Le 28 janvier 1981, le premier traité international contraignant sur la protection des données personnelles était ouvert à la signature à Strasbourg. La Convention du Conseil de l’Europe pour la protection des personnes à l’égard du traitement automatisé des données à caractère personnel, également appelée « Convention 108 », constituait alors un premier texte fort, ouvrant un espace juridique commun pour quelque 55 pays. 41 ans plus tard, cette date est devenue la Journée mondiale pour la protection des données et c’est peu dire qu’en quarante ans, les données se sont multipliées, devenant un or numérique qui a fait la fortune de géants comme Google, Facebook ou Amazon.
L’objectif principal de cette journée est donc de sensibiliser le public sur les défis en matière de protection des données face à toutes les tentatives de vol, de manipulation ou d’escroquerie, et d’informer chacun sur ses droits et la manière dont ils peuvent être exercés.
L’Europe a infligé 1,25 milliard d’euros d’amendes
À cet égard, l’Europe peut se targuer d’être un modèle dans le monde, notamment grâce à son règlement RGPD, qui, depuis le 23 mai 2018, offre aux citoyens européens la protection de leurs données et des outils pour sanctionner les dérives. « En 2021, le montant total des amendes infligées aux entreprises du secteur de la Tech dans le cadre du RGPD européen a atteint 1,25 milliard d’euros. Avec un énorme écart de 180 millions d’euros en plus comparé à l’année 2020 », observe Brian Spanswick, responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) chez Cohesity, qui note que « la semaine de la protection des données est un excellent rappel de l’importance de la protection de la confidentialité et de la sécurité des données, ainsi que du respect des exigences de conformité et de gouvernance telles que le RGPD.»
Ces nouveaux textes plus protecteurs pour les Européens espèrent répondre aux craintes qui s’expriment de plus en plus. Pour près d’un Français sur trois, la question de la souveraineté numérique est un enjeu prioritaire pour les prochaines années selon une vaste enquête OpinionWay-Calif parue cette semaine. 79 % disent leur inquiétude quant à la protection de leurs données personnelles.
En présentant le programme de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, Emmanuel Macron entend consolider la protection des données personnelles des Européens notamment avec une « loi sur les données ».
Tribune de Sébastien Viou, Cyber-évangéliste chez Stormshield
À quelques exceptions près, en particulier dans les secteurs les plus sensibles, l’habitude est souvent prise d’utiliser son poste de travail professionnel pour certains (si ce n’est tous) usages personnels. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un poste portable. Or, ce sont ces postes qui constituent le vecteur le plus « efficace » des malveillances à l’encontre du SI des organisations. Dès lors, peut-on imaginer un monde aux usages numériques professionnels et personnels strictement étanches ?
Postes de travail : une porte ouverte vers l’ensemble du SI
Par principe, les attaques malveillantes à l’encontre des entreprises ou administrations ont généralement deux objectifs, bien souvent couplés : l’argent et l’information. Et dans tous les cas, elles sont menées via des méthodes industrielles, assurant efficacité et reproductibilité aux assaillants.
Parmi ces méthodes, le piratage de réseaux WiFi non protégés est efficace, mais il nécessite un accès physique. Les attaques de serveurs mal protégés peuvent créer des dégâts, mais ils restent souvent circonscrits à leurs environnements applicatifs. Il est aussi possible de s’attaquer au VPN-SSL de l’organisation lorsque celui-ci est vulnérable. Mais rien n’est comparable à la réussite du ciblage utilisateurs, par mail (phishing) ou surf (implantation de logiciels malveillants sur les postes via des sites web corrompus).
Même bien protégé, le poste utilisateur reste de loin le plus vulnérable car, par définition, il est connecté à l’Active Directory de l’entreprise (l’outil d’annuaire le plus représenté sur le marché). Et cette solution, malgré l’effort des développeurs, reste sujette à de nombreuses vulnérabilités permettant l’accès distant et l’élévation de privilèges depuis un compte utilisateur. C’est la porte ouverte au fameux « admin access » et à l’ensemble des données de l’entreprise.
Une cybersécurité proactive et transparente pour l’usager
Pour se prémunir au maximum de ces risques, rien de plus simple a priori : en plus des logiciels de cybersécurité dédiés, il suffirait de maintenir ses postes de travail à jour, pour éviter l’exploitation de failles connues. Certes, mais c’est encore sans compter sur les failles Zero Day, sur lesquelles les cyberattaquants sont de plus en plus productifs.
Pour contrer ces risques, la mise en œuvre de solutions capables de bloquer des actions non habituelles des applications ou du système demeure une pratique efficace, car proactive. Par essence en effet, les logiciels malveillants ont des comportements très spécifiques, cherchant tout type d’ouverture pour s’introduire et modifier les systèmes.
Dans tous les cas en revanche, ces outils doivent être le plus transparent possible pour l’usager, afin qu’il puisse accomplir sereinement ses tâches quotidiennes et ne pas perdre en productivité du fait de blocages permanents. Ce qui ne doit en rien l’empêcher de rester vigilant pour autant !
Au-delà des chartes d’utilisation, vers un usage strictement professionnel des postes de travail ?
En dehors de quelques secteurs manipulant des données sensibles où les postes de travail sont très verrouillés et limitent au strict minimum les usages, nombreux sont les utilisateurs à se servir de leur poste de travail pour leurs usages personnels. Allant souvent même jusqu’à autoriser leurs enfants à s’en servir, ou jouer en réseau avec. Une situation sans doute encore exacerbée avec l’accélération du télétravail, quand ce n’est pas l’entreprise qui demande au collaborateur d’utiliser sa machine personnelle pour ne pas avoir à payer une machine professionnelle
Si un certain nombre d’organisations ont mis en place des chartes d’usages et des outillages informatiques mis à disposition de leurs collaborateurs, dans les faits, peu d’entre elles appliquent des sanctions en cas de comportements imprudents, même s’il en résulte des situations particulièrement graves pour l’ensemble du système d’information (perte, vol de données ou ransomwares, etc.).
Avec le développement de l’informatique domestique (smartphones, tablettes, PC, accès internet), associé à des risques numériques toujours plus importants pour les organisations, peut-être est-il temps pour ces dernières de limiter strictement aux usages professionnels les outils numériques de l’entreprise mis à disposition de leurs collaborateurs.
Dans ce cas, on parlerait d’outils numériques de service (uniquement à usage professionnel) et non plus d’outils numériques de fonction (à usage « global » du salarié). Cela ne résoudra pas tous les problèmes en matière de cybersécurité, mais pourrait a minima contribuer à cyber-responsabiliser les collaborateurs et ainsi à l’amélioration des usages.
Le « métavers » sera-t-il une nouvelle étape révolutionnaire ou un mirage sur internet ? Depuis que Mark Zuckerberg, le patron de Facebook a annoncé l’an dernier vouloir tout miser sur ce concept de monde virtuel imaginé en 1992 par l’écrivain Neal Stephenson – au point de rebaptiser Facebook en Meta – le métavers, contraction de meta et d’univers, ne cesse d’agiter la Silicon Valley et au-delà.
Un fashion week virtuelle
Car si Zuckerberg, fort de ses quelque 3 milliards d’utilisateurs, rêve d’un espace à sa main tout entier dévolu aux échanges et à la consommation – une sorte de Facebook dans lequel on s’immergerait en chaussant des lunettes de réalité virtuelle – il aura de la concurrence. Baidu, la multinationale équivalente de Google en Chine, a ainsi lancé Xi Rang (Terre d’espoir).
Decentraland, créé en 2015 par les argentins Ari Meilich et Esteban Ordanoun dispose de sa propre monnaie virtuelle (la cryptomonnaie Mana) et se prépare à héberger sa première Fashion Week virtuelle en mars prochain. Et lors du CES 2022, le plus grand salon de l’électronique grand public qui s’est achevé la semaine dernière à Las Vegas, le géant Samsung a dévoilé son univers virtuel, Samsung 837X, un immeuble de trois étages dans Décentraland pour présenter ses nouveaux produits.
Reste que si l’enthousiasme des géants de l’internet et des marques est lui bien réel, il restera à convaincre les internautes de basculer dans ces univers en faisant œuvre de pédagogie.
35 % des Français seulement savent de quoi il s'agit...
Selon un sondage Ifop pour Talan paru jeudi seulement 35 % des Français déclarent voir de quoi il s’agit, dont 14 % « précisément ». « Les plus jeunes montrent ainsi une meilleure connaissance du sujet (42 % des 18-24 ans voient ce que sont les métavers, contre 28 % des 65 ans et plus), tout comme les catégories socio-professionnelles supérieures (59 % des diplômés du supérieur contre 27 % des personnes sans diplômes). Ces deux fractures, générationnelle et sociale, se manifestent d’ailleurs également dans les représentations associées aux métavers et dans les potentiels usages », explique Frédéric Dabi, directeur général Opinion de l’Ifop.
