Panne mondiale : peut-on se passer de l’ogre Facebook ?

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C’est peut-être la panne la plus importante de l’histoire de Facebook, celle qui pourrait aussi avoir le plus de conséquences pour le réseau social fondé par Mark Zuckerberg en 2004. Lundi, Facebook, mais aussi ses filiales WhatsApp et Instagram et leurs services, a, en effet, connu une panne technique de plus de six heures, entre 16 et 22 heures en France. 

Les 3,51 milliards de membres de l’écosystème, n’ont ainsi pas pu se connecter à leur profil Facebook, utiliser la messagerie Messenger, envoyer des messages sur WhatsApp ou poster des photos sur Instagram. À l’origine de cette panne, une modification sur des serveurs informatiques, selon le vice-président de Facebook en charge de l’infrastructure, Santosh Janard.

 « Des changements de configuration sur les routeurs dorsaux qui coordonnent le trafic réseau entre nos centres de données ont provoqué des problèmes qui ont interrompu cette communication ». Outre les services utilisés par le grand public – dont une partie s’est réorientée vers des services concurrents qui ont connu un pic de fréquentation et d’inscription (Twitter, Telegram, Signal…) – les infrastructures mêmes de Facebook ont été touchées, empêchant par exemple des employés d’utiliser leur badge pour entrer dans les locaux du siège de Facebook à Menlo Park aux Etats-Unis.

Le dysfonctionnement sur les serveurs informatiques – qui ne serait pas dû à une cyberattaque – a touché par effet domino tout l’écosystème de Facebook et impacté parfois très durement l’activité économique dans certains pays. En Inde par exemple, WhatsApp remplace les SMS, dans de nombreux pays, Facebook est utilisé par des PME pour faire du cybercommerce, etc.

Une perte de 6 milliards de $ en quelques heures pour Zuckerberg

« À l’immense communauté de personnes et entreprises dans le monde qui dépendent de nous : nous sommes désolés. Nous travaillons dur à vous redonner accès à nos applis et services et sommes heureux de vous dire qu’ils reviennent en ligne en ce moment », a tweeté Facebook lundi à 22 h 30 GMT. « Facebook, Instagram, WhatsApp et Messenger sont de nouveau en ligne », a ensuite déclaré hier Mark Zuckerberg en personne, qui a personnellement éprouvé la panne. L’action en bourse de Facebook a chuté de 4,89 % lundi soir à Wall Street, faisant perdre plus de 6 milliards de dollars en quelques heures au PDG dont la fortune est alors tombée 121,6 milliards, selon un décompte de Bloomberg.

Mais plus que ces pertes financières, c’est l’image même de Facebook qui en ressort une nouvelle fois écornée.

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Depuis plusieurs années, Facebook accumule les critiques : le scandale Cambridge Analytica, du nom de cette société qui a utilisé indûment les données personnelles de milliers de membres pour influencer leurs intentions de vote dans plusieurs pays ; les fuites récurrentes de données personnelles ; les polémiques à répétition sur la modération déficiente des contenus haineux, sexistes ou complotistes ; les algorithmes qui enferment les membres dans des bulles de filtre ; le rôle de Facebook dans le Brexit ou de WhastApp dans l’élection de Jair Bolsonaro au Brésil ; sans oublier l’optimisation fiscale redoutable à laquelle se livre – comme d’autres géants du Net – la société. 

Depuis le 13 septembre le Wall Street Journal égrène les Facebook Files, des révélations sur le fonctionnement du réseau social. Ainsi une enquête interne montre que Facebook était au courant que son application Instagram aggrave les problèmes de santé mentale des jeunes mais n’a pris aucune mesure. Et dans un entretien diffusé par la chaîne CBS dimanche, une ancienne ingénieure lanceuse d’alerte, Frances Haugen, a accusé le groupe de choisir « le profit plutôt que la sûreté » de ses utilisateurs…

L’idée d’un démantèlement fait son chemin aux Etats-Unis

La panne de lundi tombe donc au plus mal et donne des arguments à tous ceux qui souhaitent un démantèlement de Facebook. L’idée, d’abord portée par la gauche américaine et la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, a fait son chemin au gré des auditions de Facebook devant le Congrès. Comme la Standard Oil de Rockefeller en 1914, comme le géant des Télécoms AT & T en 1984, certains rêvent de voir Facebook démantelé au nom de la loi anti-trust. Reste un sérieux frein : un tel démantèlement pourrait laisser la place à des géants du numérique chinois – comme Tencent et son application WeChat – récemment repris en main par Xi Jinping. 


Les Etats-Unis y réfléchiront donc à deux fois, d’autant que les services que propose Facebook, en dépit de toutes les critiques, restent souvent incontournables et relèvent presque du service public… Difficile d’échapper à l’ogre Facebook, même s’il existe quelques alternatives libres. À défaut d’un démantèlement, on s’oriente sans doute vers un encadrement plus strict, une régulation à l’européenne.

(Article publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 6 octobre 2021)