Accéder au contenu principal

Téléphone, mail, notifications… : comment le cerveau réagit-il aux distractions numériques ?

  Par  Sibylle Turo , Université de Montpellier et Anne-Sophie Cases , Université de Montpellier Aujourd’hui, les écrans et les notifications dominent notre quotidien. Nous sommes tous familiers de ces distractions numériques qui nous tirent hors de nos pensées ou de notre activité. Entre le mail important d’un supérieur et l’appel de l’école qui oblige à partir du travail, remettant à plus tard la tâche en cours, les interruptions font partie intégrante de nos vies – et semblent destinées à s’imposer encore davantage avec la multiplication des objets connectés dans les futures « maisons intelligentes ». Cependant, elles ne sont pas sans conséquences sur notre capacité à mener à bien des tâches, sur notre confiance en nous, ou sur notre santé. Par exemple, les interruptions engendreraient une augmentation de 27 % du temps d’exécution de l’activité en cours. En tant que chercheuse en psychologie cognitive, j’étudie les coûts cognitifs de ces interruptions numériques : au

Interview. Aujourd'hui, il faudrait démanteler Google, Facebook

internet


Christophe Alcantara, spécialiste de l'e-réputation, enseignant chercheur en sciences de l'information et de la communication - IDETCOM Université Toulouse 1 Capitole.

Il y a cinquante ans naissait internet ; aujourd'hui dominé par les réseaux sociaux et les GAFA. Que reste-t-il des idéaux du début ?

Arpanet, l'ancêtre d'internet si on fait un peu d'archéologie d'internet et du web, était initialement créé pour permettre à des machines à calculer de pouvoir partager de la ressource de calcul, ni plus ni moins. Il y a alors eu un détournement d'usage, une hybridation d'usage, c'est-à-dire un usage réel qui n'était pas le même que l'usage prescrit. Cela a permis à Arpanet et plus largement à internet de devenir non pas un outil de partage de la ressource au sens mémoire vive, mais vraiment un outil à communiquer.

Tout cela part de Joseph Licklider, le père d'Arpanet qui a dessiné les utopies fondatrices d'internet. Arpanet n'a pas été créé par l'armée américaine pour l'armée, mais par des chercheurs pour des chercheurs sur des fonds de l'armée avec l'agence Darpa.

Les mythes fondateurs, ce sont le partage, la gratuité, l'échange. Ils ont été bouleversés et révolutionnés par la pratique mais aussi par le fait qu'internet tel qu'on l'utilise aujourd'hui est devenu une technologie de substitution au projet politique des autoroutes de l'information voulu par Bill Clinton et All Gore en 1996.

Facebook et Google, qui ont désormais la puissance d'Etats, deviennent-ils dangereux pour la démocratie ?

Plutôt que de poser la question du danger, interrogeons-nous plutôt pour savoir s'ils ne manipulent pas déjà l'information et la communication. Ils la manipulent d'une façon institutionnelle. Quand vous écoutez les promoteurs de Facebook, d'Instagram, de YouTube, etc. ils reposent toujours leurs discours de promotion sur les mythes fondateurs d'internet : la culture de la gratuité, le partage, l'échange. Mais en vérité, ces utopies fondatrices dont ils truffent leurs propos sont au fond un cheval de Troie pour produire une colonisation numérique. Leur modèle économique repose sur cette colonisation numérique.

Aux Etats-Unis, il y a actuellement un débat, notamment porté par la sénatrice démocrate Elizabeth Warren (candidate à la primaire pour la présidentielle de 2020) sur le démantèlement de Facebook. En Europe, on table sur une régulation ferme avec des amendes. Faut-il démanteler les GAFA, davantage les réguler ?

