Le rapport State of Cybersecurity d’HarfangLab révèle une inquiétude croissante en Europe : 58 % des entreprises placent désormais la cybercriminalité alimentée par l’intelligence artificielle en tête de leurs menaces. Entre sophistication des offensives et manque de ressources humaines, les équipes de défense cherchent à s’adapter.
L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle transforme en profondeur le paysage de la cybersécurité européenne. Le rapport State of Cybersecurity, publié par HarfangLab le 4 septembre 2025, dresse un constat clair : les entreprises doivent désormais composer avec une vague d’attaques plus rapides, automatisées et difficiles à détecter. Pour 58 % d’entre elles, la cybercriminalité dopée à l’IA est devenue la menace numéro un, contre 46 % seulement l’an dernier. Cette progression souligne un changement de perception rapide, alimenté autant par l’intensification des offensives que par les failles internes persistantes.
La défiance à l’égard des fournisseurs complique encore la situation. Près de six décideurs IT sur dix (59 %) estiment que les éditeurs exagèrent les capacités de leurs solutions basées sur l’IA. Dans un marché foisonnant, où promesses technologiques et discours marketing se confondent, la prudence domine. Les responsables sécurité reconnaissent pourtant les atouts de ces outils : 82 % considèrent qu’ils apportent une réelle valeur ajoutée, notamment dans la détection et l’automatisation des tâches répétitives. Mais 79 % rappellent que l’expertise humaine demeure indispensable, car seule l’analyse critique des spécialistes permet de contextualiser une menace et d’y répondre efficacement.
L’IA doit être envisagée comme un levier d’appui
La pénurie de compétences renforce cette dépendance à l’humain. L’étude souligne un contraste marqué entre pays : en Allemagne, 47 % des entreprises interrogées jugent le manque d’experts qualifiés comme leur principale inquiétude, contre 37 % en France. Derrière ce déficit se cache une faiblesse structurelle : sans ressources humaines suffisantes, même les outils les plus performants peinent à déployer leur plein potentiel. Pour HarfangLab, l’IA doit être envisagée comme un levier d’appui, à condition de définir des cas d’usage précis, transparents et encadrés par des dispositifs de contrôle.
Cette vulnérabilité se reflète aussi dans la nature des attaques. L’exemple du groupe russe Gamaredon illustre cette tendance : ses campagnes récentes, proches des offensives assistées par IA, combinent vitesse, modularité et discrétion. Changement quotidien d’adresses de commande, malwares adaptatifs, propagation via supports amovibles : la sophistication de ces méthodes brouille les pistes et épuise les défenses traditionnelles. L’équilibre penche désormais en faveur des attaquants, capables d’exploiter l’automatisation à une échelle inédite.
Face à ce déséquilibre, la réponse ne peut se limiter à une surenchère technologique. HarfangLab insiste sur une approche articulée autour de trois piliers : technologie robuste, transparence dans les mécanismes de détection et expertise humaine au cœur du dispositif. Sans cette combinaison, les entreprises risquent de multiplier les outils sans renforcer réellement leur sécurité. L’enjeu est donc double : restaurer la confiance dans les solutions basées sur l’IA et combler le déficit de compétences qui mine les capacités de réaction.
La menace ne se réduit pas à des algorithmes hostiles
Au-delà des chiffres, le rapport rappelle que la menace ne se réduit pas à des algorithmes hostiles. Elle résulte aussi de la fragmentation croissante des environnements informatiques, de la prolifération des appareils connectés et de la dépendance accrue aux fournisseurs tiers. Autant de facteurs qui accroissent la surface d’attaque et placent les RSSI dans une position d’alerte permanente.
Dans ce contexte, l’intelligence artificielle ne saurait être perçue comme une solution miracle. Elle constitue un outil puissant, mais exigeant, qui ne produit de valeur durable que s’il s’appuie sur des cadres clairs et sur l’expérience humaine. Pour les entreprises européennes, la bataille contre les cybercriminels assistés par IA ne fait que commencer.
