Accéder au contenu principal

Évoluer en toute sécurité au cœur de l’univers numérique



Par Christophe Auberger, Directeur Technique France, Fortinet

Au cours des derniers mois, les médias ont relaté à maintes reprises ces exactions de cybercriminels utilisant leur malware pour mettre à l’arrêt des équipements et des réseaux, ou prendre des données en otage avec demande de rançon. Au cours du second trimestre 2017, plus de 184 milliards de variantes d’exploits ont été répertoriées, issues de près de 6 300 exploits uniques, soit un bond de 30% par rapport au trimestre précédent. Si la majorité de ces attaques ont ciblé des réseaux d’entreprise d’envergure, les équipements et données d’utilisateurs individuels n’ont cependant pas été épargnés.

Certaines de ces attaques, comme celles qui aboutissent au piratage de votre page Facebook, sont frustrantes, mais sans plus de conséquences à priori. Pourtant, de telles attaques permettent de recueillir vos informations personnelles ou celles de vos relations à des fins de détournement d’identité. Parallèlement, le nombre d’applications malveillantes imitant des sites ou applications légitimes (d’une banque ou d’un fournisseur de services par exemple) a également progressé, avec comme intention de dérober vos informations financières et personnelles.

Les attaques par ransomware ont été plus nombreuses et ont notamment ciblé des hôpitaux ou des institutions financières. Mais les attaques visant le grand public suivent aussi cette tendance. La majorité des attaques par ransomware est initiée via un email contenant un fichier malveillant. L’exécution de ce fichier permet de chiffrer le disque dur de l’utilisateur et de prendre ses données en otage (photos et vidéo, email, mots de passe, informations bancaires…), avec demande de rançon.

Un nouveau type d’attaque est apparu pour s’en prendre aux différents dispositifs connectés au sein d’un espace résidentiel, à l’instar des consoles de jeu, boîtiers multimédia, TV connectées, caméras numériques de surveillance et autres dispositifs intelligents connectés au réseau WiFi résidentiel. Les cyber-assaillants tirent parti de vulnérabilités connues de ces dispositifs pour en prendre le contrôle à distance, recueillir vos données ou installer un logiciel malveillant qui permet d’intégrer le dispositif piraté au sein d’un réseau botnet constitué de millions d’autres dispositifs. Ce botnet peut être utilisé pour générer un trafic massif de données susceptible de ralentir le trafic internet ou de submerger un réseau ou un site en ligne, afin de le rendre indisponible.

Fortinet, fournisseur majeur de solutions de sécurité professionnelles, a répertorié ces exactions cybercriminelles, retranscrites et analysées dans sa publication trimestrielle Threat Landscape Report. Dans le dernier rapport, les chercheurs en sécurité de Fortinet révèlent que plus des deux-tiers des entreprises analysées ont subi des attaques de sévérité « grave » à « critique » sur le second trimestre 2017. L’activité cybercriminelle en ligne sur ce trimestre souligne une proportion plus importante des attaques de criticité « sévère » par rapport au passé.

De manière surprenante, 90 % des organisations ont identifié des attaques ciblant des vulnérabilités systèmes ou de dispositifs existantes depuis 3 ans et plus. Plus inquiétant, 60% des organisations ont répertorié des attaques ciblant des vulnérabilités connues depuis plus de 10 ans.

Une proportion croissante de ces attaques cible également les dispositifs réseaux résidentiels, comme les routeurs ou points d’accès sans fil. Enfin, c’est une attaque sur 20 qui cible les dispositifs mobiles, comme les smartphones et tablettes sous Android.

Évidemment, la question brûlante est de savoir ce qu’il est possible de faire dans ce contexte… Beaucoup de choses, fort heureusement ! Voici d’ailleurs 4 conseils pour vous aider à sécuriser vos expériences en ligne ainsi que vos réseaux résidentiels.

Contrôlez vos réseaux sociaux 
Pour nombre d’utilisateurs, il est simple de définir des paramètres de confidentialité stricts pour n’autoriser que les personnes sélectionnées à accéder à vos pages. Sauf que, bien sûr, ce n’est pas de cette façon que nombre de personnes utilisent les réseaux sociaux. Pour celles et ceux qui souhaitent un profil plus public, il s’agit de mieux sélectionner ceux que vous considérez comme étant des « amis ». Les cybercriminels disposent souvent de faux comptes sur les réseaux sociaux et vous demandent en ami. Vous pouvez vous protéger de ces demandes malveillantes en procédant comme suit :
Toujours vérifier la page de la personne qui vous demande en ami. Depuis quand existe-t-elle ? Les éléments de présentation sont-ils cohérents ? Les photos témoignent-elles d’une activité normale ou s’agit-il plutôt de photos glamour. Si vous ne connaissez pas directement la personne qui vous demande en ami, vous pouvez aussi refuser la demande. Tout simplement.
Si vous connaissez la personne qui vous demande en ami, vérifiez si elle compte déjà parmi vos amis. Vérifiez ses informations personnelles : les dates mentionnées vous semblent-elles correctes ? En cas de doute, contactez directement la personne et demandez-lui si elle dispose d’une nouvelle page. Dans le cas contraire, il se peut que son compte ait été piraté ou dupliqué.

