Technomedia

Numérique · médias · sciences · intelligence artificielle

Élections européennes 2024 : un scrutin ciblé comme jamais par la désinformation

 

europe

Rarement une élection aura à ce point été ciblée par des ingérences étrangères et des tentatives de désinformation. « Des institutions, autorités, acteurs de la société civile et vérificateurs de faits tels que l’Observatoire européen des médias numériques, le Réseau européen des normes de vérification des faits et EUvsDisinfo ont détecté et révélé de nombreuses tentatives de tromper les électeurs avec des informations manipulées ces derniers mois », assurait mercredi le Parlement européen.

« Les acteurs de la désinformation ont diffusé de fausses informations sur la façon de voter, cherché à décourager les citoyens de voter ou encore cherché à semer la division et la polarisation avant le vote en détournant des sujets de grande envergure ou controversés. Parfois, ces tentatives de tromper consistent à inonder l’espace informationnel avec une abondance d’informations fausses et trompeuses, dans le but de détourner le débat public. Souvent, des dirigeants et leaders politiques sont ciblés par des campagnes de manipulation de l’information. Plusieurs politiques européennes sont souvent ciblées par la désinformation : le soutien à l’Ukraine, le Pacte vert pour l’Europe et la migration », détaille le Parlement.

Une boîte à outils dédiée pour contrer la manipulation de l’information et l’ingérence étrangère

« Bien que les menaces soient présentes, les réponses collectives de l’UE sont réelles » veut rassurer l’institution. « Pour renforcer la résilience face aux tentatives d’ingérence externe, l’UE a développé une boîte à outils dédiée pour contrer la manipulation de l’information et l’ingérence étrangère. » Une boîte qui comprend plusieurs dispositifs allant de la sensibilisation situationnelle et du renforcement de la résilience à la législation et aux leviers diplomatiques en passant par l’éducation aux médias ou la vérification des faits.

Outre la loi sur les services numériques (DSA) qui encadre les réseaux sociaux, la loi sur l’IA et la loi sur la transparence et le ciblage de la publicité politique, du côté préventif, la Commission a adopté en mars des directives électorales, rappelant les mesures que les plateformes doivent adopter pour assurer la conformité. En avril, la Commission a aussi organisé un test de résistance volontaire avec ces plateformes désignées, la société civile et les autorités nationales.

TikTok a d’ailleurs échoué à ce test. La plateforme a autorisé la mise en ligne de publicités contenant de la désinformation liée aux élections européennes, selon un rapport publié mardi, contrevenant ainsi à ses propres conditions d’utilisation et mettant en doute sa capacité à détecter les fausses informations à quelques jours du scrutin.

(Article publié dans La Dépêche du Dimanche 9 juin 2024)

Européennes 2024 : les réseaux sociaux luttent-ils contre l’abstention ?

 

Europe

Par Marie Neihouser, Institut catholique de Lille (ICL) et Anastasia Magat, Université Grenoble Alpes (UGA)

À la veille des élections européennes du 9 juin, la participation électorale est un enjeu majeur. Un électeur français sur deux s’était abstenu lors des élections européennes de 2019. En 2024, ce chiffre diminuerait très légèrement d’après un sondage (optimiste) d’Eurobaromètre.

Ainsi, 67 % des Français déclarent qu’ils iront probablement voter ce dimanche 9 juin. Les moins de 25 ans et les classes populaires forment les catégories sociales s’abstenant le plus. Face à ce manque d’engouement, les candidats tentent de mobiliser par tous les moyens, et notamment par les réseaux sociaux. C’est par exemple le cas de Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national pour ces élections. Le candidat mise sur ses bonnes performances sur TikTok notamment pour mobiliser les franges de la population les plus éloignées de la politique, et en particulier les jeunes. Mais les réseaux sociaux sont-ils vraiment en mesure de ramener aux urnes les publics les plus éloignés de la politique ? À la lumière des conclusions d’un chapitre « Les votes se jouent-ils sur les réseaux sociaux ? » co-écrit dans l’ouvrage collectif Citoyens et partis après 2022. Éloignement, Fragmentation, paru en mai 2024, nous proposons ici quelques éléments de réponse.

Les réseaux sociaux démocratisent la politique

Lors de l’élection présidentielle de 2022, presque un tiers des moins de 35 ans déclaraient, selon l’enquête PEOPLE 2022, avoir consulté, partagé ou commenté du contenu en lien avec l’élection sur les réseaux sociaux. Ainsi, chez les jeunes, les réseaux sociaux pourraient favoriser la participation politique en permettant une mobilisation plus épisodique et flexible, correspondant à un nouveau rapport au politique.

