stopcovid


Par Lyle Frink, rédacteur Avira

Le traçage des contacts est un outil essentiel pour endiguer toute épidémie majeure et le COVID-19 n'y fait pas exception. Depuis toujours, le traçage des contacts est une tâche lente et laborieuse, le personnel médical travaillant directement auprès des personnes contaminées pour identifier et contacter les individus potentiellement contagieux. Ce processus est efficace pour les maladies comme la polio et la tuberculose. Cependant, aux vues de la rapidité avec laquelle le COVID-19 se propage et du nombre élevé de personnes qui le répandent sans présenter de symptômes, une question suscite réflexion : peut-on améliorer les conditions de vie et le traçage des contacts grâce à la technologie ?

Le signal Bluetooth au cœur du dispositif

On a réellement compris le potentiel des smartphones, lorsqu'Apple et Google ont annoncé qu'ils prévoyaient de légères modifications de leurs systèmes d'exploitation respectifs en raison du COVID-19. Ces modifications apportées aux deux systèmes d'exploitation permettront à une appli spéciale de diffuser un signal Bluetooth. Les autres téléphones à proximité pourront alors détecter ce signal (et sa puissance) pour mesurer la portée du contact et la proximité entre les deux propriétaires d'appareils.

Une fois que l'appareil A a détecté l'appareil B et que les deux appareils restent quelque temps à moins de 2 mètres l'un de l'autre, l'événement est enregistré. C'est là que les options divergent selon les technologies. Celles-ci déterminent le niveau d'anonymat des données, qui les conserve et qui les traite par la suite. Il existe même une série d'étapes mises en place dès qu'une infection soit signalée et que le processus de notification soit déclenché. Ces différences auront un fort impact sur la vie privée des individus et le degré d'intrusion de ces applications.

De nombreuses applications utiliseront cette fonctionnalité Bluetooth, actuellement développée en partenariat par les gouvernements, entreprises privées et autorités de santé. Parmi cette liste non exhaustive, on compte le projet DP3T et le consortium européen de protection de la proximité préservant la confidentialité (PEPP-PT).

Le cas de StopCOVID, l'appli de traçage qui arrive en France

Les pays se précipitent pour développer des applis permettant d'évaluer le risque de contamination d'une personne à une autre et d'isoler ainsi qui pourrait répandre le virus. En France, le nombre de cas confirmés de coronavirus dépasse aujourd'hui les 140 000. Le gouvernement a voté en faveur du lancement de sa nouvelle application de traçage pour suivre les personnes infectées par le COVID-19.
Nommée StopCOVID, l'application vise à suivre les personnes testées positives au coronavirus, afin de ralentir sa progression. Selon les autorités françaises, l'application devrait pouvoir être déployée le 2 juin.

Elle génèrera un identifiant numérique anonyme, échangé via Bluetooth avec les autres téléphones mobiles qui ont aussi installé l'application. Si quelqu'un est testé positif quelque temps plus tard, ces identifiants numériques sont signalés, de façon anonyme. Toute personne ayant croisé la personne positive devra alors être confinée.

On comprend mieux les différentes approches lorsque l'on compare l'approche Apple/Google et celle prise par le gouvernement français. L'approche suivie par Apple et Google favorise un modèle de recueil de données décentralisé, qui minimise les informations pour limiter l'intrusion dans la vie privée des utilisateurs. En revanche, celle du gouvernement français est centralisée et repose lourdement sur le recueil de données pour contribuer - selon l'argument avancé - à mieux identifier les foyers d'infection et endiguer le virus, mais au prix d'un programme de recueil de données bien plus intrusif. Jusqu'ici, les géants de la Silicon Valley ont refusé de céder aux exigences du gouvernement français et de leur fournir l'accès aux signaux Bluetooth. La France a dû se débrouiller toute seule, au prix de défauts technologiques probables voire même de failles de sécurité.


5 questions à se poser avant d'installer une appli de traçage



  1. La situation évolue si rapidement que l'on vous conseille de vous poser les questions suivantes avant d'installer toute application de traçage sur votre téléphone :L'application est-elle basée sur le volontariat (opt-in) ou son installation est-elle rendue obligatoire ? Avez-vous le choix d'installer ces applications et cette technologie de traçage sur votre appareil, ou s'agit-il d'une décision obligatoire ? En Corée du Sud et à Singapour – deux pays précurseurs en technologies de traçage – leur installation était facultative.
  2. Qui détient les données ? Les données Bluetooth sont-elles détenues sur l'appareil jusqu'à ce qu'on les demande ou sont-elles stockées sur un serveur central ? Peuvent-elles être vendues ou utilisées par des organismes externes ?
  3. Est-on réellement anonyme ? Les applications individuelles peuvent opérer le processus de contact et de traçage de plusieurs manières. Il existe un risque que l'anonymisation des données puisse être inversée pour les « personnaliser » à nouveau et identifier les individus si nécessaire.
  4. Qui examine le code source ? La ruée pour lancer ces applications de traçage permet aux entreprises de passer outre l'examen permettant de détecter les vulnérabilités et problèmes de sécurité. C'est problématique car une application pourrait incorporer une gamme de technologies de traçage qui aillent au-delà du simple Bluetooth.
  5. Une fois que cette application a accédé à ma vie privée, puis-je la récupérer ? Ces nouvelles modifications Bluetooth apportées aux systèmes d'exploitation Android et iOS, seront-elles supprimées lorsque le virus aura disparu ? Les défenseurs du droit à la vie privée, comme l'EFF, craignent que ce ne soit pas le cas, à l'image du recueil de masse des métadonnées des téléphones aux États-Unis.


Même les applications les mieux conçues pourraient simplement ne pas marcher. L'Université d'Oxford estime qu'il faudrait que près de 80 % des propriétaires de smartphones utilisent une application de traçage pour que ce système soit efficace. Et c'est un niveau difficile à atteindre sans rendre la mesure obligatoire ni miser sur une bonne communication. En raison du manque de tests dans de nombreuses zones, développer une application de traçage pourrait revenir à fermer la porte du garage à clé après que la voiture ait été volée…
fakenews


La crise sanitaire mondiale du coronavirus est un exemple parfait pour illustrer le phénomène des fake news (info ou fausses informations). De nombreuses informations fallacieuses ont en effet circulé concernant le COVID-19, créant un climat d’incertitude général.  L'éditeur de logiciels antivirus McAfee profite de ce moment  pour aider les consommateurs à faire le point sur leur hygiène numérique et sur les meilleures pratiques pour rester à l'avant-garde des menaces en évolution.



  • Les fake news : Cette année a montré que des évènements peuvent chambouler le quotidien très rapidement. Les consommateurs souhaitent rester au courant en permanence des tendances mondiales, des annonces, et des résultats des élections. Cette focalisation accrue sur l'actualité ouvre une opportunité pour les cybercriminels. Une opportunité de créer des rumeurs qui provoquent la panique et qui peuvent être qualifiées de sensationnelles. Cependant, il existe des promesses malveillantes faites par le biais d'escroqueries de phishing qui tentent d'attirer les consommateurs inquiets et confus vers des fraudes à la carte de paiement ou d'autres systèmes de paiement. S'en tenir à des sources d'information légitimes est l'un des moyens les plus faciles d'éviter ces pièges. 
  • L'engouement pour le fil d’actualité. Les réseaux sociaux sont le plus important canal de diffusion des rumeurs et des fake news. De nombreuses personnes ont déjà été confrontées au " Mon ami a vu ça sur WeChat" ou "Regardez ce qu’on m'a partagé sur Facebook". Ces informations peuvent sembler plus fiables puisqu’elles proviennent de personnes proches. Mais il est important de garder en mémoire que le fil d’actualité des réseaux sociaux manque souvent d'exactitude factuelle. C’est pour cela qu’en vérifiant la provenance de ces informations via des sources légitimes, il est possible d’aider sa famille et ses amis à rester vigilants et informés. 
  • Le phishing : Les escroqueries par hameçonnage sont également très répandues dans les moments de panique de la population. Cela passe notamment par des mails et SMS usurpés qui prétendent provenir de collectivités locales, d'hôpitaux ou même de détaillants et qui encouragent les cibles à prendre des mesures concernant des articles urgents. Ces messages vont des instructions falsifiées pour réclamer des contrôles de secours à la programmation de visites médicales. Certains de ces mails de phishing sont faciles à repérer, mais la complexité du contexte actuel peut brouiller le jugement du consommateur. En cas de doutes sur la légitimité de ces messages, il faut toujours contacter l'institution en question pour vérifier. 
  • L’escroquerie via la charité :  Lors d’évènements exceptionnels, l'effusion de compassion et d'empathie de la part de communauté mondiale est à son paroxysme. Malheureusement, les cybercriminels profitent eux aussi de cette générosité. Ils mettent en ligne de faux sites internet et de fausses plateformes caritatives pour appel au don de ressources aux populations défavorisées ou du soutien à la recherche. En réalité, il peut s'agir d'escroqueries, et les dons reçus ne seront jamais reversés aux concernés. Il est préférable de toujours faire des recherches sur les organisations caritatives avant de contribuer, surtout en cette période.



