Accéder au contenu principal

Comment l'IA renforce-t-elle les capacités de l'architecture d'entreprise ?

 

ia


Par Ludovic Relandeau, Chief Product Officer chez MEGA International

L'Intelligence Artificielle (IA), ou Deep Learning, possède le potentiel de bousculer en profondeur les modes opératoires des entreprises. L'Architecture d'Entreprise, qui est une méthode de gestion de la transformation continue des organisations, commence à intégrer cette technologie. Mais comment ?

Les tendances de l'IA

On observe depuis une dizaine d'années une démocratisation de l'Intelligence Artificielle. En effet, si les théories des réseaux de neurones apprenant datent d'une cinquantaine d'années, ce qui a vraiment changé c'est la puissance de calcul et la très grande capacité de stockage des données. L'IA en est une grande consommatrice et elles sont maintenant à la portée de tous. Sans compter qu'il existe aujourd'hui de nombreux environnements et bibliothèques de code qui simplifient grandement la mise en œuvre de modèles d'IA.

L'IA reste néanmoins une discipline compliquée qui demande des expertises pointues, des réglages délicats souvent laborieux et dont chaque application se concentre sur un objectif bien défini.

L'IA est-elle dangereuse, peut-elle remplacer l'homme ?

Le cerveau humain est très puissant et peut résoudre des problèmes avec peu de données et en peu de temps. Alors que l'IA a besoin d'une multitude de calculs sur de gros volumes de données pour trouver des solutions.

Selon le philosophe Jean-Michel Besnier, co-auteur de Les robots font-ils l'amour ? Le transhumanisme en 12 questions : « la particularité de l'humain est de sortir des sentiers battus, tandis que celle de l'IA s'inscrit dans une logique de répétition de calculs ». En l'état actuel de nos connaissances, l'IA ne sait pas créer de nouvelles représentations du monde ex-nihilo.

C'est ce qui rend l'humain unique. Grâce à son extraordinaire capacité à apprendre par imitation et à capitaliser le savoir : il lui suffit de se décaler légèrement de ces acquis pour innover. Car contrairement aux idées reçues, l'innovation est rarement une rupture mais plutôt un léger décalage par rapport à une norme.

Cependant, lorsque le domaine de représentation est bien défini, les capacités d'inférences et d'apprentissage de l'IA sont impressionnantes. Le niveau d'investigation permis par les algorithmes dépasse nos propres capacités. Prenons l'exemple d'« Alpha GO » : l'algorithme de DeepMind a vaincu les meilleurs professionnels du jeu de GO impossible à programmer avec des algorithmes classiques tant ses règles sont subtiles. Sa variante « Alpha Zero » a réussi à apprendre le jeu en quelques jours, en jouant et explorant contre elle-même, sans aucune alimentation de tactiques prédéfinies ou de parties jouées par un humain. « Alpha Zero » a débuté seule, puis a retrouvé les mêmes intuitions que celles des meilleurs joueurs humains pour finalement trouver ses propres méthodes encore plus efficaces. Bluffant...

On peut être certains que de plus en plus de tâches seront faites par des machines, obligeant l'humain à se convertir à d'autres activités. Comme toujours, les outils présentent des opportunités mais aussi des menaces à la hauteur de leur puissance. L'éthique et l'éducation restent donc primordiales pour maitriser les applications de ces technologies. Un autre débat est celui du couplage de l'IA, des Big Data et du contrôle des idées via la surveillance de masse... Là encore une question d'éthique !

IA et Architecture d'Entreprise : un lien de plus en plus étroit

L'architecture d'entreprise est une méthode de transformation continue des organisations qui doivent constamment s'adapter à leur écosystème : règlementations, attente des clients, nouvelles technologies, etc. Il s'agit d'une méthode collaborative qui s'appuie d'une part, sur un graphe de connaissances qui décrit les différents constituants de l'entreprise et leurs interactions, et d'autre part, sur un outil informatique de gouvernance pour orchestrer la transformation tout en restant agile.