Les usages perçus des métavers restent principalement centrés autour du divertissement, les Français ne percevant pas encore la diversité des débouchés proposés par les métavers, 21 % les jugeant même inutiles. 8 % seulement envisagent de créer son double numérique et une nette minorité de Français se dit prête à investir de son argent dans des biens et services numériques…
... et 75 % sont inquiets
Le concept en lui-même n’est pas rassurant : les métavers suscitent la crainte d’une nette majorité de Français (75 %), même au sein des catégories de population les plus en pointe sur le sujet (49 % des 18-24 ans sont craintifs). En conséquence, 50 % des personnes ayant des craintes vis-à-vis des métavers sont favorables à une législation (contre 39 % de ceux qui n’ont pas de crainte). Les Français semblent de plus avoir conscience des limites de la virtualisation de nos activités : huit sur dix estiment qu’un monde virtuel ne permettrait pas de réduire les émissions de carbone du monde réel, ce que vantent leurs promoteurs des métavers.
Le défi pour Facebook et les autres sera donc de convaincre le grand public de l’utilité des métavers, de leur sécurité et de leur accès abordable pour tous, et pour les Etats de garantir un cadre précis. On n’en est qu’aux débuts.
(Article paru dans La Dépêche du Dimanche du 16 janvier 2022)
Comme beaucoup, j’ai regardé en famille le film Don’t Look Up : Déni cosmique, avec Jennifer Lawrence et Leonardo DiCaprio, diffusé le 24 décembre 2021 sur Netflix. J’ai rapidement entendu mes filles, étudiantes, dire : « Eh, maman, c’est pareil que pour le changement climatique ! »
Le réalisateur Adam McKay y mêle « l’absurde, le comique, à une douleur très réelle », pour faire réfléchir sur notre capacité à agir face à une menace grave, et souligner la nécessité de « la prise de conscience, la volonté et l’action ».
J’aimerais partager ici les réflexions que ce film m’a inspirées, en tant que chercheuse en sciences du climat engagée pour le partage des connaissances scientifiques, au regard de mes expériences personnelles à l’interface entre science et société.
Bande-annonce de Don’t Look Up (Netflix, 2022).
Le sentiment de vivre une tragédie grecque
Cette sombre satire joue de ressorts classiques (transposition, exagération) pour dénoncer une mascarade sociale empreinte de déni, de vanité, de cupidité et de perte du sens de l’intérêt général.
Le personnage de Kate Dibiasky – la jeune doctorante jouée par Jennifer Lawrence qui découvre la comète et réalise qu’elle se dirige tout droit vers la Terre – m’a particulièrement touchée.
Par ses doutes, par son questionnement sur la bonne manière de s’exprimer, par sa capacité à se remettre en question. Mais aussi par son désespoir de ne pas réussir à faire mieux, ce sentiment de vivre une tragédie grecque annoncée, sans jamais voir arriver le sursaut ni le leadership nécessaires.
Le film montre le décalage, que j’ai souvent ressenti, entre la recherche scientifique, les médias et le pouvoir politique. Il pose ainsi la question de la formation des scientifiques pour s’exprimer dans les médias, et la difficulté de journalistes ou de décideurs politiques à intégrer les connaissances scientifiques.
Les scientifiques doivent-ils rester froids, distants, rationnels ? Sont-ils moins crédibles lorsqu’ils laissent transparaître leurs émotions ?
Cet enjeu est encore plus délicat pour les femmes (scientifiques) qui, lorsqu’elles expriment leurs émotions, peuvent rapidement se voir traitées d’hystériques. J’ai mal vécu le fait d’être qualifiée de « pasionaria du climat », un terme qui n’a pas d’équivalent pour un homme – je pense qu’on parlerait alors de « scientifique engagé »…
Trois minutes pour présenter un rapport du GIEC
Le film montre aussi le décalage entre le mode de fonctionnement des scientifiques et les moments d’échanges, rares et brefs, avec les décideurs politiques – qui s’appuient parfois davantage sur une opinion individuelle que sur un socle solide de connaissances. Ainsi, il m’est arrivé d’avoir trois minutes pour présenter un rapport du GIEC à un chef d’État !
Hélas, comme j’ai pu le constater, l’immense majorité des décideurs ne lit pas les « résumés à l’intention des décideurs » du GIEC. J’espère que certains de leurs conseillers les lisent, mais je me demande ce qui leur en est transmis…
Le film montre aussi le cynisme et le déni de responsabilité, l’absence de capacité d’analyse d’une situation inédite et des risques associés aux options d’action et à leur échec possible, l’incapacité à se projeter, et l’absence cruelle de leadership, illustrant au passage la manière dont les scientifiques peuvent se retrouver instrumentalisés dans un storytelling politique.
Plus d’une fois, j’aurais aimé pouvoir dire, aussi crûment que Kate Dibiaski, « Are you fucking kidding me ? », mais cela m’aurait demandé de surmonter la politesse et le respect des autres qui m’ont construite.
Les fausses bonnes « solutions » technologiques
Particulièrement gratiné, le personnage de Peter Isherwell (Mark Rylance), milliardaire de la tech, convainc la présidente des États-Unis (incarnée par Meryl Streep) de retarder une action faisable immédiatement pour détourner la comète. Il impose ainsi une solution à partir de technologies non testées lui permettant d’exploiter les minéraux rares que contient la comète.
Ce personnage porte un type de discours récurrent sur de prétendues technologies à venir, à la faisabilité non démontrée et aux effets indésirables non évalués. Ces « discours d’inaction » prennent des formes multiples. Parmi ceux-ci figure en bonne place une forme d’optimisme technologique, au détriment de la délicate construction de stratégies à partir des leviers d’action disponibles aujourd’hui, prenant en compte leurs effets indésirables et les nécessaires mesures redistributives.
À la tête d’un immense empire tech, Peter Isherwell (Mark Rylance, au centre) influence les décisions de la présidente (Meryl Streep, à droite).Niko Tavernise/Netflix
J’ai observé à plusieurs reprises ce genre d’attitude mêlant cynisme, cupidité et absence d’empathie, lors de discussions informelles précédant ou suivant des tables rondes au contenu très policé en lien avec la finance, la technologie, l’innovation, les grandes entreprises.
Il est aussi très frappant d’observer les plans d’action de secteurs d’activité très émetteurs de gaz à effet de serre, comme les énergies fossiles et le transport aérien, qui recourent massivement à des technologies censées permettre d’éliminer du CO2 de l’atmosphère au lieu de décarboner rapidement leurs activités, et leur refus des contraintes nécessaires pour réduire la demande.
La désinformation comme une traînée de poudre
Le film illustre bien les travers de la société du spectacle et de la surconsommation, la manière dont fonctionnent certains médias, la désinformation qui se propage plus vite que les connaissances solidement établies.
J’ai moi aussi souffert de cette dissonance : comment aborder les enjeux graves liés au changement climatique dans une sphère médiatique peuplée de personnalités souvent nombrilistes, et qui privilégie la distraction, la controverse et le simplisme, entre deux publicités poussant à consommer et à émettre toujours plus ?
Les scientifiques Randall Mindy et Kate Diabasky tentant de faire passer leur message sur le plateau du talk-show animé par Brie Evantee (Cate Blanchett) et Jack Bremmer (Tyler Perry).Niko Tavernise/Netflix
Par exemple, le dernier rapport du GIEC a été publié le jour de l’annonce du transfert de Lionel Messi au PSG… à votre avis, entre le destin d’un joueur de ballon rond et celui de la planète, qu’est-ce qui a « fait le buzz » ?
Les limites de l’analogie avec le réchauffement climatique
Ceci dit, l’analogie entre la menace d’une comète et celle du changement climatique est loin d’être parfaite. Cet artifice scénique suggère que nous sommes tous face au même danger, avec une réponse binaire : on gagne tous, ou on perd tout.
Concernant le climat, la réalité est bien plus complexe, avec des enjeux majeurs concernant le caractère inégal des responsabilités, des vulnérabilités, des impacts, et des capacités à agir, tant entre individus qu’entre pays.
L’absence de ces aspects de justice climatique a fait réagir les chercheurs en sciences sociales, comme Stefan Aykut, spécialiste des négociations internationales sur le climat.
Ces enjeux feront l’objet des rapports des groupes 2 (vulnérabilités, impacts, risques, options d’action pour l’adaptation) et 3 (émissions de gaz à effet de serre, options d’action pour l’atténuation) du GIEC, attendus le 28 février et 4 avril 2022.
Dans ce contexte, Don’t Look Up met l’accent sur les individus et le pouvoir (le sommet de l’État, la télévision, les milliardaires de la tech), au détriment de tout ce qui fait la société, notamment les organisations collectives et les mécanismes de solidarité.
