Parce que la Lune fait toujours rêver, les hommes vont y retourner

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Depuis le 18 mars et l’arrivée sur la planète rouge du rover Perseverance doté de sa SuperCam toulousaine, le monde a les yeux rivés sur Mars, et certains, comme le PDG de Tesla et de SpaceX, espèrent y envoyer un Homme d’ici quelques années à peine en vue d’une future colonisation. Mais c’est plus sûrement vers la Lune que les possibilités et les ambitions se montrent les plus tangibles et aiguisent les appétits de plusieurs nations spatiales.

La Russie et Chine ont ainsi annoncé cette semaine qu’elles projetaient de construire ensemble une station "à la surface ou en orbite" de la Lune. L’annonce intervient alors que la Russie, pionnière à l’époque soviétique dans la conquête spatiale, est depuis des années à la traîne, en comparaison avec les multiples projets d’autres Etats, certains pourtant novices (l’Inde par exemple), et d’entreprises privées (comme Space X). Le projet de "Station scientifique lunaire internationale" doit être mené à bien par l’agence russe Roskosmos et l’Administration spatiale chinoise (CNSA).

Basé sur le principe des "bénéfices partagés", il sera néanmoins ouvert à "tous les pays intéressés et partenaires internationaux". Si l’on ne connaît ni le calendrier ni les sommes investies, selon Moscou, la Russie et la Chine établiront une "feuille de route" et mèneront une "collaboration étroite" afin de mener à bien cette réalisation.

Station scientifique lunaire internationale

"La Station scientifique lunaire internationale consiste en un ensemble d’outils de recherche expérimentaux créé à la surface ou en orbite de la Lune et conçu pour mener des travaux pluridisciplinaires", précise le communiqué. L’agence russe ajoute qu’elle doit aussi permettre d’évaluer des technologies permettant des opérations "sans pilote", dans la perspective d’une présence humaine sur la Lune. De son côté, l’Administration spatiale chinoise a souligné qu’elle visera à "promouvoir l’exploration pacifique et l’utilisation de l’espace par toute l’humanité".

Pour la Russie, qui a perdu l’année dernière le monopole des vols habités vers la Station spatiale internationale (ISS) – qui va accueillir le mois prochain Thomas Pesquet – après le succès de la capsule de Space X, le projet lunaire est autant une question technique et scientifique que de prestige national.

Mais la concurrence pour revenir sur la Lune après la dernière mission américaine Apollo 17 en 1972 est forte. L’ex-président des États-Unis Donald Trump voulait renvoyer des Américains sur la Lune en 2024, comme un exercice d’entraînement pour viser ensuite Mars, avec le projet Artemis. Pour l’heure, Joe Biden n’a pas livré sa vision du dossier, notamment sur les financements… La Nasa a reçu 1,6 milliard de dollars en 2019 alors qu’il en faudrait 5 à 7 par an entre 2021 et 2025… Début février, Airbus a annoncé qu’il construira trois nouveaux modules pour la mission lunaire Artemis, un contrat de 650 millions d’euros.

Un "Moon village"

Avant de nouer un partenariat avec la Russie, le programme chinois de missions habitées envisageait l’envoi d’un taïkonaute sur la Lune à partir de 2030 où elle ambitionne de bâtir un "palais lunaire" baptisé Yuegong-1. Le Japon, avec un atterrisseur prévu en 2021 mais aussi l’Inde qui prévoit de déployer un rover sur la face cachée de la Lune sont également de la partie, tout comme les Emirats arabes unis.

Enfin l’Agence spatiale européenne a théorisé avec les Chinois "Moon village" : une première colonie de six à dix personnes (scientifiques, ingénieurs, techniciens) pourrait s’installer sur la Lune d’ici 2030. À terme, un millier d’hommes pourrait fouler le sol lunaire en 2050.