Accéder au contenu principal

Face aux fake news, les techniques de veille peuvent vous aider

Avis d'expert d'Arnaud Marquant, directeur des opérations chez KB Crawl SAS Les fake news n’ont de cesse de se développer : selon un récent sondage, 2/3 des Français y seraient sensibles. Face à ce phénomène, les techniques propres à la veille stratégique peuvent servir de grille d’analyse. Il y a quatre ans, l’immersion de la pandémie de Covid-19 s’est caractérisée par un vaste mouvement de désinformation sur les réseaux sociaux. Loin d’avoir disparu, celui-ci perdure en 2024, comme l’indique notamment l’étude récemment réalisée par Ipsos sur la désinformation qui touche actuellement la campagne électorale européenne. Selon cette dernière, 74 % des personnes interrogées estiment être capables de réaliser un tri entre vraies et fausses informations. Dans le même temps, 2/3 des personnes interrogées (66%) adhèrent à au moins l’une des fake news qui leur ont été présentées… Comment les Françaises et les Français peuvent-ils s’armer face aux phénomènes de désinformation qui frapp

Déficit commercial français : l'intelligence économique à la rescousse des entreprises françaises

 

export

Par William Gerlach, Directeur France chez iBanFirst

L'économie française va mieux. Le rattrapage post-Covid est le plus rapide des grands pays européens. Elle a créé 650 000 emplois l'an dernier. Il y a 300 000 emplois supplémentaires dans le secteur privé qu'avant la crise Covid, par exemple. Mais il y a encore des points de fragilité. Le plus évident est le déficit commercial. Il a bondi à 84,7 milliards d'euros l'an dernier – soit un point haut depuis cinquante ans. Le recul des parts de marché de la France à l'international concerne quasiment tous les produits, à l'exception des boissons, des cuirs et peaux (grâce au luxe). Le problème, c'est que cela ne représente que 4 % de nos exportations. Les raisons du déclin français sont bien connues : un rapport qualité/prix moyen (nous fabriquons une qualité à l'espagnole avec la prétention de vendre au niveau des prix allemands), un coût du travail qui peut être un facteur aggravant dans certains secteurs, des grandes entreprises qui continuent de délocaliser à l'étranger et des freins psychologiques bien ancrés qui empêchent les PME françaises de tenter l'aventure internationale.

Le modèle japonais

Au cours des dernières années, de nombreuses mesures ont été prises pour tenter de résorber le déficit commercial. La baisse des impôts de production de 20 milliards d'euros a été un signal politique important mais avec des effets concrets limités. L'accompagnement a été renforcé aussi. Un dispositif centré autour de Team France Export, créé en 2018, et mobilisant les PME, les chambres de commerces, les régions, Business France et BpiFrance, a été déployé. L'objectif était de créer un guichet unique pour aider les entreprises. Les premiers résultats sont positifs. Mais c'est insuffisant pour rattraper notre retard.

Il faut aller plus loin. A l'occasion du remaniement de 1984, Edith Cresson, jusqu'alors ministre du commerce extérieur, s'était vu confier également la tutelle du ministère de l'industrie, rebaptisé redéploiement industriel. A l'époque, on avait évoqué la création d'un MITI à la française, en référence à l'administration japonaise qui a permis les succès à l'exportion de l'industrie nippone à partir de 1949. L'expérience française fut courte et mitigée.

Le MITI, désormais appelé METI (pour Ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie), a été pendant des décennies un élément central du système économique japonais. Il a conduit la politique industrielle de l'archipel, en parfait accord avec le patronat, permettant d'abord aux grandes entreprises mais aussi aux PME de réussir leur développement à l'international. Le METI a su s'adapter. Il était au centre de toutes les décisions lorsque l'économie était dirigiste. Son rôle est tout aussi important de nos jours, mais plus discret. Il s'est recentré sur l'accompagnement logistique et financier aux PME et surtout l'intelligence économique afin de conquérir de nouveaux marchés. C'est le rôle dévolu du JETRO, l'organisation japonaise du commerce extérieur qui est adossée au METI. Cela va plus loin que la veille concurrentielle que font toutes les entreprises. Le champ d'application est vaste. Cela implique de coordonner des actions de lobbying auprès des décideurs dans les marchés cibles pour influer sur la réglementation, d'anticiper l'émergence de nouveaux concurrents et de protéger la propriété intellectuelle de l'entreprise, par exemple. C'est justement une des lacunes du dispositif français actuel.