Voici quelques conseils de Lam Son Nguyen, Partner Product Manager, Mobile and ISP, McAfee  afin de ne pas tomber dans les pièges de la désinformation :


  • Faire preuve de prudence lors de la réception de mails, SMS et des appels téléphoniques provenant de sources inconnues. Dans la grande majorité des cas, ces messages se font passer pour des entités connues ou des personnes appartenant à l’entourage. En cas de doute, il vaut mieux contacter l'expéditeur directement.
  • Utiliser une extension gratuite de navigation sécurisée comme McAfee® WebAdvisor qui intègre des évaluations de réputation de sites web qui peuvent aider les consommateurs à s’éloigner des sites d'information illégitimes. Pour les utilisateurs de Chrome, WebAdvisor va même jusqu'à coder par couleur les liens dans vos flux d'informations de médias sociaux, afin que vous sachiez sur lesquels vous pouvez cliquer en toute sécurité.
  • Éviter les sites web non sécurisés dont les URL sont suspects ou dont les designs sont élaborés à la hâte. Le premier réflexe doit être de vérifier que le site dispose d'une connexion sécurisée et qu'il commence par "https" plutôt que "http".
  • Utiliser des services de protection contre le vol d'identité qui incluent la surveillance des réseaux sociaux pour s'assurer que les comptes des utilisateurs ne sont pas utilisés par des acteurs mal intentionnés pour diffuser de fausses nouvelles.
  • Le recours au contrôle parental permet de surveiller le temps passé par les enfants sur leur écran. Ainsi que de limiter leur temps d'utilisation de certaines applications ou de certains sites qui peuvent être plus vulnérables à la prolifération de fausses informations.
  • Utiliser une solution de sécurité complète pour assurer la protection de ses appareils et  de ses comptes en ligne.



Au cours des deux derniers mois, les chercheurs Proofpoint ont constaté une recrudescence de sites de phishing sur le thème du Covid-19 imitant des organisations du monde entier : l'Organisation mondiale de la santé (OMS), des organisations non gouvernementales (ONG), l'Internal Revenue Service (IRS) et les Centers for Disease Control (CDC) aux Etats-Unis, le gouvernement du britannique, le gouvernement du Canada et le gouvernement Français.

Plus de la moitié des 300 campagnes de phishing Covid-19 observées depuis janvier 2020 sont axées sur le vol d’identifiants utilisateurs. Les cybercriminels adaptent les leurres en fonction des thèmes qu'ils estiment être les plus efficaces et utilisent des sites web fréquemment visités pour voler ces données. Le Covid-19 est sans conteste le thème le plus fréquemment utilisé ces derniers temps.

Voici un exemple récent de site web frauduleux imitant celui du gouvernement Français inséré dans des campagnes de phishing Covid-19 :

covid


S’il reflète globalement l’aspect du site web légitime, reproduisant le logo de manière fidèle, il tente surtout de convaincre l’utilisateur d'entrer des informations personnelles pour recevoir une aide financière.

phishing
Le graphique ci-desssus illustre la croissance soudaine des déploiements de pages web frauduleuses liées au Covid-19. On observe dans un premier temps une croissance lente, suivi d’un bond important au début de mars 2020. Le déclin observé ensuite en avril reflète probablement une saturation des modèles de phishing liés au Covid-19 et une évolution vers d’autres thèmes.
smartphone


Alors que l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria) a publié mardi 12 mai  les premiers éléments du code source de StopCovid sur la plateforme GitLab et que le secrétaire d'Etat au numérique Cédric O a assuré que l'application sera opérationnelle le 2 juin prochain, après un passage devant les députés le 25 mai, le débat reste toujours aussi vif sur cette application de traçage des malades du Covid-19.

Débat technique d'abord. StopCovid, réalisé par un consortium public-privé en France, s'inscrit dans le projet européen mené par 130 institutions PEEP-PT (Pan Europen Privacy Preserving Proximity Tracing)... que  l'Allemagne et la Suisse ont quitté, préférant opter pour la solution proposée par les géants Apple et Google. Une décision qui relève aussi d'un débat éthique puisque le choix d'une solution centralisée (comme en France) ou décentralisée (sur les smartphones) entraîne des conséquences très différentes en matière de protection des données personnelles et de la vie privée. Autre écueil, les barrières mises en place par Apple et Google pour utiliser en tache de fond le Bluetooth : si l'application ne peut utiliser le Bluetooth en permanence, elle devient inapte à détecter les autres smartphones...

Depuis le lancement du projet StopCovid, de nombreuses enquêtes contradictoires ont eu lieu ces dernières semaines, montrant tantôt les Français très favorables tantôt très réticents à l'application.  Une vaste enquête Harris Interactive pour l'Observatoire Data Publica, publiée ce jeudi 14 mai, essaie de faire le point sur un sujet multiforme et surtout d'apprécier les enjeux qui dépassent la seule application et qui concerne les données.

Créer un cadre de confiance


"Le débat sur l’application StopCovid est une occasion importante de faire comprendre aux français comment et pourquoi les pouvoirs publics utilisent leurs données. C’est la seconde fois en quelques années, après le scandale Cambridge Analytica, que ces enjeux font la Une des journaux et l’ouverture des JT, il faut en profiter pour construire de nouveaux cadres et impliquer les citoyens dans les décisions", estime Joël Gombin, vice-Président de l’Observatoire.

"Ce n’est pas la première fois que l’on va utiliser la technologie Bluetooth pour conduire une politique publique. Elle est déjà utilisée dans des « villes intelligentes » pour réguler les déplacements, compter des voyageurs, optimiser la circulation et l’offre de services publics. C’est souvent une excellente chose, mais c’est fait sans débat et sans même information des usagers", rajoute Mathieu Caps (Innopublica), trésorier de l’Observatoire.

"La France est en retard sur la réflexion qui doit conduire à créer un cadre de confiance pour la gestion des données par les pouvoirs publics. Les anglo-saxons travaillent depuis des années sur la notion de « data trust » et même de « civic data trust » pour impliquer les citoyens dans le contrôle qui est fait de leurs données à des fins d’intérêt général. La confiance ne
passe pas par la loi", estime Jacques Priol (Civiteo), président de l’Observatoire.

La confiance est justement un élément clé qui a récemment conduit Occitanie Data, association qui rassemble des structures publiques et privées, du monde de la recherche et des collectivités de la région Occitanie, à proposer une charte éthique du Big Data, une première en Europe.

Les résultats de l'enquête

59% des Français favorables à StopCovid...


59% des français sont favorables à la mise en place de l’application par le gouvernement. Ce chiffre est stable par rapport à des études précédentes (Harris Interactive le 7 avril : 61%). Les plus jeunes sont les plus favorables (65% des moins de 35 ans) ce qui dénote sans doute une plus grande aisance et habitude à l’utilisation d’applications dans la vie courante (et un plus fort taux d’équipement en smartphone).
Très logiquement, ce sont les français le plus inquiets face à la propagation de l’épidémie qui sont les plus favorables (64%).

... 49% sont prêts à l'installer...


49% des français ont l’intention d’installer l’application sur leur smartphone. Ce chiffre est relativement faible. Il est en baisse de près de 30% par apport à l’étude publiée par Oxford en avril qui est souvent mise en avant par les promoteurs du
projet. Ce chiffre ne manquera pas non plus de relancer la polémique sur le seuil critique d’utilisateurs nécessaire à l’efficacité de l’application.
Ce chiffre s’accompagne de disparités : l’intention d’installer StopCovid est plus forte chez les moins de 35 ans (56%) ou en Région parisienne (54%) notamment.
Le gouvernement a fait le choix d’une technologie et d’une architecture centralisée qui fait débat chez les experts.

... mais 54% n'ont pas confiance


Bien que les données soient anonymisées, 54% des français n’ont pas confiance dans l’utilisation qui pourra être faite des données par le gouvernement. Et ce niveau de confiance explique de façon très corrélée l’intention ou non d’installer l’application.
89% des Français qui déclarent avoir tout à fait confiance ont l’intention d’installer l’application contre seulement 15% des moins confiants.
"Les chiffres démontrent très clairement que quelles que soient les garanties juridiques ou techniques affichées, l’acceptation d’un usage massif des données des citoyens passe par la confiance dans les usages qui en sont faits. Et cette confiance ne se décrète pas", estime Jacques Priol.

De gauche à droite : Me Schéhérazade Abboub (Parme Avocats), Joël Gombin (Datactivist), Mathieu Caps (Innopublica) et Jacques Priol (CIVITEO).

