Porté par Uber, Pony.ai et Verne, le premier service commercial de robotaxis en Europe s’apprête à voir le jour à Zagreb. Une étape attendue depuis les premières expérimentations qui remontent à 2016, qui marque l’entrée du Vieux continent dans une compétition mondiale qui s’accélère.
Près de dix ans après les premières expérimentations publiques à Singapour, les robotaxis franchissent une nouvelle étape, en Croatie. À Zagreb, Uber Technologies, l’entreprise chinoise de conduite autonome Pony.ai et Verne annoncent le lancement imminent du premier service commercial de ce type en Europe, avec des tests déjà engagés sur routes ouvertes.
Première expérimentation en 2016 à Singapour
L’attente aura été longue : dix ans. En août 2016, la start-up nuTonomy déployait une flotte limitée de taxis autonomes dans un quartier de Singapour. Quelques semaines plus tard, Uber lançait ses propres essais aux États-Unis, encore encadrés par des chauffeurs de sécurité. Il faudra attendre 2018 pour voir émerger un service commercial avec Waymo à Phœnix, en Arizona, aux États-Unis. Depuis, la promesse d’un déploiement européen restait en suspens.
Le projet croate marque donc une bascule. À Zagreb, les trois partenaires combinent leurs expertises : Pony.ai fournit son système de conduite autonome de septième génération, déjà éprouvé en Chine ; Verne assure la propriété de la flotte et l’exploitation du service ; et Uber, spécialiste des VTC, intègre l’offre à sa plateforme mondiale de mobilité.
Les premiers véhicules utilisés sont des Arcfox Alpha T5 équipés de la technologie Gen-7. Des essais en conditions réelles sont en cours, prélude à une mise en service commerciale avec tarification. L’ambition affichée dépasse la simple démonstration puisque les partenaires évoquent une montée en puissance à plusieurs milliers de robotaxis dans les prochaines années.
Zagreb s’impose ainsi comme un laboratoire européen. Verne, soutenue par l’entrepreneur Mate Rimac, a déjà assemblé plus de 60 prototypes fin 2025 et construit une usine dédiée à proximité de la capitale croate. L’entreprise joue également un rôle clé dans l’obtention des autorisations réglementaires, condition indispensable à tout déploiement à grande échelle sur le continent.
Une vraie course européenne
Au-delà du lancement local, l’initiative s’inscrit dans une course européenne désormais ouverte. Waymo prépare son arrivée à Londres, Bolt multiplie les partenariats, tandis que Lyft et Baidu évoquent des projets en Allemagne et au Royaume-Uni. Uber lui-même diversifie ses alliances, notamment avec Momenta à Munich et Wayve à Londres.
Dans ce contexte, Zagreb pourrait servir de modèle. Le triptyque technologie, plateforme et opérateur constitue une architecture reproductible, pensée pour une expansion progressive vers d’autres villes européennes et au-delà.
C’est que la concurrence mondiale est féroce. Le fondateur de Tesla, Elon Musk, entend bien investir le domaine des robotaxis. Pour l’heure, l’homme le plus riche du monde avance sur deux fronts. À court terme, Tesla teste à Austin un service de robotaxis fondé sur des Tesla Model Y autonomes, encore encadré et limité. Mais à long terme, le pari d’Elon Musk repose sur le Cybercab, sans volant ni pédales, dont la production est annoncée pour cette année.
Des bugs à corriger pour trouver la confiance
Reste une inconnue majeure : la capacité pour tous ces acteurs à passer rapidement de l’expérimentation à un service réellement de masse. Ce qui n’est pas encore le cas. Le 31 mars, plus de 100 robotaxis Baidu se sont brutalement immobilisés à Wuhan, en Chine, bloquant des passagers dans la circulation. Et une enquête sur les technologies de conduite autonome, menée par le sénateur américain démocrate Ed Markey vient de montrer que sept entreprises du secteur – dont Tesla, Waymo, Zoox et Nuro – dépendaient encore de l’intervention humaine pour pallier les limites de l’intelligence artificielle…
Toutefois, après près d’une décennie de promesses, le robotaxi progresse. Le projet européen doit répondre à deux exigences : prouver sa viabilité économique et opérationnelle à grande échelle, et trouver la confiance du public prêt à rouler sans chauffeur…