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Des robots de plus en plus proches des humains

Depuis les années 50, les robots se rapprochent de nous. La cohabitation va-elle se changer en « incarnation » ? Louis-Philippe Demers, via ARS Electronica on Flickr, CC BY-NC-ND
Ganesh Gowrishankar, Université de Montpellier

Notre société change. De plus en plus, nous accueillons une nouvelle espèce parmi nous. Les robots.

Développer des interactions entre humains et robots n’est pas seulement un défi robotique mais aussi un défi pour comprendre les humains et la société humaine : comment les humains perçoivent les robots, communiquent avec eux, se comportent autour d’eux et les acceptent (ou non). Cela devient d’autant plus important avec l’arrivée de la quatrième génération de robots, qui s’intègrent directement au corps humain.

Nous travaillons à mieux comprendre ce qu’on appelle « l’incarnation » de ces dispositifs : en effet, à mesure que ces robots en viennent à « ne faire qu’un » avec nous, ils modifient nos comportements et notre cerveau.

La première génération d’interactions humain-robot, pour l’industrie

Ce « voyage dans le temps » des robots, passés du statut de machines dangereuses à celui de partie intégrante de la société humaine, dure depuis plus de quarante ans.

Les robots sont très variés, de par leurs tailles (micrométriques voire nanométriques d’un côté, mais de taille humaine ou plus de l’autre), leurs manières de bouger et leurs fonctionnalités (industrielles, spatiales, de défense par exemple). Ici, je ne me concentre pas sur les robots eux-mêmes, mais sur les interactions entre humains et robots qui, selon moi, se sont développées sur quatre générations.

Schéma des quatre générations d’interactions
Ma vision personnelle de l’évolution de nos interactions avec les robots depuis les années 50. Ganesh Gowrishankar, Fourni par l'auteur

Les interactions entre humains et robots à grande échelle ont commencé avec l’arrivée des robots industriels, dont le premier a été introduit par General Motors en 1961. Ceux-ci se sont lentement répandus et au début des années 1980, les robots industriels étaient présents aux États-Unis, en Europe et au Japon.

Ces robots industriels ont permis d'observer la première génération d’interactions humain-robot : ils opèrent généralement dans des zones délimitées, pour s’assurer que les humains ne s’approchent pas d’eux, même par erreur.

Les robots industriels, qui ont d’abord été popularisés par les tâches d’assemblage automobile, sont maintenant utilisés pour diverses tâches, telles que le soudage, la peinture, l’assemblage, le démontage, le pick and place pour les cartes de circuits imprimés, l’emballage et l’étiquetage.

chaine d’assemblage de voitures
Robots dans une usine d’assemblage de voitures. A noter que des garde-corps sur le côté délimitent clairement l’espace de travail du robot de celui des humains. Spencer Cooper/Flickr, CC BY-ND

Travailler côte à côte

La recherche en robotique de cette période s’est concentrée sur le rapprochement des robots avec les humains, ce qui a donné lieu à une deuxième génération d’interactions humain-robot, matérialisée pour le grand public au début des années 2000, lorsque des machines, comme le Roomba et l’Aibo, ont commencé à entrer dans nos maisons.

Ces robots de deuxième génération travaillent à proximité des humains dans nos maisons et nos bureaux pour des « applications de service », telles que le nettoyage des sols, la tonte des pelouses et le nettoyage des piscines – un marché d’environ 13 milliards de dollars US en 2019. En 2009, il y avait environ 1,3 million de robots de service dans le monde ; un nombre qui avait augmenté en 2020 à environ 32 millions.

Toutefois, bien que ces robots opèrent dans un environnement plus humain que les robots industriels, ils interagissent toujours de manière assez minimale et basique. La plupart de leurs tâches quotidiennes sont des tâches indépendantes, qui nécessitent peu d’interaction. En fait, ils essaient même souvent d’éviter les interactions avec les humains – ce qui n’est pas toujours aisé.

Interagir avec les humains

La relation entre humains et robots évolue désormais progressivement vers la troisième génération d’interactions. Les robots de la troisième génération ont la capacité d’interagir cognitivement ou socialement comme les robots dits « sociaux », mais aussi physiquement comme les exosquelettes.

un robot de rééducation
Lokomat est un robot qui peut s’attacher physiquement aux humains et peut fournir une assistance physique pendant la rééducation. Fondazione Santa Lucia, CC BY-NC-SA

Des robots capables d’assistance physique, qui pourraient être utilisés pour la rééducation et les soins aux personnes âgées, l’assistance sociale et la sécurité, ont par ailleurs été clairement identifiés comme prioritaires par les gouvernements en Europe, aux Etats-Unis ainsi qu'au Japon dès le milieu des années 2010.

Une façon notamment de répondre au problème du vieillissement des populations dans ces pays développés.

Contester la définition du corps humain

Nous voyons désormais lentement l’émergence d’une quatrième génération d’interactions humain-robot, dans laquelle les robots ne sont pas seulement physiquement proches des humains, mais bien connectés au corps humain lui-même. Les robots deviennent des extensions du corps humain.

C’est le cas des dispositifs d’augmentation fonctionnelle -tels que des membres robotiques surnuméraires- ou encore des dispositifs de remplacement fonctionnels tels que les avatars de robots (qui permettent à l'homme d'utiliser un corps de robot pour lui faire réaliser des tâches précises). D'autres dispositifs peuvent également fournir une perception sensorielle supplémentaire aux humains.

photo de main avec le 6ᵉ doigt accroché
Un sixième doigt robotique. Yoichi Miyawaki/Sixth finger Project, Fourni par l'auteur

Les interactions de quatrième génération sont fondamentalement différentes des autres générations en raison d’un facteur crucial : avant cette génération, l’humain et le robot sont clairement définis dans toutes leurs interactions par les limites physiques de leurs corps respectifs, mais cette frontière devient floue dans les interactions de quatrième génération, où les robots modifient et étendent le corps humain en termes de capacités motrices et sensorielles.

En particulier, les interactions de la quatrième génération devraient interférer avec ces « représentations corporelles ». On sait qu’il existe des représentations spécifiques de notre corps dans notre cerveau qui définissent la façon dont notre cerveau reconnaît notre corps. Ces représentations déterminent notre cognition et nos comportements.

Par exemple, imaginez que vous faites vos courses dans une allée d’épicerie bondée. Pendant que vous atteignez des articles avec votre main droite, vous êtes capable, très implicitement et sans même vous en rendre compte d’éviter la collision de votre bras gauche avec les autres acheteurs.

Ceci est possible car votre cerveau a une représentation de la taille, de la forme de vos membres et est conscient et surveille chacun de vos membres. Si vous tenez un panier dans votre bras (ce qui change la taille et la forme du « bras »), vous aurez plus de difficultés à éviter instinctivement les collisions, et devrez faire un effort conscient pour que le panier ne heurte rien dans votre entourage proche.

De la même manière, notre cerveau peut-il s’adapter à un membre surnuméraire, ou autre addition robotique de quatrième génération, et mettre à jour ses représentations corporelles ? C’est ce que l’on appelle l’« incarnation » en neurosciences.

Si l’incarnation de ces dispositifs peut se produire, à quelle vitesse cela se produit-il ? Quelles sont les limites de cette incarnation ? Comment cela affecte-t-il notre comportement et le cerveau lui-même ?

Les interactions humain-robot de quatrième génération ne remettent pas seulement en question l’acceptation de la machine par le cerveau de l’utilisateur, mais aussi l’acceptation de l’utilisateur dans la société : on ne sait toujours pas si notre société acceptera, par exemple des individus avec des bras robotiques supplémentaires. Cela dépendra certainement d’aspects culturels que nous essayons également d'analyser.

En réalité, les robots de troisième et quatrième génération sont si proches des humains que nous devons mieux comprendre les comportements humains et notre cerveau pour les développer.

