Internet : la Hadopi désarmée face à des sites pirates de plus en plus complexes


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La Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi), mise en place en 2009, a souhaité mettre à jour la cartographie de l’écosystème illicite, identifiée dans de précédents travaux réalisés en 2012. Présentée mardi, cette nouvelle étude, réalisée par la société EY, montre combien les sites de piratage de contenus culturels se sont complexifiés et combien la Haute autorité paraît désarmée.
"Si en 2012 hébergeurs et sites de référencement étaient au coeur du système, il apparaît aujourd’hui que celui-ci s’étend largement au-delà de ces seuls acteurs. Pour être pleinement efficace, la lutte contre la piraterie devra désormais s’intéresser à ces autres acteurs, tels que les prestataires techniques ou les services aux internautes, entre autres", indique la Hadopi.

Trois grandes familles d'acteurs du piratage

On peut distinguer trois grandes familles d’acteurs: aux acteurs centraux, situés au cœur de l’écosystème, s’ajoutent désormais des fournisseurs de services utilisés par des acteurs centraux d’une part et des internautes d’autre part, indique l'étude.
Les acteurs centraux regroupent d’abord les sites de référencement, qui renvoient l’internaute, au moyen de liens hypertextes, vers les sites hébergeant les contenus illicites, quel que soit le mode d’accès final: pair à pair, téléchargement direct ou streaming au sens large - contenus ou flux de programmes TV en direct; les services d’agrégation de contenus font aussi partie de cette première catégorie. Les hébergeurs de contenus sont l’autre pilier de cette catégorie: il s’agit des sites hébergeant des fichiers contrefaisants, le plus souvent chargés (ou uploadés)par leurs utilisateurs.
Les fournisseurs de services utilisés par les services illicites permettent aux acteurs centraux de fonctionner, à la fois sur le plan technique et sur celui de la monétisation des services. Il peut alors s’agir d’acteurs sans lien avec les pratiques de piraterie (bureau d’enregistrement de noms de domaine, services d’optimisation du trafic et de sécurisation des sites, acteurs de la publicité ou du paiement en ligne) ou s’étant spécialisés dans les services illicites. Dans cette dernière catégorie, on peut évoquer les services permettant de dissimuler l’adresse IP des sites pour compliquer les mesures de blocage.
Enfin, des acteurs proposent des services utilisés par les internautes, avec deux objectifs:
  • d’une part, pour trouver plus facilement des œuvres contrefaisantes, le recours à des sites généralistes (moteurs de recherche) ou spécialisés dans les usages illicites (forums dédiés au piratage, tutoriels, etc.) peut être nécessaire;
  • d’autre part, pour contourner les mesures de lutte contre le piratage, les internautes peuvent recourir à des DNS alternatifs ou des VPN, entre autres, ou encore optimiser leurs usages illicites au moyen de débrideurs qui permettent de disposer d’accès premium à de nombreuses plateformes d’hébergement à moindre coût. 


Des flux financiers croisés

L’analyse des flux économiques révèle les interactions qui lient les acteurs de l’écosystème illicite. De manière générale, pour les acteurs au cœur du système – hébergeurs et sites de référencement – on distingue trois principales sources de revenu: des recettes publicitaires dues à la monétisation de l’audience, des services payants à destination du consommateur illicite (la vente d’abonnements payants en téléchargement direct, par exemple) et, plus rarement, des recettes liées au minage de crypto-monnaie.

593 condamnations en justice en 2017-2018



L’Hadopi, instituée il y a 10 ans, a mis en place une "riposte graduée" contre le piratage (lettres d'avertissement avant sanction). En 2018, elle avait envoyé 1338334 premières recommandations, 131316 2es recommandations et fait 2959 constats de négligence caractérisée. Sur ces constats, 1031 ont été transmis au procureur de la République et 593 décisions de justice ont été prises...



Un résultat qui fait souvent s'interroger sur la pertinence de l'existence de la Hadopi.
Celle-ci se concentre sur les réseaux pair-à-pair (P2P), mais elle est largement démunie face aux autres technologies de piratage.

Les intermédiaires techniques, c'est quoi ?
Seedbox
Une seedbox est un serveur informatique privé dédié à l’émission et à la réception de fichiers. Les seedboxes utilisent en général le protocole pair à pair BitTorrent pour émettre et recevoir des données. Les seedboxes sont souvent proposées par des prestataires spécialisés et les utilisateurs se connectent à distance à leur seedbox pour y récupérer les contenus téléchargés ou pour y stocker des contenus à partager.
DNS
Le Domain Name System (DNS) est le système mis en place pour accéder à un site Internet grâce à son nom de domaine. Une adresse de type www.nomdedomaine.com est plus facile à retenir que l’adresse IP du serveur hébergeant le site en question (par exemple: 212.85.128.7). Le système DNS sert donc à convertir l’adresse www.nomdedomaine.com en 212.85.128.7. Ce service est généralement assuré par les FAI mais d’autres acteurs comme Google, Cloudflare ou Cisco, proposent aussi des DNS dits alternatifs.
VPN
Un Réseau Privé Virtuel, ou VPN pour Virtual Private Network en anglais, est un réseau privé construit au sein d’une infrastructure informatique publique. Un VPN permet que les échanges entre deux ordinateurs ou serveurs soient cryptés et ne soient pas lisibles par le reste du réseau, formant une sorte de tunnel sécurisé. En accédant par exemple à Internet via un VPN présent en Pologne, un internaute peut être perçu comme étant physiquement en Pologne – avec une adresse IP locale – alors qu'il est en réalité situé en France, déjouant ainsi d’éventuelles mesures de blocage locales.
Débrideur
Service permettant de contourner les limites imposées par certaines plateformes d'hébergement sur Internet, comme les limites de visionnage pour les sites de streaming et les limites de téléchargement pour les sites de téléchargement direct. Ces limites portent habituellement sur les débits de connexion, sur le nombre de contenus accessibles gratuitement, sur le volume de données ou sur la taille maximale des fichiers téléchargeables.

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