Le bonheur est dans le prêt

startup

benchimol
Par Daniel Benchimol, président d’honneur de Digital 113, le cluster numérique d’Occitanie, et président d’ALSO

De nombreuses entreprises ont des problèmes de cash liés à la pandémie et à l'arrêt de leur activité. Il est difficile de stopper net son activité du jour au lendemain ; tout au moins, il est facile de ne plus vendre, de ne plus faire de chiffre d'affaires, cela peut s'arrêter instantanément. Par contre, on ne peut pas faire un arrêt sur image pour les charges de l'Entreprise. Même si les salariés peuvent être mis en chômage partiel, il y a toutes les charges fixes qui courent : coût du stock, loyers commerciaux, leasing, intérêts financiers, locations de véhicules etc...

Les mêmes qui vous ont obligé à zéro chiffre d'affaires, les mêmes continuent à vous envoyer tous les impôts et autres taxes...

Alors, le Prêt garanti par l'Etat (PGE) est arrivé comme la panacée et effectivement l'Etat garantit 90% d'un prêt pouvant aller jusqu'à 3 mois de chiffre d'affaires pour les PME et 2 ans de masse salariale pour les startups. Plus de 97% des Entreprises qui ont demandé un PGE en ont obtenu un. Un effet d'aubaine indéniable pour la survie des entreprises et notamment des startups qui ont pour la plupart retardé leur BP de 1 ou 2 ans avec l'absence de visibilité. Pire encore, celles qui étaient en levée de fonds se sont retrouvées en standby dans leur process et dans certains cas, cet arrêt a été létal.

Mais il ne faut pas oublier qu'un prêt, ça se rembourse. Je ne connais encore aucune entreprise qui le remboursera au bout d'un an ; elles prendront toutes l'option 5/6 ans avec des taux dont l'Etat dit qu'ils seront plafonnés. Dans la vraie vie, normale, un prêt pour une Entreprise est fait pour créer de la valeur par de l'investissement productif (en machines, en hommes, en process, etc..) ; cette valeur servant elle-même à rembourser ledit prêt. Là, il s'agit d'un prêt à blanc, car l'Entreprise est en veille. Ce prêt permet de la laisser en veille et lui évite d'aller à la casse. Mais pendant ce mode veille, elle ne produit que très peu de valeur. Ce qui fait que pour rembourser le prêt, à la reprise, il faudra qu'elle crée des survaleurs. Or, il est certain que peu d'entre elles pourront le faire. Autrement dit, on diffère la casse.

Il n'y a pas beaucoup d'autres solutions que l'augmentation des fonds propres pour les entreprises exsangues mais là c'est un autre vaste sujet.

De plus, on n'évalue pas encore l'impact négatif qui aura été causé par le télétravail. Au 1er confinement, on a cru qu'on avait trouvé le bonheur au travail en télétravaillant depuis chez soi. Déjà, au 2ème confinement, un certain nombre d'Entreprises, ont revu leur position sur le télétravail, y compris chez les jeunes générations. On a peut-être un peu vite oublié que l'Entreprise est un sport d'équipe où les relations humaines sont fondamentales. A-t-on vu des joueurs de rugby s'entrainer chacun dans son coin en télétravail ? Pendant 40 ans, on a considéré l'Entreprise comme un être social vivant. Il y a eu la mode des ‘projets d'Entreprise' qui décrivaient où l'Entreprise voulait aller et comment ; ensuite on a décliné les ‘valeurs de l'Entreprise' où l'humain prenait la position centrale ; après, on a développé les ‘fondamentaux de l'Entreprise' où là, c'était la raison d'être de l'Entreprise qui était mise en avant et maintenant c'est le RSE, l'impact positif sur son environnement, impact social et sociétal de l'Entreprise1 . Tous ces courants ont un point en commun : c'est de mobiliser notre intelligence collective pour relever les challenges de demain. Or, ce n'est pas derrière son écran que nous y arriverons. Je ne pense pas que APPLE, MICROSOFT, SPACE X ou encore DASSAULT et AIRBUS seraient arrivés à leur position mondiale sans que le charisme de leur fondateur n'ait entrainé des hommes et femmes qui se sont mobilisés corps et âmes derrière eux.

Le besoin de créer du lien social dans l'Entreprise est une nécessité pour savoir pour qui et pourquoi nous travaillons et encore plus, dans la culture française où la confiance affective est un facteur déterminant de la relation professionnelle. De même, toute la communication non verbale disparait derrière une visio ; même si certaines entreprises imposent qu'on mette la caméra...

On a besoin d'un vivre ensemble professionnel évoluant au gré de l'évolution de la Société à la recherche de plus de bonheur. Mais le vivre ensemble n'est pas le vivre tout seul ! Et comme pourrait conclure Aimé JACQUET « Ce n'est pas le fait de porter le même maillot qui fait une équipe, c'est de transpirer ensemble. »

0 commentaires: