Accéder au contenu principal

Les apprentis sorciers qui veulent modifier le climat

La société israélo-américaine Stardust Solutions affirme avoir réuni 75 millions de dollars pour tester une technologie de réflexion du rayonnement solaire. Une avancée financière inédite pour un secteur – celui de la modification du climat – encore largement expérimental, que la communauté scientifique observe avec une inquiétude croissante. La géo-ingénierie climatique a longtemps relevé du domaine de l’hypothèse théorique, mais elle s’invite désormais dans le champ industriel. Stardust Solutions , jeune entreprise fondée par deux physiciens nucléaires ayant travaillé pour l’administration israélienne, a annoncé avoir levé au total 75 millions de dollars afin de développer et tester une technologie de refroidissement planétaire par réflexion de la lumière solaire. Selon ses dirigeants, cette somme doit permettre de mener des expérimentations en conditions réelles dès cette année, à haute altitude, grâce à des vols d’essai dans la stratosphère. Pulvériser des particules...

Plaidoyer pour enseigner Wikipédia


Réunion de wikipédiens en Finlande pour mettre à jour des fiches. Teemu Perhiö/Flickr, CC BY-SA
Par Alexandre Hocquet, Université de Lorraine


Wikipédia est (ou devrait être) un objet extraordinaire à enseigner : tout le monde connaît Wikipédia, et presque tout le monde le connaît mal. Cela devrait être la situation idéale pour un enseignant : intéresser les étudiants avec quelque chose qu’ils connaissent, les surprendre en leur montrant qu’ils peuvent y découvrir beaucoup de choses.
Je propose un cours à toutes les formations et tous les niveaux : la découverte de Wikipédia touche à des compétences transversales et peut être fructueuse de la première année de licence jusqu'au doctorat. Malheureusement, mes propositions restent souvent lettre morte auprès des collègues qui font les maquettes pédagogiques.


Apprendre, analyser, tester… Sean MacEntee / Flickr, CC BY

Un des principaux malentendus est que « enseigner Wikipédia » est vu par les collègues comme une formation courte : au mieux « apprendre à l’utiliser », au pire « apprendre à s’en méfier ». Pourtant, il y a dans Wikipédia de quoi apprendre pendant tout un semestre.
Tout d’abord, plonger dans Wikipédia demande de s’y faire petit à petit. Surtout, Wikipédia est un objet d’étude pertinent pour de nombreux aspects, pour moi qui voudrait enseigner mon domaine de recherche : les STS, ou, dit autrement, les relations entre sciences et sociétés.

Laboratoire d'analyse critique

L’enseignement de l’analyse critique est à la mode en ce moment, particulièrement dans l’injonction ministérielle à se méfier « des théories du complot », à peine différente de l’injonction ministérielle à se méfier « d’Internet ». Pour l’école, pour l’université et pour la presse, ce qui vient d’Internet est suspect a priori et Wikipédia est le « usual suspect » dans les entreprises de décrédibilisation de la part de ces trois institutions. Pourtant Wikipédia est un laboratoire très intéressant pour tester une « analyse critique des médias ».
Plonger dans Wikipédia permet de se mettre à l’épreuve d’une communauté de pairs plutôt que d’une voix magistrale. Intervenir dans Wikipédia, c’est soumettre sa production (ou tout simplement son avis) aux mécanismes de recherche de consensus, de la vérifiabilité, de la neutralité de point de vue (des notions wikipédiennes qui elles-mêmes demandent à être déconstruites mais cela s'apprend en plongeant dedans).

Ces notions épistémologiques ne sont pas seulement celles d’un mode de production de connaissance bien particulier, elles sont aussi liées (et se façonnent mutuellement) avec l’infrastructure technique et logicielle de Wikipédia (qu’est ce que le wiki et d’où vient-il ? Que sont les bots et comment travaillent-ils ?), l’infrastructure juridique et politique (quel est le rôle de la Wikimedia Foundation, en quoi la production est elle liée aux licences ?).

Enseigner le bien commun

Les licences utilisées dans Wikipédia, et Wikipédia elle-même, sont aussi un projet politique lié au monde du libre, aux « creative commons », et plus généralement aux « biens communs ». Enseigner Wikipédia c’est aussi enseigner un projet politique particulier et nouveau : c’est le seul « bien commun » à avoir réussi à exister à grande échelle. Les politiques du libre ne sont pas seulement un projet, ce sont aussi une mise en oeuvre, dans lesquelles la notion de forking est primordiale (le forking, en tant qu’action politique, est l’équivalent d’un schisme en religion; à la fois une garantie de démocratie et une menace de division).