Sortir du déni, par où ?
Ceci pose, en creux, la question de savoir d’où pourrait venir un sursaut collectif pour sortir du déni.
Par exemple, alors que les enquêtes d’opinion montrent que le changement climatique constitue une préoccupation majeure, pourquoi ne fait-il pas l’objet de questions sérieuses posées aux candidats et candidates pour toute élection ?
Quelles sont les propositions pour nous préparer aux conséquences inévitables d’un climat qui change, quelles sont les propositions pour apporter notre contribution à la baisse indispensable et rapide des émissions mondiales de gaz à effet de serre ? Quel futur voulons-nous construire, au lieu de se regarder le nombril ?
La réalité, hélas, est parfois pire que la fiction : le film ne montre que partiellement le cynisme de ceux qui profitent du statu quo, ou le rôle des marchands de doute qui ont construit la désinformation et le greenwashing pour semer la confusion et sauvegarder leurs profits.
L’exemple du rapport spécial du GIEC de 2018
Par exemple, lors de la COP21 (2015) et dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, l’ensemble des pays avait demandé au GIEC de rendre un rapport spécial sur un réchauffement de 1,5 °C.
Cette évaluation de l’état des connaissances, qui a demandé un travail colossal en peu de temps, a été finalisée en 2018 et approuvée par tous les pays (c’était un peu rock’n roll !). Je la résume en disant que chaque demi-degré compte, chaque année compte, et chaque choix compte ; le rapport de 2021 ajoute que chaque région est concernée, et que chaque tonne de CO2 compte… Tout est ici, sur le site du GIEC et dans mes fils Twitter.
Vidéo évoquant le rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C. (IPCC/Youtube, 2019)
Bref, quand ce rapport spécial avait été présenté à la COP24 en 2018, 4 pays (dont, à l’époque, les USA, la Russie et l’Arabie saoudite) ont tout fait pour que ses conclusions ne soient pas intégrées aux décisions de la Convention des Nations unies.
Cela illustre aussi les défis posés par les relations entre l’état des connaissances scientifiques et la manière dont elles peuvent être instrumentalisées ou, si elles dérangent, ignorées.
Les choses se sont un peu améliorées depuis, puisque la décision de la COP26 de novembre 2021 démarre par « science et urgence », soulignant l’urgence à accélérer l’action pour le climat.
Un succès à suivre
Je termine en soulignant que la satire et le rire sont des leviers formidables pour susciter la réflexion et stimuler l’esprit critique et la curiosité.
À cet égard, il sera intéressant de suivre le nombre de visionnages d’un film comme Don’t Look Up par rapport à ceux de documentaires comme Before the Flood de Leonardo DiCaprio, en 2016.
Ce film permettra-t-il de toucher un public plus large, ou est-ce une distraction qui fait porter le débat sur le film et non sur les problèmes de fond ? Je note en tout cas que mes commentaires concernant ce film, postés sur Twitter, ont généré davantage de réactions en un seul jour que mon résumé du rapport du GIEC de cet été en près de cinq mois !
Valérie Masson-Delmotte, Chercheuse en sciences du climat, coprésidente du groupe de travail I du GIEC, directrice de recherche au CEA (Commissariat à l’énergie atomique), Université Paris-Saclay
Comment réduire les émissions de CO2 issues du transport maritime mondial qui représentent, selon les données de la Commission européenne, 940 millions de tonnes, soit 2,5 % des émissions totales, alors même que le fret via cargo est indispensable à l’économie mondiale ? Pour résoudre cette équation la start-up toulousaine Airseas a imaginé doter les immenses cargos d’une voile. Mais pas n’importe quelle voile : une voile similaire à celle des kitesurfs, arrimée à la proue des géants des mers.
20% de CO2 en moins, 20% de fuel en moins
Ces kites géants et semi-automatisés, ont été appelés « SeaWing » (« ailes marines ») et devraient permettre d’économiser 20 % de carburants et diminuer de 20 % les émissions de CO2 d’un cargo. AirSeas « fonctionne comme un auxiliaire des moteurs du navire. Un simple interrupteur marche/arrêt lance ou récupère le kite. SeaWing se déplie, fonctionne et se replie de manière autonome. Le système collecte et analyse automatiquement les données météorologiques et océaniques de son environnement en temps réel. Il s’adapte à ces informations afin d’optimiser ses performances tout en garantissant une sécurité maximale. De plus, l’interface du logiciel AirSeas conseille le capitaine quand utiliser le système et propose l’itinéraire le plus rentable pour atteindre la destination à temps en utilisant le kite », explique la société qui travaille sur son idée depuis plus de cinq ans et qui vient d’entrer dans une phase d’expérimentation avec Airbus. Vincent Bernatets, PDG et co-fondateur d’AirSeas, est d’ailleurs un ancien ingénieur d’Airbus.
The installation of Airseas’ Seawing on Louis Dreyfus Armateur’s Ville de Bordeaux - with formal approval from @BV_Marine to begin operations at sea - represents a significant milestone in #shipping’s pathway towards a more #sustainable future. Watch the installation ⬇ pic.twitter.com/1WDt5allST
L’avionneur européen, qui dispose de plusieurs rouliers pour transporter ses pièces d’avion, avait passé un contrat en septembre 2018 avec AirSeas. Le mois dernier, la société a donc installé sa voile sur le « Ville de Bordeaux », qui réalise, entre autres, des rotations mensuelles entre Saint-Nazaire et le site d’assemblage de l’A320 de Mobile, aux États-Unis.
Une voile de 1 000 m2
Un mât télescopique de 30 mètres de haut et la cuve qui renferme le kite replié de 500 m2 et 700 mètres de câbles ont ainsi été installés mi-décembre sur le navire de 154 mètres de long appartenant à Louis Dreyfus Armateur, qui le loue à Airbus. Une campagne de tests va désormais être conduite pour les six prochains mois. AirSeas envisage à terme d’équiper une cinquantaine de cargos avec sa SeaWing, dont la version finale pourrait atteindre 1 000 m2. Des tests sont également prévus avec l’armateur japonais K-Line.
L’idée d’associer des voiles aux cargos pour leur permettre de rentrer dans les clous des nouvelles législations – réduire de 40 % l’émission de CO2 du transport maritime d’ici 2030 – a aussi été développée par d’autres sociétés, comme l’allemand Skysails.
L’Europe dira-t-elle merci à Marck Zuckerberg, le PDG de Facebook (aujourd'hui rebaptisée Meta) lorsqu’elle lancera son euro numérique ? En tout cas, c’est bien le fondateur du réseau social aux 2 milliards de membres qui aura accéléré la prise de conscience sur le sujet. En juin 2019, Mark Zuckerberg présente le libra, le nouveau nom du Facebook Coin, une monnaie virtuelle qui devait être utilisée pour des paiements et des transferts d’argent à partir des messageries WhatsApp et Messenger (propriétés de Facebook).
« Zuck » voit les choses en grand et réussi à réunir vingt-huit partenaires, dont des poids lourds du secteur du paiement et des transactions sur internet comme Mastercard, Visa, Paypal, mais aussi Uber, Spotify et en France, Iliad, la maison – mère de Free. Si les banques centrales regardent l’initiative avec intérêt – Facebook pourrait essuyer les plâtres pour elles – il en va autrement des Etats qui voient l’une de leur prérogative régalienne, frapper monnaie, leur échapper. « Que Facebook crée un instrument de transaction, pourquoi pas. En revanche, que ça devienne une monnaie souveraine, il ne peut pas en être question », tonne Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances. Les critiques se multiplient sur la protection des données personnelles, le G7 crée un groupe de travail, Facebook est sommée de venir s’expliquer devant le Congrès américain.
Facebook contraint à faire marche arrière
Le Prix Nobel d’Economie Joseph Stiglitz assène que « seul un imbécile ferait confiance à Facebook pour son bien-être financier. » Face à la bronca, les partenaires initiaux quittent le projet les uns après les autres et Zuckerberg est contraint de changer ses plans. Exit le libra indépendant, place au diem, une cryptomonnaie adossée à des monnaies nationale (on appelle ce type de monnaie une stablecoin). Pour l’heure seul un diem adossé au dollar (1 diem = 1 $) est dans les tuyaux.
Le projet avorté du libra a, en tout cas, convaincu les Etats de s’intéresser de près au sujet et poussé les banques centrales à vouloir créer leur monnaie numérique. La Chine aura son yuan numérique. En Europe, la Banque centrale (BCE) et les banques centrales nationales des pays de la zone euro réfléchissent à un euro numérique et lancent en septembre 2020 une expérimentation à laquelle participent des représentants des milieux universitaires et du secteur privé.