Dans le domaine de l'architecture d'entreprise, les algorithmes classiques sont utilisés pour réaliser des analyses d'impacts, des comparaisons de scénarios ou encore des simulations de propagation d'incidents dans une organisation. L'entreprise étant un système très complexe, non linéaire, il est difficile de modéliser les équations de son fonctionnement et les règles qui régissent son évolution : c'est à ce niveau que l'IA - le

Deep Learning - peut jouer un rôle important.

Le Deep Learning (apprentissage profond) joue sur différents niveaux d'abstraction - d'où la notion de profondeur. Il permet d'extraire du sens à partir de données qu'on lui fournit et produire un résultat tout en s'affranchissant des équations qui régissent le système. Parmi les champs d'application de l'IA et du Deep Learning on peut citer notamment la reconnaissance d'images, la traduction linguistique, l'interaction en langage naturel, la normalisation de métadonnées et la reconnaissance de modèles (patterns) métier ou de structure, ou encore l'analyse de risque des projets de transformation...

Quel avenir pour l'IA au service de l'Architecture d'Entreprise ?

Il sera prometteur !

L'architecture d'entreprise n'échappe pas à l'attractivité du potentiel de l'IA et ses usages vont s'améliorer et se multiplier dans les années à venir. Nous travaillons à son application à un défi ardu des entreprises : celui de la transformation continue et de l'entreprise résiliente (future-proof enterprise).  Mais cela requiert une puissante capacité de représentation de l'entreprise (digital twin) ainsi que des volumes de données importants.

Des solutions pour identifier des opportunités de transformation et de recommandation de scénarios de transformation commencent à se développer. Par exemple, l'identification et recommandations de stratégies de migration vers le Cloud...Une affaire à suivre !

Posts les plus consultés de ce blog

Le bipeur des années 80 plus efficace que le smartphone ?

Par André Spicer, professeur en comportement organisationnel à la Cass Business School (City University of London) : Vous vous souvenez des bipeurs ? Ces appareils étaient utilisés largement avant l'arrivée massive des téléphones portables et des SMS. Si vous aviez un bipeur, vous pouviez recevoir des messages simples, mais vous ne pouviez pas répondre. Un des rares endroits où on peut encore en trouver aujourd’hui sont les hôpitaux. Le Service National de Santé au Royaume-Uni (National Health Service) en utilise plus de 130 000. Cela représente environ 10 % du nombre total de bipeurs présents dans le monde. Une récente enquête menée au sein des hôpitaux américains a révélé que malgré la disponibilité de nombreuses solutions de rechange, les bipeurs demeurent le moyen de communication le plus couramment utilisée par les médecins américains. La fin du bipeur dans les hôpitaux britanniques ? Néanmoins, les jours du bipeur dans les hôpitaux britanniques pourraient être compté

Univers parallèles et mondes virtuels : la guerre des métavers est commencée

  Une partie de poker dans le métavers (capture d'écran de la vidéo “Le métavers et comment nous allons le construire ensemble” sur YouTube) Par  Oihab Allal-Chérif , Neoma Business School Le 17 octobre 2021, Mark Zuckerberg a lancé les hostilités de manière assez théâtrale, comme s’il défiait ses concurrents d’en faire autant. Afin de concrétiser son rêve d’enfant, le métavers, il a décidé de mettre en œuvre des moyens colossaux : 10 000 ingénieurs hautement qualifiés seront recrutés en Europe dans les 5 prochaines années. Cette annonce a été faite quelques jours avant celle du changement de nom du groupe Facebook en Meta , le 28 octobre, démontrant ainsi l’engagement total du fournisseur de réseaux sociaux dans la transition vers le métavers. Le 22 juillet 2021, dans une interview à The Verge , le créateur de Facebook racontait : « Je pense à certains de ces trucs depuis le collège quand je commençais tout juste à coder. […] J’écrivais du code

