Quand la Chine ambitionne de contrôler le climat

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Alors que les chefs d’Etat et de gouvernement étaient réunis hier à Paris pour le cinquième anniversaire de l’accord de Paris sur le climat, les prévisions des climatologues restent sombres et le dérèglement climatique devrait perdurer, avec son lot d’incendies monstres, de sécheresses ou de tempêtes tropicales.

Face aux aléas de la météo, la Chine a annoncé le lancement d’un vaste programme pour… modifier la météo. Certes, le contrôle des précipitations n’est pas nouveau : partout dans le monde depuis 1946, notamment aux Etats-Unis, en Australie et en Russie, des techniques existent, notamment celles consistant à "ensemencer" des nuages par avion avec de l’iodure d’argent, des sels de sodium ou du nitrogène liquide, pour que des gouttes d’eau se forment et tombent. Mais la Chine a acquis dans le domaine une sérieuse expertise.

Contrôler la pluie sur 5,5 millions de kilomètres carrés

"Deux ans avant les Jeux olympiques d’été de 2008 à Pékin, les autorités chinoises ont révélé leur intention d’utiliser l’ensemencement des nuages pour contrôler la météo. L’exploit a consisté à lancer 1 104 roquettes remplies d’iodure d’argent dans le ciel, ce qui a contribué à éliminer toute menace d’averses dans la capitale nationale lors de la cérémonie d’ouverture de l’événement, le 8 août de cette année", raconte le South China Morning Post.

Depuis, le pays a considérablement progressé et s’est donné pour objectif de mettre en place un "système avancé de modification du temps d’ici 2025". "La superficie totale de l’exploitation des pluies artificielles (chutes de neige) atteindra plus de 5,5 millions de kilomètres carrés, et pour la suppression de la grêle, elle devrait dépasser 580 000 kilomètres carrés", a annoncé le Conseil des affaires de l’État, dans un communiqué publié le 2 décembre. "D’ici 2035, la modification météorologique de la Chine devrait arriver à un niveau mondial avancé en termes de fonctionnement, de technologies et de services", assure le Conseil.

Depuis maintenant plusieurs années, les scientifiques chinois travaillent sur cet ambitieux plan baptisé Tianhe ("rivière céleste"), qui mobilise 35 000 personnes, pour détourner la vapeur d’eau du nord du bassin du fleuve Yangtsé vers le bassin du fleuve Jaune, où elle deviendrait de la pluie. Ce qui pourrait provoquer de sérieuses tensions diplomatiques avec les pays voisins, et notamment l’Inde. En "contrôlant" la météo sur le plateau tibétain, la Chine pourrait perturber tout le système météorologique de la région, le flux du Mékong ou du Brahmapoutre, et l’Inde verrait plusieurs de ses régions privées de précipitation.

Rêvée en 1959 par Edgar P. Jacobs, le père de Blake & Mortimer dans sa bande dessinée "SOS Météores", le contrôle du climat est en passe de devenir, en partie du moins, une réalité.