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Piratage d'Uber : les sévères critiques des spécialistes en cybersécurité



Le piratage géant dont a été victime Uber en décembre 2016 (57 millions de coordonnées de ses clients volées) et qui a été révélé aujourd'hui ont amené différentes sociétés éditrice de solutions de cybersécurité à s'exprimer. Et le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont très critiques contre le spécialiste des VTC.

La "question de confiance" est posée pour Malwarebytes

Jérôme Segura, Lead Malware Intelligence Analyst chez Malwarebytes, pose la question de la confiance dans Uber. "Ce que nous savons jusqu' à présent, c'est que les pirates ont réussi à accéder à des comptes GitHub privés contenant les identifiants et les mots de passe de certains développeurs d’Uber. Grâce à ces informations, ils ont pu se connecter aux serveurs d’Amazon (utilisés par Uber), y télécharger des millions d'enregistrements. Ils ont ensuite pu se retourner vers Uber pour les faire chanter. Ce qui est troublant est que ce piratage se soit produit il y a déjà un an et ne soit annoncé qu’aujourd’hui. Cela viole très probablement de nombreuses lois sur la notification des violations de données", indique le spécialiste.

"Les motivations ayant décidé Uber à payer les pirates ne sont pas encore claires. S’agissait-il de couvrir la brèche, de protéger leurs utilisateurs, les deux ? La quantité et le type de données dont on parle ici pourraient atteindre un prix très élevé au marché noir. Cette attitude soulève également la question de la confiance d’Uber en ce qui concerne le paiement de la rançon et l'obtention de garanties quant à la suppression des données volées. Quoi qu'il en soit, techniquement il ne s'agit pas d'une nouvelle brèche, mais d’une situation plus complexe pour laquelle le gouvernement et les institutions juridiques vont exiger des réponses."

"Un manque total de réactivité" pour ITrust

Même analyse sévère de la part d'ITrust, société fondée par le Toulousain Jean-Nicolas Piotrowski.

"Si cette attaque remonte à Octobre dernier, un des premiers faits surprenants est de voir cette faille à la une de l’actualité plus d’un an après les faits. En effet, la société aurait payé 100 000 dollars aux pirates pour qu'ils suppriment les données, et ainsi tenter de faire comme si de rien n'était. Uber aurait donc essayé de le cacher ce vol de données et c'est le récent CEO Dara Khoshrowhashi, qui aurait décidé de le divulguer publiquement aujourd’hui", observe ITrust.

Parmi les victimes de cette faille de données aux chiffres impressionnants figurent près de 7 millions de chauffeurs dont les noms, et parfois, numéros de permis de conduire ont été piratés : ce qui signifie donc que la plupart des victimes de cette attaque sont de simples clients de la marque de VTC.
Pour ce qui est des données dérobées, les noms des utilisateurs ainsi que leurs adresses électroniques et numéros de téléphone mobile ont été subtilisés. Les données bancaires sembleraient elles préservées, tout comme les numéros de sécurité sociale et les dates de naissance des utilisateurs. Maigre consolation.

Pour arriver à leur fin, les hackeurs à la base de cette faille n’ont pas eu à chercher bien loin : en effet, ils ont pu accéder à un dépôt GitHub privé utilisé par les ingénieurs d'Uber, où ils ont alors tout simplement récupéré des identifiants de connexion. Ces identifiants leur donnaient accès à un compte Amazon Web Services, contenant une archive avec l’intégralité des données précédemment citées.