Sans Sauvegarde, pas de cyber-résilience

Par Alexandra Lemarigny, directrice commercial Europe du Sud Opentext Security Solutions Les études diverses sur les habitudes de sauvegarde des entreprises et leurs collaborateurs sont sans équivoque : très majoritairement, elles ne s’attardent vraiment sur ces questions de sauvegarde ou de récupération qu’en cas d’incidents. Pourtant la sauvegarde est l’élément majeur des dispositifs de cyber-résilience, à savoir la capacité à rester opérationnel, même face aux cyberattaques et à la perte de données. La sauvegarde n’est pas suffisamment considérée Dans les faits, force est de constater que la sauvegarde n’est pas envisagée dans son entièreté par les entreprises qui n’ont pas eu à subir d’accidents et il est fréquent qu’elles ne sauvegardent pas les éléments les plus pertinents. A titre d’exemples une entreprise peut ne sauvegarder qu’un ou deux serveurs, ou un élément qu’elle a identifié comme critique quelques années auparavant. Certaines ne tiennent pas compte de l’évolution de leu

Implants cérébraux : la délicate question de la responsabilité juridique des interfaces homme-machine

Dans le film Transcendance , de Wally Pfister, sorti en 2014, le héros mourant transfère son esprit dans un ordinateur quantique. Wally Pfister, 2014 Par  Elise Roumeau , Université Clermont Auvergne (UCA) Depuis quelques années, Elon Musk ne cesse de faire des annonces relatives à des avancées technologiques. Voitures autonomes , voyages interplanétaires , interface homme-machine , achat du réseau social Twitter… rien ne semble arrêter l’homme d’affaires. Aucun obstacle technique, géographique, physiologique ne lui semble infranchissable. Pourtant, ses projets pourraient, à court terme, poser de véritables difficultés du point de vue juridique. La recherche d’une fusion entre le cerveau et l’intelligence artificielle Avec Neuralink, l’un des objectifs visés par Elon Musk est de créer une interface entre l’humain et la machine . À plus ou moins court terme, le projet porte sur le développement d’implants cérébraux pour pallier des troubles neur

Sondage : quatre Français sur dix craignent le vol d'identité

Selon un sondage représentatif commandé par le fournisseur de messagerie GMX , de nombreux internautes français sont préoccupés (31%), voire très inquiets (9%), d'être victimes d'un vol d'identité. La majorité craint que des inconnus puissent faire des achats (52%) avec leur argent. Dans le cas d'une usurpation d'identité, les criminels accèdent aux comptes en ligne et agissent au nom de leurs victimes. De nombreuses personnes interrogées craignent que des inconnus signent des contrats en leur nom (37 %), que des escrocs utilisent l'identité volée pour ouvrir de nouveaux comptes (36 %) et que des informations les plus privées tombent entre des mains étrangères ou soient rendues publiques (28 %). Besoin de rattrapage en matière de sécurité des mots de passe Il est urgent de rattraper le retard en matière d'utilisation de mots de passe sûrs selon GMX : 34 % des utilisateurs d'Internet en France utilisent dans leurs mots de passe des informations personnell

Sources d’information et orientation politique : ce que nous apprend Twitter

  Par  Laura Hernandez , CY Cergy Paris Université et Rémi Perrier , CY Cergy Paris Université Plusieurs études du discours médiatique ont mis en lumière, par des analyses quantitatives et qualitatives, des soutiens à peine voilés de certains médias envers certains courants politiques . Et si l’on inversait la question ? Bien qu’on ait tendance à considérer, par exemple, qu’un lecteur régulier du Figaro s’oriente politiquement à droite, peut-on établir des corrélations à grande échelle entre choix de sources d’information et orientation politique ? Des études basées sur des enquêtes d’opinion ont montré notamment la part grandissante des réseaux sociaux dans la diffusion de l’information et le rôle qu’ils jouent dans la formation de l’opinion publique depuis une décennie, à l’image des évolutions observées lors de deux dernières élections aux États-Unis (voir ici et ici ). Les médias traditionnels ont intégré cette donnée et utilisent les réseaux sociaux en se faisant l’écho