Wikipedia, un bien à partager. cea+ / Flickr, CC BY

De manière plus générale, Wikipédia est un des rares exemples à grande échelle d’un projet qui se veut « Open » et qui est obligé chaque jour par la pratique de définir ce qui est « Open » et ce qui ne l’est pas, parfois avec violence. L'Open est un concept flou. Au delà d’un washing politique ou d’une vision militante, définir ce qu'est l'Open en pratique est malaisé. Wikipédia est donc une étude de cas essentielle pour comprendre les « politiques de l’Open ».
Enfin, Wikipédia est aussi une communauté et ce projet politique est aussi un projet d’organisation communautaire par les principes, les règles, les protocoles et la technique. L’organisation des débats, les règles de recherche de consensus, les procédures de vote s’y inventent. Wikipédia est une excellente étude de cas pour enseigner la « culture numérique » par l’exemple.
Wikipédia permet de comprendre des projets techniques, des projets politiques, des projets épistémologiques liés au monde du libre, au monde du software, au monde des « algorithmes » et transpose ces notions dans un monde accessible au grand public. En ce sens, j’ai la conviction que, pour comprendre ce monde, pour acquérir une « littératie numérique », il est plus utile de plonger dans les entrailles de Wikipédia que « d’apprendre à coder ».

Politique, technique et sociologie

Mon but est de parvenir à faire partager ma vision distanciée mais pas complètement de Wikipédia, faire toucher du doigt comment Wikipédia est un monde avec des aspects techniques, des aspects politiques, des aspects sociologiques, démocratiques, juridiques, épistémologiques uniques et surtout complètement entremêlés les uns aux autres. Je le fais en racontant des anecdotes.


Wikipédia, tout un monde. Esther Vargas / Flickr, CC BY-SA

Ces anecdotes ont pour but de révéler ces enchevêtrements en racontant une histoire. Elles sont censées surprendre sur un sujet que tout le monde connaît mais que personne ne connaît ET révéler les tensions et interpénétrations de tous ces thèmes. Elles servent aussi à provoquer des questions-réponses, particulièrement si l’anecdote a, ou a eu, un succès médiatique ou si elle a été relatée dans la presse.

Par exemple, quand est abordée la question de l’ajout de photos, les principes de wikimedia commons, et/ou les règles du copyvio, l’anecdote du selfie du macaque met en lumière ces sujets, leur enchevêtrement, et leurs implications à la fois juridiques, techniques, procédurales, et de choix de licence, tout en traitant du militantisme du copyleft. L’anecdote est donc tout sauf futile : elle met en lumière cette complexité.
En dehors de la structure universitaire, une équipe de wikipédiens a créé un Massive Online Open Course qui a pour but de faire découvrir Wikipédia et d'apprendre à y contribuer. Il est pédagogiquement très réussi, beaucoup mieux que de nombreux MOOCs réalisés par des professionnels. Le but de ce MOOC, évidemment sous licence libre, est d'être réutilisable, modulable, modifiable pour pouvoir être enseigné dans différents cursus universitaires.
Il reste beaucoup de choses à faire pour rendre l’Université et l’enseignement de Wikipédia compatibles, mais de plus en plus de gens s’y mettent… et en débattent.The Conversation


Apprendre à contribuer sur Wikipédia.

Alexandre Hocquet, Professeur des Universités en Histoire des Sciences, Visiting fellow at the Science History Institute, Université de Lorraine
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Posts les plus consultés de ce blog

Le bipeur des années 80 plus efficace que le smartphone ?

Par André Spicer, professeur en comportement organisationnel à la Cass Business School (City University of London) : Vous vous souvenez des bipeurs ? Ces appareils étaient utilisés largement avant l'arrivée massive des téléphones portables et des SMS. Si vous aviez un bipeur, vous pouviez recevoir des messages simples, mais vous ne pouviez pas répondre. Un des rares endroits où on peut encore en trouver aujourd’hui sont les hôpitaux. Le Service National de Santé au Royaume-Uni (National Health Service) en utilise plus de 130 000. Cela représente environ 10 % du nombre total de bipeurs présents dans le monde. Une récente enquête menée au sein des hôpitaux américains a révélé que malgré la disponibilité de nombreuses solutions de rechange, les bipeurs demeurent le moyen de communication le plus couramment utilisée par les médecins américains. La fin du bipeur dans les hôpitaux britanniques ? Néanmoins, les jours du bipeur dans les hôpitaux britanniques pourraient être compté...

Quelle technologie choisir pour connecter les objets ?