Toujours d’après l’enquête People 2022, parmi celles et ceux qui adoptent ces pratiques politiques en ligne, 36 % appartiennent aux classes populaires (ouvriers et employés) et 15 % à des professions intermédiaires (par exemple infirmiers, professeurs des écoles et techniciens). Le fait de ne pas arriver à boucler ses fins de mois apparaît également comme une caractéristique sociale favorable aux pratiques politiques en ligne, sans que l’on ne comprenne encore vraiment pourquoi.

Les réseaux sociaux semblent donc démocratiser la politique pour des catégories de population traditionnellement plus éloignées, en réduisant les contraintes en termes de temps ou encore de compétences spécifiques habituellement rattachées aux activités politiques. Les individus peuvent s’informer n’importe où, n’importe quand et de manière moins formelle sur les réseaux sociaux, même si ces derniers peuvent être décriés pour leur manque de fiabilité quant aux informations qu’ils diffusent.

Conscients de cet état de fait, les candidats intègrent de plus en plus intensément les réseaux sociaux dans leur stratégie de communication politique. Ils multiplient leurs présences en ligne, tant sur Twitter, Facebook ou YouTube, que, désormais, sur Instagram, TikTok ou encore Twitch.

Jordan Bardella illustre parfaitement cet usage intensif des réseaux sociaux avec 1,3 million d’abonnés sur TikTok et 500 000 abonnés et 1 323 posts sur Instagram. En effet, chaque plate-forme attire des publics relativement différenciés, Facebook étant plutôt représentative de la population française en termes d’âge et de catégories socioprofessionnelles quand TikTok, Instagram ou Twitch attirent les plus jeunes et X les plus intéressés par la politique. En étant présents sur un maximum de plates-formes, les candidats espèrent donc toucher un maximum de population.

Continuité en ligne et hors ligne de la politisation

Pourtant, si l’usage des réseaux sociaux est en croissance constante dans la population française – 47 % des Français déclarent s’être informés sur la campagne présidentielle de 2022 au moins une fois via les réseaux sociaux publics (Instagram, Twitter, etc.) –, seulement 8,9 % le font régulièrement.

Surtout, les usages politiques actifs (like, commentaire ou partage de contenu en lien avec la campagne) des réseaux sociaux restent moins fréquents que les usages dits passifs (consommation d’information). Parmi toutes les pratiques politiques, ce sont celles qui demandent le moins d’engagement qui sont les plus fréquentes dans la population française. Ainsi, d’après l’enquête PEOPLE 2022 : si 47,1 % des Français déclarent avoir consulté du contenu en lien avec la campagne de 2022 sur les réseaux sociaux, les chiffres tombent à 28,2 % pour celles et ceux qui déclarent avoir commenté de tels contenus et à 26,3 % concernant le partage.

En miroir, 86,6 % des personnes interrogées déclarent avoir parlé de la campagne hors ligne et 69,5 % avoir lu des tracts de campagne. 19,2 % ont par ailleurs assisté à un événement politique (meeting, etc.) et 18,6 % ont rencontré des militants.

Ces chiffres démontrent donc que l’adoption de pratiques politiques en ligne – et même hors ligne – reste encore largement discriminante. Elle est en effet largement déterminée par le niveau d’intérêt pour la politique des individus. De plus, les pratiques politiques en ligne ont tendance à se cumuler : un individu qui commente du contenu en lien avec la campagne aura aussi tendance à en partager et à en liker, et ce, sur plusieurs plates-formes.

Elles viennent par ailleurs bien souvent compléter une participation politique hors ligne. En effet, les pratiques politiques en ligne sont fonction de l’intensité de l’engagement militant des personnes. Les plus militants sont donc non seulement actifs sur les réseaux sociaux mais ils sont aussi – et surtout ! – ceux qui se rendent le plus régulièrement jusqu’aux urnes. Ainsi, huit personnes sur 10 qui déclarent trois pratiques en ligne ont voté aux deux tours de l’élection présidentielle de 2022. Plutôt qu’une politisation uniquement en ligne, les réseaux sociaux participent donc davantage à une continuité de la politisation, tant pour s’informer que pour participer. En conséquence, ce sont bien les pratiques politiques hors ligne qui continuent à déterminer la participation électorale.

Les réseaux sociaux seuls ne favorisent pas le vote

Une plus grande information ou familiarité avec la politique ne conduit pas nécessairement au vote. En effet, la participation électorale et le choix du candidat sont multi-déterminés et la politisation sur les réseaux sociaux ne suffit pas. Le fait d’aller voter reste avant tout motivé par le fait d’avoir déjà voté aux élections précédentes et par l’adoption de pratiques politiques hors ligne, comme la lecture de tracts ou la discussion avec des militants. Les partis politiques n’auraient donc pas intérêt à délaisser les techniques plus « traditionnelles » pour mobiliser leur électorat.