Données : un tiers seulement des Français se trouve bien informé


L'observatoire Data Publica a voulu aller plus loin que la seule application StopCovid et a interrogé les Français sur l'usage des données.

L’utilisation massive des données des habitants, notamment en tant qu’usagers du service public, progresse de façon exponentielle, note l'observatoire : les applications nationales ou locales sont légion ; les données issues des smartphones constituent une source d’informations sans cesse plus importante (elles renseignent sur nos déplacements, nos habitudes de consommation, notre alimentation, nos préoccupations, nos inquiétudes, nos goûts et nos couleurs) ; les capteurs placés dans l’espace public sont de plus en plus nombreux...
Les acteurs publics, notamment les territoires engagés dans des projets de « smart  city » utilisent ces données, non pas à des fins commerciales, mais à des fins d’intérêt général, souligne l'observatoire qui cite comme exemples la régulation du trafic, l'optimisation de la gestion des parkings, la réduction des consommations énergétiques, l'amélioration de la gestion des déchets...

Des données de plus en plus nombreuses mais des Français ne moins en moins informés.


Seulement 33% des français s’estiment bien informés de l’utilisation de leurs données par les acteurs publics. La catégorie la mieux informée, les CSP+, atteint seulement 38%.

"Ce chiffre illustre le fait que l’information légale est très insuffisante. L’immense majorité des acteurs publics applique les règles du RGPD et chaque citoyen peut disposer d’une information suffisante pour donner un consentement éclairé ... à condition de savoir où chercher !", observe Me Schéhérazade Abboub (Parme Avocats), secrétaire général de l’Observatoire.

Pour éviter que ne s'installe la défiance des Français envers l'utilisation de données, il faut recréer de la confiance. Pour cela plusieurs pistes : les Français souhaitent disposer d’informations systématiques sur...

  • L’anonymisation des données (84%)
  • Les modalités de contrôle de ses données par l’utilisateur lui-même (81%)
  • Les modalités de contrôle par la CNIL (80%)
  • La technologie utilisée (78%)
  • Le stockage des données (74%)
  • Les modalités d’un contrôle par un comité citoyen (71%)


"Défendre l’intérêt général ne suffit pas à susciter l’adhésion des citoyens et face à la multiplication des expérimentations il est urgent de réfléchir à des méthodes transparentes et démocratiques qui prennent en compte ces évolutions", estime Mathieu Caps.

Profiter du débat StopCovid pour préparer l'avenir

"Nous devons profiter de ce débat sur StopCovid, qui va revenir en force dans quelques jours, pour tirer des enseignements et préparer l’avenir. De plus en plus d’applications vont être déployées. Les acteurs doivent s’inspirer de ce qui se passe dans la crise sanitaire pour inventer de nouveaux processus transparents et démocratiques", estime Jacques Priol.

"Le pilotage des services publics par la donnée, notamment dans les villes, peut avoir des implications beaucoup plus graves encore que celles liées à la crise sanitaire, notamment en termes de protection de la vie privée. Il est possible d’inventer, à partir de cette expérience exceptionnelle, un cadre de confiance qui reposera sur l’implication des citoyens dans la définition des objectifs, sur la transparence des procédés comme des données, et sur un véritable contrôle démocratique."
Hootsuite, le leader mondial de la gestion des médias sociaux et We Are Social, l'agence internationale, dévoilent leur comparaison des chiffres clés du mobile en Europe.

Abonnements mobiles : L’Espagne et l’Italie atteignent leur maturité

Hootsuite et We Are Social ont comparé les chiffres du mobile en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne et en Italie.

La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont vu le nombre d’abonnements mobiles augmenter cette année avec respectivement 65,53 millions d’abonnements (+0,8% vs 2019), 72,41 millions (+1,3M) et 110,7 millions (+1,8%).
L’Espagne et l’Italie semblent avoir atteint leur maturité puisque l’on observe une diminution du nombre d'abonnements avec respectivement une évolution de -0,3% et -2,7%.

Dans les cinq pays étudiés le nombre d’abonnements mobiles est égal ou supérieur à la population :

  • France : 65,53 millions d’abonnements soit 100% de la population
  • Royaume-Uni : 72,41 millions d’abonnements soit 107% de la population
  • Allemagne : 11,7 millions d’abonnement soit 132% de la population
  • Espagne : 54,11 millions d’abonnements soit 116% de la population
  • Italie : 80,4 millions d’abonnements soit 133% de la population


Les abonnements multiples (ligne professionnelle et ligne personnelle) expliquent le fort taux d'abonnement rapporté à la population totale des pays.

hootsuite


Enfin, 91% des propriétaires de mobiles en France au Royaume-Uni possèdent un smartphone contre 92% en Allemagne et 94% en Espagne et en Italie.

En France 8% des propriétaires de mobiles n’utilisent pas de smartphone, ce qui la place en première position devant l’Espagne (7,2%), le Royaume-Uni (5,1%), l’Allemagne (2,7%) et l’Italie (1,6%).

Les internautes français et allemands passent moins de temps sur Internet via leur mobile
82% des internautes français utilisent leur mobile pour aller sur internet (soit 47,29 millions de personnes) contre 84% pour l’Allemagne (soit 65,35 millions de personnes) et 85% pour le Royaume-Uni (soit 55,18 millions de personnes). L’Espagne et l’Italie se place loin devant avec respectivement 91% et 92%.

Toujours selon le rapport Digital 2020 d’Hootsuite et We Are Social, La France et l’Allemagne seraient les deux pays passant le moins de temps par jour sur Internet via les mobiles. En effet, la moyenne pour un internaute allemand est de 1h52 contre 1h59 en moyenne pour un internaute français. Le Royaume-Uni, L’Espagne et l’Italie dépassent la barre des 2h :

  • Royaume-Uni : 2h07
  • Espagne : 2h34
  • Italie : 2h42
hootsuite


Que faisons-nous sur nos mobiles ?

Nos mobiles servent avant tout à communiquer et à nous déplacer. Parmi les cinq pays étudiés, les applications de chat sont les plus utilisées suivi par les réseaux sociaux et les applications de plan.

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En France, au Royaume-Uni et en Espagne, les applications les plus téléchargées en 2019 étaient Whatsapp et Facebook Messenger. En Allemagne, Whatsapp était également l’application la plus téléchargée, suivie d’Instagram (Les classements des applications les plus téléchargées et les plus utilisées en Italie n’a pas été communiqué dans le rapport Digital 2020).
Netflix reste l’application la plus utilisée sur mobile en France et en Espagne alors qu’en Allemagne au Royaume-Uni il s’agit de l’application Tinder.

Les jeux vidéo plébiscités sur mobiles
Parmi les cinq pays étudiés, l’Espagne compte le plus d’internautes joueurs de jeux vidéo (81%), suivi par l’Italie (79%), la France (75%), l’Allemagne (70%) et enfin le Royaume-Uni (68%) (tous appareils confondus).

Les appareils les plus utilisés pour jouer sont :
  • En France : smartphone (54%), la console (35%) et le PC (33%)
  • Au Royaume-Uni : smartphone (45%), la console (33%) et le PC (27%)
  • En Allemagne : smartphone (48%), le PC (36%), la console (29%)
  • En Espagne : smartphone (60%), le PC (38%), la console (34%)
  • En Italie : smartphone (60%), la console et PC (35%)
hootsuite


En ce qui concerne les jeux vidéo les plus téléchargés sur mobiles en 2019 (Les classements des applications les plus téléchargées et les plus utilisées en Italie n’a pas été communiqué dans le rapport Digital 2020) :
  • France : Mario Kart Tour, Brawl Stars, Homescapes
  • Royaume-Uni : Coin Master, Color Bump 3D, Mario Kart Tour
  • Allemagne : Color Bump 3D, Mario Kart Tour, Homescapes
  • Espagne : Brawl Stars, Mario Kart Tour, Call of Duty Mobile
 
Toutefois Clash of Clans reste le jeu vidéo sur mobile le plus utilisé en France en 2019. En ce qui concerne le Royaume-Uni et l’Allemagne, Coin Master est le jeu le plus utilisé et en Espagne il s’agit de Brawl Start.

smartcity


Gweltaz Le Coz
Par Gweltaz Le Coz, expert Smart Building chez Matooma

Dans une époque récente, les principaux enjeux du bâtiment étaient avant tout liés à sa solidité, son étanchéité et son esthétisme. Désormais, grâce à l’apport de la technologie, il est possible de récolter et d’analyser les données liées au fonctionnement du celui-ci. Cette évolution ouvre la voie vers de nouvelles perspectives en matière d’efficience, de performance énergétique et d’intelligence du bâtiment. Comme tout pouvoir, cela implique de grandes responsabilités. C’est dans cet esprit que la loi ELAN et de récents décrets ont vu le jour, dont l’objectif est notamment de réduire la consommation énergétique des bâtiments tertiaires de plus de 1000 m² de 60% entre 2010 et 2050.

