Malgré la domination américaine et britannique, l’Hexagone s’impose dans le top 5 grâce à ses investissements, son cadre législatif et son potentiel académique.
Alors que les institutions financières et les cabinets comptables considèrent de plus en plus l’intelligence artificielle comme un levier majeur de transformation, le cabinet Archimedia Accounts publie une analyse comparative des pays les mieux préparés à intégrer l’IA dans le secteur financier. Si les États-Unis et le Royaume-Uni dominent le classement, la France parvient à se hisser au cinquième rang mondial, confirmant une trajectoire ascendante mais mesurée.
L’étude repose sur quatre piliers : la demande sur le marché du travail, l’offre académique en enseignement supérieur, les investissements privés en IA et l’adoption de cadres législatifs dédiés. Ces indicateurs offrent une cartographie de la capacité des grands centres financiers à absorber l’IA, non seulement comme outil technologique, mais aussi comme levier structurel de compétitivité.
Aux États-Unis, la dynamique est sans équivalent. Avec plus de 2 200 offres d’emploi dans la finance exigeant des compétences en IA, 23 universités classées parmi les meilleures mondiales en data science et plus de 109 milliards de dollars investis dans le secteur en 2024, le pays confirme sa stratégie d’hyper-investissement. Washington se distingue aussi par un arsenal législatif dense, avec 27 lois adoptées depuis 2016, illustrant une volonté de cadrer un domaine en expansion rapide.
Le Royaume-Uni adopte une approche plus équilibrée. Avec 1 514 offres d’emploi recensées en 2025 et 11 universités classées parmi les références mondiales, il obtient le ratio le plus élevé de postes spécialisés rapportés à la population. Ses investissements (4,52 milliards de dollars) et ses dix lois adoptées en matière d’IA traduisent une stratégie cohérente, plaçant Londres dans une position de leadership européen.
Face à ces deux mastodontes, la France affiche une trajectoire plus prudente mais solide. Avec 422 offres d’emploi liées à l’IA dans la finance, 2,62 milliards de dollars d’investissements privés et neuf lois adoptées sur la période récente, l’Hexagone parvient à figurer dans le cercle restreint des cinq pays les mieux préparés. Trois universités françaises apparaissent dans le top 100 mondial, un signal encourageant pour la formation des futurs spécialistes. L’indice de développement numérique (0,98) souligne néanmoins un retard relatif par rapport aux champions mondiaux, mais traduit aussi une dynamique de progression.
La comparaison avec ses voisins et concurrents met en lumière les forces et limites de la France. L’Allemagne, malgré un volume d’offres d’emploi supérieur (933), ne bénéficie pas de la même reconnaissance académique et n’a pas encore transformé son effort législatif en avantage compétitif clair. L’Italie, plus proactive sur le plan politique avec dix lois adoptées, affiche une demande similaire (478 postes), mais reste moins avancée technologiquement. Quant au Canada, bien doté en infrastructures numériques et en investissements (2,89 milliards de dollars), son retard réglementaire l’empêche de rejoindre le peloton de tête.
L’Asie dessine un paysage contrasté. La Corée du Sud combine un excellent niveau de préparation numérique et une législation volontariste (13 lois), mais une demande encore faible en talents spécialisés. La Chine, elle, se distingue par un investissement massif (9,29 milliards de dollars) sans équivalent hors États-Unis, mais souffre d’un déficit législatif et d’un marché de l’emploi financier encore limité.
Dans ce concert mondial, la France se situe donc à la croisée des chemins. Ses indicateurs la placent dans une position de force relative, mais loin du modèle américain fondé sur la puissance d’investissement, et derrière la stratégie d’équilibre adoptée par le Royaume-Uni. Pour Archimedia Accounts, l’enjeu n’est pas seulement de rattraper le retard en matière de volume d’offres d’emploi ou de densité académique, mais de consolider un cadre législatif crédible et une dynamique d’investissement qui permette d’attirer durablement talents et capitaux.