Des tests sont réalisés dans quatre domaines essentiels : registre propre à l’euro numérique ; confidentialité et lutte contre le blanchiment de capitaux ; limites à la circulation d’un euro numérique ; accès pour les utilisateurs finaux non connectés à l’internet et soutien à l’inclusion avec des appareils appropriés. Aucun obstacle technique majeur n’est alors détecté.
La BCE lance une étude pour 2 ans
En juillet 2021, s’appuyant sur cette expérimentation, le Conseil des gouverneurs de la BCE décide de lancer un projet d’euro numérique. « La phase d’étude, qui durera 24 mois, vise à traiter les questions essentielles se posant en termes de conception et de distribution. Un euro numérique doit répondre aux besoins des Européens mais aussi contribuer à prévenir les activités illégales et éviter tout effet indésirable sur la stabilité financière et la politique monétaire », indique la BCE.
Un euro numérique garantirait que les habitants de la zone euro puissent bénéficier d’un moyen de paiement gratuit, simple, universellement accepté, sans risque et inspirant confiance et serait accessible à tous, ménages comme entreprises. « Un euro numérique existerait parallèlement aux espèces, sans les remplacer. L’Eurosystème veillera à ce que vous disposiez toujours de billets et pièces, dans l’ensemble de la zone euro », précise la BCE.
La phase d’étude a officiellement commencé en octobre dernier pour deux ans et tout reste encore ouvert. Certains craignent qu’un euro numérique tue l’innovation en matière de cryptomonnaies. Verdict fin 2023.
(Article publié dans La Dépêche du Midi du 2 janvier 2022)
C’est un harnachement qui a longtemps relevé de la science-fiction : des hommes enfilaient une lourde combinaison qui leur permettait de décupler leurs forces, soulever de lourdes charges en se jouant des obstacles, Les exosquelettes – ou squelettes externes à assistance motorisée – sont aujourd’hui une réalité et dépassent le seul cadre d’un usage militaire. Comme souvent, en effet, ce sont les armées qui se sont intéressées de près au sujet : en 2016, l’armée de terre américaine et le corps des fusiliers marins avaient ainsi développé PowerWalk, un exosquelette qui récupérait l’énergie grâce aux mouvements des jambes des soldats. Des soldats plus autonomes et plus endurants.
En mars dernier, le Battle Lab Terre de l’Armée de terre française, a lancé une campagne exploratoire de mise en situation opérationnelle des exosquelettes passifs, acquis par l’Agence Innovation Défense (AID), auprès de la société Mawashi. Trois régiments ont mené des tests (1er RCP, 17e RGP et 13e BCA). Le Battle Lab Terre interroge également l’apport d’une telle technologie lors d’une mission type Sentinelle.
De l’industrie à la médecine
Mais les exosquelettes se développent désormais dans la sphère civile avec différents degrés de sophistication. Ils intéressent beaucoup l’industrie (automobile, aéronautique), le secteur du BTP ou l’agriculture, autant de domaines où l’on est amené à porter de lourdes charges. Dans le domaine de la viticulture par exemple, des vignerons ont essayé plusieurs types de harnais (Corfor, Hapo, Lift suit…).
L’exosquelette est également utile dans le domaine médical. Wandercraft, spécialisée dans la robotique dynamique de marche, commercialise un exosquelette dédié à la rééducation depuis 2019. Son exosquelette Atalante vient d’être adopté par les hôpitaux AP-HP Rothschild à Paris, Raymond-Poincaré AP-HP à Garches et par la Clinique des Trois Soleils à Boissise-le-Roi. « L’exosquelette auto-stabilisé de Wandercraft nous intéresse particulièrement car, en libérant la partie supérieure du corps du patient, il permet d’imaginer de nouvelles approches thérapeutiques en dédiant la marche ainsi retrouvée à une activité intégrant l’utilisation des mains. Des traitements plus intensifs et plus précoces sont envisageables, avec une motivation accrue des patients et une charge diminuée pour les soignants », se félicite le professeur Philippe Thoumie, chef du service de rééducation neuro-orthopédique de l’hôpital Rothschild AP-HP.
« Nous attendons de ce dispositif qu’il nous aide à proposer des traitements optimaux pour tous types de patients, en particulier ceux atteints d’une lésion cérébrale aiguë ou d’une lésion médullaire. » explique le professeur Djamel Bensmail, chef du service de MPR de l’hôpital Raymond-Poincaré AP-HP. Wandercraft travaille avec des laboratoires universitaires de robotique dynamique et des équipes médicales de premier plan, en Europe et aux Etats-Unis.
Les innovations de demain ne sont pas l’apanage des grands groupes numériques de la Silicon Valley. Elles peuvent être aussi le fait de petites start-up. La France en sait quelque chose, qui, depuis le lancement de la French Tech, connaît un développement fulgurant. Non seulement les start-up de la French Tech ont dépassé la barre symbolique des 10 milliards d’euros de fonds levés en 2021, mais leur notoriété ne cesse de grandir. Comme les années précédentes, la délégation française pour le Consumer electronic show (CES) de Las Vegas, l’un des plus grands salons de l’électronique grand public qui doit se dérouler du 5 au 8 janvier sera l’une des plus importantes. Business France, qui gère la délégation tricolore, prévoit d’emmener « plus de 150 représentants » au CES. Toutefois le salon enregistre des défections en raison de l’épidémie de Covid-19, mais il reste pour l’heure maintenu.
23 pépites de la région
Comment l’an passé, l’Occitanie va être dignement représentée avec 23 pépites, accompagnées par la Région et son agence Ad’Occ. Jalil Benabdillah, vice-président régional en charge de l’économie, l’emploi, l’innovation et la réindustrialisation représentera la présidente Carole Delga à la tête de cette délégation dont les membres ambitionnent de se faire remarquer parmi les quelque 1 700 exposants. D’ores et déjà, parmi les 23 entreprises régionales présentes, 17 ont été retenues pour exposer sur l’Eureka Park du CES aux côtés des meilleures innovations mondiales.
« L’écosystème particulièrement riche et innovant que nous avons en Occitanie nous permet d’être actifs à l’international et reconnu au CES. C’est une formidable vitrine pour nos start-up qui leur permet d’accélérer leur développement industriel et commercial. Après deux années de crise, la Région se mobilise plus que jamais pour aider les entreprises régionales à aller de l’avant et à renouer avec la très bonne dynamique d’avant 2020. » a déclaré Carole Delga.
Parmi les 23 entreprises, on peut citer Ellona (Surveillance des nuisances en atmosphère extérieure et intérieure), FittingBox (essayage virtuel de lunettes) Kryptulip (une fintech spécialisée sur la technologie NFT), MyOwnVoice (copie digitale de votre voix avec 50 phrases), Naio Technology (très connu pour ses robots agricoles et lauréate d’un CES Awards 2022), Cryosocks (récupération musculaire rapide), 3D aerospace (surveillance par satellite au service des industries), Nimble One (robot ARU) ou Bleujour et son ordinateur cubique design. Toutes seront sur l’Eureka Park. Eye-Light, qui a imaginé un affichage tête haute pour moto et voiture et Road-light et son dispositif de sécurité lumineux pour cycliste seront, elles, sur le pavillon auto-mobilité. Beaucoup de diversité donc et des innovations made in Occitanie.
Peut-on un instant ne plus s’intéresser aux courbes vertigineuses et angoissantes de la progression du variant Omicron ? Est-il encore possible d’oublier cette épidémie de Covid-19 qui, depuis bientôt deux ans, met à l’épreuve et épuise l’Humanité ? Non seulement on le peut, car les Hommes ont fait montre partout dans le monde d’une incroyable résilience, mais on le doit lorsque c’est précisément un projet à l’échelle du destin de la planète qui nous invite à faire une pause, à porter notre regard au loin, vers les confins de l’espace, terra incognita du XXIe siècle.
La communauté spatiale internationale – l’Agence spatiale européenne, celle du Canada, Arianespace et la Nasa – nous offre, en effet, un beau cadeau de Noël avec le lancement prévu aujourd’hui du télescope James Webb, le successeur du célèbre Hubble. Après trois reports, un créneau de 32 minutes sera disponible à 12 h 20 GMT aujourd’hui…
10 milliards de dollars, 10 000 personnes mobilisées
C’est peu dire que l’attente fut longue puisque le projet de ce télescope ultra-perfectionné a été lancé… dans les années 1990. Sa construction a commencé en 2004 et son lancement, initialement prévu en 2007, a sans cesse été repoussé, notamment à cause de la complexité de son développement dont le coût a explosé, avoisinant au final les quelque 10 milliards de dollars.
La construction du télescope a donc constitué une belle aventure scientifique, technique et industrielle qui a permis de mettre en œuvre une immense collaboration internationale puisqu’il intègre des instruments canadien et européen. Le projet aura mobilisé plus de 10 000 personnes au total qui vont retenir leur souffle lorsque la fusée Ariane V décollera depuis Kourou pour poursuivre l’aventure.