Dans ce contexte, il est possible de se demander quel rôle jouera l’IoT pour atteindre cet objectif et quelles sont les projections envisageables d’un Smart Building en 2050 ?


Remontée des données et performance énergétique du bâtiment 


Afin d’analyser le fonctionnement d’un bâtiment, il est tout d’abord nécessaire de disposer d’un maximum de données. Pour cela, il faut équiper un bâtiment d’une multitude de capteurs et de solutions connectées. Cela passe à la fois par un renouvellement des solutions GTB (Gestion Technique de Bâtiment) déjà en place mais quelque peu obsolètes, et par l’installation de nouveaux équipements connectés afin de réaliser une gestion intelligente centralisée.

Première pierre à l’édifice, les compteurs connectés. Grâce à ces équipements, il est possible de remonter les données de consommations électriques, de gaz et d’eau d’un bâtiment. Ils permettent d’identifier les comportements anormaux et d’en apprendre davantage sur les comportements de consommation des utilisateurs. D’autres éléments de type chaudière, HVAC (chauffage, ventilation et climatisation) ou encore éclairage, permettent d’alimenter en données une unité centrale (ou poste de supervision), cerveau du bâtiment intelligent et de l’optimisation énergétique.

Non directement impliqués dans les aspects de performance énergétique mais nécessaires pour rendre un bâtiment encore plus performant dans son fonctionnement : tous les éléments de contrôle, dispositifs ou systèmes d’alerte qui permettent de détecter rapidement toute activité anormale afin de réagir le plus vite possible.

Un élément essentiel intervient dans un second temps afin de remonter ces données : la connectivité. Pour ces applications, différentes solutions peuvent être choisies. Le réseau filaire offre une option robuste et sécurisée, mais est coûteux et s’approche de l’obsolescence (fin du RTC). Le réseau local (wifi d’un bâtiment) reste envisageable mais limité pour accueillir de multiples fournisseurs de solution car il nécessite des autorisations d’accès au réseau pour chaque nouvel équipement.

De son côté, le GSM et les cartes SIM multi-opérateurs auront un avantage certain du fait de leur facilité de déploiement, leur fiabilité, leur pérennité et leur spectre d’utilisation. Intégrées directement au sein d’un équipement, elles permettront de remonter, en temps réel et de façon simultanée, les données d’usage des différents compteurs et capteurs, et de télé-maintenir les solutions. Les nouveaux réseaux LPWAN pourront aussi être utilisés pour des solutions nécessitant que très peu de données et pour améliorer la pénétration des ondes à l’intérieur du bâtiment.

Plongeons dans le futur : année 2050, le prochain Smart Building


Dès lors, nous pouvons nous demander à quoi ressemblera le bâtiment de 2050 ? Il est possible d’imaginer que les immeubles seront dotés de parkings connectés qui indiqueront aux conducteurs les places disponibles. Ces places pourront être équipées de bornes de recharge électrique leur permettant de se connecter au réseau du bâtiment pour recharger et mettre à jour le logiciel embarqué dans leur véhicule.

Afin d’entrer dans le bâtiment, les collaborateurs pourront ensuite être amenés à s’identifier à l’aide de leur paume de main. Cette solution de contrôle d’accès a pour objectif d’assurer la gestion des droits dans le bâtiment. Grâce à cette identification, l’ascenseur sera également en mesure de les conduire directement à leur étage. Par ailleurs, ces ascenseurs connectés permettront de réaliser de la maintenance prédictive et de gérer les appels d’urgence.
A l’intérieur du bâtiment, les collaborateurs pourront croiser des panneaux d’affichage digitaux annonçant les évènements au sein de l’entreprise, les informations du bâtiment ou encore la météo. Des capteurs disposés dans le bâtiment leur permettront également de détecter les salles de réunion utilisées ou non et de les diriger.

Il est possible d’imaginer que tous les compteurs (électriques, à gaz, d’eau) seront connectés et remonteront leurs données d’usage pour détecter les comportements anormaux (fuites, consommation excessive) et être télé-maintenus à distance. Le bâtiment autonome apprendra chaque jour les comportements de ses usagers, et sera en capacité de réaliser du « Demand response », c’est-à-dire une gestion des pics et creux de consommation. À la fin de la journée, il sera en mesurer d’activer automatiquement les alarmes, de baisser le niveau de chauffage, d’éteindre toutes les lumières, et d’agir à nouveau automatiquement avant l’arrivée du premier employé le lendemain matin.

Tous ces usages cumulés permettront à la fois d’optimiser la consommation énergétique et de réduire les coûts tout en améliorant le bien-être des collaborateurs de l’entreprise. Cependant, pour arriver à ce scénario, les grands enjeux des années à venir seront l’interopérabilité entre les solutions, la sécurité des objets connectés et la combinaison de l’intelligence artificielle avec toutes les données remontées.

Le bâtiment intelligent de demain sera à la fois intelligent, autonome et aura une part prépondérante dans la future Smart City. Pour cela, les solutions connectées et les réseaux IoT seront la boussole permettant d’envisager un monde optimisé et autonome en énergie.
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OneLogin, un leader mondial dans le domaine de la gestion des identités et des accès, annonce les résultats d’une enquête mondiale qui examine les conséquences en matière de sécurité de la généralisation du télétravail en raison de la pandémie du Covid-19.
L’enquête, réalisée par le cabinet d’études OnePoll en avril 2020 auprès de 1000 professionnels en télétravail respectivement en Allemagne, en France, au Royaume Uni, en Irlande et aux Etats Unis, révèle que ces pays n’ont clairement pas accordé la priorité aux mesures de sécurité et aux meilleures pratiques en matière de mots de passe avec la mise en place de ce nouveau mode travail.

OneLogin dévoile les chiffres français :


Globalement, près de 9% des Français interrogés ont partagé le mot de passe de leur ordinateur professionnel avec leur conjoint ou leurs enfants, exposant ainsi toutes les données de leur entreprise à un risque d’intrusion. L’enquête révèle aussi des risques externes, 56% des personnes interrogées, toutes générations confondues, admettent ne pas avoir changé leur mot de passe WiFi à leur domicile depuis plus d’un an, exposant ainsi leur ordinateur professionnel à un risque de sécurité.

La rapidité avec laquelle le travail à distance a dû être instauré au début de 2020 a laissé beaucoup d’entreprises vulnérables, particulièrement en raison de l’utilisation inappropriée d’ordinateurs professionnels. Globalement, la majorité des personnes interrogées dans l’enquête, soit 73% d’entre eux, estiment que l’adoption du télétravail va s’accroître encore après la crise du Covid-19. Si cette tendance se poursuit, beaucoup d’entreprises seront ainsi potentiellement vulnérables sans même le savoir.



Des différences entre les générations :


Un examen des pratiques en matière de sécurité des différents pays interrogés révèle des différences dans de nombreux domaines dont notamment le partage des mots de passe et l’importance des accès à des sites web à risque. Parmi ces différences entre pays, on peut citer :


  • Les sites à risque: Les jeunes télétravailleurs âgés entre 18 et 24 ans se connectent cinq fois plus sur leur ordinateur professionnel à des sites pour adultes que les français âgés de plus de 55 ans.
  • Les réseaux Wi-Fi domestiques : Ce sont les télétravailleurs de 45 à 54 ans qui changent le plus souvent leur mot de passe WiFi à leur domicile. Dans cette tranche d’âge, les profils sont divers :  45% l’ont changé au cours des six derniers mois, et seuls 30% d’entre eux ne l’ont jamais changé. A noter que, par rapport aux Anglais, Allemand et aux Américains, les Français sont les plus mauvais élèves sur ce point de l’étude.
  • Vidéo conférences Zoom : Les télétravailleurs âgés de moins de 35 ans sont les plus nombreux (46%) à avoir utilisé le compte Zoom de leur entreprise pour communiquer avec leur famille et amis pendant le confinement, contre seulement 20% des Français de plus de 55 ans.
  • Importance du télétravail après la crise : Près des trois quarts des français (73%) prévoient un accroissement de l’adoption du télétravail après la crise du Covid-19 dont 79% des 45-54 ans contre 67% des moins de 24 ans..

presse


Par Romain Gandia, Université Grenoble Alpes et Guy Parmentier, Université Grenoble Alpes

La presse régionale souffre des conséquences de la crise du Covid-19. Fragilisée depuis de nombreuses années à cause de l’affaiblissement de son modèle d’affaires traditionnel, la réduction de la distribution avec le dépôt de bilan de Presstalis et les baisses des revenus publicitaires risquent désormais de lui être fatal.
Ainsi, le quotidien Paris-Normandie a été placé en liquidation judiciaire le 21 avril suite à l’accumulation d’une dette de 7 millions d’euros. Cet exemple est loin d’être un cas isolé et de nombreux autres titres rencontrent des difficultés financières.