Par Frédéric Salles, Président et co-fondateur de Matooma   En 2021, le nombre total d'objets connectés utilisés atteindra les 25 milliards selon Gartner. Il est ainsi légitime de se demander quelles sont les technologies principales permettant de connecter les objets, et quelle pourrait être celle la plus adaptée pour sa solution. Un projet de vidéosurveillance par exemple n'aura absolument pas les mêmes besoins qu'un projet basé sur le relevé de température au milieu du désert. Ainsi pour trouver la meilleure connectivité pour son objet, de nombreuses questions peuvent se poser : mon objet fonctionne-t-il sur batterie ou est-il alimenté ? Mon objet restera-t-il statique ou sera-t-il mobile ?  Mon objet est-il susceptible d'être dans un endroit difficile d'accès ou enterré ? A quelle fréquence mes données doivent-elles remonter ? Etc. Voici les différentes solutions actuellement disponibles sur le marché. Courte distance : RFID/Bluetooth/WiFi La RFID (Ra...

Comment savoir si je suis touché par un logiciel espion ?

Par Allan Camps, Senior Enterprise Account Executive chez Keeper Security Les logiciels espions sont des logiciels malveillants qui, installés à votre insu sur votre appareil, permettent aux cybercriminels de vous espionner et de voler vos informations privées. Ces informations peuvent ensuite être utilisées par des cybercriminels ou vendues sur le dark web pour commettre des fraudes ou des usurpations d'identité. Il est possible de repérer ces logiciels malveillants sur votre appareil en observant des signes particuliers tels que l'épuisement rapide de la batterie, la surchauffe, l'augmentation du nombre de fenêtres pop-up ou de l'utilisation des données, et la présence d'applications inconnues. Comment détecter un logiciel espion sur votre smartphone Android ou votre iPhone ? Recherchez les applications que vous n'avez pas téléchargées. Les applications que vous n'avez pas téléchargées peuvent se cacher dans votre bibliothèque et contenir des logiciels ...

Tribune libre. Maison et objets connectés : une véritable French touch

Alexandre Chaverot est président d' Avidsen et de Smart Home International Réjouissons nous que la France soit précurseur dans le domaine de la maison et des objets connectés. Oui, il existe un vrai savoir faire, une véritable « patte » française. Il n'y a qu'à voir le nombre de start-up qui existent et évoluent dans ce domaine là : Sigfox pour la partie protocole de communication, Netatmo sur l'objet connecté autour de la régulation thermique, MyFox sur la sécurité et, évidemment, Avidsen sur l'univers de la maison intelligente. Sans parler des grands groupes comme Legrand , Schneider , Somfy qui travaillent aussi sur ces sujets là et qui nous challengent. A moins que ce ne soit nous, les petites « boîtes » qui les challengions. En tant qu'entreprises françaises, nous n'avons donc pas à rougir par rapport à ce qu'il se passe en Asie ou aux États-Unis en matière de produits et de développement. Le « faire savoir » devient plus que nécessai...

La fin du VHS

La bonne vieille cassette VHS vient de fêter ses 30 ans le mois dernier. Certes, il y avait bien eu des enregistreurs audiovisuels avant septembre 1976, mais c’est en lançant le massif HR-3300 que JVC remporta la bataille des formats face au Betamax de Sony, pourtant de meilleure qualité. Ironie du sort, les deux géants de l’électronique se retrouvent encore aujourd’hui face à face pour déterminer le format qui doit succéder au DVD (lire encadré). Chassée par les DVD ou cantonnée au mieux à une petite étagère dans les vidéoclubs depuis déjà quatre ans, la cassette a vu sa mort programmée par les studios hollywoodiens qui ont décidé d’arrêter de commercialiser leurs films sur ce support fin 2006. Restait un atout à la cassette VHS: l’enregistrement des programmes télé chez soi. Las, l’apparition des lecteurs-enregistreurs de DVD et, surtout, ceux dotés d’un disque dur, ont sonné le glas de la cassette VHS, encombrante et offrant une piètre qualité à l’heure de la TNT et des écrans pl...

Le retour de la pellicule argentique : Kodak investit pour l'avenir

La photographie argentique, longtemps considérée comme une relique du passé, connaît un regain d'intérêt spectaculaire en 2024. Kodak, l'emblématique entreprise américaine, a récemment annoncé des investissements significatifs pour moderniser ses infrastructures et augmenter sa production de pellicules. Cette décision intervient alors que la demande pour les films argentiques explose, portée par une nouvelle génération de passionnés et de créateurs en quête d'authenticité. L'engouement pour l'argentique n'est pas un simple effet de mode. Il s'agit d'un véritable retour aux sources, où la qualité des couleurs, les textures uniques et le processus créatif de la photographie analogique séduisent autant les amateurs que les professionnels. Kodak, conscient de cet engouement, s'engage à produire des films aussi longtemps que la demande existera. Cette modernisation de l'usine de Rochester, où sont fabriqués les films emblématiques de Kodak, représente...