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Comment s’explique le succès des théories complotistes ?

  Par  Pascal Lardellier , Université Bourgogne Europe Le complotisme fait un étonnant retour dans l’actualité depuis plusieurs années, tout à la fois objet de débat public et catégorie d’accusation. Pas une polémique, pas une affaire dans l’actualité sans que l’assignation ne surgisse, comme explication du problème et ostracisme disqualifiant. Car le terme « complotiste » fonctionne comme une disqualification, qui exclut du champ de la parole légitime. Comment expliquer sa récurrence ? Nous vous proposons aujourd’hui de lire un extrait de l’essai de Pascal Lardellier, le Nouvel Âge du complotisme. Post-vérité : quand le réel vacille (éditions de l’Aube, 2026). Pendant une large partie du XX e  siècle, l’hypothèse selon laquelle des groupes influents orientaient les destinées collectives ne relevait pas de la pensée marginale. Elle constituait au contraire une grille de lecture nourrie par l’observation de certaines structures de ...

Et si on laissait le smartphone à la porte de l’entreprise ?

La réunion n'est pas censée être un temps pour répondre à ses emails ! Jacob Lund / Shutterstock
Yann-Mael Larher, Sciences Po – USPC


L’utilisation des téléphones mobiles est interdite dans l’enceinte des écoles et des collèges. Cette mesure vise à sensibiliser les élèves à l’utilisation raisonnée des outils numériques et à leur faire pleinement bénéficier de la richesse de la vie collective. En effet, selon le ministère de l’Éducation nationale, « l’utilisation du téléphone portable peut nuire gravement à la qualité d’écoute et de concentration nécessaire aux activités d’enseignement ». En outre, « leur utilisation dans l’enceinte des établissements diminue la qualité de la vie collective pourtant indispensable à l’épanouissement des élèves ».
Or, si le smartphone perturbe la vie scolaire, son immixtion dans la vie professionnelle n’est pas non plus sans poser des questions dans la sphère personnelle et professionnelle des adultes.

Tous perturbés

Trop souvent, on subit la connexion plus qu’on ne la choisit. Dans l’entreprise, les salariés sont sollicités en permanence par leurs collègues via la messagerie interne, les appels téléphoniques, les SMS, mais aussi par leurs amis sur les messageries instantanées et toutes sortes d’alertes. Or, le cerveau humain n’est pas fait pour traiter autant d’informations et de sollicitations. Le « FOMO » (fear of missing out), soit l’angoisse de passer à côté d’une information, a grandi avec la sophistication des applications où tout est étudié avec soin pour que nous y revenions le plus souvent possible.
Nous vérifions ainsi en moyenne notre téléphone plus de 220 fois par jour, selon une étude menée en 2014. À chaque fois qu’on est sollicité, le cerveau « reboot ». Pour repartir sur une tâche de fond, il faut plusieurs minutes pour se remettre dedans. En effet, le cerveau n’est pas en mesure de réaliser plusieurs tâches de manière strictement simultanée. En fait, plusieurs zones peuvent s’activer en même temps, mais le cerveau ne traitera qu’une seule tâche à la fois. Ce phénomène, comparable au clignement des yeux, interrompt temporairement, mais inconsciemment, notre attention. Ainsi, lorsque nous devons alterner rapidement entre deux tâches, nous risquons de perdre le fil de certaines informations.
C’est un vrai problème pour la productivité, mais aussi pour la santé. Les personnes qui souffrent de burn-out n’arrivent souvent plus à faire la part entre les informations qui sont importantes de celles qui ne le sont pas.