La digitalisation a ses limites

La situation n’est pas nouvelle et le diagnostic est connu : baisse du lectorat papier, baisse des points de distribution, baisse des recettes publicitaires, augmentation du prix du journal plus rapide que l’inflation.
Le modèle d’affaires principalement basé sur les revenus de la vente de publicité et la vente d’abonnements est remis en cause par le développement de l’accès gratuit à l’information et la segmentation des pratiques sur Internet.
La presse régionale peine donc à trouver un nouveau modèle économique dans le monde numérique de l’information alors qu’elle a un rôle central dans le maintien de la démocratie. D’après Clara Hendrickson, chercheuse pour la Brookings Institution, la crise de la presse locale serait même l’une des causes de la crise de la démocratie américaine.
La presse régionale a essayé de dupliquer son modèle d’affaires en le transférant sur Internet : journal en ligne en partie gratuit, abonnement à la version numérique, publicité en ligne, achats de contenus ciblés. Or, la publicité numérique n’est pas assez rémunératrice et l’accès à l’information en ligne reste difficilement monétisable à cause de la faible propension à payer des internautes.
Il faut donc capter un grand nombre d’internautes et avoir un taux de transformation de l’offre gratuite à l’offre payante assez élevé pour amortir une offre gratuite. Ainsi, l’activité économique liée au monde numérique prend des formes complexes avec des modèles d’affaires propres et envisager simplement la duplication d’un modèle de consommation physique vers sa pratique numérique ne suffit pas. Certains acteurs emblématiques de l’économie du numérique l’ont bien compris (comme Amazon, Airbnb, eBay, Google, Facebook) et l’équilibre économique est souvent atteint en développant plusieurs activités complémentaires créatrices de synergies.
Pour mieux comprendre cette logique, l’examen des portefeuilles de modèles d’affaires des géants Apple, Google et Microsoft s’avère très utile et surtout riche d’enseignements pour envisager la survie de la presse régionale.

Créer des synergies par la diversification

À partir de données historiques, nous avons analysé le portefeuille de modèles d’affaires de ces trois sociétés et repéré les principes de construction de leur rentabilité.
Les trois géants du numérique ont développé une architecture de portefeuille de modèles d’affaires similaires : on trouve au centre un modèle d’affaires multiface de ventes de contenus, de services numériques et de publicités numériques et, en périphérie, des modèles d’affaires de ventes de terminaux numériques (ordinateurs, smartphones, tablettes, objets connectés…). Le tout est connecté par un modèle d’affaires de mise à disposition gratuite ou de vente de systèmes d’exploitation.
Prenons l’exemple d’Apple. L’entreprise développe un portefeuille complexe dans lequel ses plates-formes iTunes store et App store sont accessibles depuis des iPhone ou iPad qui tournent sur son système d’exploitation iOS. En connectant ses modèles d’affaires de vente de contenus digitaux aux modèles d’affaires de vente de terminaux numériques haut de gamme, Apple capture et s’approprie des revenus élevés.
Dans ce type de portefeuille, de multiples effets positifs résultent des connexions entre les modèles d’affaires. Des effets de réseaux, des effets d’adoption, des économies d’envergure et des économies d’échelles. Tout cela assure la captation d’un nombre important d’utilisateurs et une grande variété de revenus. À terme, ces plates-formes deviennent incontournables et s’inscrivent de manière dominante dans la société.

Transformer la presse régionale en plate-forme

Le métier de la presse régionale est basé sur l’information locale, rentabilisée notamment par les revenus publicitaires. Toutefois, pour les sociétés de ce secteur, la seule duplication de leur modèle d’affaire physique au numérique ne suffit pas à assurer leur rentabilité.
Pour survivre dans le monde digital, les sociétés de presse régionales doivent envisager la construction de plates-formes à partir desquelles il va être possible de diversifier leur offre autour de leur métier historique, réalisant ainsi des économies d’envergure.
Adopter une logique de plate-forme permettrait à la presse locale de diffuser non seulement de l’information mais aussi une variété de contenus complémentaires (petites annonces, contenus photos et vidéos sur de multiples supports, magazine culturel, guides locaux, blogs, etc.) qui enrichiraient l’offre globale en fournissant plus de valeur que l’information seule.
Plus la diffusion d’informations et de contenus de qualité ayant un caractère réellement locale serait élevée, plus les internautes seraient nombreux, attirant ainsi les annonceurs.

Figaro Classfields est un exemple de diversification réussi dans les annonces classées sur Internet à partir du métier historique d’entreprise de presse nationale. Le Figaro

L’agrégation et la mise en relation d’une variété de producteurs et de consommateurs de contenus seraient de puissants leviers pour la création d’effets de réseaux positifs.
Par exemple, les annonceurs cherchant à diffuser une publicité la plus ciblée possible pourraient directement poster leur annonce en ligne en accédant à une base d’internautes qualifiées. Les internautes recherchant de l’information de valeur pourraient y accéder par l’intermédiaire de journalistes, reporters mais aussi via des blogueurs cherchant une diffusion plus large qu’un blog isolé et souvent peu visible.
À partir de la plate-forme, la déclinaison d’une variété de contenus locaux diffusés de multiples manières pourrait à terme créer un effet de masse et favoriser les effets d’adoption. En effet, en s’engageant dans une plate-forme proposant un bouquet de services liés à l’information locale, les internautes multiplieraient leur source de satisfaction et seraient moins tentés de s’engager sur d’autres plates-formes. Cet effet d’adoption serait également renforcé en cas de développement d’une application mobile de la plate-forme, permettant ainsi de favoriser un modèle d’information poussée plutôt que tirée.

Une concurrence qui reste biaisée

Toutefois, la mise en place de telles plates-formes demanderait une concentration des médias au niveau régional. La société de presse doit mettre en place ou racheter d’autres médias, ce qui exige des moyens conséquents.
De plus, les géants du numérique essayent depuis de nombreuses années de préempter l’information locale. C’est donc un défi à la fois technologique, économique et sociétal pour bousculer un système qui avantage les grands groupes au détriment des acteurs locaux.
Une telle révolution ne peut donc pas se faire sans une aide publique, qu’elle soit nationale ou régionale. Elle ne pourra pas non plus se faire sans une régulation forte des États sur les activités des géants du numérique. Mais c’est encore possible, à condition d’envisager des modèles d’affaires moins statiques, reposant sur des plates-formes multifaces et des portefeuilles plus larges de modèles d’affaires connectés.
Ces nouvelles approches doivent jouer sur les effets d’envergure, les effets de réseaux et les effets d’adoption qui sont désormais au centre de l’économie du numérique et s’imposent comme des clés du succès économique et de la survie stratégique.

Cet article s’est appuyé sur le modèle développé dans le papier publié dans Management International : « La gestion stratégique d’un portefeuille de business models connectés : une application aux secteurs du numérique », issue des travaux de recherche réalisés dans le projet ANR Better Business Model.The Conversation
Romain Gandia, Maître de conférence, Organizational Studies, Business Administration à l'Université Savoie Mont Blanc, Université Grenoble Alpes et Guy Parmentier, Maître de conférences HDR à Grenoble IAE, Université Grenoble Alpes
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
stopcovid


Le déconfinement est en cours. SEMrush, spécialiste du Marketing digital, s'est intéressé au sentiment des internautes Français sur Twitter sur le thème du traçage numérique. Des applications qui ont vocation à faciliter le repérage des « cas contacts » au coronavirus. Mais des applications qui divisent les chercheurs et.... Le grand public sur Twitter.

Une majorité d'avis négatifs...

Parmi la communauté Twitter en France, le verdict semble clair : qu'il s'agisse des sujets liés au traçage numérique, surveillance numérique, traçabilité ou tout simplement les sentiments des internautes Français sont négatifs à 31,56% et seulement positif pour 19,47% des posts.

A noter qu'entre mars et avril, certains hashtags ont explosé comme naturellement StopCovid dont l'usage du mot-clé a augmenté de... 4 900% de mars à avril. C'est également le cas pour traçage numérique (+669,23%).

Quelques figures de proue au fort taux d'engagement

Certains Tweets attirent l'œil, notamment à cause de leur fort engagement. SEMrush a identifié ces interlocuteurs qui ont « percé » sur le réseau. Particulièrement des personnes ayant un avis négatif sur la question : sur le thème du « Traçage numérique », l'auteur de bande dessinée Allan Barte a réalisé le Tweet le plus en vue avec 1 364 interactions sur sa planche ironique « Coronavirus : le gouvernement planche sur le traçage numérique ».