Si on appliquait strictement les lois antitrust qui existent aux Etats-Unis depuis plus d'un siècle, cela ferait déjà un moment que Google par exemple serait démantelé, c'est une évidence. Ce sont à la fois des acteurs de contenants et de contenus. Et dans le contenu, ils ont une maîtrise quasiment totale de par leur puissance et se retrouvent de fait dans une situation de monopole. Si aujourd'hui il fallait qu'on raisonne en économiste, Schumpeter nous disait que dans l'économie ce qui compte, c'est la destruction-créatrice : en gros plus on innove plus on crée de nouveaux emplois, des émergents deviennent des leaders. Mais dans les faits, sur le web, ça ne peut plus exister car même si vous avez une innovation particulièrement disruptive, elle va être captée par les grands acteurs qui vont l'acheter 3, 4, 5 milliards de dollars. Cela conforte encore plus leur position dominante. Ils passent leur temps à acheter des start-up. Ils sont donc dans une situation de monopole qu'ils contribuent à amplifier. S'ils n'ont pas été démantelés, c'est notamment à cause d'Obama qui était totalement une victime consentante du lobby des GAFA (il a été élu en 2008 grâce à la puissance des réseaux sociaux), avec lesquels il avait une proximité coupable. Donc démanteler, oui.

Aujourd'hui, y a-t-il quelque chose qu'on ne voit pas venir sur internet ?

Le fait de pouvoir coupler de l'intelligence artificielle (IA) sur les réseaux sociaux. Le problème c'est que c'est insidieux. Les gens ne vont pas le voir mais c'est totalement manipulatoire. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle a deux natures. Vous avez des algorithmes prédictifs qui vont partir sur de grandes séries statistiques pour prévoir des comportements. Ce qui n'est pas sans interpeller les fonctionnements démocratiques : si je peux anticiper les réactions, voyez comme c'est manipulatoire. Et cela existe aujourd'hui.

Le 2e type d'algorithmes qui va arriver, c'est ce qu'on appelle les algorithmes créatifs. Je ne prends pas appui sur le passé pour me projeter dans le futur mais je suis capable d'apprendre en continu avec mon environnement. Vous imaginez les problèmes éthiques que ça pose. Le vrai enjeu est là.

La notion d'éthique dans les pratiques numériques doit être fondamentale, mais personne n'aborde ce sujet, notamment les politiques qui ne s'approprient pas ce sujet…

Posts les plus consultés de ce blog

Le bipeur des années 80 plus efficace que le smartphone ?

Par André Spicer, professeur en comportement organisationnel à la Cass Business School (City University of London) : Vous vous souvenez des bipeurs ? Ces appareils étaient utilisés largement avant l'arrivée massive des téléphones portables et des SMS. Si vous aviez un bipeur, vous pouviez recevoir des messages simples, mais vous ne pouviez pas répondre. Un des rares endroits où on peut encore en trouver aujourd’hui sont les hôpitaux. Le Service National de Santé au Royaume-Uni (National Health Service) en utilise plus de 130 000. Cela représente environ 10 % du nombre total de bipeurs présents dans le monde. Une récente enquête menée au sein des hôpitaux américains a révélé que malgré la disponibilité de nombreuses solutions de rechange, les bipeurs demeurent le moyen de communication le plus couramment utilisée par les médecins américains. La fin du bipeur dans les hôpitaux britanniques ? Néanmoins, les jours du bipeur dans les hôpitaux britanniques pourraient être compté

Comment les machines succombent à la chaleur, des voitures aux ordinateurs

  La chaleur extrême peut affecter le fonctionnement des machines, et le fait que de nombreuses machines dégagent de la chaleur n’arrange pas les choses. Afif Ramdhasuma/Unsplash , CC BY-SA Par  Srinivas Garimella , Georgia Institute of Technology et Matthew T. Hughes , Massachusetts Institute of Technology (MIT) Les humains ne sont pas les seuls à devoir rester au frais, en cette fin d’été marquée par les records de chaleur . De nombreuses machines, allant des téléphones portables aux voitures et avions, en passant par les serveurs et ordinateurs des data center , perdent ainsi en efficacité et se dégradent plus rapidement en cas de chaleur extrême . Les machines génèrent de plus leur propre chaleur, ce qui augmente encore la température ambiante autour d’elles. Nous sommes chercheurs en ingénierie et nous étudions comment les dispositifs mécaniques, électriques et électroniques sont affectés par la chaleur, et s’il est possible de r

De quoi l’inclusion numérique est-elle le nom ?