Vérifiez vos transactions en ligne 
Un rappel important : votre banque ne vous demandera jamais de vérifier votre compte ou de fournir vos identifiants de connexion en ligne. De telles demandes, en ligne ou via email, doivent être ignorées et supprimées. Si vous recevez un email avec un lien joint ou consultez une page web, intéressez-vous à l’URL avant de cliquer. Il suffit de passer la souris sur le lien pour en afficher l’adresse au bas de la fenêtre ou à proximité du lien. Cette adresse vous semble-t-elle légitime ? Ressemble-t-elle à une adresse réelle du type “www.(votre banque).com”. N’hésitez pas à jeter un œil avisé à la page concernée. Le logo présenté est-il le bon ? Quid de l’orthographe et de la grammaire ? En cas de doute, vous pouvez vous connecter au site indiqué en saisissant l’adresse mentionnée plutôt que de cliquer sur le lien fourni, ou alors vous rapprocher de votre banque pour vous assurer de la légitimité de la demande.

Inspectez vos emails
Un fichier malveillant joint à un email est la méthode la plus commune pour inciter les utilisateurs à exécuter un malware. Ces attaques, dites de phishing, sont généralement bien pensées. L’email indique souvent que le fichier joint est un reçu ou une facture pour une transaction fictive, un faux-document qui doit être traité urgemment (un avis du fisc par exemple), une information relative à un gain financier ou une somme dont vous auriez hérité, ou tout simplement un message de la part d’un ami ou d’un membre de votre famille. Bien évidemment, il ne faut surtout pas ouvrir ce fichier joint, ni cliquer sur un lien présent dans un email provenant d’une personne qui vous est inconnue. Pour vérifier la validité d’un email, jetez un œil à l’adresse de l’expéditeur, en double-cliquant sur le nom de l’expéditeur ou en cliquant sur le bouton répondre. L’adresse email est-elle cohérente par rapport à l’organisme qui est supposée vous l’avoir envoyé ? L’adresse est-elle longue et fait-elle référence à un organisme ou un lieu différent de ce que vous attendiez ? Ou comporte-t-elle des chaînes suspectes ou peu communes de lettres et de chiffres ? Si tel est le cas, vous pouvez supprimer l’email en toute confiance.

Mettez à jour vos équipements 
Cette tâche est essentielle, bien que chronophage, compte tenu du nombre de vos équipements résidentiels qui se connectent à Internet (TV, enregistreur multimédia, caméra de surveillance, routeur, etc.). Répertoriez le nom du fabricant et modèle de chacun d’entre eux. Une fois l’inventaire établi, recherchez ces équipements en ligne pour identifier les éventuelles vulnérabilités et les patchs/mises à jour disponibles, et assurez-vous que ces dispositifs et applications bénéficient des patchs et versions les plus récentes pour leur système d’exploitation, leur firmware et leur logiciel. Si le dispositif ou l’application est obsolète et n’est plus pris en charge par son fabricant, vous devriez penser à le remplacer pour des raisons de sécurité.

Nous vivons dans un monde numérique et la lutte contre la cybercriminalité est une priorité. Nous avons tous appris à verrouiller nos voitures, sécuriser nos portes et fenêtres, regarder des deux côtés avant de traverser une route et éviter les ruelles sombres et mal famées à la nuit tombée. Il devient important de développer ces mêmes réflexes au sein de l’univers numérique. Tout comme dans le monde physique, vous ne pouvez y être en sécurité à 100%. Mais si nous faisons tous preuve de précaution, si nous nous penchons davantage sur les outils et applications que nous utilisons et si nous faisons preuve d’un peu plus de bon sens en ligne, l’univers numérique dans lequel nous évoluons devient rapidement plus sûr.

Posts les plus consultés de ce blog

Le bipeur des années 80 plus efficace que le smartphone ?

Par André Spicer, professeur en comportement organisationnel à la Cass Business School (City University of London) : Vous vous souvenez des bipeurs ? Ces appareils étaient utilisés largement avant l'arrivée massive des téléphones portables et des SMS. Si vous aviez un bipeur, vous pouviez recevoir des messages simples, mais vous ne pouviez pas répondre. Un des rares endroits où on peut encore en trouver aujourd’hui sont les hôpitaux. Le Service National de Santé au Royaume-Uni (National Health Service) en utilise plus de 130 000. Cela représente environ 10 % du nombre total de bipeurs présents dans le monde. Une récente enquête menée au sein des hôpitaux américains a révélé que malgré la disponibilité de nombreuses solutions de rechange, les bipeurs demeurent le moyen de communication le plus couramment utilisée par les médecins américains. La fin du bipeur dans les hôpitaux britanniques ? Néanmoins, les jours du bipeur dans les hôpitaux britanniques pourraient être compté