D’autant plus que les réseaux sociaux ne sont pas les seuls canaux d’accès à l’information. La télévision reste d’ailleurs le canal prioritaire pour s’informer lors des campagnes électorales – notamment chez les plus âgés. Un Français sur deux s’est informé via la télévision lors de la campagne présidentielle de 2022.

Certes, il est loin le temps des 30 millions de téléspectateurs pour le débat d’entre-deux-tours entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand. Cependant, même pour des élections moins populaires comme les européennes, le débat des têtes de liste du 27 mai 2024 organisé par BFMTV a tout de même réuni 4,8 % de l’audience. Plutôt qu’une opposition entre médias traditionnels et réseaux sociaux, nous constatons d’ailleurs une convergence informationnelle avec des individus plus actifs dans leur information mêlant divers canaux. De même, la production médiatique s’articule entre les médias traditionnels et les réseaux sociaux. Ainsi, les débats télévisés entre candidats sont commentés par la presse comme le Live du journal Le Monde, ou sur Twitter.

Au final, et pour répondre à notre question initiale, nous constatons que les réseaux sociaux ne permettent pas, à eux seuls, de lutter contre l’abstention. Ainsi, même si la nouvelle application TenTen, très en vogue chez les jeunes, appelle directement tous les citoyens à aller voter, la participation électorale risque de rester « en mode avion » dimanche 9 juin.The Conversation

Marie Neihouser, Chercheuse en science politique, Université de Toulouse, chercheuse associée au CERTOP et à ESPOL-Lab, Institut catholique de Lille (ICL) et Anastasia Magat, Doctorante en sociologie, Sciences Po Grenoble, Université Grenoble Alpes (UGA)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

L’Europe veut s’armer contre la cybercriminalité avec le Cyber Resilience Act

 

cybersecurity

Par Patricia Mouy, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et Sébastien Bardin, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)

Assez des cyberattaques ? La loi sur la cyberrésilience, ou Cyber Resilience Act a été adoptée par les députés européens le 12 mars dernier et arrive en application dans les mois à venir, avec l’ambition de changer la donne en termes de sécurité des systèmes numériques en Europe.

Alors que les systèmes numériques sont littéralement au cœur des sociétés modernes, leurs potentielles faiblesses face aux attaques informatiques deviennent des sources de risques majeurs – vol de données privées, espionnage entre états ou encore guerre économique. Citons par exemple le cas de Mirai, attaque à grande échelle en 2016, utilisant le détournement de dispositifs grand public comme des caméras connectées pour surcharger des domaines Internet d’entreprise, attaque de type DDoS (déni de service distribué). Mirai a entrainé entre autres l’arrêt ou des difficultés majeures dans les accès à de grands sites comme GitHub, Netflix ou Reddit. Les dispositifs connectés grand public sont la cible privilégiée de ce genre d’attaque.

Pour les systèmes informatiques critiques (dispositifs de santé connectés, cartes à puce, transports autonomes) le besoin de sécurité est donc toujours plus élevé. Une régulation stricte en matière de cybersécurité a été rendue obligatoire et concerne des milliers d’entités appartenant à plus de dix-huit secteurs jugés sensibles (banques et infrastructures financières, transports, santé, infrastructures et fournisseurs de services numériques, etc.). Cependant, la cybermenace ne s’arrête pas à ces secteurs sensibles et critiques. Les attaques visent aussi de multiples secteurs et les particuliers non concernés par ces précédentes directives de cybersécurité.

Sécuriser tous les secteurs, pas seulement les plus critiques

Le Cyber Resilience Act vise désormais la totalité des secteurs sans distinction, avec l’ambition de changer la donne en termes de sécurité des systèmes numériques utilisés en Europe. Comme annoncé par Nicola Danti, député européen, « La loi sur la cyberrésilience renforcera la cybersécurité des produits connectés, en s’attaquant aux vulnérabilités matérielles et logicielles, faisant de l’UE un continent plus sûr et plus résilient ». Par « produits connectés » s’entendent bien sûr les montres connectées, les smartphones, toute domotique connectée, mais également les logiciels de gestion d’identité ou les gestionnaires de mots de passe. Concrètement, cela imposera d’avoir des configurations sécurisées avec mises à jour gratuites mais aussi une totale transparence envers le consommateur sur les vulnérabilités.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le Cyber Resilience Act (CRA). La plupart des produits matériels et logiciels ne sont actuellement couverts par aucune législation européenne traitant de leur cybersécurité et, de plus, ne fournissent qu’un faible niveau de sécurité, souvent peu ou pas documenté. Le but de cette législation est donc à la fois de créer les conditions nécessaires au développement de produits sécurisés dès la conception mais aussi de veiller à ce que les fabricants prennent la sécurité au sérieux tout au long du cycle de vie d’un produit.

