent, ignorées.
Les choses se sont un peu améliorées depuis, puisque la décision de la COP26 de novembre 2021 démarre par « science et urgence », soulignant l’urgence à accélérer l’action pour le climat.
Un succès à suivre
Je termine en soulignant que la satire et le rire sont des leviers formidables pour susciter la réflexion et stimuler l’esprit critique et la curiosité.
À cet égard, il sera intéressant de suivre le nombre de visionnages d’un film comme Don’t Look Up par rapport à ceux de documentaires comme Before the Flood de Leonardo DiCaprio, en 2016.
Ce film permettra-t-il de toucher un public plus large, ou est-ce une distraction qui fait porter le débat sur le film et non sur les problèmes de fond ? Je note en tout cas que mes commentaires concernant ce film, postés sur Twitter, ont généré davantage de réactions en un seul jour que mon résumé du rapport du GIEC de cet été en près de cinq mois !
Valérie Masson-Delmotte, Chercheuse en sciences du climat, coprésidente du groupe de travail I du GIEC, directrice de recherche au CEA (Commissariat à l’énergie atomique), Université Paris-Saclay
Comment réduire les émissions de CO2 issues du transport maritime mondial qui représentent, selon les données de la Commission européenne, 940 millions de tonnes, soit 2,5 % des émissions totales, alors même que le fret via cargo est indispensable à l’économie mondiale ? Pour résoudre cette équation la start-up toulousaine Airseas a imaginé doter les immenses cargos d’une voile. Mais pas n’importe quelle voile : une voile similaire à celle des kitesurfs, arrimée à la proue des géants des mers.
20% de CO2 en moins, 20% de fuel en moins
Ces kites géants et semi-automatisés, ont été appelés « SeaWing » (« ailes marines ») et devraient permettre d’économiser 20 % de carburants et diminuer de 20 % les émissions de CO2 d’un cargo. AirSeas « fonctionne comme un auxiliaire des moteurs du navire. Un simple interrupteur marche/arrêt lance ou récupère le kite. SeaWing se déplie, fonctionne et se replie de manière autonome. Le système collecte et analyse automatiquement les données météorologiques et océaniques de son environnement en temps réel. Il s’adapte à ces informations afin d’optimiser ses performances tout en garantissant une sécurité maximale. De plus, l’interface du logiciel AirSeas conseille le capitaine quand utiliser le système et propose l’itinéraire le plus rentable pour atteindre la destination à temps en utilisant le kite », explique la société qui travaille sur son idée depuis plus de cinq ans et qui vient d’entrer dans une phase d’expérimentation avec Airbus. Vincent Bernatets, PDG et co-fondateur d’AirSeas, est d’ailleurs un ancien ingénieur d’Airbus.
The installation of Airseas’ Seawing on Louis Dreyfus Armateur’s Ville de Bordeaux - with formal approval from @BV_Marine to begin operations at sea - represents a significant milestone in #shipping’s pathway towards a more #sustainable future. Watch the installation ⬇ pic.twitter.com/1WDt5allST
L’avionneur européen, qui dispose de plusieurs rouliers pour transporter ses pièces d’avion, avait passé un contrat en septembre 2018 avec AirSeas. Le mois dernier, la société a donc installé sa voile sur le « Ville de Bordeaux », qui réalise, entre autres, des rotations mensuelles entre Saint-Nazaire et le site d’assemblage de l’A320 de Mobile, aux États-Unis.
Une voile de 1 000 m2
Un mât télescopique de 30 mètres de haut et la cuve qui renferme le kite replié de 500 m2 et 700 mètres de câbles ont ainsi été installés mi-décembre sur le navire de 154 mètres de long appartenant à Louis Dreyfus Armateur, qui le loue à Airbus. Une campagne de tests va désormais être conduite pour les six prochains mois. AirSeas envisage à terme d’équiper une cinquantaine de cargos avec sa SeaWing, dont la version finale pourrait atteindre 1 000 m2. Des tests sont également prévus avec l’armateur japonais K-Line.
L’idée d’associer des voiles aux cargos pour leur permettre de rentrer dans les clous des nouvelles législations – réduire de 40 % l’émission de CO2 du transport maritime d’ici 2030 – a aussi été développée par d’autres sociétés, comme l’allemand Skysails.
L’Europe dira-t-elle merci à Marck Zuckerberg, le PDG de Facebook (aujourd'hui rebaptisée Meta) lorsqu’elle lancera son euro numérique ? En tout cas, c’est bien le fondateur du réseau social aux 2 milliards de membres qui aura accéléré la prise de conscience sur le sujet. En juin 2019, Mark Zuckerberg présente le libra, le nouveau nom du Facebook Coin, une monnaie virtuelle qui devait être utilisée pour des paiements et des transferts d’argent à partir des messageries WhatsApp et Messenger (propriétés de Facebook).
« Zuck » voit les choses en grand et réussi à réunir vingt-huit partenaires, dont des poids lourds du secteur du paiement et des transactions sur internet comme Mastercard, Visa, Paypal, mais aussi Uber, Spotify et en France, Iliad, la maison – mère de Free. Si les banques centrales regardent l’initiative avec intérêt – Facebook pourrait essuyer les plâtres pour elles – il en va autrement des Etats qui voient l’une de leur prérogative régalienne, frapper monnaie, leur échapper. « Que Facebook crée un instrument de transaction, pourquoi pas. En revanche, que ça devienne une monnaie souveraine, il ne peut pas en être question », tonne Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances. Les critiques se multiplient sur la protection des données personnelles, le G7 crée un groupe de travail, Facebook est sommée de venir s’expliquer devant le Congrès américain.