Se déconnecter… pendant le travail

Quand on parle de déconnexion, on pense d’abord à ce qui se passe à la maison. C’est le fameux droit à la déconnexion, ou le droit au repos. Mais on devrait aussi parler de la déconnexion dans l’enceinte de l’entreprise. En effet, on pense spontanément aux mails professionnels traités pendant le temps de repos, mais plus rarement aux messages personnels pendant le temps de travail. Or, le cerveau ne fait pas la distinction entre une notification Facebook pour la cagnotte d’anniversaire de votre meilleur ami et un mail qui retrace le suivi d’un projet professionnel.
Bien sûr, les salariés peuvent aller sur Facebook pour faire une pause. Mais attention à ne pas confondre pause « choisie » et pause « subie ». Autrement dit, « je vais faire ma pause Facebook car j’ai bossé suffisamment et mon cerveau a besoin de faire une pause », est très différent de « je vais sur mon smartphone car mon téléphone vient de vibrer ». Ce sont deux paradigmes très différents.
Le premier cas va me permettre d’être plus productif et de me remettre plus facilement au travail, de m’aérer l’esprit et de trouver plus facilement des idées nouvelles. Dans le deuxième cas c’est juste subi : « je fais des pauses Facebook, mais ce ne sont pas tellement des pauses car elles sont tellement nombreuses que, finalement, je n’arrive pas à bien faire mon travail, et à la fin de ma journée je ne suis pas satisfait, je vais devoir ramener du travail et des soucis professionnels à la maison car ma journée de travail a été mal organisée ».

Des réunions où l’on s’écoute (enfin)

L’entreprise a évidemment sa part de responsabilité dans ce phénomène et devrait accompagner les collaborateurs à mieux s’organiser. Le problème de fond ne vient pas des outils numériques, mais de la manière dont on organise les temps dans l’entreprise.

Blog-emploi.com

Trop souvent, les salariés se retrouvent par exemple à accepter des réunions tout en se demandant ce qu’ils vont bien pouvoir y faire. Les outils numériques rendent alors ces réunions presque « soutenables ».
On organise des réunions et les gens ne disent rien, si la réunion leur semble utile ou non, ils s’y rendent alors même que certaines ne les concernent pas directement. Ils savent qu’ils vont pouvoir traiter leurs mails en réunion, et envoyer des messages, parfois même aux gens qui se trouvent dans la même salle de réunion qu’eux. Là, il y a un gros problème, car on mélange tout. Une réunion, c’est un moment où on se connecte avec les gens qui sont dans la même salle pour parler d’un sujet et d’un seul sujet.

« En France, les réunions sont mal pensées ». Témoignage de Michel Mondet, président du cabinet de conseil Akéance, sur Xerfi canal (2019).

Si on souhaite faire de la réunion un élément positif pour les organisations et ceux qui y travaillent, il faut prendre en compte une nouvelle concordance des temps professionnels et personnels rendue possible par les outils mobiles. On pourrait notamment raccourcir les réunions et couper les téléphones pour que les gens s’écoutent. Plutôt que d’instaurer un droit à la déconnexion, on ferait ainsi mieux de parler de bonne connexion, d’inventer de nouveaux équilibres et d’apprendre à se servir des technologies à bon escient pour réguler leurs usages plutôt que de vouloir compartimenter des espaces de vie qui ne le seront jamais !

Une nouvelle concordance des temps

Les réticences managériales face aux mesures en faveur d’une nouvelle articulation des temps de vie reposent sur une hypothèse tayloriste obsolète selon laquelle la création de valeur est proportionnelle au temps de présence. Contrairement à ce qui est établi, les horaires stricts ne favorisent pas la productivité au travail. Tout le monde n’est pas forcément au mieux de sa forme entre 9h et 18h. L’homme numérique est au centre de son monde, il doit se sentir libre et léger. Certaines personnes sont plus efficaces le matin, d’autres le soir et pourtant on continue de demander à tout le monde d’arriver à la même heure. Ce qui compte le plus, c’est la qualité des relations et la capacité à solliciter ces dernières au moment où leur attention est disponible.
En définitive, il faut retrouver des moments pour le travail de fond, d’autres pour se synchroniser ou encore pour se détendre. Contrairement aux organisations du XXe siècle, ces moments n’ont plus systématiquement besoin d’être identiques pour tout le monde au même temps et sur les mêmes lieux. En revanche, nous ne pouvons pas physiquement faire perdurer ces moments… tous en même temps !The Conversation

Yann-Mael Larher, Professeur associé, spécialiste des relations numériques de travail, Sciences Po – USPC
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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