Dans nos travaux, nous combinons donc la recherche en robotique avec les neurosciences cognitives, motrices et sociales, pour développer ce que nous croyons être la science des interactions humain-machine.

C'est seulement grâce à une compréhension holistique des individus humains, des machines qui interagissent avec eux et de la société dans laquelle ils vivent, que nous pourrons développer les futures générations de robots. Et, dans un sens, la société du futur.The Conversation

Ganesh Gowrishankar, Chercheur au Laboratoire d'Informatique, de Robotique et de Microelectronique de Montpellier, Université de Montpellier

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Salon de l'Agriculture : le numérique, un allié précieux pour les agriculteurs

casqueVR

Si certains ont encore de l’agriculture l’image d’un secteur qui serait bloqué dans le passé et rétif à la modernité, le salon de l’agriculture va vite les démentir. Car au fil des ans, on voit que les agriculteurs sont de plus en plus utilisateurs de technologies numériques, devenues des alliées précieuses pour faciliter et améliorer leur travail.

« Le numérique dans l’agriculture s’est déployé depuis longtemps dans les exploitations agricoles avec l’adoption de nouvelles technologies, de matériels embarqués et d’outils de traçabilité au service de l’agriculture de précision et prévision », explique le SIA, qui dispose d’un stand AGRI’TECH de plus en plus fourni. De fait, selon une étude de la « French AgriTech », trois quarts des 813 000 agriculteurs et salariés agricoles possèdent au moins un outil robotisé.

215 start-up et entreprises référencées sont dans le domaine de l’AgriTech et de la FoodTech

Une majorité utilise internet dans le cadre de leur profession (81 %) et mobilise des applications sur smartphone et les réseaux sociaux pour échanger sur leurs activités (85 %). Et la moitié utilise des systèmes GPS pour améliorer la précision de ses travaux. Et pour répondre aux besoins des agriculteurs, tout un écosystème s’est développé : 215 start-up et entreprises référencées sont dans le domaine de l’AgriTech et de la FoodTech.

chiffres

La France est le premier pays de l’Union européenne en termes de levées de fonds pour l’AgriTech et la FoodTech et le 5e mondial (562 millions d’€ de fonds levés en 2020). Les solutions digitales permettant d’accompagner les agriculteurs dans leurs transitions environnementales, dont celle de la gestion des sols et de la biodiversité, seront particulièrement mises en valeur.

Les sites de streaming vidéo gratuits : temple des cybermenaces

streaming

Par Mathieu Mondino, Presales Manager chez OpenText Cybersecurity

L’hiver est une saison particulièrement propice aux soirées canapé à « binge watcher » toutes les séries d’hier et d’aujourd’hui ; les sites de streaming comme Netflix et Disney Plus devraient connaître une affluence record. Cependant, l’augmentation des frais d’abonnement de ces plateformes incitent les consommateurs frustrés à se tourner vers les sites de streaming illégaux qui constituent un portail d’entrée idéal pour les cybercriminels.

Contrairement aux plateformes de streaming officielles qui génèrent des revenus grâce à la publicité ou aux abonnements des utilisateurs, les sites de streaming illégaux doivent trouver d'autres moyens de gagner de l'argent, même si cela implique « de donner » aux cybercriminels l'accès aux informations des individus. Sans surprise, ces sites ouvrent une porte aux criminels pour accéder aux comptes bancaires, commettre des fraudes et installer des logiciels malveillants. Bien que les antivirus soient efficaces, il arrive que les logiciels malveillants l'emportent. La saison de Ligue 1 disponible seulement une plateforme payante ainsi que la foule de nouvelles émissions et nouveaux films devraient être un terreau fertile aux attaques à venir.

Les menaces sont avérées

Une récente étude révèle à quel point les consommateurs sont exposés à la fraude, à des escroqueries dangereuses et à des contenus explicites sur des sites illégaux de retransmission d'événements sportifs. L'analyse de 50 sites populaires de "libre accès" pendant plusieurs événements sportifs majeurs a révélé que chaque site proposait du contenu malveillant, tandis que plus de 40 % des sites ne disposaient pas du certificat de sécurité nécessaire.

Les menaces les plus courantes sur les sites de streaming illégaux : 

  • Les chevaux de Troie bancaires est un type de logiciel malveillant dissimulé sous un logiciel d'apparence légitime et conçu pour pirater les comptes bancaires des utilisateurs. Ce type de logiciel malveillant agit extrêmement rapidement et trompe la vigilance des antivirus présents sur la machine.
  • Les pages Web de phishing sont les menaces les plus courantes. Déguisés en sites web légitimes, ces pages sont conçues pour inciter les utilisateurs à fournir leurs informations d’identification.  Ces escroqueries offrent la possibilité de consulter des contenus premium à condition de se connecter à sa messagerie ou à un autre compte important qui serait utilisé ultérieurement pour une usurpation d'identité.
  • Les arnaques aux crypto-monnaies sont dissimulées à travers un logiciel malveillant de plus en plus populaire qui cible les applications de crypto-monnaies sur les téléphones. Les arnaques aux crypto-monnaies se présentent généralement sous la forme de fenêtres pop-up ou de redirections qui montrent aux utilisateurs de fausses histoires de personnalités célèbres pour les attirer in fine dans des stratagèmes financiers sophistiqués. Ces escroqueries peuvent sembler très réelles et imitent même parfois des sites de publication de médias populaires pour amener les victimes à partager leurs coordonnées bancaires.

Comment rester en sécurité

Les cybercriminels ne manquent pas d'astuces, mais il existe des signaux d’alarme permettant aux utilisateurs de rester vigilants.  

Par exemple, la plupart des sites illégaux fonctionnent en HTTP et non en HTTPS. Si la différence d'une seule lettre peut sembler minime, le "S" est crucial car il indique que la page est cryptée. Un site HTTPS n'est pas une garantie qu'un site web est entièrement sûr. Toutefois, son absence devrait toujours servir de drapeau rouge pour ne pas l'utiliser.

Les sites de streaming illégaux sont également inondés de pop-ups et de redirections pour attirer l’attention des internautes et les convaincre de cliquer. Des liens présentant des offres promotionnelles très alléchantes peuvent ainsi rendre les utilisateurs très vulnérables.

Il est important d’éviter les liens suggérant d’installer une extension pour pouvoir consulter le contenu. Ce signal d'alarme majeur conduit généralement à des redirections de logiciels malveillants ou de phishing.

Ces conseils peuvent permettre aux utilisateurs d’éviter de tomber dans le piège des acteurs malveillants. Néanmoins, il est bien sûr recommandé d’éviter les sites de streaming gratuits et de faire appel à un antivirus fiable contre les logiciels malveillants.

Que trouve-t-on sur le dark web en 2023 ?

darkweb


Par Emma McGowan, Senior, Content Marketing Manager chez Gen (propriétaire d’Avast)

Lorsqu’il s'agit de l'Internet, la plupart d'entre nous ne font qu'effleurer sa surface. Ce que nous connaissons et utilisons au quotidien est le ‘‘web de surface’’, c’est-à-dire qui englobe tous les sites facilement accessibles via un moteur de recherche comme Google ou Bing. Cependant, au-delà du web de surface se trouve un domaine beaucoup plus vaste et mystérieux, nommé le « deep web ». Et en son sein siège un coin encore plus secret et controversé de l'internet, appelé le « dark web ».

Alors, qu'est-ce que le dark web exactement ? Pour le comprendre, il est d’abord utile de connaître la différence entre le web de surface et le web profond. Le Web de surface est la partie de l'Internet facilement accessible au public, celle que nous connaissons tous et utilisons quotidiennement. Le web profond est quant à lui la partie de l'internet qui n'est pas indexée par les moteurs de recherche. S’il n'est pas nécessairement vil, il est difficilement accessible au public.