La prochaine étape sera le très délicat déploiement des miroirs du télescope à 1,5 million de kilomètres de la Terre, qui devrait prendre deux semaines. Viendra ensuite la partie scientifique de l’aventure, qui s’annonce fascinante tant les attentes sont grandes.
Big bang et exoplanètes
Car avec le télescope James Webb, qui sera en orbite autour du Soleil, l’Humanité chaussera de nouvelles lunettes pour voir plus loin et répondre à cette question qui passionne depuis la nuit des temps : une autre planète Terre est-elle possible ? Car ce nouveau télescope, le plus puissant et le plus grand jamais envoyé dans l’espace, va révolutionner notre façon de voir les atmosphères de ces planètes, reflet de ce qui se passe en surface. À côté de l’étude des exoplanètes, le télescope permettra d’explorer les premiers âges de l’Univers, en remontant jusqu’à seulement quelques centaines de millions d’années après le Big Bang. Les scientifiques pourront ainsi observer les premières galaxies et les premières étoiles.
Loin de l’infiniment petit d’un coronavirus, c’est vers l’infiniment grand que le voyageur James Webb nous convie.
Philippe Rioux
Quatre questions sur le JWST
À quoi ressemble-t-il ?
Sa pièce-maîtresse est son immense miroir principal, mesurant 6,6 mètres de diamètre et formé de 18 miroirs plus petits, de forme hexagonale. Ils sont faits debéryllium et recouverts d’or pour mieux réfléchir la lumière captée des confins de l’Univers. L’observatoire comporte également quatre instruments scientifiques: des imageurs permettant de faire des photos du cosmos, et des spectromètres, qui décomposent la lumière pour étudier les propriétés chimiques et physiques des objets observés. Le miroir et les instruments sont protégés par un énorme pare-soleil, composé de cinq couches superposées.
Grandes comme un terrain de tennis, elles sont aussi fines qu’un cheveu, et faites de kapton, un matériau choisi pour sa résistance à des températures extrêmes: une face sera à plus de 110°C et l’autre à -235°C. Également à bord: un module de service contenant le système de propulsion, de communication... Au total, l’observatoire pèse l’équivalent d’un bus scolaire.
Où va-t-il ?
Le télescope va être placé en orbite à 1,5 million de kilomètres de la Terre, soit quatre fois la distance de notre planète avec la Lune. Contrairement au télescope Hubble qui tourne autour de la Terre, James Webb sera lui en orbite autour du Soleil. Il évoluera en constant alignement avec le Soleil et la Terre, «derrière» celle-ci. Son miroir fera constamment dos à notre étoile. Il mettra environ un mois à atteindre cette position, appelée point de Lagrange L2. À cette distance, aucune mission habitée de réparation ne peut être envisagée, comme cela avait été le cas pour Hubble.
Comment va-t-il se déployer ?
Le télescope étant trop grand pour entrer dans une fusée, il a été plié sur lui-même. Une contrainte technique qui engendre la partie la plus compliquée de la mission: son déploiement dans l’espace, le plus périlleux jamais tenté par la Nasa. Environ 30 minutes après le décollage, l’antenne de communication et les panneaux solaires l’alimentant en énergie seront déployés. Puis le déploiement du pare-soleil, jusqu’ici plié comme un accordéon, commencera au sixième jour, bien après avoir dépassé la Lune. Ses fines membranes seront guidées par un mécanisme complexe impliquant 400 poulies et 400 mètres de câble. Durant la deuxième semaine, viendra enfin le tour du miroir. Une fois dans sa configuration finale, les instruments devront refroidir et être calibrés, et les miroirs très précisément ajustés. Au bout de six mois, le télescope sera prêt.
Que va-t-il faire ?
James Webb a deux grandes missions scientifiques représentant plus de 50% du temps d’observation. D’abord, explorer les premiers âges de l’Univers, en remontant jusqu’à seulement quelques centaines de millions d’années après le Big Bang. Les scientifiques veulent observer les premières galaxies et les premières étoiles... Sa deuxième grande mission sera d’étudier des exoplanètes, c’est-à-dire des planètes autour d’autres étoiles que notre Soleil, en quête d’environnements habitables, en étudiant notamment leur atmosphère. La grande nouveauté de James Webb est qu’il opérera uniquement dans l’infrarouge proche et moyen. Il pourra ainsi voir à travers des nuages de poussière impénétrables pour Hubble, qui a une petite capacité infrarouge mais opère surtout dans la lumière visible et les ultraviolets. Sont aussi prévues des observations plus proches, dans notre système solaire, de Mars ou encore Europe, une lune de Jupiter.
Il y a fort à parier que les sujets de discussions qui viendront à la table de Noël seront aussi ceux qui ont le plus suscité de débat sur les réseaux sociaux. Comme chaque année, Visibrain, société spécialisée dans la veille des médias sociaux, dresse le bilan des sujets qui ont marqué les Français sur Twitter en 2021 avec son palmarès des hashtags (mots-dièses) les plus cités. Sans surprise, le Covid-19 est sur la première marche du podium mais il baisse avec 6,4 millions de tweets en français (sur un total de 81 millions toutes langues confondues).
« L’épidémie de coronavirus s’impose, pour la deuxième fois consécutive, comme le sujet le plus commenté de l’année sur Twitter. Pourtant, deux fois moins de messages ont été publiés sur la crise sanitaire que l’année passée (en 2020, #Covid19 = 12,9 millions de tweets). », explique Visibrain. Peut-être les Français arrivent-ils à saturation ? « La crise sanitaire est actuellement moins commentée qu’en début d’année : 66 % des tweets sur le sujet ont été publiés pendant le 1er semestre 2021. Un léger regain d’activité s’observe toutefois fin novembre, lié à la troisième dose du vaccin » et au variant Omicron.
En 2e position, on trouve #Concours avec 6,2 millions de tweets en français. « Après une baisse du volume de tweets entre 2019 et 2020, les jeux concours reviennent en force Le hashtag génère ainsi 1,4 fois plus de messages que l’année dernière. Xbox, PS5, Switch… Près d’un jeu concours sur deux est associé au gaming, une tendance très forte sur Twitter. »
Du pass sanitaire à Zemmour
Troisième position : #PassSanitaire avec 4,6 millions de tweets en français. « Objet de tous les débats, il est au centre de 4,6 millions de tweets depuis le 1er janvier 2021. Mais c’est en juillet que les conversations autour du Pass grimpent réellement en flèche (4 tweets par seconde au plus haut pic d’activité). Le sujet restera au centre des conversations tout l’été : 67 % des tweets avec le hashtag #PassSanitaire ont été publiés en juillet et août 2021. »
À la 4e place, le président de la République avec ses nombreuses allocutions. #Macron a suscité 4 millions de tweets en français. Le chef de l’État est la figure politique dont on parle le plus sur la twittosphère française. « Toutefois, #Macron, qui était le deuxième hashtag le plus viral l’année dernière, se retrouve à la quatrième place du classement cette année. Et pour cause, il génère 1,3 moins de messages qu’en 2020. Ce sont ses différentes prises de parole sur la situation sanitaire (#Macron20h = 1 million de messages) qui font grimper le volume de tweets à son sujet. »
En 5e position, l’une des téléréalités préférées des Français : le jeu Koh Lanta. Avec 2,5 millions de tweets, #KohLanta est bel et bien l’émission de télévision la plus populaire sur Twitter. « Aucun rebondissement n’échappe aux internautes qui commentent activement, chaque soir de diffusion, l’émission sur Twitter. Le pic de messages le plus notoire a été enregistré le 24 août 2021 pour le lancement de « Koh-Lanta La Légende » : 201 161 tweets en français. »
À la 6e place, #FreeSenegal, apparu début mars 2021 pour dénoncer des atteintes à la démocratie, a suscité 2,1 millions de tweets en français.
Les supporters de l’Olympique de Marseille ont propulsé #TeamOM à la 7e position des hashtags les plus partagés en 2021 avec 1,9 million de tweets en français.
Suivent deux sujets plus politiques : #SaccageParis (8e) qui dénonce la malpropreté à Paris et fustige Anne Hidalgo a atteint 1,8 million de tweets en français et #Zemmour (9e) qui recueille 1,6 million de tweets en français. « Il génère, à titre de comparaison, 1,5 fois plus de messages que #Euro2020. Avec l’élection présidentielle qui approche, 71 % des messages sur le désormais candidat ont été publiés sur les 3 derniers mois (1er septembre – 1er décembre 2021) », note Visibrain.
Enfin, en 10e position on trouve #TPMP (Touche pas à mon poste, l’émission de Cyril Hanouna sur C8) avec 1,3 million de tweets en français.