Univers parallèles et mondes virtuels : la guerre des métavers est commencée

  Une partie de poker dans le métavers (capture d'écran de la vidéo “Le métavers et comment nous allons le construire ensemble” sur YouTube) Par  Oihab Allal-Chérif , Neoma Business School Le 17 octobre 2021, Mark Zuckerberg a lancé les hostilités de manière assez théâtrale, comme s’il défiait ses concurrents d’en faire autant. Afin de concrétiser son rêve d’enfant, le métavers, il a décidé de mettre en œuvre des moyens colossaux : 10 000 ingénieurs hautement qualifiés seront recrutés en Europe dans les 5 prochaines années. Cette annonce a été faite quelques jours avant celle du changement de nom du groupe Facebook en Meta , le 28 octobre, démontrant ainsi l’engagement total du fournisseur de réseaux sociaux dans la transition vers le métavers. Le 22 juillet 2021, dans une interview à The Verge , le créateur de Facebook racontait : « Je pense à certains de ces trucs depuis le collège quand je commençais tout juste à coder. […] J’écrivais du code

Sans Sauvegarde, pas de cyber-résilience

Par Alexandra Lemarigny, directrice commercial Europe du Sud Opentext Security Solutions Les études diverses sur les habitudes de sauvegarde des entreprises et leurs collaborateurs sont sans équivoque : très majoritairement, elles ne s’attardent vraiment sur ces questions de sauvegarde ou de récupération qu’en cas d’incidents. Pourtant la sauvegarde est l’élément majeur des dispositifs de cyber-résilience, à savoir la capacité à rester opérationnel, même face aux cyberattaques et à la perte de données. La sauvegarde n’est pas suffisamment considérée Dans les faits, force est de constater que la sauvegarde n’est pas envisagée dans son entièreté par les entreprises qui n’ont pas eu à subir d’accidents et il est fréquent qu’elles ne sauvegardent pas les éléments les plus pertinents. A titre d’exemples une entreprise peut ne sauvegarder qu’un ou deux serveurs, ou un élément qu’elle a identifié comme critique quelques années auparavant. Certaines ne tiennent pas compte de l’évolution de leu

Implants cérébraux : la délicate question de la responsabilité juridique des interfaces homme-machine

Dans le film Transcendance , de Wally Pfister, sorti en 2014, le héros mourant transfère son esprit dans un ordinateur quantique. Wally Pfister, 2014 Par  Elise Roumeau , Université Clermont Auvergne (UCA) Depuis quelques années, Elon Musk ne cesse de faire des annonces relatives à des avancées technologiques. Voitures autonomes , voyages interplanétaires , interface homme-machine , achat du réseau social Twitter… rien ne semble arrêter l’homme d’affaires. Aucun obstacle technique, géographique, physiologique ne lui semble infranchissable. Pourtant, ses projets pourraient, à court terme, poser de véritables difficultés du point de vue juridique. La recherche d’une fusion entre le cerveau et l’intelligence artificielle Avec Neuralink, l’un des objectifs visés par Elon Musk est de créer une interface entre l’humain et la machine . À plus ou moins court terme, le projet porte sur le développement d’implants cérébraux pour pallier des troubles neur

Sondage : quatre Français sur dix craignent le vol d'identité

Selon un sondage représentatif commandé par le fournisseur de messagerie GMX , de nombreux internautes français sont préoccupés (31%), voire très inquiets (9%), d'être victimes d'un vol d'identité. La majorité craint que des inconnus puissent faire des achats (52%) avec leur argent. Dans le cas d'une usurpation d'identité, les criminels accèdent aux comptes en ligne et agissent au nom de leurs victimes. De nombreuses personnes interrogées craignent que des inconnus signent des contrats en leur nom (37 %), que des escrocs utilisent l'identité volée pour ouvrir de nouveaux comptes (36 %) et que des informations les plus privées tombent entre des mains étrangères ou soient rendues publiques (28 %). Besoin de rattrapage en matière de sécurité des mots de passe Il est urgent de rattraper le retard en matière d'utilisation de mots de passe sûrs selon GMX : 34 % des utilisateurs d'Internet en France utilisent dans leurs mots de passe des informations personnell

Sources d’information et orientation politique : ce que nous apprend Twitter

  Par  Laura Hernandez , CY Cergy Paris Université et Rémi Perrier , CY Cergy Paris Université Plusieurs études du discours médiatique ont mis en lumière, par des analyses quantitatives et qualitatives, des soutiens à peine voilés de certains médias envers certains courants politiques . Et si l’on inversait la question ? Bien qu’on ait tendance à considérer, par exemple, qu’un lecteur régulier du Figaro s’oriente politiquement à droite, peut-on établir des corrélations à grande échelle entre choix de sources d’information et orientation politique ? Des études basées sur des enquêtes d’opinion ont montré notamment la part grandissante des réseaux sociaux dans la diffusion de l’information et le rôle qu’ils jouent dans la formation de l’opinion publique depuis une décennie, à l’image des évolutions observées lors de deux dernières élections aux États-Unis (voir ici et ici ). Les médias traditionnels ont intégré cette donnée et utilisent les réseaux sociaux en se faisant l’écho