Le dark web est complètement différent. Il s'agit d'une petite partie du web profond délibérément cachée et à laquelle on ne peut accéder qu'au moyen d'un logiciel spécial, comme le navigateur Tor. Souvent associé à des activités illégales, le dark web fait figure de « Far West numérique ».

Qu'est-ce que le dark web ?

Ensemble de sites et de services qui existent sur un réseau crypté, le dark web est accessible uniquement par un logiciel spécial comme le navigateur Tor. Ces sites et services sont souvent anonymes et fonctionnent en dehors de tout cadre juridique.

Le dark web est souvent associé à des activités illégales telles que le trafic de drogue, la vente d'armes à feu et les services de piratage informatique. Cependant, toutes les activités sur le dark web ne sont pas illégales. Par exemple, des journalistes et des activistes l’ont utilisé pour communiquer et partager des informations sans craindre la surveillance du gouvernement. En outre, certaines personnes utilisent le dark web pour acheter anonymement des biens et des services légaux.

Il est également important de comprendre que le dark web n'est pas synonyme de « deep web ». Comme mentionné plus haut, le « deep web » comprend toute la partie de l'internet non indexée par les moteurs de recherche et qui n'est pas nécessairement malveillante. Par exemple, les comptes bancaires en ligne, les messageries et tous les sites protégés par un mot de passe font partie de l'internet profond. Le dark web est une petite partie du deep web qui est délibérément cachée et souvent associée à des activités illégales.

Le dark web est également différent du « darknet », un réseau de connexions privées sur l'internet. Ces connexions sont souvent utilisées par des organisations et des particuliers pour communiquer et partager des informations de manière sécurisée et privée.

En outre, le dark web n'est pas un lieu physique ou une entité unique. Il s'agit d'un ensemble de sites web et de services qui existent sur un réseau crypté, accessible uniquement par un logiciel spécial comme le navigateur Tor.

En d'autres termes, le dark web n'est pas l'ensemble du dreep web : ce n'est pas un lieu physique, ni une entité unique, et toutes les activités qui s’y passent ne sont pas illégales. Il s'agit d'une petite partie cachée de l'internet qui est associée à des activités illégales, mais qui sert également d'outil aux journalistes, aux militants et à d'autres personnes en quête d'anonymat et de confidentialité.

Comment se rendre (en toute sécurité) sur le dark web ?

Avant même de penser à vous connecter au dark web, il est essentiel d’utiliser un VPN fiable et sûr. Vous pourrez ainsi dissimuler votre adresse IP et crypter votre connexion Internet de manière sécurisée. Bien qu'ils assurent tous deux le cryptage, VPN et Tor ne signifient pas la même chose.

Une fois que vous vous êtes connecté à un VPN, la première étape pour accéder au dark web consiste à télécharger et installer un logiciel spécial comme Tor. Ce navigateur achemine votre connexion Internet à travers un réseau de serveurs, ce qui rend difficile de remonter à la source. Une fois le navigateur Tor installé, vous pouvez accéder aux sites web du dark web en tapant leur adresse .onion spécifique.

Les adresses du Dark Web, également connues sous le nom d'URL en onion, sont différentes de celles des sites Web ordinaires (URL) car elles se terminent par « .onion » au lieu de « .com » ou « .org ». Ces adresses ne sont pas indexées par les moteurs de recherche ordinaires et ne peuvent donc pas être trouvées par une recherche Internet classique.

Il existe plusieurs façons de trouver des adresses de sites Web sombres :

  • Les annuaires : il en existe quelques-uns qui répertorient les sites web obscurs, comme The Hidden Wiki ou le site DarkWebLinks. Ces annuaires peuvent être trouvés par le biais d'un moteur de recherche, mais sachez que tous leurs liens ne sont pas sûrs ;
  • Les médias sociaux : certains utilisateurs du dark web partagent des URL d'oignons sur des plateformes de médias sociaux comme Twitter ou Reddit. Cependant, ces liens ne sont pas forcément vérifiés et peuvent mener à des sites illégaux ou dangereux ;
  • Les références : certains utilisateurs peuvent se partager directement les adresses du dark web, par le biais de recommandations personnelles. Cette option s’avère plus sûre que de trouver des liens dans un répertoire non vérifié ou sur un média social, tant que vous faites confiance à la personne qui partage le lien.

Si tous les sites du « dark web » ne sont pas illégaux, mais beaucoup le sont et il est très facile de tomber dedans accidentellement ! Il est alors essentiel de rester vigilant lorsque vous accédez au dark web et de ne visiter que des sites recommandés par une source fiable.

En outre, il est important d'installer un bon antivirus et un anti-malware sur votre ordinateur avant d'accéder au dark web, car de nombreux sites du dark web peuvent contenir des logiciels dangereux.

Le dark web est-il sûr et légal ?

Pour faire simple, le dark web n'est pas un endroit sûr. C'est un terrain propice aux activités illégales et un refuge pour les cybercriminels. L'anonymat du dark web permet aux personnes malveillantes d'agir sans crainte d'être prises. En outre, il est difficile de savoir à qui l'on a affaire sur le dark web, ce qui rend vulnérable et facilement victime d’escroqueries.

Pour résumer, le dark web n'est accessible qu’avec un logiciel spécial et est souvent associé à des activités illégales. Si toutes les activités sur le dark web ne sont pas illégales et qu’il n'est pas interdit d'y accéder, l’endroit est fortement déconseillé et avec prudence. En outre, les organismes chargés de l'application de la loi surveillent activement le dark web afin d'identifier et de poursuivre les personnes qui se livrent à des activités criminelles.

Il convient également de noter que le dark web n'est pas le seul endroit où des activités illégales ont lieu sur l'internet. De nombreux cybercriminels opèrent aussi bien sur le Web de surface que sur le Web profond. Toutefois, le dark web offre un plus haut degré d'anonymat et constitue donc une option plus attrayante pour ceux qui cherchent à se livrer à des activités illégales, en toute discrétion.

Le dark web est une petite partie cachée de l'internet, intimement liée à des activités illégales, qu'il convient d'aborder avec prudence. Protégez-vous en restant informé, en utilisant des produits et services de cybersécurité et en évitant d'accéder au dark web, sauf si vous avez une raison spécifique et légitime de le faire.

Quel est le siège le plus sûr dans un avion ?

 

Il est temps de choisir votre siège. Shutterstock
Par Doug Drury, CQUniversity Australia

Lorsque vous réservez un vol, vous demandez-vous quel siège vous protégera le plus en cas d’urgence ? Probablement pas.

La plupart des gens réservent des sièges pour le confort, comme l’espace pour les jambes, la commodité ou l’accès facile aux toilettes. Les grands voyageurs (dont je fais partie) réservent parfois leur siège le plus près possible de l’avant de l’avion pour pouvoir débarquer plus rapidement.

Nous réservons rarement un vol en espérant obtenir l’un des sièges du milieu de la dernière rangée. Et bien, devinez quoi ? Ces sièges sont statistiquement les plus sûrs dans un avion.

Les voyages en avion sont sûrs

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à rappeler que le transport aérien est le mode de transport le plus sûr. En 2022, il y a eu un peu moins de 70 millions de vols dans le monde, avec seulement 174 décès.

Selon l’analyse des données de recensement effectuée par le Conseil national de la sécurité américain, les chances de mourir dans un avion sont d’environ 1 sur 205 552, contre 1 sur 102 dans une voiture. Malgré cela, nous accordons peu d’attention aux accidents mortels de la route, mais lorsque nous entendons parler d’un avion qui s’écrase, il fait la une de tous les journaux.

Notre intérêt pour les accidents d’avion peut résider dans notre volonté de comprendre pourquoi ils se produisent, ou quelles sont les chances qu’ils se reproduisent. Et ce n’est peut-être pas une mauvaise chose : notre intérêt permet de s’assurer que ces incidents tragiques font l’objet d’une enquête approfondie, ce qui contribue à la sécurité du transport aérien.