L'intelligence économique est indispensable

En France, il existe suffisamment de mécanismes financiers pour aider les PME à s'internationaliser et leur faire passer le cap difficile des deux ou trois ans pendant lesquelles elles vont dépenser beaucoup d'argent avant d'avoir un retour sur investissement suffisant. Il n'y a pas de solution clef en main pour surmonter la barrière socio-culturelle (aversion au risque, maîtrise limitée de l'anglais etc.), en revanche. Cela prendra du temps. Il faudra probablement attendre qu'une nouvelle génération d'entrepreneurs arrive. On commence à le voir dans le secteur des start-ups. Aider les entreprises à s'internationaliser implique aussi des les accompagner dans leurs démarches d'intelligence économique. Ce n'est pas un sujet nouveau. 

Le rapport Martre de 1994 offrait un premier cadre de réflexion. Malheureusement, l'intelligence économique a toujours eu du mal à trouver sa place dans la pensée économique et industrielle française. Le Japon, que nous avons évoqué, mais aussi plus près de nous l'Allemagne et la Suède ont développé depuis longtemps des systèmes d'intelligence économique qui leur ont permis d'accroître leurs parts de marché à l'étranger et de préserver leurs emplois sur le marché national. A marche forcée, les grandes entreprises françaises ont été sensibilisées à cette thématique (souvent parce qu'elles ont été victimes d'intelligence économique de la part de puissances étrangères). 

En revanche, nos PME et nos start-ups innovantes ne se sentent pas concernées et, quand elles le sont, elles n'ont pas les moyens financiers et techniques pour agir. C'est à l'Etat de pallier cette défaillance. C'est une nécessité à l'ère de l'économie numérique où tout va plus vite et l'accès aux données et à l'information est source de pouvoir et de richesse. Si nous continuons de négliger ce levier, ne soyons pas surpris de voir nos parts de marché continuer à décroître.

Posts les plus consultés de ce blog

Le bipeur des années 80 plus efficace que le smartphone ?

Par André Spicer, professeur en comportement organisationnel à la Cass Business School (City University of London) : Vous vous souvenez des bipeurs ? Ces appareils étaient utilisés largement avant l'arrivée massive des téléphones portables et des SMS. Si vous aviez un bipeur, vous pouviez recevoir des messages simples, mais vous ne pouviez pas répondre. Un des rares endroits où on peut encore en trouver aujourd’hui sont les hôpitaux. Le Service National de Santé au Royaume-Uni (National Health Service) en utilise plus de 130 000. Cela représente environ 10 % du nombre total de bipeurs présents dans le monde. Une récente enquête menée au sein des hôpitaux américains a révélé que malgré la disponibilité de nombreuses solutions de rechange, les bipeurs demeurent le moyen de communication le plus couramment utilisée par les médecins américains. La fin du bipeur dans les hôpitaux britanniques ? Néanmoins, les jours du bipeur dans les hôpitaux britanniques pourraient être compté

Comment les machines succombent à la chaleur, des voitures aux ordinateurs

  La chaleur extrême peut affecter le fonctionnement des machines, et le fait que de nombreuses machines dégagent de la chaleur n’arrange pas les choses. Afif Ramdhasuma/Unsplash , CC BY-SA Par  Srinivas Garimella , Georgia Institute of Technology et Matthew T. Hughes , Massachusetts Institute of Technology (MIT) Les humains ne sont pas les seuls à devoir rester au frais, en cette fin d’été marquée par les records de chaleur . De nombreuses machines, allant des téléphones portables aux voitures et avions, en passant par les serveurs et ordinateurs des data center , perdent ainsi en efficacité et se dégradent plus rapidement en cas de chaleur extrême . Les machines génèrent de plus leur propre chaleur, ce qui augmente encore la température ambiante autour d’elles. Nous sommes chercheurs en ingénierie et nous étudions comment les dispositifs mécaniques, électriques et électroniques sont affectés par la chaleur, et s’il est possible de r