La loi européenne sur la cyberrésilience va donc beaucoup plus loin que les directives précédentes, en s’attaquant à tout système numérique connecté directement ou indirectement. Dans le rapport associé, la Commission européenne indique que cette loi provient du constat de vulnérabilités généralisées et d’un manque d’informations auprès des utilisateurs pour choisir des produits dont le niveau de sécurité est satisfaisant. Les cyberattaques sont ainsi de plus en plus fructueuses pour les criminels, avec un coût estimé à 5 500 milliards de dollars dans le monde en 2021.

Garantir la cybersécurité tout au long de la production

En s’adressant à tous les systèmes numériques, les exigences de cybersécurité poussées par le CRA concernent tous les fabricants et développeurs de produits contenant des éléments numériques matériels ou logiciels. Ces exigences s’appliquent dès la conception des produits mais aussi tout au long de leur cycle de vie, dont leur mise à jour. L’enjeu est énorme mais les défis à surmonter sont notables :

  1. être capable d’évaluer tout type de systèmes numériques, afin d’améliorer la qualité générale des écosystèmes numériques ;

  2. s’adapter à la complexité croissante des systèmes numériques et à l’évolution de leurs modes de production ;

  3. s’adapter à la complexité toujours plus croissante des attaques.

Le but étant d’encourager et d’étendre la mise en place des meilleures pratiques en matière de cybersécurité et d’inciter les fabricants à jouer la carte de la prévention, par exemple en affichant les exigences de sécurité sur les produits. On pourrait imaginer que par la suite, d’autres acteurs (marché, assurance…) donnent eux aussi des incitations en ce sens, permettant au final de monter le niveau général de cybersécurité, et ceci aux deux extrémités du spectre, des systèmes très simples aux systèmes sécurisés.

Des défis encore à relever

Cependant, ces avancées souhaitables vont exercer une pression forte à la fois sur les développeurs et sur le besoin en évaluateurs de ces systèmes, des experts en cybersécurité qui représentent une denrée rare. Une partie de la solution peut passer par outiller au maximum les experts et les développeurs, pour rendre les procédures de développement sécurisé et d’évaluation sécuritaire plus efficaces.

D’une part, il est possible d’envisager des analyses de la sécurité des produits quasiment automatiques pour assurer un audit basique de sécurité. D’autre part, la conception d’outils d’analyses avancés et interactifs permettrait à l’expert d’effectuer en un temps raisonnable des analyses de sécurité en profondeur. Ces outils devront être dotés d’une modélisation fine des attaquants afin de permettre de considérer des menaces toujours plus sophistiquées.

La France dispose historiquement d’experts de premier plan en évaluation sécuritaire. Mais face à l’augmentation du nombre de systèmes à évaluer et de leur diversité, ainsi que l’augmentation drastique de la complexité des attaques et des systèmes à évaluer, il est aujourd’hui indispensable de les épauler avec de nouvelles avancées scientifiques et techniques.

Développer de nouvelles techniques pour évaluer la sécurité des produits

Le projet SecurEval a justement pour objectif l’avancement des connaissances et la production d’outils dans le domaine de l’évaluation de la sécurité des systèmes numériques. Il se focalise en particulier sur la sécurisation de systèmes et de composants existants, a contrario d’approches de type « security by design », qui vont intégrer des contraintes de développement sécurisé dès la conception. Le but à terme est de proposer comme preuve de concept une chaîne d’outils provenant des laboratoires de recherche français à la pointe sur ces sujets pour proposer une solution complète pour l’évaluation de différentes propriétés de sécurité, allant de la recherche de vulnérabilités à la preuve formelle du respect de propriétés de sécurité.

Afin de répondre à cet objectif, des travaux de recherche sont menés au sein du projet SecurEval pour refondre les techniques d’analyse de code. L’objectif est de se fonder sur** des modélisations mathématiques fines et non sur des méthodes empiriques et incertaines et de développer des outils pour appliquer automatiquement ces techniques. Il faut ensuite adapter ces outils aux objectifs de l’évaluation de sécurité et au passage à l’échelle de systèmes de plus en plus complexes.