Il n’y a pas vraiment lieu de s’inquiéter de la sécurité lorsque vous embarquez sur un vol commercial. Mais si vous avez toujours cette question lancinante en tête, poussée par la pure curiosité, lisez ce qui suit.

Au milieu, à l’arrière

Il est bon de rappeler que les accidents, par leur nature même, ne sont pas conformes aux normes. Lors du crash du vol United 232 à Sioux City (Iowa) en 1989, 184 des 269 personnes à bord ont survécu à l’accident. La plupart des survivants étaient assis derrière la première classe, vers l’avant de l’avion.

Néanmoins, une enquête du magazine américain Time qui a examiné 35 ans de données sur les accidents d’avion a révélé que les sièges arrière centraux d’un avion présentaient le taux de mortalité le plus faible : 28 %, contre 44 % pour les sièges de l’allée centrale.

C’est également logique. S’asseoir à côté d’une rangée où se situe la sortie vous offrira toujours la sortie la plus rapide en cas d’urgence, à condition qu’il n’y ait pas de feu de ce côté. Mais les ailes d’un avion stockent du carburant, ce qui disqualifie les rangées de sortie centrales en tant qu’option de rangée la plus sûre.

En même temps, le fait d’être plus près de l’avant signifie que vous serez touché avant ceux de l’arrière, ce qui nous laisse la dernière rangée qui compte une sortie. Pour ce qui est de la raison pour laquelle les sièges du milieu sont plus sûrs que ceux de la fenêtre ou de l’allée, c’est, comme on peut s’y attendre, à cause du tampon que constitue la présence de personnes de chaque côté.

Une vue de face de l’aile d’un avion commercial
Les ailes des avions commerciaux stockent du carburant, ce qui peut rendre cette zone légèrement plus dangereuse dans le cas très improbable d’une urgence. Shutterstock

Certains accidents sont pires que d’autres

Le type d’accident déterminera également la capacité de survie. Se heurter à une montagne diminuera les chances de survie de manière exponentielle, comme ce fut le cas lors d’une tragique catastrophe survenue en 1979 en Nouvelle-Zélande. Le vol TE901 d’Air New Zealand s’est écrasé sur les pentes du mont Erebus en Antarctique, tuant 257 passagers et membres d’équipage.

L’atterrissage dans l’océan le nez en avant diminue également les chances de survie, comme l’a montré le vol 447 d’Air France en 2009, dans lequel 228 passagers et membres d’équipage ont péri.

Les pilotes sont formés pour minimiser au mieux les risques potentiels en cas d’urgence. Ils essaieront d’éviter de heurter des montagnes et chercheront un endroit plat, comme un champ ouvert, pour atterrir aussi normalement que possible. La technique d’atterrissage dans l’eau consiste à évaluer les conditions de surface et à essayer d’atterrir entre les vagues à un angle d’atterrissage normal.

Les avions sont conçus pour être très robustes dans les situations d’urgence. En fait, la principale raison pour laquelle le personnel de cabine nous rappelle de garder nos ceintures attachées n’est pas le risque d’écrasement, mais les « turbulences en air clair » que l’on peut rencontrer à tout moment à haute altitude. C’est ce phénomène météorologique qui peut causer le plus de dommages aux passagers et aux avions.

Les constructeurs conçoivent de nouveaux avions avec davantage de matériaux composites capables de résister aux contraintes en vol. Dans ces modèles, les ailes ne sont pas rigides et peuvent fléchir pour absorber une charge extrême afin d’éviter une défaillance structurelle.

Le type d’avion fait-il une différence ?

Il est vrai que certaines variables, comme l’impact de la vitesse, peuvent varier légèrement d’un type d’avion à l’autre. Cependant, la physique du vol est plus ou moins la même pour tous les avions.

En général, les avions plus grands ont plus de matériaux structurels et donc plus de résistance pour supporter la pressurisation en altitude. Cela signifie qu’ils peuvent offrir une protection supplémentaire en cas d’urgence, mais cela dépend, là encore, de la gravité de l’urgence.

Cela ne veut pas dire que vous devez réserver votre prochain vol sur le plus gros avion que vous pouvez trouver. Comme je l’ai mentionné, les voyages en avion restent très sûrs.The Conversation

Doug Drury, Professor/Head of Aviation, CQUniversity Australia

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

ChatGPT et cybersécurité : quels risques pour les entreprises ?

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Analyse de Proofpoint

Les plateformes de génération de texte tel que ChatGPT permettent de créer du contenu de qualité, instantanément, gratuitement, et sur n’importe quel sujet. Comme le confirme le lancement de Bard par Google, nous sommes désormais entrés dans une course à l’IA, ou chaque géant du web cherche à posséder la meilleure solution possible.

Si l’avancée technologique est majeure, le risque notamment pour la cybersécurité des entreprises est indéniable. Comment lutter contre des campagnes de phishing de plus en plus ciblées et sophistiquées, maintenant alimentées par des technologies capables de parfaire encore plus la forme et la teneur d’un email malveillant ?

En quelques mots, ChatGPT offre une ingénierie sociale très performante, mais une automatisation encore limitée. Concernant la détection de la menace par rançongiciels, comme l’explique Loïc Guézo, Directeur de la stratégie Cybersécurité chez Proofpoint, « Bien que les chatbots puissent générer du texte pour le corps d’un email de phishing, ce n’est qu’une partie de la menace. Les en-têtes, les expéditeurs, les pièces jointes et les URL font partie des nombreux autres indicateurs de menace pris en considération. ChatGPT ne change pas la donne pour les attaques de spear-phishing plus ciblées puisque celles-ci sont de par leur nature très personnalisés, avec une ingénierie sociale très poussée. » Pour réussir, « les acteurs de la menace doivent constamment faire pivoter des aspects plus subalternes, ce que ChatGPT ne peut pas faire, comme enregistrer des domaines et déplacer des éléments, autrement leurs tentatives d’attaques seront constamment détectées et neutralisées par des équipes de chercheurs comme la Threat Team de Proofpoint. »

Au-delà de la création de contenu, Loïc Guézo précise que « les éditeurs de logiciels malveillants doivent également, non seulement diffuser leurs logiciels malveillants, mais aussi en vendre l’accès. ChatGPT n’aide pas à automatiser les composants les plus importants de ces opérations. Cela ne veut pas dire pour autant que ces capacités n’évolueront pas; de toute évidence, cette technologie progresse très rapidement sur l’ensemble de données sur lequel l’outil a été formé, mais il n’en est pas là aujourd’hui. »

Intégralité de l'analyse ici.

Réseaux sociaux : comment lutter contre la désinformation ?

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Selon The Guardian, une équipe de contractants qui prétendent avoir manipulé plus de 30 élections dans le monde en utilisant le piratage, le sabotage et la désinformation automatisée sur les médias sociaux a été exposée dans une nouvelle enquête. L'unité est dirigée par Tal Hanan, un ancien agent des forces spéciales israéliennes âgé de 50 ans qui travaille aujourd'hui à titre privé sous le pseudonyme de "Jorge", et semble avoir travaillé en secret à des élections dans divers pays depuis plus de vingt ans. Hanan a déclaré aux journalistes sous couverture que ses services, que d'autres décrivent comme des "opérations secrètes", étaient à la disposition des agences de renseignement, des campagnes politiques et des entreprises privées qui souhaitaient manipuler secrètement l'opinion publique. Il a déclaré qu'ils avaient été utilisés en Afrique, en Amérique centrale et du Sud, aux États-Unis et en Europe.

