Enfants, parents : déjouer les pièges du net

Sitôt sortis de l'école, ils se retrouvent pour « chatter » sur la messagerie instantanée Messenger, racontent leurs journées sur leur Skyrock blog et mettent à jour leur statut sur le réseau social vedette Facebook où ils collectionnent les amis et les amis des amis. Eux, ce sont les ados des années 2000, cette « génération Y » née avec internet et qui vit tellement au quotidien sur la Toile - les chiffres l'attestent enquête après enquête - qu'elle en oublie presque les pièges et les chausse-trappes du net. C'est bien pour éviter que les ados ne tombent dedans que les adultes et les associations se mobilisent et tirent aujourd'hui la sonnette d'alarme.

Le 9 février dernier, la 7e édition du « Safer internet day », une initiative internationale lancée par la Commission européenne, s'est déroulée autour du thème « Tu publies ? Réfléchis », avec conférence, ateliers et jeux en ligne pour les adolescents. Hier, en pleine polémique sur le site Chatroulette (lire ci-dessous), l'association Familles de France a lancé son opération « Tu t'es vu sur ton blog ? », qui se concrétisera par une série de conférences et des interventions en milieu scolaire. « Au moins 30 % des élèves de CM2 et 60 % des cinquièmes ont un blog, et si à l'époque des journaux intimes, les jeunes étaient auteurs, ils sont aujourd'hui devenus éditeurs et diffuseurs, et ce sans réaliser les conséquences », explique Michel Bonnet, soulignant que les enfants ne font pas le distinguo entre sphères privée et publique. « Ils ne prennent pas conscience que les informations peuvent être lues par tous, autres camarades de classe, mais également adultes pas toujours bien intentionnés », expose Familles de France.

Droit à l'oubli

« Les photos que nous mettons en ligne restent sur les réseaux et peuvent resurgir des années plus tard… Or, par exemple, une photo délirante d'une fête publiée aujourd'hui par un jeune sur internet peut s'avérer lourde de conséquence lors d'un entretien d'embauche des années plus tard », détaillait début février l'association Internet sans crainte.

Car derrière les dangers auxquels peuvent s'exposer les enfants en publiant des informations intimes sur internet, c'est bien la question du droit à l'oubli qui se pose à l'ensemble de la société et plus encore celle de la régulation - ou du filtrage et donc de la censure pour certains. Ce droit a l'oubli, qui fait l'objet d'une proposition de loi sénatoriale cosignée par la sénatrice aveyronnaise Anne-Marie Escoffier et que la CNIL voudrait voir inscrit dans la constitution.

Conseils. Enfants, parents : les solutions
L'association Internet sans crainte, membre de l'Insafe, est le relais en France du « Safer internet day » dont le thème cette année était « Tu publies ? Réfléchis. » L'association aide également les parents et vient d'éditer une plaquette « La sécurité sur Internet. Si on en parlait en famille », téléchargeable sur le site de l'association à l'adresse www.internetsanscrainte.fr
Pour les parents, Internet sans crainte donne plusieurs conseils, notamment le fait de mettre l'ordinateur dans une pièce commune ou encore, avant d'acheter un jeu vidéo, de consulter la classification PEGI.
L'association e-Enfance (www.e-enfance.org) insiste, elle, sur la mise en place d'un contrôle parental. « Depuis 2006 tous les fournisseurs d'accès à internet ont l'obligation de fournir à leurs clients un système de contrôle parental gratuit. Ces systèmes permettent de filtrer les contenus à risque selon l'âge de l'enfant. Cependant il faut savoir que si ces logiciels de sécurité sont de plus en plus performants, interdisant l'accès aux sites d'argent, de pornographie et même de chat, ils ne sont pas efficaces à 100 % », explique l'association. La création de session informatique pour chaque membre de la famille ; la limitation des horaires de connexion et de jeux ; le contrôle des contacts de messagerie ou sur Facebook sont aussi des pistes. Mais le dialogue parents-enfants reste le meilleur moyen de se protéger des risques du net.

Chatroulette : le porno en embuscade

C'est LE site web du moment par qui le scandale arrive ; et surtout, l'exemple parfait qui montre que derrière une idée anodine et sympathique peuvent se cacher des intentions malhonnêtes. Chatroulette, donc, est un site internet lancé fin 2009 par un jeune lycéen russe de 17 ans, Andrey Ternovskiy. Le principe est un jeu d'enfant. Une fois connecté avec votre navigateur sur www.chatroulette.com, le site - théoriquement interdit aux moins de 16 ans mais accessible à tous - vous met en contact, via la webcam de votre ordinateur, avec un autre internaute connecté de la même façon et choisi au hasard selon le principe de la roulette russe. S'engage alors, ou pas, un dialogue ; une touche, « next », permettant à tout moment de zapper vers un autre ami potentiel. Mais les échanges spontanés ont vite donné lieu à des dérapages. Scènes de nus, insultes, voire masturbation sont devenus le lot commun des utilisateurs, notamment les jeunes puisque le site n'était pas sur les listes noires des logiciels de contrôle parental.

L'association e-Enfance s'en est ouverte auprès des éditeurs et Chatroulette est donc passé de la catégorie « chat » à celle de « site avec un contenu à caractère illicite et inapproprié. »

Profitant de la polémique sur le site russe, la secrétaire d'État à la Famille, Nadine Morano, a souhaité mardi « une mobilisation de l'ONU » pour lutter contre les dangers encourus par les enfants confrontés à la pornographie sur internet, estimant qu'il fallait « réguler internet » au niveau mondial.


Témoignage : « ça me fait un peu peur »

Patrice, jeune père toulousain de Jérôme, 11 ans, et de Coralie, 16 ans.

« Depuis quelques mois, ça me fait un peu peur de les voir passer leurs journées, pour le garçon entre l'iPod, la console PSP (où l'on peut charger des films ou des jeux violents) et l'internet ; et pour la fille avec son ordinateur portable sur Facebook, MSN, son blog Skyrock.

Sur Facebook, j'ai demandé à ma fille de devenir son ami, mais elle a refusé. Ce n'est pas grave, j'ai confiance en elle, mais c'est vrai que, comme parent, on est un peu inquiet de ne pas pouvoir maîtriser cela. Elle pourrait être confrontée sur le net à des images pornographiques ou être embêtée par un petit copain mal intentionné. En résumé, ils sont un peu devenus accros et ils ne sont donc pas à l'abri d'une mauvaise expérience sur le web.

Le principal, c'est de pouvoir fonctionner à la confiance avec eux car de toute façon on ne peut pas tout cadenasser avec un logiciel de contrôle parental. Parmi leurs copains il y en aura toujours un pour arriver à contourner les protections. Pour rester positif, il faut se dire que pour eux, se connecter à ces réseaux sociaux, échanger sur MSN, c'est une façon de rester ensemble après l'école, c'est un mode de relation qui est de leur génération. »

0 commentaires: