À l’approche des municipales de mars 2026, l’AMF et le CEVIPOF viennent de publier une note qui décrit une présence numérique devenue quasi incontournable pour les maires… et un terrain de cybermalveillance en forte hausse contre les élus locaux. Les réseaux sociaux ne sont plus un gadget pour les élus ni même un accessoire de campagne : ils sont désormais une part de la vie municipale… avec leurs bons et leurs mauvais côtés. Dans une note que vient de publier l’Observatoire de la démocratie de proximité (Association des maires de France, CEVIPOF/Sciences Po), Olivier Costa et Martial Foucault décrivent ainsi des plateformes devenues centrales pour informer les citoyens, les mobiliser et leur répondre, y compris dans des territoires où la communication traditionnelle reste limitée. En France, 50,7 millions d’utilisateurs fréquentent ces réseaux, soit 78 % de la population, avec 1 h 48 par jour en moyenne. Pour les communes, l’intérêt est évident :...
Depuis plusieurs mois maintenant, pas un jour ne se passe sans que l’intelligence artificielle (ou IA) ne fasse l’actualité. Entreprises, chercheurs, politiques débattent sur le sujet, s’affrontent parfois à propos de perspectives économiques qui restent bien sûr à concrétiser. En Europe, l’Allemagne vient d’investir dans un plan de 3 milliards d’euros. En France, la remise du rapport de Cédric Villani en mars dernier et les annonces d'Emmanuel Macron sur l'intelligence artificielle ont ouvert des chantiers importants.
Dans notre région, Toulouse a été présélectionnée début novembre par l’Agence nationale de la recherche (ANR) pour accueillir en 2019 l’un des instituts interdisciplinaires dédiés à l'intelligence artificielle (3IA). Le projet toulousain ANITI (Artificial and Natural Intelligence Toulouse Institute) rassemblera plus de 200 chercheurs issus de 33 laboratoires de recherche et une trentaine d’entreprises avec le soutien des collectivités locales et en collaboration avec le tissu socio-économique et associatif.
Derrière l'IA, un "antihumanisme numérique"
Mais quels sont les ressorts qui sont derrière l’IA ? Quelle est son histoire, ses caractéristiques propres, ses domaines d’applications et, surtout, les intérêts qui sont en jeu derrière elle ? C’est pour répondre à ses questions qu’Eric Sadin, l’un des meilleurs spécialistes du monde numérique, vient de publier “L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle” aux éditions L’échappée, qui décrypte les conséquences de l'arrivée de l'IA dans de plus en plus de secteurs de la société (santé, médecine,transports, éducation, justice, assistance aux personnes, information, etc.)Auteur du remarqué, “La siliconisation du monde. L’irrésistible expansion du libéralisme numérique” il y a deux ans, Eric Sadin voit derrière l’IA un “antihumanisme radical”, une “main invisible automatisée où le moindre phénomène du réel se trouve analysé en vue d’être monétisé ou orienté à des fins utilitaristes.”
Vers la fin du politique ?
“Désormais, une technologie revêt un pouvoir injonctif entraînant l’éradication progressive des principes juridico-politiques qui nous fondent, soit le libre exercice de notre faculté de jugement et d’action”, explique Eric Sadin, qui livre au début de son livre l’exemple édifiant d’une femme qui chercherait un emploi. Aujourd’hui elle envoie ses CV et va à plusieurs entretiens d’embauche ou elle dialogue avec ses potentiels recruteurs. Demain, son assistant numérique, qui connaît tout d’elle, se charge des CV et les envoie à Recrutello, une IA chargée des recrutements selon des critères où l’humanité n’a guère sa place.Ce scénario, qui n’est pas sans rappeler le film "Her", de Spike Jonze avec Joaquin Phoenix, illustre selon Eric Sadin, la principale fonction de l’IA : énoncer la vérité. À coups d'algorithmes sans cesse améliorés et de machine learning, “l’intelligence artificielle concourt à organiser la fin du politique, entendu comme l’expression de la volonté générale d’arrêter des décisions, dans la contradiction et la délibération, en vue de répondre au mieux à l’intérêt général”, explique l’auteur, qui invite à s’opposer à cette “offensive antihumaniste” et à faire valoir au contraire des “formes de rationalité fondées sur la pluralité des êtres et l’incertitude inhérente à la vie.” Un appel à la compréhension de ce qu’est l’IA et à retrouver ce qui fonde l’humanité : l’humain.