Les médias sociaux sont des cibles de choix

« Quand l'échéance d'une élection majeure approche, de nombreux moyens se déploient dans l'ombre pour contrecarrer la propagation de désinformation, dont l'impact peut être dévastateur pour l'avenir d'un pays, d'une région ou même du monde. Les médias sociaux sont des cibles de choix pour les acteurs qui cherchent à s'immiscer dans l'avenir politique d'une nation », explique Benoit Grunemwald - Expert en Cybersécurité chez ESET France 

« Les moyens déployés pour créer des campagnes de manipulation d'opinion sont maintenant passé à l'échelle industrielle, comme nous le rappelle l'affaire Cambridge Analytica. Alerter le plus grand est une tâche ardue, tout autant que de supprimer les nombreux bots ou les groupes sévissant sur les plateformes. Prenons cette opportunité pour se souvenir que nous ne devons pas croire tout ce que nous lisons ou entendons sur les réseaux sociaux et qu'il reste de notre responsabilité de faire preuve de vigilance : se questionner sur les informations et les sources avant d' «aimer » ou de partager des contenus. »


 

L'association Instant Science fête son premier anniversaire et se renforce

instantscience

À l’heure où seul un jeune sur trois pense que la science « apporte à l’homme plus de bien que de mal », contre plus d’un sur deux en 1972 et qu’un sur six pense que la terre est plate, selon une récente enquête Ifop (La Dépêche du 22 janvier), il est primordial de lutter contre la montée de la défiance envers les sciences. En complément de l’Éducation nationale, de nombreuses associations œuvrent dans ce sens.

En Occitanie, c’est le cas d’Instant Science qui vient de fêter son premier anniversaire. Si cette association est jeune elle bénéficie d’une expertise reconnue puisqu’elle est issue de la fusion de deux acteurs majeurs de la médiation et de la vulgarisation scientifique : Science Animation et À Ciel Ouvert. « Aujourd’hui l’une des plus grandes associations culturelles d’Occitanie, Instant Science rayonne sur l’ensemble du territoire en étant implantée sur quatre sites stratégiques : Toulouse, Montpellier, Fleurance, Tarbes », rappelle l’association qui est la cheville ouvrière de grands rendez-vous qui rythment l’année comme la Fête de la science et le Festival d’Astronomie de Fleurance.

« Instants Cult’», un projet unique en France

Mais c’est bien tout au long de l’année que l’association, au plus près des habitants, propose au grand public et notamment aux jeunes, des séjours scientifiques, des rencontres avec des chercheurs, des ateliers de découverte des métiers scientifiques et techniques, etc.

Pour son premier anniversaire, Instant Science a inauguré un nouveau site internet destiné au grand public comme aux médiateurs, aux enseignants ou aux scientifiques.

Véritable plateforme, il propose un agenda de tous les événements, des vidéos, une infolettre, etc.

On peut aussi y découvrir « Instants Cult’», un projet unique en France, destiné aux 15-25 ans, qui permet de décrypter les œuvres de la culture populaire, très appréciées des jeunes, en apportant un éclairage scientifique et en démêlant le vrai du faux.

(Article publié dans La Dépêche du Midi du 17 février 2023)

Parcoursup : les algorithmes posent toujours question

etudiante


Depuis le 18 janvier et jusqu’au 9 mars, les élèves de Terminale doivent s’inscrire sur Parcoursup, la plateforme nationale de préinscription en première année de l’enseignement supérieur. Les élèves doivent formuler jusqu’à 10 vœux (avec des possibilités de sous-voeux selon les formations) parmi 21 000 formations et exprimer pour chacun leur motivation. Ils peuvent également formuler 10 vœux supplémentaires pour des formations en apprentissage. Parcoursup bénéficie cette année d’un toilettage avec un moteur de recherche simplifié, l’affichage des critères de sélection pour chaque formation ou des statistiques sur la phase d’admission.

Inauguré en janvier 2018, Parcoursup a remplacé Admission Post-Bac (APB), qui, face aux trop nombreuses demandes d’entrée dans certaines formations de l’enseignement supérieur par rapport aux places disponibles, procédait à un tirage au sort dans les filières en tension. Parcoursup a mis fin à ce tirage au sort qui se révélait souvent injuste pour les lycéens.

parcoursup


Le fonctionnement de Parcoursup, qui repose sur un algorithme, reste toujours sous les critiques. Si l’algorithme principal a été rendu public par le ministère de l’enseignement supérieur, les algorithmes de classement fixés par chaque université dans leur Comité d’examen des vœux (CEV) restent secrets. Le Comité éthique et scientifique de Parcoursup (CESP) a d’ailleurs présenté le 2 février dernier dans la 5e édition de son rapport annuel, 18 propositions pour tenter d’améliorer la plateforme, notamment une hiérarchisation des vœux plus précoce ou que les candidats puissent connaître les critères précis et les barèmes utilisés par les CEV pour classer leurs dossiers. En revanche, le comité n’est pas favorable à l’anonymisation des lycées d’origine des candidats, comme le recommandait la Cour des comptes, en 2020.

Manque de conseillers d’orientation

Pour les élèves, cette phase de formulation de leurs vœux est particulièrement stressante. D’autant plus que cette année, pour la première fois, les notes des épreuves de spécialités, qui doivent être passées en mars prochain – ce calendrier est critiqué par les enseignants – seront prises en compte par la plateforme. Pour accompagner les jeunes et leurs familles, des initiatives ont vu le jour comme celle de l’organisation « Les lycéens ! » qui a lancé en janvier « PourtonSup », une plateforme « qui a pour ambition d’être le Parcoursup de la réforme de l’orientation en France, où les élèves, parents, professeurs, peuvent émettre des vœux et des remarques sur Parcoursup et le sujet plus large de l’orientation ».

Certaines familles font appel à des conseillers d’orientations privés, ce qui peut coûter cher (650 €). À cet égard, le SNES-FSU est monté au créneau pour réclamer davantage de postes dans les Centres d’infirmation et d’orientation (CIO) ; en juillet dernier, il avait dénombré près de 1 000 postes vacants en CIO.

(Article publié dans La Dépêche du 16 février 2023)

L'économie numérique va-t-elle provoquer une « fuite des cerveaux » à l’envers ?

numerique

Par Clément Marinos, Université de Bretagne Sud

Digitalisation de l’économie, développement des transports low-cost et télétravail sont autant de facteurs ayant œuvré à l’émergence d’un nouveau mode de vie mêlant emploi et voyage touristique. Celles et ceux qui exercent leur activité professionnelle à l’aide des nouvelles technologies de l’information et de la communication tout en effectuant des migrations fréquentes sont nommés « nomades digitaux » et ce depuis plus de 25 ans. On doit l’appellation à Tsugio Makimoto et David Manners, respectivement docteur en informatique et écrivain, auteurs d’un ouvrage du même nom en 1997.


Bien qu’il reste difficile d’estimer aujourd’hui leur nombre précisément, plusieurs millions de personnes dans le monde seraient concernées. Certains choisissent de tout lâcher pour vivre comme un « back packer » (ce que l’on peut traduire littéralement en « porteur de sac à dos » ou en « routard » éventuellement) ; d’autres préfèrent y consacrer seulement quelques semaines dans leur carrière en passant par des agences spécialisées.

Dans les pays occidentaux, la généralisation du télétravail a déjà conduit des centaines d’entreprises à revoir leur politique immobilière en délaissant les grands centres d’affaires métropolitains : on ne compte plus, par exemple, les mètres carrés de bureaux vides à La Défense. La frange de leurs salariés ayant choisi le nomadisme bénéficie d’une liberté d’installation, dans la mesure où ils répondent aux contraintes imposées par leur employeur.

Cette liberté bénéficie à certains territoires à fort potentiel touristique et où le coût de la vie reste moindre, particulièrement favorables à l’idée d’accueillir cette population qualifiée pour une durée plus longue que des vacances. De là à assister à un exode et à un décentrement géographique inédit ?

