Votée en première lecture à l’Assemblée nationale lundi, la proposition de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans a reçu l’aval de Bruxelles. Inspiré par l’exemple australien, le texte ouvre toutefois un chantier technique et politique complexe, entre promesses de protection et limites concrètes de la vérification d’âge. L’Australie fait figure de laboratoire. La France peut légalement instaurer une « majorité numérique » interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. La confirmation est venue de la Commission européenne, au lendemain de l’adoption en première lecture, dans la nuit de lundi à mardi, d’une proposition de loi soutenue par le gouvernement et le chef de l’État. Pour Bruxelles, le principe est clair : les États membres peuvent légiférer, à condition de rester dans le cadre du droit européen. Il reviendra ensuite à la Commission de veiller à ce que les grandes plateformes appliquent effectivement la règle. À Paris, l’exécutif veut avancer...
Par Arnaud Marquant, directeur des opérations chez KB Crawl SAS
Le poids des mots, le choc des fake news
Comment départager le vrai du faux ? Pendant longtemps, même si le trucage était possible, la photo et la vidéo ont tenu lieu de preuve, à telle enseigne qu’un slogan célèbre pouvait affirmer le concept publicitaire du « poids des mots et du choc des photos ». En 2024, si les photos peuvent toujours choquer, ce n’est pas forcément pour nous éclairer sur la réalité factuelle du monde dans lequel nous sommes plongés. Depuis le déploiement des intelligences artificielles génératives auprès du grand public, il est en effet possible de créer des images à partir d’une simple description. On ne compte ainsi plus, sur le marché, le nombre de générateurs d’images gratuits ou payants (Dall-E 3, Canva AI, Midjourney, Imagen by Google Cloud…).La nouveauté : des moyens massifs de communication qui démultiplient les fake news
Certes, depuis l’essor des outils de communication au XIXe siècle, puis plus récemment avec le déploiement de la société de communication, des phénomènes comparables à ceux des fake news prolifèrent. Millénaires, les fausses nouvelles font échos aux manipulations de discours en tous genres, qu’ils soient politiques ou plus récemment publicitaires. En réalité, le vrai changement ne porte pas tant sur la dimension qualitative de ces fake news que sur sa dimension quantitative. Il y a toujours eu des personnes pour croire que la terre était plate ou que l’homme n'avait jamais marché sur la lune. La nouveauté vient des moyens massifs de propagation de ces fausses nouvelles, démultipliés par la puissance combinée des réseaux sociaux et des algorithmes. Il suffit ainsi que vous ayez cliqué une fois sur une fausse nouvelle pour qu’instantanément celle-ci vous revienne en boucle dans les jours suivants, recouvrant un grand nombre d’informations qui, elles, sont véritables. Ce matraquage, cette « narration de la répétition » forment plus qu’un écran de fumée entre le citoyen et l’information : ils finissent par ériger des murs opaques.De tels effets pervers ont été analysés par de nombreux chercheurs, notamment ceux du CNRS. Ils renvoient très directement à la capacité collective que nous avons afin de poser un regard critique sur les informations qui nous parviennent. Dans le cas spécifique des images générées par l’IA, une chose est d’ores et déjà certaine : il n’est plus possible de prendre pour argent comptant la véracité d’une photo ou d’une vidéo, sauf à s’en remettre aux sources mêmes de ces éléments, dont l’éthique – notamment journalistique – doit tout à la fois être établie et irréprochable. Il s’agit également d’ériger en priorité l’éducation à l’esprit critique et aux médias, comme le suggère justement la première des 15 mesures affichée par la restitution récente des Etats généraux de l’information.a
