Réunis à New Delhi, dirigeants politiques et géants de la tech ont appelé à un accès universel et à un encadrement de l’intelligence artificielle.
Existe-t-il (encore) une autre voix pour l’intelligence artificielle que celle, libérale et dominée par les géants privés américains, ou celle, étroitement contrôlée par l’État chinois ? À New Delhi, jeudi 19 février, la question a traversé les échanges du sommet consacré à l’IA, quatrième du genre, organisé par l’Inde.
Autour du Premier ministre indien Narendra Modi, des chefs d’État, des responsables de l’ONU et les principaux dirigeants de la tech ont affiché un message commun : l’IA ne peut rester l’apanage de quelques acteurs. « L’IA doit appartenir à tout le monde », a ainsi déclaré le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, estimant que son avenir ne saurait être laissé « aux caprices de quelques milliardaires ». Dans le même esprit, Narendra Modi a plaidé pour une technologie « accessible et inclusive ».
Des investissements massifs annoncés
Le patron d’OpenAI, Sam Altman, figure emblématique de la révolution en cours avec ChatGPT, a jugé « urgent » de mettre en place une « régulation ou des protections comme pour n’importe quelle autre technologie d’une telle puissance ». L’appel intervient alors que la valorisation boursière des entreprises du secteur alimente à la fois l’enthousiasme des investisseurs – dont certains craignent toutefois une bulle – et les inquiétudes sur l’emploi, l’environnement ou la création artistique.
« Nous créons des systèmes capables d’imiter l’humain […] l’application naturelle […] c’est de remplacer les humains », a averti le chercheur Stuart Russell. Avec son milliard d’internautes, l’Inde se positionne comme un acteur central de l’IA. Le ministre des Technologies de l’information, Ashwini Vaishnaw, a annoncé viser 200 milliards de dollars d’investissements technologiques en deux ans, dont 90 milliards déjà dévoilés pour des centres de données.
OpenAI et Tata Consultancy Services ont annoncé la construction d’un centre de données, tandis que Reliance s’est engagée à investir 110 milliards de dollars sur sept ans. Le fabricant de puces spécialisées américain Nvidia, a noué un partenariat avec L & T pour créer « la plus grande usine d’IA d’Inde », et Google prévoit de nouveaux câbles sous-marins.
La troisième voix de Macron
Dans ce paysage dominé par les États-Unis et la Chine, Emmanuel Macron – qui n’a pas manqué de vanter les mérites de « Choose France » – a défendu une troisième voie. « Contrairement à ce que certains amis mal informés disent, l’Europe n’est pas aveuglément centrée sur la régulation », a-t-il affirmé, assurant que le continent est un « espace sûr » pour l’innovation et l’investissement. L’Europe, a-t-il ajouté, est « déterminée à continuer à définir les règles du jeu » avec des alliés comme l’Inde, au nom de « la science, l’État de droit, l’équilibre mondial » et d’un « multilatéralisme efficace ».
Le président français a insisté sur l’autonomie stratégique, la durabilité énergétique des centres de données et la protection des mineurs face aux « abus numériques et de l’IA », priorité annoncée de la présidence française du G7. Entre promesse d’innovation et exigence de régulation, Paris entend ainsi faire valoir une conception de l’IA à la fois compétitive et encadrée, au croisement de la souveraineté et du multilatéralisme.