Sur les sujets connexes comme « surveillance numérique » et tout simplement « traçabilité », d'autres personnalités émergent : respectivement Nicolas Matyjasik (475 interactions), politologue et conseiller à la Mairie de Paris et Eric Zemmour (1344 interactions).
Une étude réalisée par CARVEA Consulting et OPINEA révèle une France divisée sur le traçage numérique des malades du Covid-19.

En effet 45% de nos compatriotes ont une posture négative vis à vis d'une telle solution et même 27% la rejettent totalement, peu importe leur profil sociodémographique.

etude carvea


Que dire des Chinois ou des Coréens du Sud à qui personne n'a posé de question pour l'adopter… ?


Les craintes sont nombreuses : la perte de l'intimité et de la vie privée arrive en tête du classement avec 57% et même 70% parmi les plus jeunes.

etude carvea


Mais sont-ils conscients du coût que la protection de cette intimité et de la vie privé représente ? A priori oui. En expliquant qu'un traçage digital pourrait sauver plusieurs dizaines de milliers de vies et plusieurs centaines des milliers d'emplois, nous retrouvons d'une part :

etude carvea



  • 16% de nos compatriotes qui préfèrent toujours protéger leur vie privée et leur intimité en sacrifiant les vies et les emplois
  • 35% qui déclarent qu'une telle solution nécessite un consentement préalable quitte à sacrifier des vies et des emplois
  • Et d'autre part 49% des français considèrent qu'une telle solution devrait être imposée sans discussion ni consentement afin de sauver un maximum de vies et d'épargner des emplois.


Cette étude a été réalisée par CARVEA Consulting et OPINEA du 30 avril au 4 mai 2020. Elle est basée sur des interviews en ligne et un échantillon de 1004 répondants âgés de 15 à 75 ans, représentatif de la population française (sexe, âge, région et CSP) suivant la méthode des quotas
La présence physique au travail restera-t-elle autant assimilée à de la fiabilité qu'avant la crise sanitaire ? Fizkes / Shutterstock


Par Emmanuelle Léon, ESCP Business School


Pas une semaine ne se passe sans que les médias ne prédisent la disparition des open spaces : « Covid-19 : l’open space va-t-il (enfin) disparaître ? » (Usbek et Rica, le 7 mai) ; « Haro sur les open spaces, ruée sur le plexiglas… le bureau à l’heure du Covid-19 » (Le Monde, le 1er mai) ; « Voici pourquoi le Covid-10 va tuer les open spaces » (le JDD, le 27 avril). Faut-il en conclure que la crise sanitaire sera l’occasion d’éliminer définitivement ces espaces de travail décriés depuis fort longtemps ?
Or, la véritable interrogation semble être d’un autre ordre. La question n’est pas de savoir si l’open space va survivre ou disparaître : la question est de savoir si cette crise va nous donner – ou pas – une occasion unique de réinterroger notre rapport à l’espace et au temps de travail, de repenser nos organisations et nos manières de travailler.
Nous pouvons identifier cinq transformations essentielles dans notre rapport à l’espace, au travail et au management.

La présence remise en question

D’une certaine manière, la crise du Covid-19 aura fait évoluer les référentiels dans nombre d’entreprises. Le monde industriel, dont l’entité emblématique est l’usine, s’est construit sur le respect du temps passé dans un lieu. Unité de temps, unité de lieu et unité d’action (la chaîne de montage) sont restées pour beaucoup les référentiels du « travail ». Ceci explique en partie les réticences à adopter le télétravail car, si un salarié échappe au temps et au lieu, il échappe, peu ou prou, à la discipline salariale.
Les chercheurs Kimberly Elsbach et Daniel Cable démontrent que la présence physique au travail est encore assimilée à de la fiabilité, et que la présence au-delà des heures de travail est perçue comme un signe d’engagement. Il est grand temps de distinguer présence et travail ! Le fait d’être à distance n’aura pas empêché nombre de salariés d’être productifs. Et tout un chacun sait que le fait d’être physiquement au bureau n’est pas toujours synonyme de travail et d’efficacité…

Unité de temps, unité de lieu et unité d’action sont restées pour beaucoup les référentiels du « travail ». Mike Dotta/Shutterstock

La crise aura été, de ce point de vue là, un formidable accélérateur de la transformation vers le monde post-industriel, où les référentiels de temps et d’espace de travail sont à réinventer.

Un télétravail décomplexé

Nous venons de vivre une période étrange, où nous sommes tous devenus, en l’espace de 24h, des télétravailleurs à temps complet. Peut-on vraiment parler de télétravail d’ailleurs ? Il me semble qu’il s’agit davantage de la poursuite de l’activité à distance, car on est bien loin de projets de télétravail prévus, organisés et pilotés !
Pour autant, au fil des semaines, chacun a trouvé des ressources pour travailler à distance. Bien évidemment, être éloigné à temps complet de son lieu de travail, de sa hiérarchie et de ses collègues n’est pas bénéfique à long terme et les recherches sur le télétravail prônent de limiter ce dernier à deux ou trois jours semaine, pour éviter les risques d’isolement et maintenir la cohésion au sein des équipes.
Il n’empêche que c’est sous la contrainte que s’opèrent le plus rapidement des changements aussi fondamentaux. Réaliser un véritable retour d’expérience sur ce travail à distance imposé, subi, à temps complet, est une belle opportunité pour construire les fondations d’un télétravail efficace à l’avenir.

Une mise à distance du management

Le travail à distance a eu pour corollaire le développement du management à distance. Longtemps réservé à certains niveaux hiérarchiques ou à certaines fonctions, ce dernier a été expérimenté par tous ceux qui avaient des équipes à gérer. Cependant, le management à distance exige des compétences spécifiques.
La distance ne tolère pas l’improvisation, la distance ne laisse que peu de place au charisme, la distance exige des postures adaptées de la part des managers pour éviter que le management à distance ne se transforme en mise à distance du management. Imaginer que l’on peut faire à distance la même chose qu’à proximité, essayer coûte que coûte de reproduire la même organisation, le même nombre de réunions, le même type de reporting que dans un contexte de proximité est autant de pièges à éviter.
Aujourd’hui, la question qui va se poser aux managers est d’utiliser cette expérience pour embrasser et améliorer le télétravail au sein de leurs équipes. Il faut se saisir de cette expérience pour définir les normes de comportements (en présentiel et à distance), les modes de communication, le reporting, etc.
Cette crise aura permis à tous d’expérimenter le management à distance : espérons qu’elle aura aussi facilité l’identification des facteurs clés de succès, notamment en ce qui concerne les notions de confiance et de contrôle.

Une segmentation différente des espaces

Alors que l’open space visait à lisser les différences puisque tout le monde était logé à la même enseigne quelle que soit son statut, la nature de son activité, ou la taille de son équipe la crise a mis en exergue la nécessité de segmenter davantage les populations et leurs besoins en matière d’espaces de travail. Cette tendance, qui émergeait déjà dans certains projets immobiliers, va être accentuée par l’impossibilité de ramener tout le monde au bureau en même temps.
Il va falloir faire des choix, il va falloir évaluer les risques, et identifier quels sont les points de rassemblement critiques, pour quelles équipes, de quelle manière. En cela, la crise va nous conduire à repenser les espaces non pas uniquement en fonction des situations de travail (trop individuelles, trop fluctuantes) mais probablement en fonction des activités qui s’y opèrent, et ce au niveau des collectifs de travails.
Réflexion d’autant plus cruciale que nombre de salariés comprendraient mal, dans un tel contexte, qu’on leur impose de venir au bureau, pour y réaliser un travail qu’ils auraient pu faire en toute sécurité depuis leur domicile. Le télétravail deviendra-t-il de ce point de vue là la norme et le bureau l’exception ? C’est l’hypothèse posée par le constructeur automobile PSA, qui en a décidé ainsi début mai.

Réinventer la notion d’intimité

La crise que nous venons de vivre a mis à mal la segmentation entre vie privée et vie professionnelle. Volontairement ou pas, nos collègues, nos managers ont eu accès à nos domiciles, même virtuellement. Nos logements se sont parfois retrouvés transformés en open spaces, pour peu que conjoints et enfants aient dû y travailler également. Or l’être humain a besoin d’intimité acoustique, verbale et visuelle, comme le soulignent les psychologues de l’environnement.
Par intimité acoustique, il faut entendre le fait de pouvoir travailler dans un niveau de bruit acceptable (ni trop faible, ni trop élevé). L’open space était souvent jugé soit trop bruyant, empêchant toute concentration, soit trop silencieux, et générateur d’angoisse… L’intimité verbale consiste à pouvoir s’exprimer sur des sujets confidentiels sans être entendu par les autres. Et l’intimité visuelle consiste à pouvoir réaliser des tâches sans être vu.
L’open space avait mis à mal ces besoins d’intimité mais ces derniers sont également présents dans le cadre du travail à domicile. Et ce besoin d’intimité ne se limite pas à l’environnement physique : il est également présent dans le monde digital où nous évoluons.
Réfléchir à ces différentes questions et identifier des solutions acceptables par le corps social feront partie des défis à relever. Alors, et seulement alors, sera-t-il possible de statuer sur l’avenir des open spaces…The Conversation

Emmanuelle Léon, Professeur asssocié, Directrice scientifique de la Chaire Reinventing Work, ESCP Business School
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Pendant 55 jours, la rédaction de La Dépêche du Midi s'est mobilisée pour couvrir cette période extraordinaire du confinement.
Tous les jours nos éditions ont mis en avant l'actualité de l'épidémie de Covid-19 et les destins des hommes et des femmes qui ont vécu cette période. Les Unes regroupées dans ce document reflètent tout ce que nous avons partagé avec nos lecteurs.