Par exemple, les partenaires du consortium de SecurEval spécialisés en évaluation formelle, sécuritaire et en analyse de programmes travaillent main dans la main pour adapter leurs outils de certification de systèmes critiques au cadre cybersécuritaire plus large imposé par le CRA. Ils proposent des techniques d’analyse automatisées couvrant au maximum les différentes étapes du processus de certification, de la vérification de conformité avec la politique de sécurité choisie jusqu’à l’analyse des vulnérabilités. Il s’agit aussi de prendre en compte les particularités du domaine et du cyberattaquant considéré : quels sont ses objectifs (par exemple, fuite d’informations ou de prise de contrôle du système) ou quels sont ses moyens (types de cyberattaques).

Le Cyber Resilience Act a été voté par le Parlement en mars 2024, pour une entrée en vigueur attendue dans le courant de l’année. Les acteurs concernés (fabricants, importateurs et distributeurs de matériel et de logiciels) auront alors trois ans pour s’adapter à ces nouvelles exigences, ce qui amènera des modifications notables dans leurs pratiques ainsi qu’une cybersécurité accrue dans l’écosystème numérique européen.


Le PEPR Cybersécurité et son projet SecurEval (ANR-22-PECY-0005) sont soutenus par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. Elle a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.The Conversation

Patricia Mouy, Responsable de laboratoire sur la sûreté et sécurité des logiciels et reponsable de l'axe tranverse Cybersécurité du CEA-List, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et Sébastien Bardin, Chercheur Senior au CEA List, Fellow, Responsable du groupe "Analyse de code binaire pour la sécurité", PhD, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Faut-il arrêter de regarder des séries ?

tv

Depuis plusieurs années maintenant, les Français consomment la télévision et ses programmes de façon délinéarisée, c’est-à-dire à la carte et en différé sur de grandes plateformes comme Netflix, Amazon Prime, Disney +, Apple TV +, Warner, etc. Même les chaînes traditionnelles se sont engagées dans cette voie du « replay » et on a vu dernièrement TF1 lancer TF1 +, M6 lancer M6 + ou encore le groupe Canal + lancer TV +. À chaque fois, le produit d’appel de ces offres est le volume de séries télé proposées. Les séries sont devenues incontournables. La part de la population disposant d’un abonnement qui permet de regarder des vidéos à la demande (VAD), des séries ou des films en illimité en France entre 2016 et 2022 a explosé passant par exemple de 30 à 78 % chez les 18-24 ans.

Avec des budgets parfois pharaoniques, de grands réalisateurs qui s’y investissent, des festivals dédiés, la série qui aborde une infinité de thèmes est devenue un phénomène. Mais un phénomène sur lequel on a rarement porté un regard critique sur l’addiction qu’il suscite ou les biais qu’il véhicule.

C’est ce regard critique que pose sur les séries le livre-enquête de Bertrand Cochard, agrégé et docteur en philosophie, qui publie « Vide à la demande » aux excellentes éditions L’échappée. L’auteur – qui avoue être « un sériephile repenti » – veut nous sortir de l’hagiographie dont bénéficient les séries pour nous confronter à leur impact sur nos manières de vivre et de penser. Diminution de l’attention, du temps de sommeil, surcharge informationnelle, surexcitation, consumérisme exacerbé, etc. : sommes-nous encore maîtres de notre temps quand il est capté par les séries ?

Opérer un sevrage ?

Convoquant à l’appui de sa réflexion les philosophes de l’Antiquité comme Platon et sa République, Bertrand Cochard nous interpelle pour que l’on s’interroge sur les séries « qui véhiculent des codes, des valeurs, des normes, autour desquels nous faisons société, sans jamais que l’imaginaire qu’elles construisent soit ouvertement questionné. »

Bertrand Cochard explique aussi combien le spectateur des séries participe, dans une « confortable passivité », de l’économie du numérique et, comme lorsqu’il surfe sur internet, émet des données qui seront captées et monétisées par les grandes plateformes. Le sériephile, soumis aux algorithmes de recommandation, se retrouve aussi piégé dans des bulles de filtre, qui l’empêchent de penser par lui-même.

Faut-il dès lors regarder moins de séries, à l’heure où notre dépendance aux écrans est débattue dans notre société, notamment pour les plus jeunes ? Difficile car « le visionnage des séries [est] solidaire de l’organisation sociale actuelle. » Bertrand Cochard propose « d’opérer un sevrage, réapprendre à vivre et à rythmer son temps sans la médiation des écrans » ou en tout cas en cherchant à limiter leur utilisation pour redevenir maître de notre temps libre.