Avec Mythos, Anthropic dévoile une intelligence artificielle capable de détecter des failles inédites à grande échelle. Testée par Mozilla et surveillée de près par ses concurrents comme OpenAI, elle pose une question centrale : comment utiliser un outil aussi puissant sans en perdre le contrôle ?
Tout commence par une erreur. En mars 2026, un document interne d’Anthropic est rendu public par accident. Il présente Mythos, un modèle d’intelligence artificielle décrit comme le plus puissant jamais conçu par l’entreprise — mais aussi comme l’un des plus sensibles en matière de cybersécurité. Peu après, Anthropic décide d’en retarder la sortie.
Pourquoi une telle prudence ? Parce que Mythos change profondément la manière de détecter les failles informatiques. Concrètement, il est capable d’analyser du code, de repérer des vulnérabilités complexes et de comprendre comment elles peuvent être exploitées. Lors de tests internes, il a identifié « des milliers » de failles dites zero-day, c’est-à-dire inconnues jusque-là.
Ce niveau de performance marque une rupture. Jusqu’ici, la recherche de failles demandait du temps et des experts. Avec Mythos, elle peut devenir plus rapide, plus large, presque continue. L’intelligence artificielle permet ainsi de passer d’une analyse ponctuelle à une surveillance permanente des systèmes.
Un outil formidable pour les responsables informatiques… et pour les cybercriminels
Mais cette avancée pose un problème évident. Le même outil peut servir à protéger… ou à attaquer. Mythos ne se contente pas de signaler des failles : il peut aussi montrer comment les combiner pour pénétrer un système. Cette capacité, appelée « multi-step », correspond à des méthodes utilisées dans de vraies cyberattaques.
Face à ce risque, Anthropic a choisi de limiter fortement l’accès à son modèle. Seuls quelques partenaires (Microsoft, la Fondation Linux, Apple, Cisco…) y ont accès via un programme intitulé Projet Glasswing. L’objectif est clair : utiliser Mythos pour corriger les failles avant qu’il ne soit diffusé plus largement.
Parmi ces partenaires, la Fondation Mozilla. Elle a utilisé Mythos pour analyser le code de son navigateur Firefox. Résultat : 271 vulnérabilités détectées, contre 22 avec l’outil précédent. Toutes ont été corrigées dans une mise à jour récente. Cet exemple montre que, bien encadrée, cette technologie peut améliorer rapidement la sécurité des logiciels.
OpenAI est aussi sur les rangs
Dans le même temps, la concurrence s’intensifie. OpenAI développe aussi des versions de ChatGPT dédiées à la cybersécurité (ChatGPT (-4 cyber). D’autres grands acteurs technologiques suivent la même voie. Tous cherchent à proposer des outils capables d’aider à détecter les menaces plus efficacement.
Au final, Mythos illustre un tournant. L’intelligence artificielle devient un acteur central de la cybersécurité. Elle permet de mieux défendre les systèmes, mais elle rend aussi certaines attaques plus accessibles.
C’est tout l’enjeu aujourd’hui : trouver un équilibre. Anthropic tente de poser des limites avant une diffusion plus large. Car une chose est déjà certaine : avec ce type d’outil, la cybersécurité entre dans une nouvelle ère.