Ce que les enfants comprennent du monde numérique

  Par  Cédric Fluckiger , Université de Lille et Isabelle Vandevelde , Université de Lille Depuis la rentrée 2016 , il est prévu que l’école primaire et le collège assurent un enseignement de l’informatique. Cela peut sembler paradoxal : tous les enfants ne sont-ils pas déjà confrontés à des outils numériques, dans leurs loisirs, des jeux vidéos aux tablettes, et, dans une moindre mesure, dans leur vie d’élève, depuis le développement des tableaux numériques interactifs et espaces numériques de travail ? Le paradoxe n’est en réalité qu’apparent. Si perdure l’image de « natifs numériques », nés dans un monde connecté et donc particulièrement à l’aise avec ces technologies, les chercheurs ont montré depuis longtemps que le simple usage d’outils informatisés n’entraîne pas nécessairement une compréhension de ce qui se passe derrière l’écran. Cela est d’autant plus vrai que l’évolution des outils numériques, rendant leur utilisation intuitive, a conduit à masquer les processus in

De quoi l’inclusion numérique est-elle le nom ?

Les professionnels de l'inclusion numérique ont pour leitmotiv la transmission de savoirs, de savoir-faire et de compétences en lien avec la culture numérique. Pexels , CC BY-NC Par  Matthieu Demory , Aix-Marseille Université (AMU) Dans le cadre du Conseil National de la Refondation , le gouvernement français a proposé au printemps 2023 une feuille de route pour l’inclusion numérique intitulée « France Numérique Ensemble » . Ce programme, structuré autour de 15 engagements se veut opérationnel jusqu’en 2027. Il conduit les acteurs de terrain de l’inclusion numérique, notamment les Hubs territoriaux pour un numérique inclusif (les structures intermédiaires ayant pour objectif la mise en relation de l’État avec les structures locales), à se rapprocher des préfectures, des conseils départementaux et régionaux, afin de mettre en place des feuilles de route territoriales. Ces documents permettront d’organiser une gouvernance locale et dé

Midi-Pyrénées l’eldorado des start-up

Le mouvement était diffus, parfois désorganisé, en tout cas en ordre dispersé et avec une visibilité et une lisibilité insuffisantes. Nombreux sont ceux pourtant qui, depuis plusieurs années maintenant, ont pressenti le développement d’une économie numérique innovante et ambitieuse dans la région. Mais cette année 2014 pourrait bien être la bonne et consacrer Toulouse et sa région comme un eldorado pour les start-up. S’il fallait une preuve de ce décollage, deux actualités récentes viennent de l’apporter. La première est l’arrivée à la tête du conseil de surveillance de la start-up toulousaine Sigfox , spécialisée dans le secteur en plein boom de l’internet des objets, d’Anne Lauvergeon, l’ancien sherpa du Président Mitterrand. Que l’ex-patronne du géant Areva qui aurait pu prétendre à la direction de grandes entreprises bien installées, choisisse de soutenir l’entreprise prometteuse de Ludovic Le Moan , en dit long sur le changement d’état d’esprit des élites économiques du pay

La fin du VHS

La bonne vieille cassette VHS vient de fêter ses 30 ans le mois dernier. Certes, il y avait bien eu des enregistreurs audiovisuels avant septembre 1976, mais c’est en lançant le massif HR-3300 que JVC remporta la bataille des formats face au Betamax de Sony, pourtant de meilleure qualité. Ironie du sort, les deux géants de l’électronique se retrouvent encore aujourd’hui face à face pour déterminer le format qui doit succéder au DVD (lire encadré). Chassée par les DVD ou cantonnée au mieux à une petite étagère dans les vidéoclubs depuis déjà quatre ans, la cassette a vu sa mort programmée par les studios hollywoodiens qui ont décidé d’arrêter de commercialiser leurs films sur ce support fin 2006. Restait un atout à la cassette VHS: l’enregistrement des programmes télé chez soi. Las, l’apparition des lecteurs-enregistreurs de DVD et, surtout, ceux dotés d’un disque dur, ont sonné le glas de la cassette VHS, encombrante et offrant une piètre qualité à l’heure de la TNT et des écrans pl