À l’issue de 32 minutes de vente, le marteau de Me Claude Aguttes est tombé ce mardi 21 décembre pour adjuger le tout premier SMS envoyé au monde.
Le nouveau propriétaire, un professionnel des télécommunications canadien, a déboursé 132 680 € (frais inclus) pour cette réplique du protocole de communication du tout premier SMS jamais envoyé et immortalisé sous la forme d’un NFT.
Vodafone a pris la décision de reverser le produit de la vente à l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) afin d'aider ces personnes.
« Nous sommes très heureux de ce succès. Nous croyons en l'importance de l’aspect caritatif de cette vente qui nous donne l’opportunité de soutenir une bonne cause. Il s'agissait d'une vente aux enchères unique, d'un véritable artefact numérique. Ce ne sera pas le dernier NFT qui passera sous le marteau au sein de la maison Aguttes, mais celui-ci restera exceptionnel pour nous. L’importance et l’histoire de ce premier SMS nous a motivé à vouloir la partager avec le monde entier et les retombées médiatiques ont démontré et démontrent encore la portée internationale de cette vente qui a été couverte par les rédactions des cinq continents. », a déclaré Maximilien Aguttes, responsable du développement au sein de la maison de ventes.
« Au début, il s’agissait simplement d’une idée. Cette idée s'est transformée en une somme d’argent réelle au service d’une bonne cause », a déclaré le PDG de Vodafone, Hannes Ametsreiter. « Nous avons fait équipe avec des programmeurs et des experts en crypto-monnaies ainsi qu'avec des professionnels du monde des enchères. Nous avons mené l’enquête au sein des archives de Vodafone, et interrogé les témoins de cette histoire, celle de l’envoi et de la réception du tout premier SMS de l’histoire. Notre équipe a travaillé dur pour obtenir le beau résultat obtenu cet après-midi. Le premier SMS au monde vendu sous forme de NFT. Pour aider et soutenir une bonne cause ».
Voilà une nouvelle qui devrait effrayer les antivax et les anti-pass sanitaire persuadés qu’on cherche à les surveiller en les pistant, mais qui pourrait ravir tous ceux qui oublient leur carte bancaire : la société britannique Walletmor* vient d’annoncer le lancement en France du premier implant sous-cutané qui permet de payer sans contact. L’implant est disponible en France au prix de 199 euros et permet à son propriétaire de présenter sa main au-dessus d’un terminal de paiement comme il le ferait avec une carte bancaire classique.
Concrètement, l’implant Walletmor est un petit appareil, de la taille d’une petite épingle, d’un demi-millimètre d’épaisseur (0,5 x 7 x 28 mm) et pesant 1 gramme.
L'implant n'envoie aucun signal
Il est constitué d’un microprocesseur et d’une enveloppe de silicium faisant office d’antenne, le tout enfermé dans une bio-enceinte hermétique. « L’implant est installé dans n’importe quelle partie du corps sous la peau (la paume est recommandée en raison de sa fonctionnalité). Il peut remplacer un portefeuille encombrant et constitue une alternative pratique à une carte de crédit ou à un appareil doté d’une fonction de paiement, y compris un smartphone », indique la société qui entend rassurer ses clients sur la sécurité et l’innocuité du dispositif qui utilise la technologie sans contact NFC (Near Field Communication)
« Les implants n’ont pas leur propre alimentation électrique, ils ne peuvent donc pas envoyer de signaux ou de données via GPS, Bluetooth, etc. La seule trace de notre présence dans un lieu donné peut être la transaction réellement effectuée, enregistrée sur le relevé bancaire, comme dans le cas d’un paiement par carte de crédit ou de débit » explique Walletmor.
Pas de risques pour la santé
Quant aux conséquences sur la santé, aucun risque. Walletmor a travaillé avec les laboratoires de VivoKey Technologies Inc., basés à Seattle, qui ont conduit des tests pendant trois ans. L’enveloppe de biopolymère est faite d’un plastique dit médical qui possède des certificats de biocompatibilité.
« L’implant n’est pas contre-indiqué pour les radiographies et ne provoque pas d’interférence lors de l’IRM. Des études ont confirmé que l’implant Walletmor ne provoque aucune maladie et peut être installé dans le corps sans le moindre risque », indique la société.
Toutefois si le client peut installer lui-même son implant avec le kit fourni, Walletmor recommande de passer par un cabinet médical.
Pass sanitaire et discothèque
Ce type d’implant n’est pas nouveau et peut évidemment servir à d’autres usages que le paiement sans contact. En Suède, Epicenter, une Maison de l’innovation numérique basée à Stockholm, fait ainsi la promotion d’une puce sous-cutanée qui sert… de pass sanitaire. D’autres puces permettent d’ouvrir des portes ou servent comme pass d’accès à des bâtiments.
Les puces sous-cutanées, premier pas vers le transhumanisme, ont également été utilisées il y a quelques années par une discothèque de Barcelone pour réserver son accès VIP à certains clients.
Nul doute que les plates-formes en ligne constituent des espaces d’engagement civique et d’expression politique, plus particulièrement chez les jeunes. Les médias sociaux et les sous-cultures qu’elles renforcent remplissent une fonction non seulement d’organisation et de recrutement, mais aussi d’espace d’éducation et de socialisation politique pour adolescents et jeunes adultes.
Pour diffuser leurs idées, aux États-Unis comme en France, les influenceurs de la droite alternative « alt-right » se sont, sans surprise, approprié la grammaire et les gabarits prédéfinis de YouTube, Instagram ou TikTok.
Le terme alt-right est complexe à définir. Il peut être compris comme un terme générique désignant une coalition d’activistes en ligne opérant principalement dans les pays anglophones. Dans la recherche, l’alt-right est considérée comme une alliance englobant la culture de trolls en ligne, la mouvance masculiniste et les identitaires, avec des variations significatives des influences et des pratiques.
Sentiment de déclin civilisationnel
L’alt-right s’adresse spécifiquement aux jeunes générations partageant le sentiment d’un déclin civilisationnel corrélé aux poussées « immigrationnistes », « multiculturalistes » et plus récemment « wokistes ».
La fréquente convocation des termes de réacosphère ou de fachosphère dans le champ médiatique français atteste de l’importance accordée en France à ce phénomène. Pour Philippe-Joseph Salazar, professeur de rhétorique à l’université du Cap et auteur de « Suprémacistes. L’Enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire », le terme fachosphère désigne l’ensemble des acteurs ayant, depuis une dizaine d’années, appris à exploiter Internet et à redéployer le militantisme « grassroots », c’est-à-dire un activisme émanant de mobilisations spontanées et favorisant une organisation horizontale et participative.
En France, les médias témoignent d’un intérêt grandissant pour une nouvelle galaxie d’idéologues hexagonaux ayant dressé leur camp sur YouTube, Twitter, ou TikTok. Ceux-ci mènent une lutte métapolitique d’inspiration gramscienne – l’idée que le combat se mène d’abord sur le terrain culturel – avec pour objectif de développer un imaginaire alternatif, capable de rivaliser avec le « politiquement correct » véhiculé par les médias mainstream.
À mille lieues du duo de youtubeurs stars Mcfly et Carlito, à l’humour potache dépolitisé (ce qui ne les a pas empêchés d’être reçus à l’Élysée), les influenceurs de l’alt-right française véhiculent des messages politiquement chargés : opération de « reconquista idéologique » à travers des tutoriels « lifestyle » masculinistes et volonté affichée de renouer avec un art de vivre enraciné, libéré de sa tutelle « woke ».
Proposant une socialisation politique alternative aux jeunes électeurs, les idéologues des réseaux oscillent entre parcours « en solo » et activisme coordonné. Le casque vissé sur les oreilles, le youtubeur Raptor, commente l’actualité dans ses « Raptor Talks » (capsules dépassant régulièrement les 600 000 vues) à grand renfort de mèmes. Son credo ? « Une revue d’actualité avec une bonne grosse dose de haine », comme il le dit lui-même.
Les codes de la dissidence s’américanisent
Comme le note le journaliste Paul Conge, auteur d’une enquête sur les « Les Grand-remplacés », ces figures se sont habilement fondues dans la LOL-culture, « gameuse », née sur les forums très fréquentés de jeuxvideo.com.
On remarquera au passage que les codes de la dissidence s’américanisent. Le discours « patriote » jadis francocentré s’efface régulièrement au profit d’un humour transgressif franchisé : ressorts humoristiques « netflixisés », icônes alt-right globalisées (à l’instar de « Pepe the frog »).
Aux États-Unis, cette mouvance alt-right a produit une sémantique propre au groupe avec des termes comme cuckservative (conservateur cocu, c’est-à-dire assujetti au « politiquement correct ») ou « SJW » (social justice warrior, « guerrier de la justice sociale », issu du camp progressiste).
