Cyberattaques, désinformation, mobilisation : le numérique au coeur de la guerre en Ukraine

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Les cyberattaques provenant de Russie sont l'une des composantes clés de la guerre en Ukraine. En représailles aux sanctions économiques internationales qui la frappent, la Russie lancerait des attaques informatiques pour paralyser certaines infrastructures ou entreprises occidentales.

Le président Joe Biden a d'ailleurs appelé lundi les entreprises américaines à se protéger d'éventuelles attaques informatiques menées par la Russie. "Mon gouvernement réitère ces mises en garde en se fondant sur des données en constante évolution des services de renseignement selon lesquelles l'Etat russe envisage différentes pistes de cyberattaques potentielles", a écrit le président dans un communiqué diffusé par la Maison Blanche.

Cyberattaques : en France, l'alerte du CERT et de l'ANSSI

"Depuis le 23 février 2022, soit la veille du déclenchement de l’opération militaire russe en Ukraine, des cyberattaques assez diverses ont été constatées : des attaques par déni de service distribué (DDoS) qui auraient notamment visé les sites des institutions gouvernementales mais également des banques ukrainiennes. Des groupes hackvitistes, dont certains répondant à l’appel du gouvernement ukrainien, ont également conduit des attaques par déni de service distribué à l’encontre de cibles russes ;des défigurations de sites internet en Ukraine, en Russie et en Biélorussie ; des tentatives d’intrusion sur les messageries électroniques avec du hameçonnage ciblé d’institutions ou des forces armées ukrainiennes ont également été rapportées ; des cyberattaques avec des codes malveillants de sabotage (wiper) ont été identifiées", a expliqué le Centre gouvernemental de veille, d’alerte et de réponse aux attaques informatiques (CERT-FR) en France.

"Étant donné le contexte actuel et alors que les vulnérabilités sont exploitées de manière de plus en plus rapide par les attaquants, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) recommande en parallèle de renforcer les activités de traitement des vulnérabilités (veille, identification, application des mesures de correction) afin d’assurer le meilleur niveau possible de sécurisation des systèmes" précisait le CERT-FR dans sa note du 15 mars.

"Dans le contexte actuel, l’utilisation de certains outils numériques, notamment les outils de la société Kaspersky, peut être questionnée du fait de leur lien avec la Russie. À ce stade, aucun élément objectif ne justifie de faire évoluer l’évaluation du niveau de qualité des produits et services fournis. Des précautions élémentaires doivent cependant être prises", indiquait le CERT-FR, tandis que l'ANSSI a mis en ligne un document "Comment réagir en cas d’incident".

Le Conseil national du numérique lance un observatoire

Dans ce contexte, après un mois de conflit, le Conseil national du numérique a lancé ce mardi 22 mars un observatoire ouvert sur le conflit russo-ukrainien.

"La guerre en Ukraine est dans tous les esprits. Tout notre soutien va aux populations. Dans ces circonstances terribles, le numérique semble jouer une nouvelle fois un rôle important. Le Conseil national du numérique rassemblera, de manière ouverte et sur le long cours, les éléments qui nous permettront de mieux comprendre la manière dont le numérique transforme nos interactions dans des contextes de crises majeures – notamment dans les conflits armés", écrivent les deux co-présidents de cette instance, Gilles Babinet et Françoise Mercadal-Delassales.

L’enjeu pour le CNnum est "de saisir ce phénomène dans une perspective d’analyse, de problématisation, de mise en débats, mais également de mémoire et d’archivage. Cette démarche s’installera progressivement. Les citoyens et organisations intéressés peuvent apporter leur soutien méthodologique et technique ainsi que leurs contributions en écrivant à l’adresse suivante : ukraine@cnnumerique.fr".

Parmi les sujets couverts par cet observatoire, le CNnum cite "l’implication des plateformes numériques dans le conflit (outil de mobilisation, blocages des contenus, interruptions de service), la place prise par l’information et la désinformation dans la construction des récits collectifs, le rôle des monnaies numériques dans les conflits (rapport aux sanctions, financement de l’effort de guerre ou valeur refuge pour les particuliers), les nouvelles formes de mobilisations permises par le numérique et les dimensions cyber du conflit."