Les professionnels de l'inclusion numérique ont pour leitmotiv la transmission de savoirs, de savoir-faire et de compétences en lien avec la culture numérique. Pexels , CC BY-NC Par  Matthieu Demory , Aix-Marseille Université (AMU) Dans le cadre du Conseil National de la Refondation , le gouvernement français a proposé au printemps 2023 une feuille de route pour l’inclusion numérique intitulée « France Numérique Ensemble » . Ce programme, structuré autour de 15 engagements se veut opérationnel jusqu’en 2027. Il conduit les acteurs de terrain de l’inclusion numérique, notamment les Hubs territoriaux pour un numérique inclusif (les structures intermédiaires ayant pour objectif la mise en relation de l’État avec les structures locales), à se rapprocher des préfectures, des conseils départementaux et régionaux, afin de mettre en place des feuilles de route territoriales. Ces documents permettront d’organiser une gouvernance locale et dé

Ce que les enfants comprennent du monde numérique

  Par  Cédric Fluckiger , Université de Lille et Isabelle Vandevelde , Université de Lille Depuis la rentrée 2016 , il est prévu que l’école primaire et le collège assurent un enseignement de l’informatique. Cela peut sembler paradoxal : tous les enfants ne sont-ils pas déjà confrontés à des outils numériques, dans leurs loisirs, des jeux vidéos aux tablettes, et, dans une moindre mesure, dans leur vie d’élève, depuis le développement des tableaux numériques interactifs et espaces numériques de travail ? Le paradoxe n’est en réalité qu’apparent. Si perdure l’image de « natifs numériques », nés dans un monde connecté et donc particulièrement à l’aise avec ces technologies, les chercheurs ont montré depuis longtemps que le simple usage d’outils informatisés n’entraîne pas nécessairement une compréhension de ce qui se passe derrière l’écran. Cela est d’autant plus vrai que l’évolution des outils numériques, rendant leur utilisation intuitive, a conduit à masquer les processus in

Midi-Pyrénées l’eldorado des start-up

Le mouvement était diffus, parfois désorganisé, en tout cas en ordre dispersé et avec une visibilité et une lisibilité insuffisantes. Nombreux sont ceux pourtant qui, depuis plusieurs années maintenant, ont pressenti le développement d’une économie numérique innovante et ambitieuse dans la région. Mais cette année 2014 pourrait bien être la bonne et consacrer Toulouse et sa région comme un eldorado pour les start-up. S’il fallait une preuve de ce décollage, deux actualités récentes viennent de l’apporter. La première est l’arrivée à la tête du conseil de surveillance de la start-up toulousaine Sigfox , spécialisée dans le secteur en plein boom de l’internet des objets, d’Anne Lauvergeon, l’ancien sherpa du Président Mitterrand. Que l’ex-patronne du géant Areva qui aurait pu prétendre à la direction de grandes entreprises bien installées, choisisse de soutenir l’entreprise prometteuse de Ludovic Le Moan , en dit long sur le changement d’état d’esprit des élites économiques du pay

La fin du VHS

La bonne vieille cassette VHS vient de fêter ses 30 ans le mois dernier. Certes, il y avait bien eu des enregistreurs audiovisuels avant septembre 1976, mais c’est en lançant le massif HR-3300 que JVC remporta la bataille des formats face au Betamax de Sony, pourtant de meilleure qualité. Ironie du sort, les deux géants de l’électronique se retrouvent encore aujourd’hui face à face pour déterminer le format qui doit succéder au DVD (lire encadré). Chassée par les DVD ou cantonnée au mieux à une petite étagère dans les vidéoclubs depuis déjà quatre ans, la cassette a vu sa mort programmée par les studios hollywoodiens qui ont décidé d’arrêter de commercialiser leurs films sur ce support fin 2006. Restait un atout à la cassette VHS: l’enregistrement des programmes télé chez soi. Las, l’apparition des lecteurs-enregistreurs de DVD et, surtout, ceux dotés d’un disque dur, ont sonné le glas de la cassette VHS, encombrante et offrant une piètre qualité à l’heure de la TNT et des écrans pl