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Dans la communication du gouvernement concernant la c rise du coronavirus, c'est une étape assurément importante. Trois ministres viennent en effet de s'adresser directement à quelque 400000 personnes qui ont signé sur la plateforme Change.org  trois pétitions lancées sur la crise du Covid-19.

"Le Premier ministre, Edouard Philippe avait déjà répondu via son profil Change.org en octobre 2018 à la pétition de Muriel Robin pour mettre fin aux violences conjugales. S'en étaient suivies d’autres réponses, notamment celle du président de la République à la pétition contre la hausse des prix du carburant qui avait donné lieu au mouvement des Gilets Jaunes, ou encore celle de Brune Poirson, secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique et Solidaire, pour répondre à la pétition demandant l'interdiction de la destruction des invendus. Cette fois-ci, trois ministres ont décidé de répondre simultanément à trois pétitions", se réjouit Change.org

Les réponses de Véran, Le Maire et Maracineanu

Olivier Véran a répondu à la pétition “Des tests de Covid-19 pour tous !” lancée par  Anna Borel, journaliste marseillaise, le 20 mars dernier et signée par 107 768 personnes. “Je comprends ce besoin de savoir, de manière rapide et fiable, si vous êtes contaminés. Je tiens donc à vous exposer la manière dont nous avons utilisé, et surtout dont nous allons utiliser les tests, avec toujours le même objectif : empêcher la circulation du virus", a écrit le ministre de la Santé.

Bruno Le Maire, ensuite, a répondu à la pétition “Sauvons nos restaurants et producteurs !” lancée par le chef Stéphane Jégo le 17 mars et signée par 138 656 personnes et demandant la déclaration de l'état d'urgence sanitaire pour débloquer l'indemnisation des restaurateurs. "La troisième inquiétude dont vous nous faites part et qui est l'objet de cette pétition, c'est la couverture des pertes d'exploitation par les assureurs. Évidemment, les assureurs doivent participer à cette solidarité nationale", écrit notamment le ministre de l'Economie.

Enfin, Roxana Maracineanu a répondu à la pétition "Pour un accès responsable à la nature en période de confinement" lancée par Billy Fernandez, accompagnateur en montagne le 17 avril et signée par 156 012 personnes. "Votre pétition a retenu toute mon attention. Croyez bien que je mesure à quel point le confinement nous prive du besoin essentiel de pouvoir pratiquer une activité sportive dans les piscines, les gymnases ou sur les terrains de sports, ou, comme vous le soulignez, dans bon nombre de sites naturels...", écrit la ministre des Sports.

"Ces réponses confirment que Change.org est crucial pour les responsables politiques afin de communiquer directement et efficacement auprès d'un public qui utilise de plus en plus le web pour se mobiliser, en particulier en temps de confinement. Apporter une réponse directe aux signataires d'une pétition sur Change.org représente pour le gouvernement un outil très puissant en période de crise" explique Sarah Durieux, Directrice de Change.org France, qui précise que les pétitions auxquelles le gouvernement a répondu font partie des pétitions les plus signées sur le thème du Covid-19
monthubert
Bertrand Monthubert est président d’Occitanie Data et conseiller régional d’Occitanie, ancien président de l’université Toulouse III Paul-Sabatier. A la veille du débat à l'Assemblée nationale sur l'application de traçage StopCovid, il apporte son éclairage sur les enjeux et ses propositions.

Ce mardi l’Assemblée nationale débat et vote sur la future application de traçage des malades StopCovid. Comprenez-vous la vivacité du débat et les inquiétudes qu’elle a suscitées ?
Bertrand Monthubert - Je le comprends parfaitement parce que cela vient étayer ce qu’on dit depuis deux ans qui était le constat suivant : on ne bénéficie pas d’un réel cadre de confiance pour le développement des usages des données. Et cela est un véritable handicap parce que cela conduit à faire des choses parfois négative – et on a vu dans le monde un certain nombre de scandales comme Cambridge Analytica – et à l’inverse pour ceux qui essaient d’agir de manière responsable, il leur manque une forme de cadre clair fait de concertation avec les citoyens qui permette d’avancer. Si on regarde le sondage que nous avions publié en octobre dernier, on observait une population partagée en deux entre d’une part ceux qui pensaient que l’usage des données allait apporter des choses positives et les autres le contraire ; et d’autre part entre ceux qui étaient inquiets par rapport au développement et ceux qui étaient confiants. Ce qu’il nous manque aujourd’hui sur la question StopCovid, c’est qu’on n’a pas encore eu de débats plus généraux sur le cadre éthique, le cadre de confiance. C’est ce à quoi s’emploie Occitanie Data et c’est pourquoi nous avons sorti il y a quelques jours notre charte éthique pour apporter des éléments de réflexion, de cadre pour que ces débats ne partent pas dans tous les sens et qu’on se pose les bonnes questions par rapport à ce type d’application.

On est souvent beaucoup resté à un niveau de débat entre spécialistes de la technologie.  Il n’y a pas eu de vrais débats politiques comme on peut en avoir sur d’autres sujets.

La députée Paula Fortezza déplorait qu’on ne traite pas les problématiques numériques comme les autres sujets. Partagez-vous son opinion ?
Ce qui est vrai, c’est qu’on est souvent beaucoup resté à un niveau de débat entre spécialistes de la technologie, même si des questions éthiques sont posées depuis longtemps. Il n’y a pas eu de vrais débats politiques comme on peut en avoir sur d’autres sujets. La question de la souveraineté numérique n’a finalement pas été suffisamment sur le devant la scène politique. Pour que ce sujet soit traité politiquement avec ce que cela suppose de débat démocratique, de décisions, encore faut-il que ce soit dans la sphère de ce pour quoi on peut prendre des décisions. Or depuis de nombreuses années, il y a eu une forme de fatalisme du fait que le développement des technologies numériques effaçait nos possibilités de contrôle, car il était conduit par des acteurs internationaux (Google, Samsung…) qui prennent leurs décisions sans consulter qui que ce soit. L’approche que nous avons à Occitanie Data est à l’inverse : la question du numérique pose aussi la question de notre souveraineté, c’est pourquoi nous ne travaillons qu’avec des acteurs français et européens. C’est un choix car nous avions le sentiment que c’était indispensable pour pouvoir développer une économie de la donnée conforme à nos valeurs. Ce choix, singulier, montre que nous avons eu raison. D’autres ont essayé d’ouvrir des antennes des labos de Google ou Facebook en France ; pourquoi pas mais il faut savoir ce qu’on fait.

Si on avait laissé les acteurs de la science s’organiser et proposer quelque chose, peut-être que cela aurait été différent.

On paie là l’absence de géant du numérique européen ?
Il faut que l’Union européenne évolue pour passer d’une logique où finalement elle a empêché souvent l’éclosion d’un certain nombre d’acteurs majeurs sous prétexte de concurrence non faussée, à une logique de favoriser des acteurs qui peuvent peser par rapport aux géants mondiaux. Mais on peut agir sans attendre d’avoir des géants européens, en favorisant certains choix techniques et en étant attentif à la confiance que génèrent les acteurs.

Au-delà de StopCovid, il y a plein d’autres usages qui vont se développer et ce n’est pas la même chose, notamment vis-à-vis du citoyen, si le traitement de données est réalisé par un Etat, une multinationale ou un laboratoire de recherche qui ne cherche ni à faire de l’argent ni à faire de la surveillance. Si c’était l’Inria qui avait annoncé travailler sur StopCovid plutôt que le gouvernement au plus haut niveau, tout aurait été différent.

Si on avait laissé les acteurs de la science s’organiser et proposer quelque chose, peut-être que cela aurait été différent. Tout cela montre qu’il y a une maturité que nous devons acquérir rapidement si on veut que demain des outils numériques bénéfiques pour la population puissent se déployer, parce que la plus grande crainte est que sans ce cadre de confiance on se prive d’outils qui pourraient nous être nécessaires.

Alors que la mise en place d'une application de traçage des malades du Covid-19, StopCovid, sera en débat devant l'Assemblée nationale mardi 28 avril et devant le Sénat mercredi 29 avril, la Ligue des droits de l'Homme Midi-Pyrénées interpelle les parlementaires de la région.