Si Dara Khosrowshahi, souligne qu'il a été informé "récemment" de cet incident, cette faille de sécurité, à peine révélée, regroupe plusieurs points noirs :
- Premièrement, de par le manque total de réactivité de la marque auprès des clients concernés : le RGPD, qui sera mis en place dès mai 2018, impose en effet d’informer les victimes de fuites de données sous les 72 heures sous peine d’amendes financières importantes. Outre le fait que ce délai soit légèrement dépassé dans ce cas précis, il semble plutôt logique pour toute entreprise d’informer au plus vite ses clients pour éviter tout impact négatif (financier ou d’image) sur l’entreprise.
- Autre fait marquant et déstabilisant, le paiement d’une rançon de 100 000 euros aux pirates alors que rien ne garantissait la restitution ou destruction des données, même si la marque semble affirmer le contraire.
- Enfin, l’absence d’investigations ou d’informations sur la faille humaine ou technique qui a conduit à cette fuite de données est tout aussi surprenante. "

Les ex-dirigeants d'Uber ont "failli à leur responsabilité" pour TrendMicro

"Il ne fait aucun doute que les anciennes équipes de direction et de sécurité informatique d’Uber ont failli à leurs responsabilité à la fois vis-à-vis de leurs chauffeurs, des autorités, mais surtout de l’ensemble de leurs clients", estime Rik Ferguson, Vice-President Security Research chez Trend Micro.

"Si certains responsables ont considéré que les attaquants avaient été réduits au silence, le vol numérique de données ne fonctionne pas de la même façon que dans le monde physique. Il ne peut en effet y avoir aucune garantie que les hackers détruisent les données et payer une rançon contribue au contraire à financer les futures attaques qui seront perpétrées par ces derniers... Dans un cas comme celui-ci, il faut malheureusement envisager le pire scenario : considérer que les données des utilisateurs seront revendues sur le web underground et utilisées à des fins malhonnêtes.

C’est pourquoi la réglementation internationale en matière de pertes de données -RGPD inclus- impose de notifier les autorités lorsque des données personnelles sont touchées.

Il est cependant encourageant de voir que la nouvelle équipe de direction ait décidé de communiquer autour de cette cyberattaque, même si l’on peut rester dubitatif vis-à-vis de certaines tournures employées par M. Khosrowshahi sur son blog. Il semble en effet dissocier ʺles systèmes et l’infrastructure de l’entrepriseʺ des ʺservices cloud tiersʺ qui étaient la cible de cette attaque. Cette séparation nous montre certainement où se situe la source du problème. Les services Cloud adoptés par les entreprises font partie intégrante de leurs systèmes et de leurs infrastructures et doivent donc, dans une perspective de sécurité, être traités comme tels. Car, il est tout bonnement impossible d’externaliser la responsabilité…

Le domaine de la cyber-sécurité est complexe. Tant que les entreprises auront à se protéger des cybercriminels, elles n’auront d’autres choix que d’opter pour une sécurité renforcée leur permettant de réagir le plus rapidement possible, de réduire les impacts et de se prémunir ainsi de failles auxquelles elles devront inévitablement faire face.

La priorité est d’aider les victimes -dont Uber fait partie, de même que ses 57 millions d’utilisateurs et de chauffeurs- à minimiser les impacts potentiels. La sensibilisation aux risques est la première étape de ce processus.

Fort heureusement, la nouvelle direction d’Uber semble avoir intégré cette première étape pour tenter d’améliorer la situation malgré les conséquences négatives que la société subira vis à vis de l’opinion publique. Espérons que cela serve d’exemple à ceux qui doutent encore que la transparence est la meilleure stratégie à adopter face à une faille de données."

Une longue série de piratages
Le piratage d'Uber est le dernier d'une longue série : l'année dernière, Yahoo avait annoncé avoir été victime de piratages d’envergure, concernant la totalité des comptes Yahoo - soit trois milliards - et avec eux les données personnelles des usagers.
Yahoo n'est pas le seul groupe ayant subi un piratage aussi important ces dernières années : en mai 2016, MySpace confirmait le piratage de 427 millions de comptes et LinkedIn annonçait que 117 millions d’utilisateurs étaient concernés par un vol de données survenu en 2012. 
Infographie: Les plus grands coups de piratage informatique | Statista Vous trouverez plus de statistiques sur Statista

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