Facebook contraint à faire marche arrière
Le Prix Nobel d’Economie Joseph Stiglitz assène que « seul un imbécile ferait confiance à Facebook pour son bien-être financier. » Face à la bronca, les partenaires initiaux quittent le projet les uns après les autres et Zuckerberg est contraint de changer ses plans. Exit le libra indépendant, place au diem, une cryptomonnaie adossée à des monnaies nationale (on appelle ce type de monnaie une stablecoin). Pour l’heure seul un diem adossé au dollar (1 diem = 1 $) est dans les tuyaux.
Le projet avorté du libra a, en tout cas, convaincu les Etats de s’intéresser de près au sujet et poussé les banques centrales à vouloir créer leur monnaie numérique. La Chine aura son yuan numérique. En Europe, la Banque centrale (BCE) et les banques centrales nationales des pays de la zone euro réfléchissent à un euro numérique et lancent en septembre 2020 une expérimentation à laquelle participent des représentants des milieux universitaires et du secteur privé.
Des tests sont réalisés dans quatre domaines essentiels : registre propre à l’euro numérique ; confidentialité et lutte contre le blanchiment de capitaux ; limites à la circulation d’un euro numérique ; accès pour les utilisateurs finaux non connectés à l’internet et soutien à l’inclusion avec des appareils appropriés. Aucun obstacle technique majeur n’est alors détecté.
La BCE lance une étude pour 2 ans
En juillet 2021, s’appuyant sur cette expérimentation, le Conseil des gouverneurs de la BCE décide de lancer un projet d’euro numérique. « La phase d’étude, qui durera 24 mois, vise à traiter les questions essentielles se posant en termes de conception et de distribution. Un euro numérique doit répondre aux besoins des Européens mais aussi contribuer à prévenir les activités illégales et éviter tout effet indésirable sur la stabilité financière et la politique monétaire », indique la BCE.
Un euro numérique garantirait que les habitants de la zone euro puissent bénéficier d’un moyen de paiement gratuit, simple, universellement accepté, sans risque et inspirant confiance et serait accessible à tous, ménages comme entreprises. « Un euro numérique existerait parallèlement aux espèces, sans les remplacer. L’Eurosystème veillera à ce que vous disposiez toujours de billets et pièces, dans l’ensemble de la zone euro », précise la BCE.
La phase d’étude a officiellement commencé en octobre dernier pour deux ans et tout reste encore ouvert. Certains craignent qu’un euro numérique tue l’innovation en matière de cryptomonnaies. Verdict fin 2023.
(Article publié dans La Dépêche du Midi du 2 janvier 2022)
C’est un harnachement qui a longtemps relevé de la science-fiction : des hommes enfilaient une lourde combinaison qui leur permettait de décupler leurs forces, soulever de lourdes charges en se jouant des obstacles, Les exosquelettes – ou squelettes externes à assistance motorisée – sont aujourd’hui une réalité et dépassent le seul cadre d’un usage militaire. Comme souvent, en effet, ce sont les armées qui se sont intéressées de près au sujet : en 2016, l’armée de terre américaine et le corps des fusiliers marins avaient ainsi développé PowerWalk, un exosquelette qui récupérait l’énergie grâce aux mouvements des jambes des soldats. Des soldats plus autonomes et plus endurants.
En mars dernier, le Battle Lab Terre de l’Armée de terre française, a lancé une campagne exploratoire de mise en situation opérationnelle des exosquelettes passifs, acquis par l’Agence Innovation Défense (AID), auprès de la société Mawashi. Trois régiments ont mené des tests (1er RCP, 17e RGP et 13e BCA). Le Battle Lab Terre interroge également l’apport d’une telle technologie lors d’une mission type Sentinelle.
De l’industrie à la médecine
Mais les exosquelettes se développent désormais dans la sphère civile avec différents degrés de sophistication. Ils intéressent beaucoup l’industrie (automobile, aéronautique), le secteur du BTP ou l’agriculture, autant de domaines où l’on est amené à porter de lourdes charges. Dans le domaine de la viticulture par exemple, des vignerons ont essayé plusieurs types de harnais (Corfor, Hapo, Lift suit…).
L’exosquelette est également utile dans le domaine médical. Wandercraft, spécialisée dans la robotique dynamique de marche, commercialise un exosquelette dédié à la rééducation depuis 2019. Son exosquelette Atalante vient d’être adopté par les hôpitaux AP-HP Rothschild à Paris, Raymond-Poincaré AP-HP à Garches et par la Clinique des Trois Soleils à Boissise-le-Roi. « L’exosquelette auto-stabilisé de Wandercraft nous intéresse particulièrement car, en libérant la partie supérieure du corps du patient, il permet d’imaginer de nouvelles approches thérapeutiques en dédiant la marche ainsi retrouvée à une activité intégrant l’utilisation des mains. Des traitements plus intensifs et plus précoces sont envisageables, avec une motivation accrue des patients et une charge diminuée pour les soignants », se félicite le professeur Philippe Thoumie, chef du service de rééducation neuro-orthopédique de l’hôpital Rothschild AP-HP.
« Nous attendons de ce dispositif qu’il nous aide à proposer des traitements optimaux pour tous types de patients, en particulier ceux atteints d’une lésion cérébrale aiguë ou d’une lésion médullaire. » explique le professeur Djamel Bensmail, chef du service de MPR de l’hôpital Raymond-Poincaré AP-HP. Wandercraft travaille avec des laboratoires universitaires de robotique dynamique et des équipes médicales de premier plan, en Europe et aux Etats-Unis.