Les entreprises accélèrent leurs investissements dans l’intelligence artificielle appliquée aux opérations informatiques (AIOps), mais peinent à franchir le cap du déploiement à grande échelle. C’est l’un des constats majeurs de l’enquête mondiale 2025 menée par Riverbed, qui met en lumière un déficit de préparation, des faiblesses persistantes dans la qualité des données et un écart marqué entre dirigeants et experts techniques.
L’étude, conduite en juillet 2025 auprès de 1 200 décideurs dans sept pays, confirme l’intérêt stratégique porté à l’IA : les organisations ont presque doublé leurs budgets, de 14,7 millions de dollars en 2024 à 27 millions cette année. Les résultats semblent encourageants, avec 87 % des entreprises estimant que leurs initiatives AIOps répondent à leurs attentes. Pourtant, seuls 12 % des projets ont atteint un déploiement complet, signe d’un goulet d’étranglement entre expérimentation et industrialisation.
Le premier obstacle identifié concerne la préparation organisationnelle. Seules 36 % des entreprises se déclarent prêtes à mettre en œuvre l’IA, un niveau en recul par rapport à 2024 (37 %). Le décalage entre perception des dirigeants et expertise technique accentue cette fragilité : 42 % des décideurs estiment leur organisation prête, contre seulement 25 % des spécialistes. Cette divergence traduit un manque d’alignement interne qui freine la concrétisation des projets.
La qualité des données constitue le second frein majeur. Si 88 % des entreprises en reconnaissent l’importance, moins de la moitié (46 %) jugent leurs données suffisamment fiables et complètes. Les chiffres révèlent des lacunes persistantes : seulement 34 % des organisations qualifient leurs données d’excellentes en pertinence, 35 % en cohérence et 37 % en sécurité. Dans ces conditions, l’entraînement de modèles IA à grande échelle reste compromis.
Le troisième écueil réside dans le manque de visibilité sur les systèmes. Les organisations utilisent en moyenne 13 outils d’observabilité issus de neuf fournisseurs. Cette fragmentation complique l’analyse et le diagnostic. Pour y remédier, 96 % des entreprises engagent des efforts de consolidation et 93 % envisagent une plateforme unifiée, afin d’améliorer la productivité et réduire les délais de résolution des incidents.
Les difficultés s’étendent aux outils de communication unifiée, désormais essentiels dans un monde du travail hybride. Or, 43 % des organisations rapportent des problèmes de performance sur ces solutions, qui occupent 42 % du temps de travail hebdomadaire des employés. La gestion des tickets associés mobilise des ressources significatives : 43 minutes en moyenne par incident, un sur cinq nécessitant plus d’une heure.
Pour tenter de surmonter ces blocages, les entreprises se tournent vers des standards ouverts tels qu’OpenTelemetry (OTel). Déjà adopté par 88 % des organisations, ce cadre vise à normaliser la collecte de données et préparer le terrain à l’automatisation par l’IA. Toutefois, même sur ce point, un décalage demeure : 41 % des dirigeants considèrent OTel comme obligatoire, contre 27 % des spécialistes techniques.
Enfin, la question du flux et du stockage des données reste critique. Si 91 % des organisations jugent leur circulation essentielle à la stratégie IA, elles anticipent une forte redistribution : recul du stockage sur site (de 23 % à 17 % d’ici 2028) au profit du cloud public (de 36 % à 39 %) et de l’edge (de 9 % à 13 %). Or, coûts de transfert (95 %), sécurité et conformité (94 %) ainsi que performances réseau (94 %) apparaissent comme des enjeux déterminants pour réussir cette transition.