TikTokeurs identitaires
Le pseudonyme d’Estelle RedPill, influenceuse d’extrême droite, renvoie également à la pilule rouge du film Matrix (1999), censée dévoiler le réel. Très médiatisée cette année, bien que récemment bannie de TikTok pour la neuvième fois, l’influenceuse (de son vrai nom Estelle Rodriguez) a longtemps incarné cette nouvelle génération de TikTokeurs « patriotes » ou identitaires, multipliant les formats courts caractéristiques de la plate-forme, depuis sa chambre.
L’influenceuse Estelle Redpill en compagnie de l’écrivain français d’extrême droite Renaud Camus, théoricien du « Grand remplacement ».
On notera que le processus de production de contenu simplifié et favorable aux mèmes, ainsi que l’extrême jeunesse des utilisateurs, font de TikTok un terrain particulièrement fertile pour l’observation des engagements des jeunes, comme l’indique cette étude récente.
Dans leur étude, les chercheurs ont constaté qu’après avoir visionné des vidéos d’extrême droite, la page « For You » commençait à recommander des vidéos similaires basées sur le contenu visionné, alors qu’ils n’interagissaient avec aucun de ces utilisateurs et ne les suivaient pas.
TikTok pourrait de ce fait amener les jeunes utilisateurs qui commencent à être exposés à ce type de contenu (parfois par accident) à visualiser quantité de ces mêmes vidéos dans le futur, offrant à cette plate-forme un haut potentiel métapolitique.
Convivialité gaillarde
D’autres acteurs choisissent de s’inscrire dans une dynamique collaborative. Papacito et l’ancien président du Front national de la jeunesse, l’essayiste Julien Rochedy, signent ainsi un ouvrage commun.
Ces deux figures sont régulièrement accueillies par Baptiste Marchais sur sa chaîne YouTube « Bench & Cigars », aux 234 000 abonnés, diffusant des idées de droite identitaire, sous couvert d’humour et de bonne chère.
Cette dynamique conversationnelle fonctionne sur le principe de l’hypertexte : des contenus renvoyant vers d’autres contenus, consolidant de la sorte un corpus référentiel (culturel, historique et spirituel) commun. Une convivialité gaillarde qui se distingue notamment par l’expression d’une grivoiserie fustigeant l’esprit de sérieux du camp d’en face.
L’interaction entre ces acteurs suit une logique « socio-sémiotique ». La « socio-sémiotique » conçoit les productions signifiantes d’un ensemble d’acteurs comme un processus réflexif plus complexe par lequel ils organisent le monde et s’organisent en son sein – une dynamique d’association se présentant ici sous l’aspect d’une camaraderie numérique.
Dans son article sur l’alt-right américaine, Philippe-Joseph Salazar démontre comment celle-ci parvient à rassembler une communauté d’acteurs et un collectif d’auteurs esquissant les contours d’une « communauté [fellowship] de discours » tournée vers l’avenir.
Dans son dernier « Entretien Choc », Papacito partage ainsi sa volonté de fédérer un ensemble de personnalités susceptibles de « parler à différentes strates de la société » – une ambition se matérialisant par le lancement prochain d’un trimestriel intitulé « La Furia » regroupant un collectif d’auteurs élargi. La revue se présente comme « occasion unique d’occuper l’espace, de réarmer les esprits. D’offrir à la reconquête un vaisseau amiral ».
Gettr, nouveau réseau de l’alt-right
Enfin, pour maintenir le lien avec son audience agrégée, l’objectif de cette nébuleuse en voie de consolidation est de s’immuniser contre toute possibilité de censure de la part des plates-formes.
Le risque – réel – a récemment convaincu certains acteurs à rejoindre Gettr (voir à ce sujet l’analyse de France Inter), un réseau social créé par un ex-conseiller de Donald Trump et présenté comme un lieu « indépendant des grands médias, indépendant de la “cancel culture” et embrassant la liberté d’expression ».
À côté de l’équipe de campagne d’Éric Zemmour, d’ores et déjà présente sur ce réseau, on y retrouve justement Baptiste Marchais et Papacito. Cette migration numérique d’une « diaspora alt-right » vers d’autres plates-formes est plus que jamais susceptible d’accroître le phénomène de sécession de la « réacosphère », à savoir la dislocation d’un espace public en ligne en chambres d’écho autoréférentielles ; d’écosystèmes médiatiques en vase clos soumis, de part et d’autre, aux biais de confirmation et au renforcement idéologique.
Le tourisme spatial est désormais devenu une réalité grâce aux entrepreneurs milliardaires du numérique comme Elon Musk, Jeff Bezos ou Richard Branson dont les sociétés du New Space – respectivement Space X, Blue Origin ou Virgin Galactic – ont amené cette année les premiers civils dans l’espace. Et cette semaine, c’est l’agence spatiale russe Roscosmos qui vient d’amener un milliardaire japonais vers la Station spatiale internationale (ISS).
Mais ces vols de « découverte » ont un inconvénient : leur coût de plusieurs millions d’euros. On parle de 22 millions d’euros la place chez SpaceX ou 28 millions chez Blue Origin même si ces tarifs devraient baisser aux alentours de 250 000 $ à l’avenir.
Une start-up de l’Hérault
Le tourisme spatial va-t-il se démocratiser dans les prochaines années ? C’est le rêve de plusieurs sociétés dans le monde qui veulent recourir à des ballons stratosphériques pour que l’on puisse admirer la courbure de la Terre depuis l’espace.
La start-up américaine Space Perspective, dirigée par deux anciens ingénieurs de la Nasa, l’agence spatiale américaine (Nasa), a mis au point une capsule pressurisée bien plus confortable que les vols réalisés cette année et dotée de très larges baies vitrées pour admirer le spectacle. Huit personnes peuvent ainsi embarquer à bord de cette capsule baptisée « Neptune » pour une lente ascension vers la stratosphère. La société a réalisé un test en juin dernier avec succès : le ballon est monté à 33 043 mètres avant de redescendre et d’amerrir dans le golfe du Mexique, à 80 kilomètres au large de la côte ouest de la Floride. Le vol aura duré 6 h 30. Space Perspective prévoit des vols commerciaux fin 2024 et a d’ores et déjà ouvert sa billetterie : le ticket d’entrée est à 125 000 $ (110 400 €). 450 personnes ont déjà acheté leur place. La cofondatrice de la société, Jane Poynter, entend faire baisser les prix entre 30 000 et 40 000 $ (35 000 €).
Initiative similaire avec les Français de Zephalto, installés au Pouget dans l’Hérault, qui travaillent avec le CNES et l’Agence spatiale européenne sur leur projet. Soutenue par la Région Occitanie et l’Europe, la société occitane, fondée en 2016 par Vincent Farret d’Astiès et dirigée avec Guillaume Aldegheri, a déjà réalisé en septembre un vol d’essai à faible altitude avec un ballon de 70 m de hauteur. Le ballon définitif devrait faire 130 m et soulever une capsule pour des vols de 6 heures à une semaine à 25 km d’altitude, grâce à un ingénieux régulateur d’altitude fonctionnant à l’énergie solaire. La perspective de croisières dans l’espace est à portée de main.
Depuis une dizaine d’années, l’essor considérable du monde numérique et en particulier de l’intelligence artificielle a eu des effets spectaculaires dans quelques domaines scientifiques, tels que la vision par ordinateur (pour la détection automatique d’objets, de visages) ou le traitement du langage naturel (traduction automatique, filtres antispam, suggestions de réponses automatiques).
Aujourd’hui, on imagine ce développement capable de bouleverser tous les autres champs de la société. On nous promet un avenir radieux fait de bien-être et de confort améliorés par la santé digitale, les véhicules autonomes, les interfaces humains-machines sophistiquées, les robots pour l’aide à domicile, ou encore les visites virtuelles de tous les musées du monde portant toute la culture humaine à portée de clics.
En tête de proue de cet essor se trouve l’apprentissage profond (ou deep learning en anglais), ces fameux « réseaux de neurones artificiels » qui se sont vite diffusés. Cependant, le coût énergétique de cet outil technique est peu connu des utilisateurs alors qu’il est particulièrement préoccupant.
Au-delà des questions de performances, de rapidité ou de passage à l’échelle qui intéressent les ingénieurs en quête de toujours plus de prouesses technologiques, c’est d’un point de vue environnemental, et en particulier sur le plan des émissions de gaz à effet de serre que la question inquiète.
Une consommation énergétique impressionnante
Concrètement, la consommation énergétique d’une seule exécution d’entraînement (en général il en faut plusieurs pour obtenir un résultat abouti) des réseaux de neurones artificiels les plus récents, dédiés au traitement naturel du langage, dépasse le million de kilowatts-heures dépensés au bout de plus d’un mois de calculs sur des machines équipées de quelque 10 000 processeurs, parmi les plus puissantes actuelles.
