Industrie : le futur est déjà là



Christophe Meyruey, délégué général de l’UIMM MP - Occitanie

Du 26 mars au 1er avril, « l’industrie connectée » est le fil rouge de la 8e Semaine de l’industrie, le désormais traditionnel rendez-vous annuel organisé dans toute la France pour mettre en valeur l’industrie et ses métiers auprès du grand public. Cette thématique, qui reflète les mutations en cours dans nos entreprises, doit être l’occasion d’une prise de conscience : ce que l’on appelle encore l’industrie du futur est en réalité l’industrie d’aujourd’hui, et toutes les entreprises, de la TPE au grand groupe, font face actuellement à la question d’une stratégie de transformation.

Une mutation largement amorcée
De la même manière qu’elles ont bouleversé notre vie quotidienne, nos manières de penser, d’agir et d’interagir, les nouvelles technologies de l’information et de la communication transforment notre façon de produire, de concevoir l’organisation du travail, les relations économiques et en fin de compte l’entreprise elle-même. Si ce n’est déjà fait, chacun devrait se convaincre qu’il ne s’agit pas là d’une prédiction vague ou d’une prospective à un horizon indéfini, mais d’un phénomène en cours, déjà à l’œuvre. Certains secteurs de pointe comme l’aéronautique, le spatial, ou encore l’automobile, sont plus sensibilisés, plus avancés dans leur transformation, mais d’une manière générale, quels que soient leur taille et leur secteur activité, de très nombreuses entreprises font déjà, à la manière de Monsieur Jourdain, l’expérience de l’industrie du futur sans le savoir ou sans le formaliser.
Les grandes caractéristiques de cette nouvelle révolution industrielle née de la révolution numérique sont connues : digitalisation des métiers, robotisation, nouveaux procédés de fabrication comme la fabrication additive, qui permet de réaliser des produits spécifiques à la demande, redéfinition du fonctionnement de l’entreprise… A cela s’ajoute la possibilité d’exploiter les grandes quantités de données générées par les différents outils digitaux, qui modifie la relation avec les clients. Nous n’en sommes encore qu’aux prémices de la valorisation des data, des algorithmes et de l’intelligence artificielle, mais les entreprises sont d’ores et déjà capables de les utiliser pour proposer un suivi, de la maintenance prédictive ou préventive, dans une logique de services et non plus seulement de produits qui redéfinit la notion même d’industrie.
L’ensemble de ces briques technologiques existe déjà. L’enjeu aujourd’hui est que toutes les entreprises industrielles se saisissent du sujet et élaborent une stratégie leur permettant de mener à bien leur transformation digitale. Elles ne sont pas seules pour cela, de nombreux partenaires institutionnels comme BPI, l’UIMM, l’Alliance Industrie du futur, les agences de développement économique, mettent à leur disposition des dispositifs de plus en plus lisibles et structurés, adaptés au fonctionnement des entreprises. Dans le cadre de la French Fab, notamment, les chefs d’entreprise peuvent bénéficier d’un accompagnement financier et stratégique.

Renforcer l’humain par la formation
Et l’homme dans tout cela ? Sa place reste centrale. La transformation industrielle induit indéniablement une transformation des métiers, qui se traduit par la disparition de tâches répétitives ou pénibles à faible valeur ajoutée, et l’apparition de nouvelles fonctions, à l’image des data scientists en charge de la valorisation des données. Mais une chose est certaine : l’usine du futur ne doit pas être et ne sera pas celle de la robotisation à outrance où la machine se substitue à l’homme. La clé de la réussite des process de transformation résidera au contraire dans la complémentarité et les interactions entre l’homme et la machine. C’est d’ailleurs exactement ce qui se passe avec le développement des robots collaboratifs, ou cobots, qui assistent ou « augmentent » les opérateurs industriels sans les remplacer.
Cela pose bien sûr la question de la formation, plus que jamais incontournable pour préparer les salariés à évoluer dans leur pratique et vers ces nouveaux métiers. Dans un environnement en perpétuelle mutation, les entreprises devront former leur personnel plus souvent à de nouvelles compétences ne s’inscrivant pas forcément dans leur cœur de métier, afin de développer leur appétence à apprendre et leur capacité à comprendre le changement pour s’y adapter. Dans ce domaine également, la révolution digitale a fait son œuvre et a décuplé les outils à leur disposition. Plateformes pédagogiques, moocs, serious games, réalité virtuelle, co-construction des apprentissages, personnalisation des rythmes et des programmes, les nouvelles technologies ont complètement modifié le rapport à la formation et à la manière d’apprendre.
On le voit, tout est lié, et la balle est autant dans le camp des entreprises que dans celui des salariés. Mais quoi qu’il en soit, le futur est déjà là.

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