Des nomades qui se sédentarisent

Comme nous avons pu le constater au cours de nos recherches, la répartition géographique des lieux privilégiés par ces nomades s’avère très inégale. On voit émerger des « capitales » du nomadisme digital. Elles se trouvent le plus souvent dans des pays du Sud où les prix des biens du quotidien restent relativement faibles comparativement aux revenus des nomades. Il y a par exemple Chiang Mai en Thaïlande ou Medellín, deuxième ville de Colombie en nombre d’habitants.

Encore considérée comme dangereuse il y a quelques années, base opérationnelle du cartel dirigé par Pablo Escobar des années 1970 à sa mort en 1993, la cité colombienne au climat exceptionnel jouit aujourd’hui d’une excellente réputation auprès des nomades numériques. L’arrivée massive de ces individus exerçant leur activité à distance y a modifié la vie de certains quartiers spécialisés dans le tourisme et a conduit à des mutations dans la structure de leur économie.

A Bali où les espaces de coworking et coliving sont légion, on trouve même, comme preuve de l’institutionnalisation du phénomène, une école accueillant les enfants de nomades digitaux. Avec une partie des nomades numériques qui se sédentarise et, progressivement, cherche à s’ancrer localement, il semble que l’on assiste en fait à une sorte de « fuite des cerveaux à l’envers ».

À la manière des néoruraux, ces individus transportent leur capital social, intellectuel et culturel dans leur bagage. Partant d’un scénario où la transformation de séjours courts en déménagements (de migrations temporaires en migrations résidentielles pour utiliser les termes plus techniques) s’amplifie, cela conduira vraisemblablement certains territoires à atteindre une masse critique, avec l’émergence de véritables clusters de compétences.

Ces derniers bénéficieront aux entrepreneurs désireux de mettre à contribution une main-d’œuvre formée et disponible dans leur projet. Dès lors, cela pourrait renforcer une forme de renversement : les travailleurs qualifiés, souvent occidentaux, quitteront leur pays d’origine pour une installation durable dans certains pays du Sud jouissant d’aménités résidentielles et touristiques.

C’est ici la localisation des facteurs de production qui est questionnée. Après avoir attiré des capitaux pour développer leur industrie, certains territoires cherchent volontairement à capter ce flux de travailleurs mobiles.

Vigilance tout de même

À court terme, le phénomène apporte une manne financière supplémentaire avec l’arrivée d’un nouveau type de touristes-résidents séjournant plus longtemps. C’est pourquoi, sur l’archipel portugais de Madère, le gouvernement régional mène un projet pilote de « village de nomades » en visant des retombées positives pour les habitants.

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Cet effet d’aubaine ne peut cependant pas être pris à la légère. L’attractivité nouvelle induit des conséquences négatives telles que la hausse du prix de l’immobilier accompagnée d’une forme d’« airbnbisation », voire de gentrification. Les ambitions ne doivent pas écarter, à plus long terme, la nécessité pour les territoires concernés de faire preuve de vigilance pour éviter le renforcement d’inégalités économiques et sociales déjà conséquentes en de nombreux endroits. Si une cinquantaines de pays développe aujourd’hui des visas spécifiques pour nomades, ils doivent aussi se préoccuper de la façon dont ils gèrent l’arrivée de populations dont les revenus sont nettement supérieurs à ceux des populations locales.

Comment s’assurer de la bonne articulation avec les écosystèmes locaux et éviter le risque d’aboutir à des bulles d’activités économiques, des communautés hors sol, dont la production ne ruisselle pas localement, sans externalités positives ? Certaines initiatives tentent déjà d’y répondre. Au Angkor Hub à Siem Réap, au Cambodge, est poursuivi l’objectif d’un encastrement territorial par la rencontre des entrepreneurs locaux avec les nomades numériques, du mentorat et des formations. Pour les territoires concernés, l’institutionnalisation de cette pratique offre en tout cas sans doute autant d’opportunités que de problèmes à résoudre.The Conversation

Clément Marinos, Maître de conférences en économie régionale, membre du Laboratoire d'Economie et de Gestion de l'Ouest, Université de Bretagne Sud

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Saint-Valentin : première étude sur l’accessibilité numérique des applications de rencontre

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A l'occasion de la Saint-Valentin, Access First – acteur majeur sur le marché de l’accessibilité numérique – s’est intéressé, non pas à ceux qui ont déjà trouvé l’amour, mais plutôt à ceux qui le cherchent encore, en particulier via les principales applications mobiles de rencontre.(Adopte, Bumble, Fruitz, Happn, Meetic, Tinder). Pour ce faire, l’entreprise s’est attachée à quatre critères essentiels à l’accessibilité de ces plateformes : la présence d’une section d’aide/accessibilité, l’utilisabilité au clavier, l’utilisabilité au lecteur d’écran et la gestion des contrastes et des tailles de texte. Access First publie ainsi une étude sectorielle, dont voici les principaux enseignements : 

Présence d’une section d’aide/accessibilité – Aucune des 6 applications de rencontre étudiées ne dispose d’information utilisable sur son accessibilité.

Access First a dans un premier temps analysé la présence d’une section d’aide/accessibilité sur les applications mobiles de rencontre. Cette section accessibilité doit permettre de connaître les dispositions prises pour rendre l’application accessible, les éventuels manquements, indiquer les voies de recours et un canal d’échanges dédié à l’accessibilité. En France, selon la réglementation, elle est obligatoire pour les applications mobiles depuis juin 2021. Une fonctionnalité d’aide, ou un moyen de contact dédié, peut également être utile aux personnes en situation de handicap qui ont besoin de renseignements, ou d’assistance en lien avec un problème d’accessibilité.

Ainsi, parmi les 6 applications de rencontre étudiées, aucune n’a de page d’aide ou d’information sur son accessibilité, ni de moyen de contact dédié et utilisable par une personne en situation de handicap visuel. Cela caractérise généralement une absence totale de prise en compte du sujet de l’accessibilité.

Utilisabilité au clavier – Une seule application de rencontre peut être utilisée au clavier pour les fonctionnalités les plus essentielles.

Access First s’est ensuite intéressé à l’utilisabilité au clavier. En effet, certains handicaps physiques, visuels, et cognitifs, rendent l’utilisation des dispositifs tactiles difficiles, voire impossibles. Le clavier est alors un moyen utilisable pour contourner cette limitation. De plus, les applications fonctionnant au clavier sont généralement également utilisables via des dispositifs alternatifs, tels que les tiges, les contacteurs, les systèmes de contrôle vocal, l’eye-tracking, etc.

Parmi les 6 applications étudiées, une seule (Adopte) peut être utilisée au clavier pour les fonctionnalités essentielles, quoiqu’avec des limitations malgré tout. Les autres applications du panel présentent toutes des obstacles bloquants pour ce mode d’utilisation.

Utilisabilité au lecteur d’écran - Une seule application de rencontre peut être utilisée au lecteur d’écran pour les fonctionnalités les plus essentielles.

Access First s’est également intéressé à l’utilisabilité au lecteur d’écran. Les lecteurs d’écran sont des logiciels qui permettent de consulter une interface au moyen d’une synthèse vocale ou d’un afficheur braille. Ils sont utilisés principalement par les personnes aveugles et très malvoyantes, mais également par certaines personnes avec des troubles cognitifs pénalisant la lecture visuelle. Tous les appareils mobiles, qu’ils soient sous Android ou iOS, présentent cette fonctionnalité en standard.

Parmi les 6 applications étudiées, une seule (Meetic) peut être utilisée avec un lecteur d’écran pour les fonctionnalités essentielles, bien que la qualité d’usage ne soit pas optimale. Les autres applications du panel présentent toutes des obstacles bloquants pour ce mode d’utilisation.

Gestion des contrastes et tailles des textes – Seuls 4 des 6 applications de rencontre étudiées répercutent les réglages utilisateur de taille des textes et seuls 2 proposent des contrastes suffisants.

