À l’image de l’Australie, qui a fixé une majorité numérique à 16 ans, Emmanuel Macron a récemment évoqué la possibilité d’interdire l’accès aux plateformes sociales aux moins de 15 ans. En attendant une éventuelle évolution législative, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a dévoilé ce mois-ci FantomApp, une application gratuite destinée aux 10-15 ans, déjà disponible sur les magasins d’applications et en version web . Son objectif est de permettre aux plus jeunes de mieux protéger leurs comptes, leurs données personnelles et d’identifier les bons réflexes en cas de difficulté en ligne. Conçue à partir d’ateliers menés dans plusieurs collèges, FantomApp a été développée en associant directement des adolescents au projet. Cette démarche collaborative a permis d’identifier des attentes fortes : comprendre les paramètres de visibilité, sécuriser ses comptes sans expertise technique et savoir vers qui se tourner en cas de problème. Selon une étude ...
Depuis plusieurs mois maintenant, pas un jour ne se passe sans que l’intelligence artificielle (ou IA) ne fasse l’actualité. Entreprises, chercheurs, politiques débattent sur le sujet, s’affrontent parfois à propos de perspectives économiques qui restent bien sûr à concrétiser. En Europe, l’Allemagne vient d’investir dans un plan de 3 milliards d’euros. En France, la remise du rapport de Cédric Villani en mars dernier et les annonces d'Emmanuel Macron sur l'intelligence artificielle ont ouvert des chantiers importants.
Dans notre région, Toulouse a été présélectionnée début novembre par l’Agence nationale de la recherche (ANR) pour accueillir en 2019 l’un des instituts interdisciplinaires dédiés à l'intelligence artificielle (3IA). Le projet toulousain ANITI (Artificial and Natural Intelligence Toulouse Institute) rassemblera plus de 200 chercheurs issus de 33 laboratoires de recherche et une trentaine d’entreprises avec le soutien des collectivités locales et en collaboration avec le tissu socio-économique et associatif.
Derrière l'IA, un "antihumanisme numérique"
Mais quels sont les ressorts qui sont derrière l’IA ? Quelle est son histoire, ses caractéristiques propres, ses domaines d’applications et, surtout, les intérêts qui sont en jeu derrière elle ? C’est pour répondre à ses questions qu’Eric Sadin, l’un des meilleurs spécialistes du monde numérique, vient de publier “L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle” aux éditions L’échappée, qui décrypte les conséquences de l'arrivée de l'IA dans de plus en plus de secteurs de la société (santé, médecine,transports, éducation, justice, assistance aux personnes, information, etc.)Auteur du remarqué, “La siliconisation du monde. L’irrésistible expansion du libéralisme numérique” il y a deux ans, Eric Sadin voit derrière l’IA un “antihumanisme radical”, une “main invisible automatisée où le moindre phénomène du réel se trouve analysé en vue d’être monétisé ou orienté à des fins utilitaristes.”
Vers la fin du politique ?
“Désormais, une technologie revêt un pouvoir injonctif entraînant l’éradication progressive des principes juridico-politiques qui nous fondent, soit le libre exercice de notre faculté de jugement et d’action”, explique Eric Sadin, qui livre au début de son livre l’exemple édifiant d’une femme qui chercherait un emploi. Aujourd’hui elle envoie ses CV et va à plusieurs entretiens d’embauche ou elle dialogue avec ses potentiels recruteurs. Demain, son assistant numérique, qui connaît tout d’elle, se charge des CV et les envoie à Recrutello, une IA chargée des recrutements selon des critères où l’humanité n’a guère sa place.Ce scénario, qui n’est pas sans rappeler le film "Her", de Spike Jonze avec Joaquin Phoenix, illustre selon Eric Sadin, la principale fonction de l’IA : énoncer la vérité. À coups d'algorithmes sans cesse améliorés et de machine learning, “l’intelligence artificielle concourt à organiser la fin du politique, entendu comme l’expression de la volonté générale d’arrêter des décisions, dans la contradiction et la délibération, en vue de répondre au mieux à l’intérêt général”, explique l’auteur, qui invite à s’opposer à cette “offensive antihumaniste” et à faire valoir au contraire des “formes de rationalité fondées sur la pluralité des êtres et l’incertitude inhérente à la vie.” Un appel à la compréhension de ce qu’est l’IA et à retrouver ce qui fonde l’humanité : l’humain.