Côté porte-monnaie, la facture électrique excède les 100 000 euros et pour la planète plus de 500 tonnes d’émissions de CO2, soit une empreinte carbone équivalente à 500 vols aller-retour Paris-New York. En comparaison, le cerveau humain consomme en un mois environ 12 kWh, soit cent mille fois moins, pour des tâches bien plus complexes que la traduction en langage naturel.
Contrairement à dix ans plus tôt, il est d’ailleurs aujourd’hui devenu inenvisageable d’entraîner un réseau de neurones comme celui que l’on vient d’évoquer sur notre ordinateur de bureau (cela prendrait théoriquement 405 ans). En clair, l’intelligence artificielle est une réelle révolution numérique, mais une révolution qui coûte extrêmement cher.
Quelques facteurs d’énergie utilisés pour l’entraînement de plusieurs réseaux de neurones modernes (ici pour le traitement du langage). Nombre d’années équivalent-GPU (bleu), facture électrique en MWh (pour information, 1MWh équivaut environ à 100 heures) en rouge, et tonnage équivalent en CO₂ (pour information, 1TeqCO2 équivaut à 1 A/R Paris-New York), en jaune. Le simple coût d’entraînement d’un réseau de neurones sur une application ciblée est 250 fois supérieur au maximum annuel autorisé à chaque Européen (2TeqCO2) pour atteindre l’équilibre carbone en 2050.Patterson & al., Carbon emissions and large neural network trainingQuantité de calculs exigés par les réseaux de neurones : du perceptron de Rosenblatt aux derniers réseaux profonds. Le taux de croissance de l’IA est supérieur au taux de croissance moyen des autres biens industriels et services, pourtant déjà trop élevé pour éviter l’effondrement écologique (voir figure suivante).Open AI
Un danger pour l’équilibre planétaire ?
Il n’est en fait pas surprenant que des solutions « d’intelligence informatique » soient bien moins énergétiquement efficaces que trois milliards d’années d’évolution biologique. Ce qui choque avant tout, c’est que la consommation absolue atteint des seuils indécents, à une époque où le poids du dérèglement climatique exige de la société des hommes un vif effort de sobriété énergétique.
Bien sûr, « une fois entraîné » l’algorithme sera réutilisé des millions de fois par nos téléphones ou nos voitures à un coût comparativement négligeable. Mais le développement de l’intelligence artificielle s’est accompagné du déploiement fulgurant et toujours croissant de clusters de calculs dédiés à l’apprentissage et d’infrastructures réseau aujourd’hui dissimulés dans la nébuleuse du cloud mondial.
Cette virtualisation du calcul loin de l’ordinateur de bureau de l’ingénieur moderne induit au passage cette nouvelle illusion d’un caractère « inoffensif » de l’intelligence artificielle. En réalité, la fabrication et l’usage de ce cloud – qui n’est nullement immatériel – engendrent des centaines de tonnes de CO2 additionnelles (cycle d’extraction de métaux, transformation, transport, usage).
Cette fuite en avant sur le décompte des émissions de CO2 ne saurait d’ailleurs être complète si l’on oublie d’évoquer le problème des déchets électroniques majoritairement non recyclables. Ils devraient être traités à la fin de vie de ces matériels mais ne le sont en réalité qu’à hauteur de 17 % (un smartphone contient plus de 50 métaux devenus impossibles à désolidariser).
Un contexte qui invite à la sobriété
Il est désormais acquis rapports du GIEC à l’appui, que le volume des rejets de CO2 dans l’atmosphère et la dégradation de la biosphère induits par les activités humaines des cinquante dernières années menace la stabilité du système Terre.
Dans le scénario où l’humanité conserverait sa trajectoire actuelle, les études envisagent un effondrement de la société et de la vie sur Terre entre 2025 et 2050. Pour nombre d’auteurs, la seule réponse viable est d’engager notre civilisation dans une diminution drastique (5 % à 7 % par an pendant 30 ans) de la production de biens et services puisés directement ou indirectement à la planète – minerais, eau, vivant – et dans une refonte de la symbolique de « croissance ».
Ceci pose naturellement la question de ce qui doit être supprimé ou réduit de la pression industrielle qui pèse sur la planète ainsi que des stratégies socialement acceptables pour atteindre ces objectifs.
Le modèle « World3 » dans le scénario « business as usual ». Construites en 1972, ces prédictions sont encore correctes en 2021. Il prévoit un effondrement de la population induit, par l’augmentation d’une pollution devenue impossible à endiguer et qui, par manque de ressources, domine la production de biens et services puis la production alimentaire (elle-même affectée fortement par la pollution et l’érosion des sols). Le manque d’équipement et les famines font alors basculer la mortalité et effondrent la population.Meadows, D., Meadows, D., Randers, J., & Behrens III, W. W. (2012). Les limites de la croissance. Rue de l’échiquier, Paris, 1, CC BY-NC-ND
Dans le cas de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage profond, la réflexion à mener est la suivante.
Gadget ou besoin indispensable ?
L’intelligence artificielle s’est propagée au point de toucher des domaines traditionnels qui reposent pourtant sur des modèles mathématiques solides (finance, sismologie, biologie, etc.). Dans un monde fortement contraint par des limites énergétiques et en proie à une pollution galopante, la question se pose de la plus-value réelle des innovations pour ces nouveaux venus.
Mais le gros de la dépense des applications du numérique et de l’intelligence artificielle se trouve hors des laboratoires de recherche : il se concentre dans les usages technologiques dédiés aux loisirs et aux appareils de confort, que notre civilisation invente tous les jours et qui passent trop vite du statut de gadgets à celui de besoins supposés indispensables. Devant le constat de l’état du monde, n’est-il pas évident, sinon un devoir moral, dans cette nécessaire croissance symbolique où primerait la protection de la nature et du vivant, de commencer par renoncer à la plupart de ces gadgets et de focaliser nos efforts sur des pratiques plus vertueuses ?
On ouvre de fait une réflexion sur les compromis. Comparer la pertinence d’outils ayant produit des progrès sociaux n’est pas facile, d’autant qu’elle intègre des paramètres non techniques (d’ordre social, éthique ou psychologique). Une fois les outils vertueux identifiés, ils devront d’ailleurs nourrir une éthique attentive aux nouveaux impératifs, tâche pour laquelle il est déjà possible de s’appuyer sur les pionniers de l’éthique environnementale.
L’intelligence artificielle moderne fait-elle alors partie de ces outils vertueux ?
La difficile émergence de la « low tech »
Dans l’anticipation d’une énergie plus rare, les technologies dont l’étude elle-même est onéreuse deviennent non soutenables. Dans le cadre de l’intelligence artificielle, on peut anticiper un point prochain de bascule où les coûts de la recherche en intelligence artificielle prendront le pas sur les gains de performance, aussi conséquents soient-ils, apportés par les réseaux de neurones.
Ce constat sonne-t-il pour autant le glas de l’intelligence artificielle ? Pas forcément. Mais peut-être faut-il l’aborder avec un regard neuf. Un exemple éloquent dans ce sens est celui du travail du Dr d’Acremont en Tanzanie qui démontre sur le terrain l’intérêt, en matière de résilience et de performance, d’une technologie « low-tech » (qui n’utilise même plus d’ordinateur), cependant initialement construite sur un modèle d’intelligence artificielle « high-tech ».
Comme l’illustre parfaitement le Dr d’Acremont, tout l’enjeu repose ici sur notre capacité à extraire de ces brillantes machines une interprétabilité suffisante pour parvenir à exploiter leurs résultats tout en se passant au final de la machine elle-même. Et ce, dans le but de se préparer au moment où, tôt ou tard, il faudra peut-être abandonner définitivement l’outil.
Elles ne font pas la une des journaux mais on voit déjà émerger des démarches sobres et efficaces d’intelligence artificielle, qui entrent globalement dans le mouvement vertueux vers une économie symbiotique (cette économie radicalement nouvelle qui s’appuie sur la résilience et la génération « gratuite » de ressources par la nature) et un outillage low-tech.
En dépit d’une réelle sensibilité à l’éthique manifestée par les concepteurs de l’intelligence artificielle, ces idées restent difficilement valorisables dans les conférences académiques ou les grands appels à projets. Il est en particulier délicat aujourd’hui pour un jeune chercheur ou ingénieur d’envisager positivement l’avenir en se soustrayant à l’appel de l’apprentissage profond.
En définitive, s’il est admis que la finalité de la recherche en intelligence artificielle, au même titre que toute autre forme de recherche, est d’améliorer les connaissances afin de contribuer au progrès et de maximiser le bien-être collectif, il est regrettable que nous mettions délibérément en péril la survie de l’humanité et annihilions l’engagement de nos jeunes talents alors que des alternatives plus vertueuses et moins coûteuses sont à portée de main.