Satellites, lanceurs : l’Europe spatiale veut se donner les moyens de ses ambitions

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Photo de groupe devant le lanceur Ariane 6 © CNES/ESA/Arianespace/Optique Vidéo CSG/JM Guillon, 2022

Quelle place doit avoir l’Europe dans l’aventure spatiale ? Entre les nouveaux acteurs privés américains comme Space X d’Elon Musk ou Blue Origin de Jeff Bezos, les ambitions des États-Unis qui vont revenir sur la Lune, celles des Chinois qui vont disposer de leur propre station spatiale, sans oublier les Indiens ou encore les Russes ? Que ce soit dans le domaine des lanceurs spatiaux où l’Europe s’était fait un nom avec les fusées Ariane, ou les constellations de satellites, quel rôle doivent – et peuvent – jouer les Européens ? Les enjeux sont à la fois scientifiques, technologiques, économiques, stratégiques et de souveraineté avec un point clé : quel budget consacrer à l’espace alors que l’Europe fait face à l’inflation ? Car l’argent reste le nerf de la guerre.

Budget en hausse de 17%

Au terme d’âpres négociations, les 22 États membres de l’Agence spatiale européenne (ESA), rassemblés depuis deux jours à Paris, ont décidé hier d’une enveloppe de 16,9 milliards d’euros pour 2023-2025, en hausse de 17 % par rapport aux trois dernières années. Moins que les 18,5 milliards de dollars demandés par le directeur général de l’agence, Josef Aschbacher, et moins que le budget faramineux de la Nasa (26 milliards de dollars). Mais un budget conséquent. « Étant donné le niveau de l’inflation, je suis très impressionné par ce résultat », s’est réjoui le patron de l’ESA, jugeant que le budget voté était « nécessaire pour ne pas rater le train » du New space très concurrentiel. C’est un « grand succès », a salué le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, la France apportant une contribution de 3,25 milliards d’euros, quand l’Allemagne met 3,5 milliards sur la table et l’Italie 3,1 milliards.

L’Europe spatiale reste fragile

Tous les programmes de l’agence vont ainsi voir leurs moyens augmenter : les programmes d’observation de la Terre, qui permettent de mesurer et surveiller le changement climatique, notamment via le programme Copernicus, bénéficient d’une enveloppe de près de 2,7 milliards d’euros (+6 %), l’exploration robotique et humaine de 2,7 milliards d’euros (+36 %), les activités de télécommunications de 1,9 milliard (+19 %).

Le sujet des lanceurs spatiaux, source de tensions ces dernières années entre la France (cheffe de file d’Ariane 6 qui a pris du retard), l’Allemagne (favorable à une concurrence des micro et minilanceurs) et l’Italie (et sa fusée Vega-C), va bénéficier de 2,8 milliards d’euros, soit une hausse de plus d’un tiers par rapport à 2019. Une somme qui n’effacera pas les difficultés actuelles des Européens : plusieurs mois vont s’écouler entre le dernier vol d’Ariane-5, prévu au printemps 2023, et la mise en service commerciale de son successeur, et l’Europe n’a plus accès aux lanceurs russes Soyouz, guerre en Ukraine oblige…

Enfin, l’ESA va participer au futur réseau de satellite de télécommunication IRIS², annoncé le 17 novembre, qui doit permettre en 2024 de garantir l’autonomie stratégique de l’Union européenne dans le domaine des communications sécurisées gouvernementales.