Opposition ferme et résolue


"Nous souhaitons vous faire part de l'opposition ferme et résolue de la Ligue des droits de l'Homme à l'instauration d'un tel système de surveillance des citoyens et vous alerter sur gravité que présenterait sa mise en vigueur au regard de nos libertés fondamentales", écrit la Ligue.

"Au-delà même des questions relatives à l'efficacité d'un tel système, qui ne saurait être assurée, comme cela a pu être vérifié dans d’autres pays, qu'à la condition que celui-ci soit gravement intrusif et attentatoire à nos vies privées, aucune des prétendues garanties dont il nous est affirmé que ce système serait entouré ne saurait emporter la conviction.
Ces garanties sont à l'évidence illusoires, tant ces systèmes pourront très aisément, à compter de leur mise en place, être progressivement rendus plus intrusifs, quand ils ne seront pas détournés de leur objectif initial, comme le sont régulièrement les fichiers d'ores et déjà existants. De tels systèmes contribueraient en outre immanquablement à instaurer un état d’esprit de défiance entre nos concitoyens, quand l'heure est au contraire à la solidarité la plus forte, avec des risques de dérives dont on voit d'ores et déjà d'exécrables exemple avec les délations qui fleurissent."

Un dispositif qui s'inscrira de manière définitive


"Plus grave encore, il suffit d'examiner les exemples de mise en place de tels systèmes sur le plan international pour constater qu'ils peuvent très aisément évoluer vers des dispositifs de contrôle annihilant purement et simplement toutes les formes de libertés. Or, contrairement à l'un des éléments de langage d'ores et déjà relayés s'agissant des projets de « traçage », nous savons parfaitement que de tels systèmes ne seront en aucun cas demeurer exceptionnels et temporaires mais, une fois adoptés, s'inscriront de manière définitive dans le paysage de la « surveillance à la française ». L'exemple récent de la loi d'urgence antiterroriste, dont les dispositions ont été très largement intégrées au droit commun dès son abrogation, suffit d'éclairer quiconque prétendrait accorder foi à cet argument.

Voici tracées rapidement quelques-unes des raisons qui nous conduisent à nous opposer sans la moindre ambiguïté à une telle perspective, qui contribuerait grandement et de manière irréversible à éloigner la France des règles de vie en commun que nous nous sommes donnés dans le cadre démocratique. Nous nous tenons, bien entendu, à votre disposition pour développer plus dans le détail les quelques arguments que nous vous avons trop brièvement présentés.

Un seul vote


Nous vous demandons solennellement de vous opposer au projet sur le traçage des données des téléphones pour lutter contre le coronavirus et de voter contre à l’occasion du vote qui clôturera ce débat."

Depuis cette lettre ouverte, l'on a appris que le vote sur l'application StopCovid qui divise profondément la majorité présidentielle, et le vote sur le plan de déconfinement, seraient fusionnés e un seul vote.

covid


L'Association française des correspondants à la protection des données à caractère personnel (AFCDP), qui regroupe plus de 6000 professionnels de la conformité au RGPD et à la Loi Informatique & Libertés (dont les Délégués à la Protection des Données ou DPO), appuie l'avis de la Cnil rendu hier sur l'application de traçage des malades du Covid-19, actuellement en développement et qui sera soumise au débat à l'Assemblée nationale mardi.

"Même si la constitution par l’État d’un fichier centralisé peut toujours soulever des inquiétudes légitimes, l’AFCDP note avec satisfaction que l’application StopCovid devrait être encadrée par un certain nombre de garanties, comme les DPO le préconisent dans leurs organismes respectifs. Ainsi l’usage de l’application ne pourrait reposer que sur une démarche volontaire des personnes, sans impact possible en cas de refus. Elle ne devrait traiter que des données « pseudonymisées » avec des mesures protectrices contre les risques de ré-identification", explique l'AFCDP.

Usage temporaire

"Son usage ne saurait être que temporaire, pour la durée nécessaire au traitement de la crise sanitaire et les données strictement détruites après usage. L’AFCDP approuve également la demande de la Cnil pour qu’une Analyse d’Impact sur la Protection des Données (AIPD) soit réalisée, et que le projet respecte le concept de « protection des données dès la conception » (« Privacy by Design »). L’AFCDP note également avec satisfaction, le recours au fondement juridique des « motifs d’intérêt public dans le domaine de la santé publique », dont l’usage est spécifiquement prévu par le RGPD, pour lutter contre les épidémies et leur propagation."
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L’application pour smartphone de traçage des malades du Covid-19, qui pourrait être l’un des éléments clé pour réaliser correctement le déconfinement qui débutera le 11 mai, n’en finit pas de susciter des débats, notamment sur le respect des libertés individuelles.
Vendredi coup sur coup, l’Académie de médecine et le Conseil national du numérique avait donné un satisfecit au projet du gouvernement mais avec certaines réserves. L’Académie a ainsi jugé que l’application pouvait être utile à condition de respecter « un certain nombre de conditions d’ordre éthique et juridique », notamment le règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD), les recommandations de la Cnil afin de susciter une adhésion éclairée de la population. Le Conseil national du numérique, saisi le 14 avril par le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O, a lui aussi approuvé l’idée d’une telle application, suggérant de la rebaptiser AlertCovid mais a pointé un « risque de pérenniser et banaliser certaines formes de suivi numérique. »
Hier, à deux jours du débat et du vote sur StopCovid devant l’Assemblée nationale, la Cnil a émis à son tour des réserves et des souhaits quant à la préservation des libertés individuelles.

La Cnil réclame des garanties

Saisie, elle aussi d’une demande d’avis par le secrétaire d’État chargé du numérique, l’instance « estime le dispositif conforme au RGPD si certaines conditions sont respectées. Elle relève qu’un certain nombre de garanties sont apportées par le projet du gouvernement, notamment l’utilisation de pseudonymes. » « La CNIL appelle cependant à la vigilance et souligne que l’application ne peut être déployée que si son utilité est suffisamment avérée et si elle est intégrée dans une stratégie sanitaire globale. Elle demande certaines garanties supplémentaires. Elle insiste sur la nécessaire sécurité du dispositif, et fait des préconisations techniques. Elle demande à pouvoir se prononcer à nouveau après la tenue du débat au Parlement, afin d’examiner les modalités définitives de mise en œuvre du dispositif, s’il était décidé d’y recourir. »
La CNIL rappelle aussi dans son avis « que l’utilisation d’applications de recherche des contacts doit s’inscrire dans une stratégie sanitaire globale et appelle, sur ce point, à une vigilance particulière contre la tentation du solutionnisme technologique ». L’instance rejoint là les craintes s de la députée Paula Fortezza.

« Oui, cette application est utile » veut croire Cédric O

Enfin, la CNIL « souligne que son efficacité dépendra, notamment, de sa disponibilité dans les magasins d’application (Appstore, Playstore…), d’une large adoption par le public et d’un paramétrage adéquat. » Autant de points techniques pour l’heure très aléatoires puisque Google et Apple, qui travaillent sur leur propre application de traçage, rechignent à l’ouvrir aux Etats sans conditions, comme l’a par exemple demandé le commissaire européen Thierry Breton à Tim Cook, le PDG d’Apple.
Hier dans le JDD, Cédric O, a martelé « Oui, cette application est utile admettant toutefois les difficultés : « L’objectif, c’est d’être prêts le 11 mai, mais c’est un défi. Il y a encore plusieurs problèmes techniques à résoudre. Nous ne ferons aucun compromis sur la sécurité. [StopCovid] constituera une brique du dispositif d’enquêtes sanitaires qui est au cœur du déconfinement, afin d’éviter que l’épidémie ne reparte. » Cédric O a également assuré que « l’installation de l’application doit relever totalement du libre consentement. » Hier après-midi, le gouvernement a indiqué qu’il « tiendra le plus grand compte des recommandations formulées par la CNIL dans la suite des travaux afin d’apporter le maximum de garanties ». Il « réalisera et publiera une analyse d’impact sur la protection des données » et va ouvrir « le code source de l’application, du serveur central et leur paramétrage. »

Les regrets à Singapour, pionnier du contact tracing

Reste qu’au-delà des difficultés techniques de mise en œuvre de StopCovid, l’efficacité de l’application, qui ne serait installée que sur la base du volontariat, prête à caution.
« Si vous me demandez si le déploiement ou le développement d’un système de tracing des contacts, où que ce soit dans le monde, est susceptible de remplacer une opération manuelle, je vous répondrai sans aucune réserve : non. Ni maintenant […] ni dans un futur proche », a ainsi expliqué Jason Bay, directeur du Government Digital Services de Singapour, qui a développé TraceTogether, l’application dont s’inspire StopCovid..