Access First s’est enfin intéressé à la gestion des contrastes et de la taille des textes. Les appareils mobiles proposent en effet des fonctionnalités avancées de personnalisation de l’affichage des textes, ce qui peut s’avérer indispensable à certaines personnes pour la consultation sur petit écran. Pour être effectif cependant, ce réglage doit être correctement pris en compte par les applications. Les choix de couleurs des textes sont également déterminants pour une bonne lisibilité, en particulier pour les personnes avec une déficience visuelle.

Parmi les 6 applications étudiées, 4 d’entre elles (Fruitz, Happn, Meetic et Tinder) répercutent les réglages utilisateur concernant la taille des textes, quoique de manière imparfaite. Aucune ne les prend en compte complètement. On constate par ailleurs des contrastes insuffisants sur 4 des applications étudiées (Bumble, Fruitz, Happn et Tinder).

En conclusion 

Sur les 6 applications de rencontre étudiées, force est de constater que l’accessibilité ne semble pas être une préoccupation pour leurs éditeurs : pas d’information sur leur accessibilité, et pratiquement pas de prise en compte des usages alternatifs (clavier et assimilés, lecteur d’écran, aménagements visuels). Une seule application (Meetic) obtient deux évaluations « moyennes », quatre (Adopte, Fruitz, Happn et Tinder) n’en obtiennent qu’une, et Bumble n’en obtient aucune. Ainsi, aucune de ces applications n’est satisfaisante sur au moins l’un des quatre critères retenus.

« Sur le plan technique, les systèmes iOS et Android offrent aux développeurs d’applications tout l’arsenal permettant un accès égalitaire pour tous les utilisateurs et utilisatrices de mobiles. L’obstacle n’est donc pas technologique. On peut en revanche s’interroger sur le fait que les éditeurs de ces services aient pris en considération les personnes en situation de handicap qui utilisent – ou voudraient utiliser – leurs services en toute autonomie. Une personne handicapée est pourtant tout autant susceptible qu’une autre d’utiliser des applications de rencontre. Avoir une vie sentimentale et amoureuse et vivre sa sexualité sont des aspirations communes, et l’inaccessibilité ne devrait pas y être un frein. Les personnes handicapées sont, de fait et malheureusement, confrontées à des préjugés négatifs, sans parler des tabous autour de leur sexualité et de leur vie amoureuse. Dans ce contexte, au lieu d’être un obstacle supplémentaire, les applications de rencontre devraient aider toutes et tous, sans distinction, à participer au grand jeu de la séduction, et pourquoi pas, à trouver l’âme sœur…», explique Olivier NOURRY, Cofondateur de Be Player One et Chief Accessibility Officer Access First.

Reconstituer des « organes sur puce », une voie vers de nouveaux médicaments ?

 

Le poumon sur puce peut imiter les capacités physiques et mécaniques d'un poumon humain. Wyss Institute for Biologically Inspired Engineering, Harvard University/Flickr
Par Chengpeng Chen, University of Maryland, Baltimore County

La mise sur le marché d'un nouveau médicament coûte des milliards d'euros et peut prendre plus de dix ans. Ces investissements considérables en argent et en temps contribuent fortement à la montée en flèche des coûts de santé et constituent des obstacles importants à la mise à disposition de nouvelles thérapies pour les patients. L'un des obstacles réside dans les modèles de laboratoire utilisés par les scientifiques pour développer les médicaments.

Les essais précliniques, c'est-à-dire les études qui permettent de tester l'efficacité et la toxicité d'un médicament avant qu'il ne fasse l'objet d'essais cliniques chez l'homme, sont principalement réalisés sur des cultures cellulaires et des animaux. Ces deux méthodes sont limitées par leur faible capacité à reproduire les conditions du corps humain. Les cultures cellulaires dans une boîte de pétri sont incapables de reproduire tous les aspects du fonctionnement des tissus, comme la façon dont les cellules interagissent dans le corps ou la dynamique des organes vivants. Et les animaux ne sont pas des humains — même de petites différences génétiques entre les espèces peuvent être amplifiées et devenir des différences physiologiques majeures.

Moins de 8 % des études animales réussies pour des thérapies contre le cancer aboutissent à des essais cliniques sur l'homme. Comme les modèles animaux ne parviennent souvent pas à prédire les effets des médicaments lors des essais cliniques sur l'homme, ces échecs tardifs peuvent augmenter considérablement les coûts et les risques pour la santé des patients.

Pour résoudre ce problème de transposition, les chercheurs ont mis au point un modèle prometteur qui peut imiter plus fidèlement le corps humain : l'organe sur puce.

En tant que chimiste analytique, j'ai travaillé à la mise au point de modèles d'organes et de tissus qui évitent la trop grande simplicité des cultures cellulaires courantes et les divergences des modèles animaux avec l'humain. Je pense qu'avec un développement plus poussé, les organes sur puce peuvent aider les chercheurs à étudier les maladies et à tester les médicaments dans des conditions plus proches de la réalité.

Que sont les organes sur puce ?

À la fin des années 1990, des chercheurs ont trouvé un moyen de superposer des polymères élastiques pour contrôler et analyser les fluides à l'échelle microscopique. C'est ainsi qu'est né le domaine de la microfluidique, qui, dans le domaine des sciences biomédicales, implique l'utilisation de dispositifs capables d'imiter l'écoulement dynamique des fluides dans le corps, comme le sang.

Les progrès de la microfluidique ont fourni aux scientifiques une plate-forme pour cultiver des cellules dont le fonctionnement est plus proche de celui du corps humain, notamment avec les organes sur puce. La «puce» désigne le dispositif microfluidique qui renferme les cellules. Elles sont généralement fabriquées à l'aide de la même technologie que les puces d'ordinateur.

La technologie des «organes-sur-puce» au service de la recherche biomédicale. Le réseau des Carnot.

Non seulement les organes sur puce imitent la circulation sanguine dans le corps, mais ces plates-formes sont également dotées de microchambres qui permettent d'intégrer plusieurs types de cellules afin d'imiter les divers types de cellules normalement présents dans un organe. Le flux de liquide relie ces types de cellules, ce qui permet d'étudier comment elles interagissent les unes avec les autres.

Cette technologie peut surmonter les limites des cultures cellulaires statiques et des études sur les animaux de plusieurs manières. Tout d'abord, la présence de fluide circulant dans le modèle permet d'imiter à la fois ce qu'une cellule vit dans l'organisme, comme la façon dont elle reçoit les nutriments et élimine les déchets, et la façon dont un médicament se déplace dans le sang et interagit avec plusieurs types de cellules. La possibilité de contrôler l'écoulement des fluides permet également de régler avec précision le dosage optimal d'un médicament particulier.

Le modèle de poumon sur puce, par exemple, est capable d'intégrer les qualités mécaniques et physiques d'un poumon humain vivant. Il est capable d'imiter la dilatation et la contraction, ou l'inspiration et l'expiration, du poumon et de simuler l'interface entre le poumon et l'air. La capacité de reproduire ces qualités permet de mieux étudier la déficience pulmonaire en fonction de différents facteurs.

Comment utiliser davantage cette technologie ?

Bien que les organes sur puce repoussent les limites des recherches amont en pharmaceutique, cette technologie n'a pas encore été largement intégrée dans les filières de développement de médicaments. Je pense que l'un des principaux obstacles à une large adoption de ces puces est leur grande complexité et leur faible praticité.

Les modèles actuels d'organes sur puce sont difficiles à utiliser. De plus, comme la plupart des modèles sont à usage unique et ne permettent qu'une seule entrée, ce qui limite ce que les chercheurs peuvent étudier à un moment donné, leur mise en œuvre est à la fois coûteuse et exigeante en temps et en main-d'œuvre. Les investissements élevés requis pour utiliser ces modèles pourraient freiner l'enthousiasme pour leur adoption. Après tout, les chercheurs utilisent souvent les modèles les moins complexes disponibles pour les études précliniques afin de réduire le temps et les coûts.

