Frank Esser : "SFR n'a pas peur de Free"

Costume sombre mais sans cravate, décontracté mais concentré, Frank Esser, PDG de SFR, arrive au siège de la délégation Sud-Ouest mardi 11 janvier à midi, dans le cadre des Innovations Days ; ces rendez-vous internes qui permettent aux collaborateurs de découvrir les nouveaux services et les innovations du groupe.
Quelques heures auparavant, SFR a lâché une petite bombe qui a fusé sur internet : l'intégration des appels mobiles dans la Neufbox (sans surcoût pour la Neufbox Evolution, avec une option de 3€ TTC par mois pour les autres). Une nouvel épisode dans la guerre que se livrent les opérateurs.

100000 Neufbox Evolution écoulées en deux mois

Lors d'une rencontre avec la presse, Frank Esser s'est défendu d'avoir voulu répondre à Free et sa nouvelle Freebox Révolution qui inclut cette fonctionnalité (avec des conditions toutefois moins souples). "C’était déjà dans les tuyaux. L’illimité est une tendance à laquelle se sont habitués nos clients, sur les communications fixe vers fixe, sur l’internet mobile des smartphones. Il manquait l’illimité entre les box et les mobiles. Ce sera désormais chose faite", assure le PDG qui s'est toutefois refusé à chiffrer le coût d'une telle mesure. Mais ne pas perdre de clients cédant aux sirènes de Free et en gagner d'autres reste un objectif capital pour le groupe, qui compte bien mettre en avant son expertise.
"Le marché n’a jamais été aussi dynamique et agressif que maintenant. Il y a la hausse de la TVA que nous appliquerons à partir du 1er février et pour laquelle nous avons envoyé à nos clients 12 millions de lettres explicatives ; il y a les offres premium, de nouveaux services, etc. Le tarif à 29,90 € c’est fini. Chaque mois, il y a de nouvelles offres mais notre objectif chez SFR est de rester le plus simple et le plus performant", explique Frank Esser, qui ne rechigne pas à lancer quelques piques à Free. "Créer une box est une chose ; mais il faut y ajouter la relation client, une expertise, ce que SFR sait faire et ce qui se traduit dans nos parts de marché", explique le PDG, heureux du succès de la nouvelle Neufbox Evolution. En deux mois, celle-ci s'est déjà écoulée à 100000 exemplaires dont un tiers auprès de nouveaux clients. L'objectif est de 500000 Neufbox Evolution sur l'année.

"Nous sommes trop taxés"

Nouveauté de ce début d'année, la hausse des forfaits internet. Imposée par Bruxelles, la hausse de la TVA de 5,5 % à 19,6 % sur la partie « télé » des forfaits internet et de certains abonnements mobiles a fait sauter le verrou de l’abonnement à 29,90 € mensuels – le plus bas d’Europe – redoutable maître étalon imaginé par Free en 2002 et que personne jusqu’à présent n’osait remettre en cause. En répercutant la hausse de la TVA les opérateurs se sentent libres de diversifier leurs offres en imaginant des formules basiques au tarif proche du fameux 29,90 € et des formules premium de haut de gamme plus chères comprenant du matériel dernier cri et des services à forte valeur ajoutée (vidéo à la demande, 3D, jeux en réseau, bientôt domotique, etc.).
Taxe audiovisuelle pour compenser l'abandon de la publicité en journée sur les chaînes de France Télévisions, taxe sur la copie privée (COSIP), TVA. N'en jetez plus. "Le secteur est trop taxé. Nous versons en taxe plus de 500 millions d'euros par an. Pourquoi les opérateurs doivent-ils compenser l'abandon de la pub sur France Télévisions ?" se désole Frank Esser.

La fibre à Toulouse en 2011

Autre chantier important et complexe abordé hier : la fibre optique, qui accuse du retard en France. "SFR a déjà beaucoup investi, de l'ordre de 500M€ et nous investirons encore 150 à 200M€ par an. On ne fait pas ça pour rien. La fibre aujourd'hui, c'est comme la 3G il y a six ans. On ne perçoit pas encore quels seront les usages mais cela peut venir très vite", assure Frank Esser.
Il est vrai que le cadre réglementaire de déploiement de la fibre est longtemps resté flou. Aujourd'hui, on y voit plus clair avec 3 grandes zones. La zone 1 concerne les parties à forte densité (grandes villes) où seuls les opérateurs interviennent pour construire le réseau. La zone 2 puis la zone 3 sont celles moyennement et peu peuplées.
Sur ces deux dernières, la construction du réseau sera co-financée par les collectivités territoriales, l'État via la Caisse des Dépôts et les opérateurs. Les zones 2 et 3 sont éligibles aux 2 milliards d'euros "infrastructures" du Grand Emprunt.
Après avoir tiré les câbles sous les trottoirs, les opérateurs doivent maintenant aller dans les immeubles. Toulouse sera couverte cette année.

Fibre, ADSL, réseau 3G dont le trafic data triple tous les ans depuis trois ans : les besoins en infrastructures sont là. "On ne sait pas quels seront les services qui marcheront dans trois ans, mais une chose est sûre : on aura toujours besoin d'un bon réseau."

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