Hadopi : une loi en question

Au terme d'un interminable marathon parlementaire qui restera l'une des passes d'armes les plus marquantes du quinquennat de Nicolas Sarkozy, la très controversée loi antipiratage « Création et internet » plus connue sous le nom de loi Hadopi, a été adoptée hier par l'Assemblée nationale par 296 voix contre 233 et devrait l'être aujourd'hui par le Sénat.

Mais les chiffres du scrutin parlementaire traduisent le malaise et la pagaille qu'a provoqués ce texte. L'UMP et le Nouveau Centre ont certes lavé l'affront du rejet surprise du 9 avril orchestré par la gauche, mais ils n'ont pas atteint les 340 voix dont ils disposent. 44 députés de la majorité ont refusé hier de voter le texte tandis que Jack Lang a été le seul du PS à voter pour. Six députés UMP ont bravé les consignes de l'Élysée et ont voté contre ; tout comme 12 des 23 députés NC dont le maire d'Agen Jean Dionis du Séjour. Et au Sénat ce mercredi, les élus socialistes ont annoncé qu'ils ne prendraient pas part au vote, tandis que les députés PS préparent un recours devant le Conseil constitutionnel.

L'histoire rocambolesque de la loi Hadopi pourrait bien s'achever sur l'air du « tout ça pour ça. » Car au-delà du débat de fond sur les atteintes aux libertés individuelles par l'instauration de mesures très dures, ce texte censé lutter contre le piratage - qui a paradoxalement baissé en France l'an passé pour les logiciels - pourrait être mort-né. Enterré sur le plan du droit tout d'abord. Le Parlement européen ayant redit le 6 mai son opposition à une coupure « administrative » de l'accès à internet, la loi Hadopi devient donc incompatible. À moins que le forcing de la France auprès de la Commission européenne soit payant mais rien n'est moins sûr.

Enterré aussi sur le plan technique ensuite. La plupart des acteurs d'internet - qui ont beaucoup raillé la méconnaissance du réseau mondial des promoteurs de la loi Hadopi - pensent qu'en l'état, le texte est inapplicable. Les opposants estiment que non seulement la loi ne rapportera pas un centime aux artistes mais que pour mettre en place cette usine à gaz, il en coûterait quelque 70 millions d'euros… pour une efficacité toute relative. Les internautes les plus calés ont, en effet, déjà pris leurs dispositions pour la contourner.

Est-ce à dire qu'une loi antipiratage serait impossible à mettre en œuvre ? Fort heureusement non. Si dans le monde, les pays soucieux de protéger les droits d'auteurs expérimentent des solutions différentes, la riposte graduée, des amendes et la licence globale (téléchargement légal illimité moyennant un forfait) sont les pistes qui reviennent le plus souvent.


Contourner, c'est possible
Contourner les dispositifs de contrôles prévues par la loi Hadopi ? Cela est d'autant plus facile que les internautes chevronnés ont déjà pris les devants.
1. Le réseau privé. Plutôt que de télécharger films et musiques sur les serveurs qui subiront le filtrage Hadopi, on crée un réseau privé, comme le propose le site Peer2me. L'adresse IP de l'ordinateur de l'internaute est immédiatement changée à sa connexion. Il devient alors indétectable.
2. Le cryptage. PirateBay le bien nommé site suédois dont les fondateurs ont maille à partir avec la justice propose «ipredator» pour 5€ par mois. On crée un réseau privé (VPN) entre les internautes et les servveurs de PirateBay, et les fichiers échangés sont cryptés.
3. Pirater la connexion Wifi du voisin. Toutes les box internet en France (Livebox, Freebox) disposentdu Wifi, protégé par une clé Wep ou Wap. Sauf que celle-ci - l'UFC-Que Choisir l'a montré - peut être facilement «cassée» par de petits logiciels gratuits come Backtrack.
4. Détourner le streaming légal. Des logiciels gratuits comme Freezer permettent d'enregistrer la musique diffusée (légalement) par des sites de streaming (écoute en continu quand on nest connecté.) comme Deezer.

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