Gros plan de la barrière hémato-encéphalique sur une puce
Cette puce imite la barrière hémato-encéphalique. Le colorant bleu marque l'endroit où les cellules cérébrales iraient, et le colorant rouge marque la route du flux sanguin. Vanderbilt University/Flickr

Il est essentiel d'abaisser le seuil technique de fabrication et d'utilisation des organes sur puce pour permettre à l'ensemble de la communauté de profiter pleinement de leurs avantages. Mais cela ne passe pas nécessairement par une simplification des modèles. Mon laboratoire, par exemple, a conçu plusieurs puces tissulaires prêtes à l'emploi, standardisées et modulaires, permettant d'assembler facilement des pièces préfabriquées pour réaliser leurs expériences.

L'avènement de l’impression 3D a également facilité de manière significative le développement des organes sur puce, permettant aux chercheurs de fabriquer directement des modèles entiers de tissus et d'organes sur des puces. L'impression 3D est idéale pour le prototypage rapide et le partage de la conception entre utilisateurs et facilite également la production de masse de matériaux standardisés.

Je pense que les organes sur puce ont le potentiel de permettre des percées dans la découverte de médicaments et de mieux comprendre le fonctionnement des organes, qu'ils soient sains ou malades. En rendant cette technologie plus accessible, on pourrait sortir le modèle du développement en laboratoire et le laisser s'imposer dans l'industrie biomédicale.The Conversation

Chengpeng Chen, Assistant Professor of Chemistry and Biochemistry, University of Maryland, Baltimore County

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Les entreprises prennent conscience de l’importance de l’IA dans le maintien de leur compétitivité

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Par Stéphane Roder, Président d’AI Builders

Après trois années de travail laborieux, les premiers déploiements à grande échelle en entreprise montrent leurs énormes apports en termes de gains de performance. Tout d’abord supporté par des directions générales visionnaires, l’usage de la donnée au service de l’efficacité opérationnelle et maintenant de la création de nouveaux revenus fait l’unanimité. 2023, pour de multiples raisons et l’arrivée de nouvelles innovations révolutionnaires comme Chat GPT-3, va voir une accélération du déploiement de l’Intelligence Artificielle dans l’entreprise.

Une prise de conscience généralisée

C’est tout d’abord l’efficacité opérationnelle qui a convoqué l’Intelligence Artificielle. Des sociétés comme Pernod Ricard par exemple ont choisi de se concentrer sur l’optimisation de leur cœur de métier : augmenter les revenus et diminuer les dépenses. C’est tellement simple quand on y pense. A partir de données historiques et locales, Pernod Ricard a réussi pour chacune de ses régions à construire des assistants permettant à ses commerciaux de recevoir chaque semaine des recommandations sur les 30 meilleurs points de vente à aller visiter et, pour chacun, des actions à réaliser (Next Best Action). Les résultats ne se sont pas fait attendre et toutes les régions ont demandé à être équipées. De la même manière, en intégrant les données de consommation de leurs clients et les investissements marketing tous canaux confondus, Pernod Ricard a pu construire des modèles lui permettant d’optimiser automatiquement ses dépenses d’annonceur et ainsi de maximiser ses gains.

En se concentrant sur des projets ayant trait à leur cœur de métier, de nombreuses entreprises voient leurs efforts récompensés, la confiance des Directions Générales se renforcer et certaines comme La Poste et Philippe Wahl en faire leur cheval de bataille. Nous avons assisté en un an à une prise de conscience fulgurante et une généralisation de la transformation Data IA à toutes les entreprises.

Ces « early adopters » ont fait une démonstration qui n’en était pas une : que dans les univers complexes impliquant beaucoup de paramètres, le calcul supplante l’instinct ou l’expérience de l’humain. On s’en était un peu rendu compte quand il a fallu aller sur la lune ou disposer de la puissance de la fission nucléaire mais notre sacro-sainte toute puissance ne l’avait pas encore acceptée dans nos métiers de tous les jours. C’est chose faite, tant est si bien qu’il n’existe plus maintenant de bonne stratégie d’entreprise sans stratégie Data IA.

Une accélération systémique

Fortes de ces premières créations de valeurs, dont il faut avouer que la démonstration est encore une science à elle seule, ces entreprises, la plupart du temps cotées, vont faire la promotion de ces résultats pour influencer leurs cours de bourse. En justifiant leurs investissements auprès des analystes par des résultats probants, ces entreprises vont créer un cercle vertueux dans lequel le marché sanctionnera les entreprises n’ayant pas fait montre d’une optimisation quantitative de leur activité. Il y a fort à parier que les Score Cards des conseils d’administration verront apparaître un nouvel indicateur non plus de l’avancée de la transformation Data IA dans laquelle on a pu mettre ce que l’on voulait, mais des résultats obtenus. 

Chat GPT-3, une nouvelle révolution

Cette fin d’année 2022 a marqué une vraie révolution et vient enfoncer le clou avec la mise sur le marché d’une nouvelle offre appelée Chat GPT-3 qui va reléguer nos bons vieux chatbots et autres moteurs de recherche que nous avions mis des mois voire des années à mettre en œuvre au rang d’antiquité. Un peu comme si nous passions de la TSF à la télévision 4K en 5 ans. Autant dire que la généralisation de l’utilisation de ce type de modèle dont la proximité du test de Turing contentera largement toute interaction dans le domaine de l’entreprise va une nouvelle fois créer un standard de fait dans la génération de documents et l’interaction multimodale comme l’expérience utilisateur, les moteurs de recherche et tout le management de la connaissance au sens large dans l’entreprise. 

Les premières utilisations se porteront sur la relation client. Le contraste saisissant dans un contexte post-Covid de généralisation du digital en partie basée sur la qualité de l’expérience client mettra immédiatement une pression énorme sur les vieux chatBots et forcera des pans entiers de la relation multicanale à se précipiter sur ces nouveaux outils. On peut même imaginer de nouvelles formes d’interaction ou de parcours client bien loin du mode « moteur de recherche et panier». De quoi occuper nos webmarketers et les éloigner du fantasme tridimensionnel du Metaverse.

De la même manière, ces nouveaux outils (surtout dans la version 4 qui sera elle réellement multimodale) ouvrent d’énormes perspectives pour tous les métiers de l’entreprise pour qui il est nécessaire de « produire » à partir d’une base de connaissance ou de documents que l’on pourra maintenant intégrer y compris des règles d’ingénierie. Au-delà de la synthèse de documents jusqu’ici plus qu’approximative, l’on pourra facilement rechercher, créer des parties d’appel d’offres à la volée, … et trouver de nouveaux assistants qui vont venir encore une fois augmenter la performance des métiers.

Ne nous y trompons pas, les GPT ne sont pas des gadgets mais constituent bien une vraie rupture. Nous rentrons donc en 2023 dans un nouveau cycle d’innovation de l’Intelligence Artificielle grâce aux capacités extraordinaires de ces nouveaux modèles. Il nous faudra les maitriser et les affiner mais à l’instar de leurs prédécesseurs, ils rendront d’immenses services à l’entreprise et viendront largement contribuer à faire de cette technologie une nouvelle commodité dont nous ne pourrons plus nous passer. 

Une généralisation salvatrice

Nous allons donc assister en 2023 à une généralisation du déploiement de l’Intelligence Artificielle dans l’entreprise tant pour l’efficacité opérationnelle que pour la génération de revenus basée sur de nouvelles offres. Une accélération sans précédent qui permettra à nos entreprises de maintenir leur compétitivité dans un contexte économique demandant non seulement de l’énergie, qu’il ne faudra pas dépenser ailleurs pour avoir la plasticité que l’évolution de notre monde impose, mais aussi de la force pour résister aux tempêtes à venir.